Le rythme
Nous passons maintenant aux impressions esthétiques que nous procure le sens de l’ouiïe, c’est-àdire à la musique ou plutôt à lacoustique musicale, car ce n’est que la partie physique du sujet que nous étudierons dans ce chapitre.
Nous commencerons par nous occuper du rythme.
Le sens de louie nous permet d'apprécier les intervalles de temps qui séparent des sons successifs. |
En premier lieu nous pouvons très facilement Juger que des bruits ou des sons qui se succèdent sont également espacés. Ils peuvent être identiques ou différents, peu importe, l'oreille reconnaît nettement ce caractère d'égalité de temps, et nous éprourvons par cette répétition régulière une sensation esthétique dont on ne saurait contester l'importance dans l'art de la musique.
Si le Son qui se reproduit ainsi périodiquement reste identique à lui-même, l’impression esthétique, prononcée au début, ne tarde pas à s'affaiblir par
fini, sous la condition que la mesure et les temps de la mesure soient suffisamment marqués pour être reconnaissables à l'oreille.
Le dessin rythmique le plus simple est évidemment celui qui se réduit à un seul son ou note retenlissant au commencement de chaque mesure, la note pouvant d’ailleurs être soutenue et prolongée pendant toute la mesure (ronde dans la mesure à quatre temps), ou ne durer que pendant un certain nombre de temps (blanche, noire, croche, etc., suivies d’un silence).
Ce dessin élémentaire, occupant une mesure, sera répété par exemple huit fois avec une accentuation un peu plus prononcée à la première et à la cinquième mesure, pour marquer les phrases; et l’on pourra alors considérer la figure entière comprenant les huit mesures, comme composée de deux dessins semblables correspondant aux phrases (ou parties de phrases) et composés eux-mêmes de quatre dessins élémentaires d’une seule note par mesure.
On peut modifier légèrement cette figure en changeant un peu la durée de certains sons; par exemple en prenant d'abord trois notes occupant toute la mesure suivies d’une note qui ne dure qu'un temps, ou bien l'inverse. On peut encore faire entendre un son à chaque temps, ou sous-temps, en conservant le caractère général d’égalité de lintervalle rythmique. Très souvent les phrases ou membres de phrases, formés de notes égales, sont séparés par un silence.
Des mouvements aussi simples que ceux dont
nous venons de parler sont extrêmement monotones si le son répété est toujours le même (par exemple sur le tambour); mais en faisant varier le son musical des notes successives, ces dessins rythmiques sont susceptibles de produire d'excellents effets”. Les grands compositeurs sont souvent remarquables par leur sobriété dans le rythme.
On obtiendra d’autres dessins rythmiques de plus en plus compliqués en rendant les intervalles inégaux soit en ajoutant des notes sur les lemps et les sous-temps, soit en remplaçant des sons par des silences, occupant une mesure, un temps, un soustemps.
La répétition de ces figures rythmiques plus ou moins complexes est un des moyens esthétiques les plus employés en musique. L’oreille les reconnaît avec une grande facilité; il n'est même pas nécessaire que la répétition soit absolument rigoureuse; en particulier le dessin est presque toujours un peu modifié à la fin des phrases. Même lorsqu'on n’emploie qu’un seul son toujours identique à lui-même on peut obtenir par cette impression réitérée un effet très sensible, susceptible par exemple d'animer la marche, comme une batterie de tambours, ou d’accompagner la danse, comme le Jeu des castagneltes.
: Je citerai comme exemple l’allegro de la Symphonie pastorale de Beethoven (Réunion joyeuse des Campagnards) dont les 8 premières mesures à 3 temps sont formées de notes égales (noires). La même figure rythmique est répétée un peu plus loin.
Dans cet exemple, comme dans ceux qui suivront, Je choisis un peu au hasard, mais en ayant soin cependant de ne citer que des morceaux très connus.
La répétition de ces dessins rythmiques s'effectue d’un grand nombre de manières. Tantôt la figure rythmique n’est complète qu’au boul d’une phrase entière ; elle se répète à la phrase, ou aux phrases suivantes, sans changement sensible sauf peut-être à la fin de la partie‘.
Tantôt la répétilion n’est que partielle; quelquefois elle n’est qu'indiquée de manière à établir, non pas l'identité, mais une analogie prononcée’. Souvert la figure rythmique complète est elle-même composée de dessins plus courts, n'occupant qu'un membre de phrase‘, une mesure, même une fraction de mesure”, et qui sont plusieurs fois répétés.
Il arrive aussi que la figure rythmique complète occupe une partie ou un air lout entier, qui se trouve reproduit deux fois; mais alors ce n’est plus seulement le rythme, c’est aussi la mélodie et l’harmonie qui doivent être répétés plus ou moins exacle-
1 Meyerbeer, Huguenots, Serment du 2me acte, « Par l’honneur, par le nom... » La même figure rythmique à 4 mesures, est répétée 3 fois identiquement ; dans la 4we figure terminant la partie, la répétition se borne aux premières mesures. On remarquera que les phrases mélodiques sont différentes, ce n’est que le rythme qui est identique. = ? Delibes, Lakmé, duo du 2me acte, « Dans la forêt près de nous... » La
première figure de 3 mesures est suivie d’une 2me figure très voisine, mais non identique ; la 3me figure est identique à la première ; les suivantes sont différentes mais avec une analogie évidente.
8 Mozart, Don Juan, 1er acte, « Là ci darem la mano... » Dessin de deux mesures trois fois répété avec une légère variante à la demi-cadence terminant la première phrase. Ce dessin se retrouve encore plus loin et le morreau contient aussi d’autres dessins plusieurs fois reproduits.
# Mozart, Noces de Figaro, 1er acte, « Non tu andrai, farfallone (Bel enfant.…). » Le dessiu élémentaire d’une demi-mesure, !° % ? est répété
18 fois dans la partie, soit 3 fois au commencement de chaque imembre de phrase.
ment. L'oreille ne pourrait guère conserver la mémoire d’une figure aussi longue si elle n’y était aidée par la qualité des sons.
En résumé on voit que le caractère esthétique du rythme s'allie à deux modes différents d’impressions réitérées : la mesure, c’est-à-dire légalité de durée dans les périodes; et la répétition des figures rythmiques.