‹ Des conditions vraies de la science économiqueChapitre 1 sur 6 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Dans l’une des séances de la dernière session du Conseil général de T agriculture et des manufactures, un des membres de ce conclave qui, pour n’avoir que peu de raison, n’en déploie pas moins beaucoup d’esprit et encore plus de préjugés, après avoir courageusement menacé les professeurs d’ Économie Politique de les faire casser aux gages s’ils persévéraient dans leur crime de liberticisme en matière industrielle et commerciale, éleva son enthousiasme pour la défense du travail national jusqu’à nier l’existence elle-même de la science Économique. C’était bien là le moyen le plus court de démonétiser les professeurs, en anéantissant jusqu’à cette vanité que l’Économie avait eue de se croire une science. Pauvre science, en

effet, que celle qui se borne à calculer les effets et à prévoir les moyens du développement de la civilisation humaine ! Mais il est vrai que pour certaine coterie, l’Économie n’est pas cela ; et, au point de vue de ceux qui la composent, il serait effectivement difficile de nommer une science le talent qu’ils mettent en œuvre pour multiplier les profits de leur propre production en endiguant le cours du travail normal. Qu’une calamité publique fasse la fortune de ces bons patriotes, et qu’ils décorent des titres les plus pompeux et les plus philanthropiques leur égoïste avidité , cela est conforme à la grande maxime : — Pour nous et pour nos amis ; — mais si le véritable intérêt de tous, si l’amélioration du sort du plus grand nombre ne les touche que médiocrement, ils devraient au moins se rappeler, en vue de leur propre intérêt, que ce n’est pas sans danger que l’on détourne de l’ordre naturel la distribution des richesses sociales, et que l’on ne crée pas impunément la disette factice et l’épuisement artificiel, là où la Providence avait placé l’abondance et la force.

Les arguments de l’honorable membre du Conseil général étaient, il faut en convenir, tant soit peu cousus de fil français et saupoudrés de farine nationale; mais, tout absurde que soit la dénégation du rang que la science Économique a conquis parmi ses sœurs, fruit du travail intellectuel humain, toujours est-il que cette

proposition erronée a pris de véritables racines dans le cerveau de gens sérieux, savants, mais abusés.

J’ai entendu qualifier par un publiciste éminent, penseur profond autant qu’ardent philanthrope, les leçons d’un de nos plus illustres professeurs, de cours de haute blague et de niaiserie transcendante ; j’ai entendu un très-savant et très-célèbre membre de l’Académie des sciences taxer l’Économie Politique d’incohérence et de futilité ; un de nos hommes d’État en fonctions, accuser les Économistes de fonder des théories captieuses sur des observations problématiques.

Ces inculpations sont-elles uniquement inspirées par la malheureuse tendance qu’ont les hommes à nier ce qu’ils ne connaissent point, plutôt que de chercher à approfondir les choses? Ou bien auraient-elles au contraire pour base un vice sérieux, capital, dans les prémisses des arguments économiques ; un défaut presque général dans les données scientifiques sur lesquelles s’appuient la plupart des penseurs qui prennent ou usurpent le nom d’ Économistes? C’est là ce que je veux essayer d’examiner.

Il est certain qu’un grand nombre de théorèmes économiques sont en discordance plus ou moins profonde avec les idées innées d’égalité, d’élévation et d’amour, que le Créateur a déposées comme un germe précieux au sein de l’homme, fécondes semences dont la religion développe les généreuses aspirations promo-

trices de la perfectibilité humaine, de la tendance en vertu de laquelle la créature se rapproche du créateur. Mais je crois que ces discordances funestes n’ont d’autre cause qu’une ignorance blâmable des liens étroits qui rattachent toutes les branches des connaissances humaines entre elles, et ce sont précisément ces liens qui forment l’économie de la société.

L’Économie sociale, politique ou domestique, n’est, suivant moi, qu’une application de plus en plus restreinte de la même science; de cette science qui embrasse et résume toutes les autres, parce que l’objet de ses appréciations est le progrès humain tout entier; de cette science à laquelle on peut parfaitement appliquer le nom d’ Économie générale, puisque ce monde terrestre est bien la résidence de l’homme, la maison où son devoir est de régler l’usage des êtres organisés ou organiques qui l’entourent, et où sa mission est de perfectionner tout ce qu’il emploie en se perfectionnant lui-même.

Ce n’est pas en torturant les mots ou en leur donnant une autre acception que celle qui est vulgairement admise, que je prétends élargir le domaine d’une science dont les erreurs, suivant moi, aussi bien que le défaut de netteté, d’exactitude et de méthode, ne proviennent exclusivement que des limites qu’on lui a arbitrairement imposées, lorsque, pour se suffire , elle

ne saurait en admettre. Je vais le montrer en reprenant les définitions.

Comme toutes les sciences, l’Économie générale a pris naissance dans son application la plus simple et la plus restreinte, l’économie de la famille. Elle n’a pu élargir sa sphère que par l’agrandissement même du foyer économique, qui, avec la civilisation et l’extension des communications , est devenu peu à peu provincial, national, continental, et tend à devenir général à son apogée, c’est-à-dire en raison de la hauteur où se place son point de vue.

Or, si économie veut dire loi ou règle de la maison, de la demeure, du séjour, il est clair que d’un côté la loi s’amplifie à mesure que le séjour s’étend par la possibilité des communications, par la tendance à l’ubiquité humaine, et qu’elle s’élève par conséquent vers la généralité, tandis que de l’autre il n’est pas douteux que la loi par excellence, la meilleure règle du séjour est celle qui a pour but de le rendre le plus profitable à l’homme au physique comme au moral.

L’homme est à la fois corps et esprit; or, bien que la substance soit distincte de l’essence, la connexion en est tellement intime, tellement réciproque, que le point de relation ou de séparation ne peut en être apprécié, c’est-à-dire qu’en fait il n’existe pas pour nous. On ne peut nuire à l’une ou l’améliorer sans agir dans le même sens et en raison directe sur l’autre. Dans la

meilleure règle, du séjour, dans l’Économie, il est donc impossible de soustraire des éléments du calcul, quoi que ce soit qui se rattache ou à la substance ou à l’essence de l’homme, pas plus les observations physiologiques que les constatations psychologiques ; pour ce qui concerne l’influence qu’exercent sur nous les phénomènes extérieurs, on ne peut négliger en économie ni la moindre des lois de l’ordre naturel, ni la plus petite ou la plus abstraite des conditions de l’ordre métaphysique.

Économiser veut dire , veiller au meilleur emploi ; pour connaître le meilleur emploi d’une chose, ne fautil pas nécessairement connaître, autant que cela est possible, l’origine, les propriétéset lebut de cette chose?

La définition la plus généralement admise de l’Économie politique est celle-ci : la science de la production, de la distribution et de la consommation des richesses. Cette définition, je puis entièrement l’accepter pour celle de l’Économie générale, si l’on m’accorde que jusqu’à présent on en a méconnu la portée.

Je ne trouverais plus aujourd’hui de contradicteur sur ce point, que les richesses ne sont pas seulement de l’ordre matériel, mais encore et tout aussi bien de l’ordre intellectuel. Seulement, je ferai observer que la plupart des Économistes, après s’être empressés de reconnaître ce fait, le négligent ensuite complètement et ne s’aperçoivent même plus de l’absence de cet

élément dans leurs calculs, faute de connaissances qu’ils placent à tort en dehors des spéculations économiques.

Si l’homme est une intelligence servie par des organes, sa puissance de production ou plutôt d’assimilation est tout entière dans sa force intellectuelle. Les plus précieuses des richesses qu’il produit sont donc celles qui viennent accroître cette force intellectuelle; il ne faut pas l’oublier.

Qu’est-ce donc alors que l’économie dans la production, la distribution et la consommation des richesses, si ce n’est la régularisation du meilleur emploi de la force productive? Qu’est-ce donc que la science Économique, si ce n’est la connaissance de l’origine, des propriétés et du but de toutes les richesses intellectuelles et matérielles, pour arriver à leur meilleur emploi?

N’ai-je pas défini le progrès humain ?

Donc, l’Économie générale est la science du progrès humain dans toutes ses parties.

Je puis maintenant examiner quelles sont les conditions vraies, les éléments de certitude de la science Économique.

L’étude de l’origine, des propriétés et du but de toutes les richesses intellectuelles et matérielles qui sont à la disposition de l’homme, qu’elles soient subjectives ou objectives, se divise tout d’abord en deux grandes sciences :

La connaissance du corps et celle de Famé du monde.

Ces deux connaissances donnent lieu, d’une part, aux sciences naturelles; de l’autre, aux sciences métaphysiques. La connexion qui existe entre le corps et l’esprit humain se retrouve entre ces deux branches de notre savoir; nul n’en peut distinguer le point de séparation ou de relation ; leurs progrès réels sont réciproques et presque simultanés. C’est ainsi que la raison humaine, s’appuyant sur la chaîne qui relie l’exactitude à la divination, s’est construit pour arriver à la certitude cet instrument merveilleux de la logique qui, sous la forme consécutive du calcul et du raisonnement, part d’un côté du nombre positif et de l’autre procède de la révélation ou de l’intuition, pour élever sa base exacte jusqu’à l’infinitésimal et la probabilité, et descendre son sommet inspiré jusqu’à l’évidence qu’amène la méthode.

Toutes les sciences naturelles à leur point de vue le plus élevé viennent inévitablement se rattacher aux lois providentielles, qui sont de l’ordre métaphysique, pour y chercher une raison d’être ; toutes les sciences métaphysiques inclinent nécessairement jusqu’aux phénomènes sensibles, qui sont de l’ordre physique, pour y trouver un point d’appui.

En outre de cette connexion générale, il existe une dépendance mutuelle entre toutes les sciences humai-

nés. Ce milieu commun, divin, d’où s’irradient toutes nos connaissances et où elles vont toutes aboutir, constitue dans son étude abstraite ce qu’on pourrait appeler la Philosophie générale. En en spécialisant la tendance, on la nomme la Philosophie d’une science. Ce qu’on entend par Philosophie proprement dite n’est qu une portion incomplète et par cela même vague et irrationnelle de la Philosophie générale. Prétendre abstraire la Philosophie des sciences métaphysiques de celle des sciences naturelles, c’est se précipiter tout droit dans l’abîme de l’illuminisme. Agir en sens contraire provoque un matérialisme grossier et stupide. La plupart des scepticismes n’ont pas d’autre cause que l’oubli des connexions providentielles. Celui qui possède une science et qui n’est pas amené par ce fait seul à toutes les autres, et à Dieu de qui émanent les lois qu’elles cherchent à découvrir, sera toujours aveuglé par l’erreur.

Si nous cherchons maintenant en vue de ce qui précédé à définir la Philosophie générale des sciences, nous verrons qu’elle a pour objet de rapprocher les résultats de chaque science, c’est-à-dire les portions de la loi divine, physique ou métaphysique que chacune d entr elles s’efforce de dévoiler, pour arriver à éclairer les unes par les autres et pour aider à la promotion du progrès de toutes ensemble et de chacune d’elles en particulier ; c’est dire que son but ultime

est la connaissance de Dieu par ses voies, le déblaiement de la route du progrès et de la perfectibilité humaine.

Or, les lois providentielles régissent précisément l’origine, les propriétés et le but de toutes les richesses intellectuelles et matérielles que Dieu a mises à la disposition de l’homme sur cette terre ; elles régissent les phénomènes que les sciences constatent et que la Philosophie générale accumule, pour connaître les causes par leurs effets, le Créateur par ses œuvres, la voie du progrès par ses manifestations. Tous ces phénomènes, qui ne sont que des transformations que l’homme a pour mission de diriger dans l’intérêt du perfectionnement général,* et qui au point de vue économique s’appellent production, distribution et consommation des richesses matérielles et immatérielles , sont donc au point de vue de leur but ultime, le progrès , du domaine de la Philosophie generale des sciences.

Donc, la Philosophie générale des sciences est l’étude des lois qui président aux transformations des richesses générales , sous le rapport de leur origine, de leurs propriétés et de leur but, et en vue de la connaissance de Dieu.

C’est la science du progrès humain.

Mais j’ai prouvé tout à l’heure que l’Économie générale est aussi la science du progrès humain.

Il est donc impossible de séparer l’Économie de la Philosophie générale des sciences; l’une et l’autre sont à la fois le but, le résumé, l’application des connaissances humaines; elles en enseignent la direction et en facilitent le succès ; elles exaltent la puissance productive ; elles sont l’âme du corps des sciences, et elles impliquent l’étude de chacune d’entre elles et de toutes à la fois.

L’Économie générale est donc la plus ardue et la plus utile de toutes les sciences, puisqu’elle se fonde sur toutes, les résume toutes, et que, dans chacun de ses théorèmes, si l’on oublie un seul des éléments naturels ou métaphysiques que le calcul en exige, l’erreur est imminente.

Je chercherai maintenant à analyser les moyens d’action de la science économique, afin de prouver plus pratiquement encore que, hors de ses conditions vraies, qui sont la connaissance au degré actuel des phénomènes qu’étudient toutes les sciences humaines, il n’y a plus qu’ incertitude, erreur et obscurité.

L’ensemble de connaissances coordonnées, afférentes au même but, corrélatives du même sujet, que nous appelons une science, se compose essentiellement de deux parties comme l’être humain : la masse des données expérimentales fournies par l’observation, qui en est le corps sensible, évident, fondamental; et la chaîne des théories successives de plus en plus ra-

tionnelles, nécessairement mobiles en raison de l’accroissement des faits acquis et incessamment perfectibles, puisqu’elles sont destinées à expliquer aussi parfaitement que possible ces faits observés successivement. Au sommet de cette partie théorique se forme la Philosophie de la science spéciale, qui, se réunissant en un faisceau avec celles de toutes les autres sciences dans la Philosophie générale, ou l’Économie, nous donne l’assymptote de la loi vraie.

Mais, de même que l’esprit humain se développe sous les impressions physiques des sens comme base positive, la théorie scientifique procède de l’observation.

A l’origine d’une science, les données expérimentales étant peu nombreuses, il est facile de les subordonner à une première explication qui semble claire et suffisante; rien de pénible, rien d’ardu n’entrave l’essor de l’esprit ; aucun nuage n’obscurcit la première lueur intellectuelle obtenue. Mais bientôt les observations se pressent, les faits s’accumulent, et la théorie, désormais impuissante, est rejetée pour faire place à de nouvelles explications plus satisfaisantes. A mesure que la science avance, que les phénomènes grandissent, se multiplient, les théories s’entassent, l’obscurité ajoute au chaos, et la science devient un dédale que la confusion rend inextricable. Tout à coup, au point où l’entendement humain a semblé reculer, un fait

simple apparaît, une idée lumineuse surgit, une connexion philosophique se révèle;' le génie parle, et à sa voix tout se classe, s’explique, s’éclaire, et d’un coup d’œil l’homme contemple un progrès immense là où les ténèbres de la décadence lui avaient semblé s’épaissir. Jusqu’à ce que de nouvelles recherches amènent de nouvelles observations, de nouveaux doutes, de nouvelles incertitudes et de nouvelles clartés.

C’est ainsi que procèdent les connaissances humaines, c’est ainsi que marche l’accroissement progressif de la civilisation générale. Dans la voie suivie, la Providence a placé la lumière à des distances déterminées; l’horizon s’obscurcit en s’élargissant , jusqu’au moment où un jour nouveau découvre de nouveaux espaces. Jamais le champ de l’avenir ne semble aussi sombre que lorsque va luire une clarté nouvelle. C’est ainsi que, d’espace en espace, d’horizon en horizon, de soleil en soleil, la science tend à la vérité, l’homme tend à la liberté, l’humanité tend à Dieu.

La science Économique, la grande science, puisqu’elle sonde les voies de l’amélioration universelle , peut aussi se décomposer en deux parties solidaires entre elles. Les résultats généraux obtenus dans toutes les sciences et réunis par leur Philosophie, forment la masse expérimentale de l’Économie ; l’ensemble des théories scientifiques reconnues, coordon-

nées entre elles, afin que les éléments de la loi du progrès en puissent ressortir, composent, ou plutôt devraient composer son domaine raisonné. Si donc on a pu dire que la Statistique était la base expérimentale de l’Économie, c’est qu’elle en fait'partie plutôt qu’elle 11e la constitue. En effet, chaque science a sa statistique propre, comme chaque science a son calcul spécial, son mode particulier d’expérimentation ou de comparaison. Les résultats généraux de toutes les statistiques, de toutes les expérimentations, de toutes les comparaisons, forment ensemble la masse de données naturelles qui convient à l’Économie.

Mais la Statistique seule ne peut servir utilement qu’ autant qu’elle s’applique à vérifier par des exemples choisis et suffisamment classés une théorie qui se base déjà sur des observations réelles. Autrement la statistique opérée au hasard fournit des armes à toutes les opinions, parce qu’elle a le plus souvent négligé des éléments décisifs sans lesquels ses chiffres ne sont plus que de vaines figures. J’aurai occasion de le montrer plus loin.

Puisque la science Économique n’a de réalité qu’ autant qu’elle se fonde d’une part sur les données expérimentales recueillies au sein de toutes les sciences naturelles et métaphysiques humaines, de l’autre sur les tendances philosophiques qui naissent de ces mêmes corps de connaissances, il est indispensable pour par-

venir à la vérité économique, je ne dirai pas d’être versé dans chacune des sciences, d’être passé maître de omni re scibili, cela est humainement impossible et le devient de plus en plus, mais au moins de s’être assimilé les principales vérités que ces sciences ont fait acquérir aux hommes, et les vues philosophiques qu’elles ont mises en évidence.

Gela ne suffit pas encore; il faut que l’économiste soit doué d’un esprit éminemment généralisateur, afin que lorsqu’il a à tirer les conséquences des choses admises ou reconnues, il les prenne à un point de vue assez élevé pour apercevoir à la fois tous les éléments de ses spéculations, et cependant ne se point perdre dans les détails qui noieraient le sujet.

C’est à cet écueil redoutable que viennent se briser la plupart des hommes spéciaux dont on veut faire des hommes d’État. Lorsque la facutté généralisatrice leur manque, les innombrables détails auxquels ils s’assujettissent, les fascinent, les éblouissent, les aveuglent, et leur habileté se perd dans une sorte d’esprit de vertige.

Malheureusement, un grand nombre de penseurs qui ont fait école en Économie, ont oublié qu’il n’y a de vrai que ce qui est constaté, et ont cru inutile d’apprendre ce qu’ils auraient avant tout dû savoir. Soyez sûr que si l’illustre Économiste qui s'appelait Bacon a prophétisé tant de merveilles que depuis nous avons

vu se réaliser, c’est qu’à sa force incroyable d’esprit, il joignait la connaissance profonde des richesses intellectuelles déjà acquises à l’époque où il vivait. Un Économiste qui manque de notions sérieuses ou des sciences naturelles, ou des sciences métaphysiques, ou de l’application quotidienne de ces sciences, réunit à peu près contre ses raisonnements toutes les chances probables de l’erreur ; s’il proclame une vérité, il faut qu’il ait été bien favorisé ou du hasard ou de l’intuition divine. Et je crois que l’avenir de l’Économie ne sera assuré, que ses bienfaits ne seront réels, que ses progrès ne seront rapides que lorsque ceux qui se livrent à cette science ardue auront bien compris qu’ils doivent en connaître beaucoup d’autres avant d’oser aborder celle-là.

A mon sens, donc, les reproches qu’on adresse à l’Économie Politique ou à un grand nombre des propositions qu’elle admet, sont fondés. Ses fautes procèdent de l’ignorance des éléments nécessaires aux spéculations économiques ; elles créent des sophismes dangereux dont la contradiction enfante des théories subversives. Les absurdes rêveries du communisme n’ont pas d’autre origine que la discordance des propositions économiques avec les idées innées généreuses et vraies que Dieu a mises au cœur de l’homme, et que l’étude scientifique des lois naturelles met en évidence pour ceux qui veulent ouvrir le grand livre. Pour démon-

trer pratiquement cette assertion, qui peut sembler au moins hardie, il me suffira de deux exemples, et j’aborderai de front les deux propositions les plus formidables et les plus funestes que l’ancienne économie ait léguées à la Philosophie des sciences, à l’Économie générale : La théorie de ia rente delà terre, de Ricardo, et le principe de population, de Malthus.

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