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LIVRE II, CHAPITRE V

maître de détruire et de briser la force judiciaire , présenterait une anomalie ridicule, et une forme bâtarde d'organisation qu'il faut bien se garder de laisser admettre.

INious allons exposer quelques idées sur la nécessité d'avoir, dans tout pays, de bons magistrats et des tribunaux libres et indépendants. Dans un État constitutionnel, c'est indispensable, autrement il cesse d'être. La propriété, la sécurité , la liberté du citoyen y sont attachées. Voici ce que nous disions, page biy et suiv. , de notre ouvrage sur le Code pénal.

Cette qualité (la bonne foi), considérée comme un effet de la conscience du magistrat, est tellement indispensable , qu'on peut avancer que le plus grand fléau qui puisse peser sur un État , est celui qui y serait apporté par les corps judiciaires s'ils perdaient leur indépendance, ou s'ils obéissaient à d'autres impulsions que celles de leur conscience et d'un puissant amour de la justice, sans acception de personnes ni des temps qui prennent leur niveau devant la loi toujours vivante et toujours la même.

On peut ajouter que de quelques maux que soient imprégnés le corps social et les différents pouvoirs qui le régissent, si la magistrature se trouve intacte, si quelque vicieux que puissent être d'ailleurs les membres qui la composent, une fois sur leurs sièges , ils sentent revivre en eux ce feu presque divin qui met l'homme au-dessus de lui-même, il ne faut pas désespérer de la chose publique. L'État, quelque ébranlé qu'il soit, ne périra point, tant que ses corps judiciaires seront purs, tant qu'ils ne mettront pas leur volonté ou leurs propres opinions à la place de la loi.

Se figure-t-on un peuple chez lequel tous les citoyens , tenant à la liberté, à leur patrimoine, au libre exercice de leur industrie, sont continuellement livrés à la crainte de se voir ravir l'un ou l'autre ou tous à la fois ?

Qu'on se représente les avantages d'une sécurité contraire : que ne peut-on pas attendre de la confiance du citoyen qui, menacé dans sa personne et dans ses biens, peut repousser avec dédain ces menaces, de quelque part qu'elles lui arrivent , et s'endormir dans cette idée: Que les magistrats feront respecter ses droits; que s'il était exposé à des dénonciations injustes, il n'a rien à en redouter; ils puniront le calomniateur et mettront l'innocence au grand jour?

Dans quel pays ne portera-t-on pas envie à l'assurance de ce meunier qui, menace par Frédéric lui-même de se voir enlever sa propriété . lui répondit : Il y a des juges à Berlin.'

Admirable confiance, tant que tu existeras dans le cœur des citoyens, on bénira le gouvernement et les corps judiciaires qui auront su la faire naître !

Qu'il est beau de voir le magistrat, n'écoutant que sa conscience, ne lisant que la loi, décider de grands intérêts, sans égard pour la puissance qui a employé tous les moyens de le circonvenir ! S'il oblige l'homme en crédit à remplir des obligations auxquelles il croyait pouvoir se soustraire: s'il a fait tomber des mains du spoliateur une fortune usurpée par l'injustice ; s'il a réparé le mal commis à l'égard du malheureux en butte aux persécutions des grands, il aura des ennemis; mais il honorera l'Etat, il électrisera les grandes âmes; il s'endormira dans le calme d'une conscience pure et sans remords ; il se dédommagera de cette inimitié par les jouissances qu'il trouTera dans l'estime de ses concitoyens; ceux de ses collègues qui sont les compagnons et les témoins impartiaux de sa droiture, le défendront et le vengeront, par leur considération et leur amitié, des haines qu'il a pu mériter, des rivalités et de l'envie que l'opinion même qui l'honore a pu exciter.

Écoutons Juniiis, en sa première lettre :

« L'impartiale et sainte administration de la justice est peut-être

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