LIVRE III, CHAPITRE IV
s'opposer à un conflit , sur un arrêt , il avait l'air d'un néophyte igno • rant, quand il disait qu'alors que tout était jugé il n'y avait j)lus de conflit possible.
Le manque de publicité lui nuit aujourd'hui beaucoup plus qu'il ne pense; s'il y avait des de'bats publics, un avocat ne pourrait se dispenser de plaider, puis un autre encore de redire que le conflit est impossible, illégal, lorsqu'il n'y a plus d'instance; messieurs les conseillers seraient forcés, quoiqu'ils fassent et puissent faire, de le reconnaître, et insensiblement de renoncer aux conflits, parccque tout ce qui blesse la raison publique ne peut long-temps être soutenu en public.
Voici pour la publicité ce que dit Bentham, cet esprit si judicieux, dans son dernier ouvrage sur les Preuves judiciaires , i"vol., p. i5i.
« L'audience est la véritable Cour d'appel où les décisions du tribunal sont jugées et appréciées à leur juste valeur ; ce qu'une Cour supérieure ne ferait jamais qu'avec beaucoup de frais et de longueurs , d'une manière imparfaite, ce grand comité du public l'exécute sans délai, sans dépense , et avec une probité incorruptible, car la probité du peuple , naissant de son intérêt même , offre la plus grande sûreté qu'on puisse obtenir.
» Les regards du souverain remplaceraient-ils ceux du public? Autant vaudrait demander si le prince aurait le loisir de revoir tous les procès. Je laisse à part l'intérêt des Cours, le danger de la faveur l'improbabilité qu'un ministre qui a choisi un mauvais juge avoue l'erreur de son choix, et lui inflige une disgrâce qui rejaillirait sur lui. Qui gardera les gardiens ? c'est une question qui revient .«ans cesse jusqu'à ce qu'on se fie à la nation elle-même.
< Nous avons vu, dans le dernier siècle, Frédéric en Prus.se, Catherine en Russie, s'appliquer avec le zèle le plus louable à réformer les cours de justice, à en bannir la vénalité, à .surveiller les juges, à se
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faire rendre compte des principales affaires, à punir des' prévarications manifestes. Leur vigilance eut peu d'effet; leurs bonnes intentions furent trompées; leur intervention même ne fut pas sans inconvénient; pourquoi? parcequc la publicité manquait à leurs tribunaux, que sans elle toutes les précautions imaginables ne sont que des toiles d'araignées.
» Si la publicité est nécessaire pour assurer la probité du juge, elle ne l'est pas moins pour fonder la confiance du public. Supposons , contre toute vraisemblance, qu'une justice secrète fût toujours bien administrée; qu'y gagnerait-on? à peu près rien. L'intégrité serait dans le cœur des juges, l'injustice serait peinte sur leur front. Comment le public pourrait-il accorder le titre de /asles à des hommes qu'il voit suivre un mode de conduite où l'injustice seule peut gagner, où la probité ne peut que perdre?
» Le principal usage de la justice réelle est de produire la justice apparente; or, dans la supposition , il n'y aurait que la réelle, dont l'utilité est bornée; il n'y aurait pas Vapparente, dont l'utilité est universelle; la racine serait dans la terre et le fruit n'en sortirait pas. De non apparentibus et de Jion existeniibiis eadeni est ratio.
« Tous les faits ont été d'accord avec ces principes. Plus les tribunaux ont été secrets, plus ils ont été odieux. La Cour vrlimique, rincjuisition, le Conseil des Dix, ont llétri les gouvernements qui les avaient adoptés. On leur a imputé cent fois pins de crimes peut-être qu'ils n'en ont commis.
» J'ai peine à concevoir comment il se trouve des juges cjui puissent se ré.soudre à se priver, dans un niinistère do rigueur, du grand appui de ro[)inion publicjuc; j'ai j)cine à concevoir qu'on ose tenir l'équivalent de ce langage : « Croyez aveuglément à mon intégrité ; je suis au-dessus de toute tentation, de toute erreur, de toute fail)lp.'«e;nioi seul je suis ma caution : accordez une foi implicite à des vertus plus