‹ Des conflitsChapitre 180 sur 412 · I. MJ · texte numérisé non relu

I. MJ

')o6 DES COÎSFLITS.

les dénaturei en faisant entrer dans leur organisation des éléments vicieux qui tendent à les corrompre : c'est dans la vue de donner au pouvoir suprême un préservatif , non seulement contre les citoyens, mais contre les corps judiciaires, dans les cas où ils ne se soumettraient pas avec docilité aux impulsions qu'il plairait à des ministres ignorants de tenter de leur imprimer.

Quelle énorme différence avec la législation et la pratique anglaises, (]ui offrent partout au citoyen des garanties contre 1 arbitraire ! La nôtre au contraire n'en établit que pour la monarchie; chez nous on ne s'attache qu'à la renforcer: nos voisins tendent uniquement à la régulariser et à la rendre inaperçue , pour ne pas la compromettre sans cesse.

Nous avons sur ce point une éducation à faire; espérons que la déconsidération attachée au grand conseil du souverain ne contribuera pas peu à la former.

Un autre vice organique du Conseil d'État, et qui indépendamment des actes abusifs qu'on lui voit journellement commettre, contribue encore à en augmenter la défaveur et à en faire redouter le pouvoir, c'est la clandestinité avec laquelle il opère, et le mystère dont il couvre ses décisions. Les conseillers d'État , créatures présumées des ministres, souvent choisis par les actuels, toujours approuvés par eux, travaillent loin de tous regards; que doit-on en attendre?

Je sais que passant fréquemment au Loutre, le grand nombre de brillants équipages qui s'y trouvaient ne m'a jamais appris que le Con- .seil d'État était en séance, sans qu'il ne se présentât à mon esprit l'idée qu'on immolait, peut-être au moment même, une de nos libertés, ou qu'on détruisait un acte déplaisant de la justice. Je n'ai pas fait part de mes craintes à une seule personne, qu'elle ne les ait partagées; l'une d'elles même, qui avait appartenu à ce corps si énergique et si puissant, m'apprit qu'un jour, ayant pour la première fois occasion de

Page 1