HISTORIQUE
Bien qu'elle constitue un processus anatomique nettement défini, la congestion pulmonaire ne date véritablement dans l'histoire clinique que depuis Woillez.
Avant lui, la plupart des auteurs n’y voyaient qu'un des éléments les moins importants des autres affections pulmonaires où cardiaques, un élément secondaire que l’on pouvait sans inconvénient passer sous silence. Toutefois, Andral consacre dans son Anatomie pathologique un chapitre à l'hyperémie en général; Jolly, dans l’article Congestion, du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, consacre quelques lignes à la: congestion du poumon, fréquente dans cet organe si vasculairé: Hermann et Dechambre différencient la congestion de l'inflammation pulmonaire. Mais, les recherches à ce suJet restaient cantonnées dans le domaine anatomique : la clinique n'en profita pas ou {très peu, soit que les symptômes échappèrent aux médecins, soit qu'ils furent confondus avec ceux d'affections différentes.
Il faut cependant noter un court, mais intéressant pas-
sage d’un précurseur de Woillez, où l’œuvre de ce dernier
; Er 9 Tr se trouve comme résumée ; Fournet, dans ses recherches cliniques sur l’auscultation, parues en 1839, consacre à la congestion pulmonaire un petit chapitre intitulé : Congestion sanguine active des poumons : « Les symptômes apparaissaient, dit-il, souvent comme les premières manifestations de la pneumonie, mais disparaissaient rapidementsans laisser de traces. C'étaient du côté fonctionnel un point de côté pleurétique, une toux sèche et légère, un caractère humide et visqueux de la respiration, qui était en même temps accélérée, des crachats peu abondants, âcres, blancs, un sentiment.de gêne et d’étouffement ; du côlé physique, une diminution sensible des deux bruits respiratoires, un peu d'obscurité du son, une diminution des vibrations thoraciques (?), un râle humide à petites bulles. Ces symptômes trayérsaient des lésions différentes de celles de la pneumonie siégeant ordinairement dans le: 1/3 moyen du poumon et en arrière. La description, sauf quelques erreurs et quelques omissions, mérite d'être retenue : c'est celle de la congeshion pulmonaire aiguë, telle que Woillez va la décrire.
En effet, en décembre 1855, Woillez lut à la Société médicale son premier mémoire ayant pour titre : De la congestion pulmonaire considérée comme élément habituel des maladies aiguës (in Arch. gén. de médecine, 1854,t. ID). En 1860, il résume dans son Dictionnaire de diagnostics les résultats qu'ila obtenus; ilen fait le sujet de quelques conférences à Cochin et à Necker, et en 1866, 1l ht à l’Acadé-
mie de médecine un résumé de tout ce qui concerne la congestion pulmonaire idiopathique. Enfin en 187,
dans son Traité clinique des maladies des organes respira-
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toires, il donne une description complète ou mieux, il
crée de toutes pièces une affection nouvelle, la congestion *
pulmonaire idiopathique à laquelle 1l donne la place nosologique qu'elle devait occuper. Dorénavant, on devait envisager la congestion pulmonaire sous son véritable jour, c'est-à- Ne: d' une part, comme une manifestation secondare à d'autres affections soit générales, soit locales et pulmonaires: d'autre part, comme une entité morbide, une véritable affection primitive avec des symptômes. et une évolution propres.
Loin de détruire la conception de Woillez, les tours
qui vinrent après lui ne cherchèrent qu'à l'élargir. Cadet
de Gassicourt étudie la congestion rdiopathique chez les
enfants. M. Potain décrit la forme pleuro-pulmonaire, en 1883, et, la même année, M. Grancher, dans une com-
munication à la Société des hôpitaux, montre l’exis-
tence d’un état morbide du poumon différent de la
congestion de Woillez, et de la pneumonie franche, simulant une pleurésie avec épanchement, et méritant une description el une dénomination propres: Il l'appelle spléno-pneumonie. Dans la suite, un assez grand nombre
de travaux confirment et complètent la communication de
M. Grancher, parmi lesquels nous citerons les thèses de
Bourdel, de M'° Brandhendler, les observations de Berthier, les Revues de Dreyfus-Brisac et Legendre, et sur-
tout celles de Queyrat, où il oppose nettement la conges-
tion à forme de pneumonie de Woillez, à la congestion à
forme de pleurésie de Grancher ; Weill, de Lyon, complète cette histoire de la congestion pulmonaire telle que nous la possédons actuellement, en rapportant, dans la
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Province médicale de 1891. l'observation d'un malade frappé d'une congestion à rechutes, analogue à l’hémoglobinurie paroxystique.
Depuis lors, l'historique de la congestion idiopathique entre dans une nouvelle phase : celle des recherches bactériologiques. Longtemps vains, ces efforts à l'heure actuelle paraissent devoir aboutir. En effet, si dans les congestions type Woillez, M. Duflocq recherche en vain le pneumocoque, si, dans les spléno-pneumonies, les résultats ont élé tantôt négatifs (Grancher), tantôt incertains (Chantemesse), par contre s'affirme chaque jour le rôle du pneumocoque dans la pathogénie de l'affection qui nous occupe. Ils ont été rencontrés dans toutes les formes cliniques signalées (Alfaro-Carrière) et le P' Grasset, abordant franchement la classification pathogénique des .congestions, les décrivait dans ses Leçons de clinique de 1896, sous la rubrique de pneumococcie thoracique atténuée. II semble, d’après la récente observation de MM. Caussade et Laubry, que cette atténuation de virulence n’est pas une règle absolue : et, d'après nos observations, que le pneumocoque peul pérsister longtemps, tantôt en perdant rapi-
dement, tantôt en conservant en partie sa virulence,