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Des congestions sanguines de la rate ou, des obstructions de ce viscère vulgairement appelées en anglais spleen

On à trouvé extraordinaire ce que j’ai avancé, dans mes Recherches sur la Contagion des Fièvres intermittentes^ touchant la congestion sanguine dont la rate est le siège dans ces mômes lièvres 5 et i’on a dit que mes assertions, à cet égard, étaient beaucoup trop générales. Si bon eût considéré que la digression que j’ai faite alors n’est qu’accessoire à la question que je traitais, on n’aurait pas éxigé des détails qui m’avaient paru superflus. D’ailleurs , ne voit-on pas tous les jours que les médecins qui écrivent d’après l’observation, évitent les dissertations oiseuses et les détails minutieux, étant bien persuadés qu’ils ne sont jamais obscurs pour des praticiens. Il n’en est pas de même, sans doute, pour ceux qui étaient, naguères, sur les bancs de l’école , et pour qui rien n’est audessus des charmes d’une théorie tellement analytique, qu’elle épuise le sujet et ne laisse plus rien à

dire. Il faut donc que j’ëcrive eacore , puisque le critique qui a donné une analyse de mon ouvrage, a révoqué en doute ce que j’ai dit sur l’anatomie pathologique de la rate (O

Ce n’est pas, il est vrai, sans quelque déplaisir que je me vois obligé à traiter un sujet que je voulais mûrir encore par l’observation. Mais puisque la circonstance est impérieuse , je ferai connaître ce que je pense sur l’engorgement sanguin de la rate , qui constitue ce que, en anglais, on nomme tJie spleen. Cette maladie, que l’on a considérée jusqu’à ce jour comme due à un engorgement lymphatique, est encore peu connue, quoique vers le milieu du siècle dernier. Lorry en ait fait le sujet de son beau traité de Melancholia.

J’ai dit dans mes Recherches etc., que l’engorgement sanguin de la rate est ce qu’on observe le plus fréquemment à la suite des fièvres intermittentes (2). Il est, je n’en doute point, toujours proportionné à leur intensité ou à leur durée : ce qui m’a fait dire , avec Cullen , que chaque accès ajoute à la congestion. Le docteur Portai qui , dans tous ses écrits , a réuni rexactitude de l’anatomie aux résultats d’une bonne observation, a rapporté, dans son Traité des Maladies du Foie., un grand nombre de faits qui attestent que cet engorgement accompagne celui du foie dans

Voyez les Psoles à la fin.

beaucoup de maladies. Mais ce qu’il n’a pas fait remarquer, et que je déduis de son ouvrage comme une conséquence générale qui vient à l’appui de mon observation, c’est que, dans la plupart des cas, l’engorgement de la rate s’était manifesté pendant le cours des fièvres intermittentes et rarement pendant celui des autres maladies dont il a traité. Si l’on trouve quelques-unes de ces obstructions parmi les autres faits nombreux que cet auteur a réunis, c’est lorsqu’il parle du scorbut ou de la dysentérie, maladies qui sont étroitement liées par leur étiologie et par leur nature avec les fièvres malignes de tous les types. Si l’ouvrage du docteur Portai mentionne encore d’autres engorgemens de la rate , c’est lorsqu’il s’agit de la suppression des hémorroïdes ou du flux menstruel , de l’hématémèse,des affections morales et des palpitations du cœur, circonstances qui indiquent ou qui entraînent des désordres dans la circulation du sang. Mais c’est à ces mêmes désordres que j’attribue le plus grand nombre des engorgemens spléniques. Voyons s’il est possible de recueillir là-dessus quelques données satisfaisantes.

On a été long-temps à savoir pourquoi la rate a des vaisseaux sanguins très-gros relativement à son volume; et de nos jours seulement on a cru en avoir trouvé la raison. En 1802, Assolant écrivait que le sang est à la rate ce que la fibrine est aux muscles , le phosphate calcaire aux os, etc., c’est-à-dire qu’il est

la matière la pins abondante que l’on trouve dans ce viscère. En i8o5, Morescliî, de Pavie, constatait, par de nombreuses expériences sur les animaux , ce que Lieutaud avait démontré avant lui, que la rate est pleine de sang lorsque l’estomac est vide d’alimens » et qu’elle se vide à son tour lorsque celui-ci s’emplit; tandis que son volume ne varie presque pas dans les animaux qui digèrent continuellement , comme le rat, le lapin , etc ; d’où il a conclu qu’elle est un réservoir du sang approprié aux besoins de l’estomac. En i8o4. Portai la considérait comme une espèce d’éponge qui est, à certaines époques, beaucoup plus pleine de sang que dans d’autres. En 1806, Benjamin Rush , médecin aux Etats-Unis, publiait que la rate est un réservoir du système vasculaire, d’où le sang est repris pour quelque fonction principale. Selon ce même auteur, c’est encore dans ce viscère que ce fluide vital se ramasse pendant les exercices du corps , les marches précipitées, etc, ou bien lorsque les contractions spasmodiques du cœur , dans les passions violentes , le chassent dans l’aorte, ou bien encore lorsque les veines caves ne peuvent point se vider dans l’oreillette droite. Nous devons à Everard Home, médecin anglais, quelques expériences qu’il publia en 1808 , des quelles on peut inférer que la rate concourt au travail de la digestion, et qu’elle communique directement avec l’estomac. Enfin, dernièrement, Magendie a mis la rate au premier rang des viscères qu’il considère

comme formés, en grande partie, d’un tissu deradicnles veineuses.

Ces données physiologiques s’accordfnt avec ce que j’ai trouve d’engorgemens sanguins de la rate , chez les sujets dans lesquels le cœur et les gros vaisseaux qui y aboutissent , contenaient les concrétions gélatineuses hydatidiformes dont j’ai parlé le premier, à propos des fièvres intermittentes pernicieuses, comme le docleur Bally à propos de la fièvre jaune : et par tous ces résultats , soit physiologiques , soit pathologiques, il paraîtrait prouvé; que la rate cède d’une manière passive à l’action mécanique qu’exercent sur elle les viscères dont elle est entourée.

On serait donc fondé à dire , d’après Lieutaud , Moreschi et Rush, que le sang, ainsi ramassé dans la rate, ne perd point de ses qualités naturelles, puisqu’il rentre habituellement dans la circulation sans y causer aucun trouble. Le contraire arriverait, si une pareille collection se faisait dans un autre organe. Ici, ce serait une véritable hémorragie occasionnée par la rupture des vaisseaux; là, au contraire, ce n’est qu’une dilatation des vaisseaux de la rate. Dans le premier cas , le sang tendrait promptement à la décomposition ; dans le second , il conserve ses propriétés vitales : voilà pourquoi la rate est rarement le siège d’une inflammation. On trouve beaucoup de suppurations du foie , avant d’en rencontrer une de la rate. Ma pratique dans les hôpi-

taux militaîrcs de Venise , de Rome et d’Espagne, où j’ai vu beaucoup de ces obstructions , ne m’a fourni qu’un seul de ces deiniers cas, où un abcès de la rate s’ouvrit dans la poitrine, en perçant le diaphragme, et y farina un empyème, dont je fis faire l’opération. On trouvera cette observation dans les Annales de la Société de Médecine- P ratique de Montpellier y année i8i i.

Les cas suivans serviraient a prouver ce que je viens de dire. L’an dernier, je donpai des soins à Madame de L...., des environs d’Aiigoulême , qui vint à Paris, soulTrant d’une sorte de paralysie ou atonie complète des muscles des quatre extrémités. Elle en fut guérie par les secours si bien appropriés que l’on trouve aux bains de Tivoli. Mais je ne la délivrai point d’une obstruction volumineuse de la rate qu’elle porte depuis vingt ans, suite de fièvres d’accès trèsopiniâtres , et dont le professeur Halle reconnut toute rétendue dans une consultation qui eut lieu à celte occasion. INéanmoins, le traitement qui fut prescrit ne fut point dirigé contre cette maladie, que nous ne considérâmes point comme pouvant compromettre les jours de la consultante. Il n’en a pas été décidé de même d’une obstruction du foie que porte

la dame G , de Paris, à la suite d’une suppression

menstruelle , et pour laquelle j’ai été consulté dans le mois de mars dernier. Le prognostic fâcheux que j’en ai porté a été conforme à celui qu’en porta éga-

lemenl le dockîiir Portai , qui fut consulté quelques jours après.

Deux circonstances étrangères aux fonctions de la rate peuvent changer la congestion physiologique qui se fait dans ce viscère, en une congestion véritablement pathologique. La première est la densité du sang , la seconde est la disproportion qui s’établit accidentellement entre la fonction de l’artère splénique et celle de la veine du même nom. Par exemple , une passion violente dont les effets spasmodiques sur le cœur se prolongent plus ou moins , peut empêcher l’arrivée du sang de l’une ou de l’autre veine cave dans l’oreillette droite , tandis que rien ne s’oppose au cours de ce liquide dans l’oreillette et dans le ventricule gauches. Alors tout le sang veineux n’arrive point au cœur et reflue dans les vaisseaux qui l’y apportaient ; de là l’engorgement de la rate , qui est le viscère le plus voisin et le plus perméable. Il peut se faire aussi que le sang ait plus de densité que de coutume, comme chez les hommes qui font des marches forcées pendant les grandes chaleurs, ou qui habitent les pays marécageux, et chez ceux qui ont pris rapidement un grand embonpoint , qui usent imnv)dérément des viandes ou qui font abus des boissons alcooliques. Dans ces cas encore , le sang traverse difficilement les organes parenchymateux, tels que la rate et le foie, et c’est alors que se forment ces congestions pathologiques ou obstructions, ainsi

( lo )

que les concrétions gélatineuses que j’ai trouvées fréquemment dans le ventricule droit et dans l’oreillette du même côté, pendant le règne des fièvres intermittentes.

Y a-t-il, en effet, quelque raison de croire que l’obstruction de la rate se lie naturellement avec ce genre de maladies , plutôt qu’avec les autres fièvres ? A travers l’obscurité dont cette question est entourée , on découvre une lueur que donne la périodicité des mouvemens qui se passent dans ce viscère , et qui sont, à peu près, tout ce que nous savons sur sa fonction. S’il est vrai, comme Moreschi et Rush l’ont expérimenté , que la rate soit quelque temps sans action, comme lors de la digestion pendant laquelle, étant pressée de toutes parts, elle se réduit à un trèspetit volume j et qu’elle sorte ensuite de cet état de torpeur pour reprendre une ample dimension, on pourra presque surnommer cette fonction intermittente, et considérer l’organe où elle a lieu, comme appelé par la nature à éprouver des sensations périodiques , auxquelles l’estomac n’est pas lui-même étranger. Il n’en est pas ainsi du foie ; sa fonction n’est point rallentie ni suspendue comme celle de la rate ; et s’il ne verse pas continuellement dans l’intestin la bile qu’il est appelé d sécréter ne la prépare pas moins , et il la met en réserve dans la vésicule pour la verser ensuite avec plus de profusion, ou pour lui donner peut-être aussi les qualités qui lui

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