II
sont nécessaires pour concourir ulilement à l’œime de la chllificalion. iVIals s’il est vrai que la nature ait habitué la rate à des sensations intermittentes en santé , sera-t-il déraisonnable de dire que cette habitude s’étend aux sensations qu’elle éprouve dans les temps de maladie ; et que telle est la raison que l’on peut donner de la coïncidence de ses obstructions avec les fièvres d’accès ? J’amenderai mon opinion à cet égard , lorsqu’on aura dit quelque chose de plus vraisemblable.
Il n’importe pas moins de savoir si la fièvre est déterminée par l’engorgement , ou si celui-ci est consécutif. Sans affirmer, avec les anciens médecins, ou meme avec quelques-uns des siècles derniers, que le siège de la fièvre quarte est dans la rate, et celui de la fièvre tierce dans le foie , je dirai néanmoins que si l’on considérait la fièvre intermittente ou rémittente comme essentielle ou primitive , on serait en peine pour se rendre raison des obstructions spéciales de la rate et du foie , parce qu’elle n’a pas la faculté de choisir ces organes préférablement aux autres. Il y a donc quelque chose de particulier dans la rate et dans le foie ; c’est-à-dire qu’on peut y trouver la raison de la forme que prend la fièvre ; et d’après cela même il est à présumer que la maladie de l’organe en est le mobile.
Ce que je viens de dire semble ju,stifié par les désordres des fonctions digestives , et par la dureté , la
tension et la douleur des hÿpocondres qui précèdent le développement de la fièvre en général. Ces accii dens, qui se passent intérieurement, indiquent un état pathologique des organes antérieur à la fièvre , de même qu^une opération chirurgicale grave , une atteinte portée à un organe par blessure ou par contusion 5 et même la simple congestion du sang ou ecchymose cutanée à la suite dhin coup violent , ne suscitent la fièvre que vingt-quatre ou quarante-huit heures après l’événement. Dans tous ces cas, la fièvre n’est que secondaire, comme elle l’est , probablement , dans tous ceux qui ne tombent point sous nos sens. C’est ce qu’a soutenu avec autant d’énergie que de savoir, le professeur Reil , digne successeur du grand Hoffmaiiii dans l’université de Halle. Mais n’est'Ce pas a la persévérance de l’état pathologique des viscères abdominaux que , dans tous les temps , on a attribué les rechutes de fièvres intermittentes , rechutes qu’on n’observe pas dans les fièvres continues , parce qu’il ne reste pas après elles de maladie profondément fixée sur un organe. Aussi Fernel , Bâillon , Lorry, Lieutaud et Portai sont-ils d’une opinion unanime sur le siège de la fièvre intermittente qu’ils placent dans les organes biliaires, la rate et le foie. C’est à l’imitation de ces grands médecins, dont les écrits sont le fruit de l’observation clinique et non point de la poussière des bibliothèques, que j’ai avancé dans mes Recherches sur la Contagion etc. ,
qu’il faut admettre un appareil organique dans lequel se passe le travail pathologique , d’où résulte la fièvre intermittente, et dont la rate fait nécessairement partie.
Mais il se présente une nouvelle difficulté. Cet appareil organique est-il doué de la faculté de produire la fièvre intermittente , sans le concours des agens qui lui viennent du dehors? Pour répondre affirmativement , il faudrait pouvoir démontrer que les organes biliaires ont, par eux*mêmes, la faculté de se modifier , de s’altérer , de s’agrandir , de se rapetisser, tandis qu'ils ne sentent que par suite des sensations que leurs nerfs reçoivent d’autres nerfs qui sont hors de leur sphère; qu’ils sont traversés par des vaisseaux sanguins qui appartiennent au système de la circulation , et que les vaisseaux lymphatiques qui s’y disT tribuent , sont des démembremens de la circulation blanche qui n'est pas moins générale que la précédente. Si j’examine l’influence nerveuse sur ces viscères, je trouve qu’elle doit être moindre que dans les autres organes, parce que les premiers sont dépourvus de fibres musculaires nécessaires pour réagir ■sur les vaisseaux qui forment leur tissu. Aussi voit on .très-souvent que leurs maladies idiopathiques se ma- -nifeslent par la souffrance de quelqu’autre organe , lors même qu’on ne soupçonne pas encore l’état pathologique de la rate et du foie. Néanmoins, ceux-ci ne sont pas dépourvus de sensibilité, puisqu’on la
reconnaît , pendant leurs maladies déjà avancées , à une douleur sourde qui n’est jamais proportionnée à l’intensité du mal. Il faut par conséquent chercher la cause de ces obstructions dans les liquides qui traversent ces organes. Ces obstructions seront donc sanguines ou lymphatiques. Les premières appartiennent plus particulièrement aux fièvres aiguës , les secondes aux chroniques. Celles-ci sont associées aux maladies du système lymphatique, comme la gale, la syphilis , les dartres, les scrophules, etc.; les autres viennent des déréglemens de la circulation du sang. C’est à l'^examen de ces dernières que je consacrerai les réflexions suivantes :
L’observation journalière nous apprend que la suppression des hémorroïdes , du flux menstruel, des hémorragies nazales , de l’hématémèse, etc. , est le plus souvent suivie de l’engorgement du foie ou de la rate, ou de ces deux viscères en même temps. JNous voyons aussi que la chlorose qui résulte de l’empêchement ou du retard de l’émission du sang par l’utérus, à une époque où la nature sollicite cette évacuation , produit, à son tour, l’engorgemènt sanguin de ces mêmes viscères, et particulièrement de la rate , selon Bâillon. Une observation attentive fera voir encore que l’engorgement du foie est très-souvent secondaire de celui delà rate. Celui-ci, qu’il est difficile de connaître dans les premiers temps, à cause de la position de i’oigane , ne devient sensible que
lorsqu’il est volumineux. Il n’en est pas ainsi de celui du foie : ce viscère se dessine assez bien sous les leguluens pour que, dans beaucoup de cas, on puisse s’assurer s’il est engorge en totalité ou en partie. Voilà pourquoi dans la pratique on rencontre lui grand nombre de ses engorgemens que l’on considère comme primitifs, tandis qu’ils sont très-souvent secondaires de ceux de la rate. Ce que la physiologie nous apprend que chez les animaux qu’on a dératés , le foie devient très- volumineux, prouve les relations très -prochaines qui existent entre ces organes. Dans quelques cas, j’ai vu également ces viscères souffrir des désordres de la veine porte; mais j’ai remarqué qu alors le foie est plus affecté que la rate , et que le contraire arrive , si la circulation du sang éprouve quelque dérangement dans l’estomac ou dans le cœur. De manière que je pourrais presque assurer, que la rate est a la ^circulation du sang dans l’eslomac et dans la poitrine, ce que le foie est à l’abdomen. Je recommande aux médecins observateurs l’examen de cet aperçu sur la vérité duquel je n’ai plus que des confirmations à attendre (3).
Lon sait , par conséquent , que la suppression de certaines évacuations sanguines , produit l’engorgement des organes biliaires ; et l’on n’ignore pas aussi que la provocation ou le retour de ces évacuations délivre ces organes de ces memes engorgemens , ce qui prouve déjà que le sang y joue un très-grand rôle.
J’aî vu , il y a quinze ans , dans les environs de Montpellier , une femme de campagne qui vomissait, presque tous les six mois , un litre environ d’un sang noir , épais, et qui , par le refroidissement, se figeait comme une gelée. Cet accident lui était si familier , qu’elle l’annonçait plusieurs jours à l’avance, et alors elle se plaignait d’une douleur dans l’hypocondre gauche , et dans la région des vertèbres dorsales. Par le toucher , on reconnaissait l’intumescence de la rate. Il n’y avaitpoint de fièvre, mais seulement du malaise. Le vomissement mettait fin à tous ces accidens, et le lendemain cette femme reprenait ses travaux ordinaires. J’ai toujours considéré ce cas , non point comme un melœna , mais comme une congestion sanguine de la rate ; et je pense que les vaisseaux sanguins gastro-spléniques , connus des anciens sous le nom de vaisseaux courts , ont été la voie par laquelle le sang qui s’était ramassé dans la rate , était versé dans l’estomac. On ne peut supposer un autre moyen de communication entre ces organes , sans y associer l’idée d’un état pathologique permanent , comme une adhérence , un ulcère chronique , des varices , etc. , ce qui n’existait point sans doute , puisque cette femme était rendue à la santé aussitôt. Je l’ai vue ainsi trois ans de suite , et ses voraissemens dataient d’une époque bien antérieure. Le cas suivant lient beaucoup de celui que je viens de rapporter , et je crois convenable de le faire connaître quoiqu’il ait eu une
terminaison funeste. En 1808 , étant à Rome , je comptais parmi les malades de l’hôpital, un militaire atteint d’une fièvre intermittente qui ii’ofFrait aucun symptôme grave , quoiqu’à cette même époque on observât fréquemment le caractère pernicieux ; tout à coup il fut pris de défaillance , rendit un flot de sang par la bouche et mourut. Al’ouverture du corps, je trouvai un caillot de sang du poids de trois livres environ , qui remplissait l’estomac. J’eus de fortes raisons de croire que ce sang venait de la rate par les vaisseaux gastro-spléniques , car je ne trouvai aucune altération à l’estomac. Il n’y avait rien d’extraordinaire dans les autres vicères.
Ces faits, et bien d’autres que je pourrais recueillir dans les auteurs , m’autorisent à attribuer au sangla plupart des désordres de la rate , et l’on pourrait fortifier cette opinion par de nouveaux faits que fourniraient les hémorragies nazales , les pertes utérines, le flux hémorroïdal , etc. , dont on connaît tous les avantages contre les obstructions. Aussi les bons praticiens , imitant ces mouvemens de la nature , font-ils , de l’émission du sang, une des conditions» principales du traitement. Ceiix , au contraire , qui sont trop asservis à la médecine moderne , s’étonneraient de lire, dans l’excellent traité des Maladies du. Joie du docteur Portai , combien ce médecin fut enhardi dans l’emploi de la saignée par Bouvard , que l’on a vu long-temps à la tête des médecins de Paris.
Dans les obstructions , Bouvard ne s’arrêtait pas toujours à la petitesse du pouls , ni à la faiblesse du sujet ; il faisait saigner une , deux et même trois fois , par la lancette ou par les sangsues , et ce fut le plus souvent à l’avantage des malades : c’est ce que le docteur Portai assure , en parlant des nombreuses consultations auxquelles il fut appelé avec ce grand praticien.
Les considérations que j’ai exposées en premier lieu sur les phénomènes [fliysiologiques de la rate , et celles que la pathologie et la thérapeutique viennent de foüiiiir , font ccnnaître assez de quelle manière se foimentla plupart des obstructions de ce viscère : ce sont de véritables congestions sanguines qui résultent d’un vice des organes ou d’une composiliou vicieuse du sang.
J’appelle congestions sanguines par vice des organes , 1®. celles qui proviennent d’un état de spasme plus ou moins permanent , fixé sur le cœur, qui diminue sa capacité ; 2’. celles que peuvent produire une structure vicieuse des organes voisins de la rate ou leurs maladies , les obstacles à la circulation , les anévrismes , les polypes des vaisseaux sanguins , et principalement les concrétions gélatineuses bydatidiformes dont j’ai rapporté quelques cas dans mes mémoires sur les fièvres pernicieuses de Rome , et sur lesquelles j’ai disserté assez longuement , soit dans ma Nouvelle Thérapeutique des Fièvres inter* mitientes , soit dans mes Recherches sur la Conta-
gion de ces mêmes fièvres. Nul doute qu’un resserrement prolongé du cœur ne retienne le sang dans la veine cave supérieure ou inférieure ; c’est ce que produisent , non seulement les grandes passions , mais encore le spasme qui caractérise la première période d’un accès de fièvre. Pour se convaincre des effets de ce spasme sur la circulation du sang , il faut être témoin d’un accès pernicieux , accès dans lequel tous les traits delà fièvre intermittente sont expnmés avec force: alors les signes non douteux qui indiquent un obstacle à la circulation vers le cœur et le reflux du sang dans les veines caves, sont : i“. une pulsation onduleuse des jugulaires qui est sensible à la vue , et que l’on prend (pielquefois pour le battement des artères carotides ; 2“. l’état apoplectique ; 3°. les hémorragies passives ; l^, une douleur à l’hypocondre gauche que le moindre contact de la main rend manifeste lors même que le malade est privé de l’usage des facultés intellectuelles ; 5°. la petitesse du pouls. A ces signes on pourrait juger que tout le désordre se passe dans les veines , pendant que les artères sont , en quelque sorte , dans l’inaction. De tels aperçus serviraient à expliquer la décoloration du corps pendant cette même période de la fièvre , son refroidissement , le trouble des fonctions digestives , etc., lorsque la respiration reste libre au milieu de cette perturbation générale ; et ils dispenseraient de recourir aux raisonnemens abstraits d’inégale répartitio:’ des
forces J de leur concentration vers l’épigastre , etc. , etc. ; mais la rate qui, de tous les viscères parenchymateux , est le plus perméable et le plus voisin de l’obstacle , est aussi celui qui , dans ces cas, reçoit une grande quantité de sang ; de là l’obstruction par congestion sanguine.
JNéanmoins ce serait s’abuser si l’on pensait que toutes ces obstructions de la rate ont lieu par les moyens mécaniques dont nous venons de parler , ou que l’hydraulique puisse toujours fournir la raison de ces désordres. Si le mystère sous lequel se cache la nature des maladies se déroulait à nos yeux , nul doute qu’on n’apprît alors que les solides qui se prêtent à ce mécanisme , obéissent à des agens avec lesquels ‘ ils sont en contact par toutes leurs surfaces , comme la fibre musculaire obéit au stymulus des nerfs ; et "aurions-nous pu jamais nous rendre raison du pourvoir de ces derniers , si notre main , armée d’un siy- ^nLilus solide , liquide ; ou sous forme de fluide élastique 5 n’eût découvert l’irritabilité et la contractilité de celte même fibre ?
Après avoir accordé au solide nerveux toute l’influence qu’il exerce sur la circulation , aussi bien que la part qu’il a à ses désordres, et par conséquent aux congestions sanguines , il faut reconnaître également que les liquides réagissent à leur tour sur les solides avec d’autant plus d’avantage , qu’à eux seuls appartient la locomotion intestine , qu’ils remplissent les