INTRODUCTION
De nombreux ouvrages ont été publiés sur l'anesthésie chirurgicale, depuis la découverte de Morton et Jackson, en 1847. On en pourrait faire une importante bibliothèque.
Nous possédons des traités complets: en France, ceux de Bouisson (1850) et de Perrin et Lallemand (1863); en Angleterre, celui de Sansom (1864); en Allemagne, celui de Sabarth (1866) — En outre, existent des monographies plus ou moinsétendues telles que : les mémoires de Simonnin(de Nancy) (1849-77), de Sédillot, la thèse d'agrégation de M. Courty (1849), les articles de Dictionnaires de Giraldès (1865) et de Perrin (1866), en France; les travaux du Chloroform'sCommittee (1844), de Snow (1858), de Kidd (1872), deReeve(1867), de Richardson (1870-74) etc., en Angleterre et en Amérique ; les mémoires de Otto Weber (1859); de Nusbaum, in Pitha et Bilroth (1867); de Kohler, in SchmidVs Jahrbûcher (1869-1871); de Bruns, in Handbuch der Chirurg. Praxis (1873); de Koch,zn Volksman's Klin. Vortra,ge(iSlA)] de Hermann in Lerbuch der experimentellen Toxicologie (1876), en Allemagne. — Enfin, dernièrement, les anesthésiques étaient l'objet d'une longue discussion, en séance, au Congrès de Bruxelles 1876 ; et, en 1879, est paru, un remarquable travail de Rappeler, in Deutsch Klinik de Bilroth et Luëke.
Les questions historiques relatives aux anesthésiques, ont été scrupuleusement fouillées: on a voulu trouver des traces de l'anesthésie, dans la mandragore et la pierre de Memphis, chez les anciens ; dans les philtres des magiciens ou des sorcières du Sabbat, au moyen âge. — M. Rochard leur a consacré un chapitre de sa remarquable Histoire de la Chirurgie au XIX* siècle. — Enfin, cette année, le professeur Alfonso Corradi (de Milan), faisait, comme il le dit lui-même, une nouvelle et plus complète excursion dans la chirurgie du moyen âge, et montrait que le célèbre Bocace, sans se laisser influencer par les superstitions, inaugurant, pour ainsi dire, le règne du réalisme, avait exposé dans son Déca,meron, les moyens connus à son époque, pour anéantir la douleur. (1)
Les causes de la mort subite dans les anesthésiques ont aussi, de tout temps, préoccupé les chirurgiens. Les interprétations les plus diverses ont été fournies, d'abord sommaires et insuffisantes, et enfin plus complètes, plus . en rapport avec les faits, ainsi que nous l'exposerons.
Leurs effets physiologiques ont d'abord été étudiés
(1) Un célèbre chirurgien de Salerne, Mazzeo de la Montagne, avait à faire l'extraction d'un séquestre, chez un homme très affaibli. Pour lui épargner la douleur, qui l'aurait achevé, il prépara un breuvage narcotique. Sur ces entrefaites, il est appelé en toute hâte pour un accident arrivé dans la ville voisine. Sa femme, pendant son absence, envoie chercher son amant. Celui-ci arrive et, malheureusement, avale le breuvage, contenu dans une carafe, le prenant pour de l'eau, cela pendant que la dame procédait à sa toilette. Celleci terminée, elle trouva son amant endormi, le prit pour mort, etc. Bref, tout huit par s'arranger.
11 résulte de cette nouvelle , qu'on connaissait à cette époque les anesthésiques et la chirurgie conservatrice. Bocace parle encore du pharmacien Giampaolo Spinelli, qui donnait la recelte d'une eau qui faisait dormir un jour et une nuit, et celle d'une autre eau si soporifique, qu'on s'endormait paisiblement, en respirant ses vapeurs.
par Flourens et Longet, par le Comité du chloroforme, par Hueter, Scheinesson , Knoll , Dogiel, Nothnagel, Hermann, etc. Mais, dans ces dernières années, nous avons vu successivement apparaître des travaux très importants sur ce sujet : les Leçons sur les anesthésiques,de Cl. Bernard; les Communications à l'Institut, deM. Vulpian; et, à la Société de Biologie, celles de MM. P. Bert, Régnard, Franck, Rabuteau, etc. ; enfin, la thèse remarquable de M. Arloing, de Lyon.
Pour traiter d'une manière complète et fructueuse la thèse qui nous était échue, il nous fallait, nous appuyant sur ces travaux, mettre au point, la question des causes physiologiques des accidents et de la mort par les anesthésiques ; puis, par l'étude et la comparaison d'observations cliniques , aussi complètes que possible , rechercher s'il y avait identité à ce point de vue entre l'homme et les animaux, établir les différences et montrer la part néfaste que pouvaient avoir, au point de vue de la terminaison funeste, les lésions pathologiques et les états constitutionnels préexistants. — Ceci fait, nous avions une base solide, pour rechercher, si ces conditions pathologiques ne pouvaient pas être la source de contre-indications à l'anesthésie chirurgicale, en raison des dangers qu'elles font courir aux malades. — Chez le sujet absolument sain, en effet, la mort par les anesthésiques est un fait rare, très rare, lorsqu'on les administre avec une sage prudence.
Nous [aurions cru laisser notre tâche imparfaite, si nous n'avions comparé entre eux les divers agents anesthésiques, au point de vue de leurs indications et de leurs contre-indications ; si nous n'avions pas fait mention des divers procédés d'anesthésie mixte (Méthodes
de Cl. Bernard, de MM. Trélat et Périer) ; si, enfin, nous avions passé sous silence les deux anesthésiques, qui préoccupent en ce moment l'opinion médicale, le bromure d'éthyle ; et le protoxyde d'azote, employé par le procédé de M. Bert. — Nous croyons que c'est désormais à Vétude comparative des divers anesthésiques que l'avenir appartient.
On nous pardonnera facilement , nous l'espérons , l'étendue de ce travail, qui nécessitait beaucoup de patientes recherches, en raison de son importance et de son opportunité.