NOTIONS PRÉLIMINAIRES
Division du sujet.
Vindication est une notion synthétique, qui naît dans l'esprit du chirurgien instruit et expérimenté, après l'examen méthodique et raisonné du malade, de sa lésion, et de la situation où il se trouve, et qui lui paraît propre à justifier son intervention.
La contre-indication est, au contraire, une circonstance qui l'empêche d'obéir à l'indication, c'est-à-dire de faire ce qu'exigerait la nature de l'affection.
D'une manière plus générale, on peut dire que les indications sont les motifs que le chirurgien a d'agir, et que les contre-indications sont ceux qui l'en dissuadent.
C'est ainsi, croyons-nous, qu'il convient de comprendre les expressions peu définies dans les auteurs, d'indication et de contre-indication, lorsqu'il s'agit d'une question de chirurgie opératoire.
Citons un exemple : amputer un membre pour une tumeur qui Tenvahil profondément, c'est obéir à une indication ; en face, naît immédiatement la contre-indication : s'abstenir, s'il existe des signes de généralisation, à tout l'organisme.
Pour juger sainement de l'opportunité de l'intervention,
il faut, non seulement tenir compte des circonstances présentes, mais encore prévoir la marche de la lésion etrinfiuence qu'elle pourra exercer sur l'avenir du malade. La connaissance des résultats obtenus par les autres chirurgiens, dans des cas semblables, des accidents qui ont pu survenir, c'est-à-dire des dangers courus par les malades, peut aussi contribuer à inspirer une juste détermination.
En d'autres termes, en pathologie chirurgicale, c'est,d'une part, des considérations sur la nature de la lésion, sur son siège, son mode d'évolution, etc., de l'examen attentif des autres organes du malade, de son état constitutionnel ; c'est, d'autre part, des notions fournies par l'expérience et l'étude, et, en particulier, parles recherches statistiques, que se tirent les indications et les contre-indications aux opérations.
Nous pouvons, sans aucun doute, puiser à ces deux sources de connaissances, pour l'élaboration de la question qui nous est proposée : Des contre-indications à Vanesthésie chirurgicale.
Mais il est évident, à priori, que l'étude de la lésion et de son évolution, ne doit avoir qu'une influence secondaire sur la décision que prendra le chirurgien, d'anesthésier son malade ou de s'en abstenir.
C'est de l'application d'un agent toxique à l'homme, qu'il s'agit dans toute anesthésie. On trouvera bien plutôt des raisons pour l'employer ou pour la laisser de côté, dans l'étude expérimentale ou clinique de ses effets sur l'organisme, et dans la recherche exacte des explications qu'on peut fournir, des accidents plus ou moins graves que son emploi a déterminés chez l'homme.
Dans une question qui intéresse à la fois la physiologie,
la toxicologie et la pathologie générale, c'est à une méthode d'étude mixte qu'il faut avoir recours.
Nous diviserons donc notre travail en trois parties :
Première partie. — Sources des contre-indications à l'anesthésie chirurgicale ; c'est-à-dire, étude des motifs qui peuvent faire redouter au chirurgien l'emploi des anesthésiques ; !<» d'après les effets physiologiques qu'ils déterminent chez les animaux et chez l'homme ; 2" d'après les résultats statistiques des accidents survenus, et l'explication de leurs causes (De la mort par l'anesthésie chirurgicale).
Deuxième partie. — Contre-indications à l'anesthésie chirurgicale, tirées : 1" de l'examen du malade et de son état constitutionnel ; 2° des conditions opératoires sous lesquelles il se présente, c'est-à-clire, de la nature et du siège de l'opération.
Troisième partie. — Des contre-indications relatives aux divers agents anesthésiques les plus usités.