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SYNTHÈSE. — CONCLUSIONS

I. Les anesthésiques exercent sur les centres nerveux une action toxique, qui, par une sage administration, peut être réduite à un minimum tel, qu'on peut les regarder comme ayant une innocuité presque absolue, dans l'immense majorité des cas.

Cette action a pour effet la perte momentanée des fonctions des hémisphères cérébraux et de la moelle épinière, caractérisée par l'apparition progressive du sommeil, de l'anesthésie et de la résolution musculaire. — Le hulhe seul veille et entretient l'existence, en présidant aux grandes fonctions de la circulation et de la respiration.

Il importe que, pendant toute narcose, le fonctionnement de cet organe soit respecté dans toute son intégrité. Une série de phénomènes prémonitoires , sur lesquels nous avons appelé l'attention, indique au chirurgien le degré qu'il ne doit pas dépasser.

Le bulbe est cependant soumis^ pendant l'administration des vapeurs anesthésiques , à des chocs successifs qui peuvent menacer sa vitalité. Des accidents graves, heureusement fort rares, peuvent survenir aux différentes périodes de la narcose.

a) Au début, on a à redouter le choc chlorofor-

mîque réflexe^ causé par l'irritation des premières voies, par les vapeurs.

b) Plus tard, avant la narcose complète, le choc chloroforraique bulbciire , produit par les premiers flots de vapeurs anestliésiques, qui arrivent au contact du bull3e3 peut aussi déterminer la syncope et l'apnée.

c) Dans les dernières périodes, la mort survient, le plus souvent, par intoxication vraie des centres respiratoires et cardiaques. Alors, la respiration se suspend la première. L'apnée précède la syncope. — Cependant, dans les cas de lésions pathologiques, on peut voir, par exception^ le cœur suspendre le premier ses battements.

d) Enfin, la mort est encore causée, pendant la narcose, par un choc traumatique, ébranlant les centres nerveux déprimés et incapables de résistance.

e) Après la narcose, la mort est le résultat de l'épuisement et de la dépression des centres nerveux.

II. fja connaissance de ces accidents, révélés par l'expérimentation, et démontrés par l'observation clinique, indique, que, pendant toute narcose, le patient court un certain nombre de risques, du fait de lanesthésique.

Il en est d'autres, qui sont le fait de son état constitutionnel, des lésions de ses organes, ou de la nature de l'opération, qu'il yasubir.

C'est la, balance de ces risques^ que le chirurgien doit établir, avant toute intervention, pour savoir s'il doit anesthésier son malade ou s'en abstenir, c'est-à-dire, s'il y a cqntre4ndication à l'anesthésie.

III. Les contre - indications à l'anesthésie sont relativement très rares, puisque, comme nous l'avons vu, le chirurgien peut, avec une grande précision, graduer les effets de l'anesthésique, réduire à un minimum presque nul, les différents chocs exercés sur les centres nerveux.

Toutefois, il convient, d'après les études critiques, que nous avons faites, de citer comme demandant préférablement l'abstention :

1° Le delirium tremens,V alcoolisme aigu, à cause du danger de provoquer une attaque mortelle.

2° "L'hypothermie prononcée; car les anesthésiques, en particulier l'éther, produisent un abaissement de temrature notable.

3" Valgidité et la stupeur traumatiques, quand elles sont très prononcées, à cause de la dépression extrême des centres nerveux, que pourrait aggraver l'anesthésique.

4° h' anémie aiguë, causée par une hémorrhagie traumatique abondante : car la saturation du sang par les vapeurs anesthésiques est trop subite, et la résistance des centres nerveux insuffisante.

5° Ladynamie profonde, quelle que soit sa cause

6° Les tempéraments nerveux , à tendance syncO' pale, très accusée ; car il y a danger imminent de voir les chocs ou la dépression, causés par les vapeurs aresthésiques, déterminer une syncope mortelle).

7° Les affections congestionnelles, intenses et diffuses de Fencéphale et des poum.ons, avec menace d'asphyxie et de cyanose. (Cet état est assez fréquent dans les formes alcooliques de congestions cérébrales, et dans les cas de hernies étranglées depuis quelques jours).

8" La dégénérescence graisseuse du cœur très manifeste , lorsqu'elle est caractérisée par des défaillances, des lipothymies ; lorsque la respiration est courte, péni-

ble, avec accès d'apnée ; lorsque les bruits du cœur sont affaiblis, le pouls petit, irrégulier, et avec des intermittences.

Il faut reconnaître que, dans toutes ces circonstances, on a souvent des raisons graves de différer l'opération ou de s'en abstenir.

IV. Il existe, en outre, des circonstances, où il n'y a pas contre-indication absolue, (parce qu'il est possible au chirurgien, en administrant les anesthésiques avec prudence, d'éviter les chocs ou la dépression des centres nerveux et de prévenir les accidents) ; mais où, cependant, les risques courus par le malade sont plus grands qu'à l'ordinaire.

Il importerait donc, de construire une échelle des risques dans les narcoses, mais cela serait difficile à faire, maintenant, avec assez de précision.

Toutefois, nous croyons qu'on doit considérer comme plus exposés :

a) Certains malades atteints d"* affections viscérales accusées des organes du trépied vital, telles que : dégénérescence graisseuse du cœur et affections valvulaires, à une période avancée ; affections du cœur droit avec tendance à la congestion pulmonaire et à la distension du jVjentricule correspondant ; les affections du cœur gauche avec menaces de syncope ; — les lésions tuberculeuses étendues du poumon, et les adhérences pleurales occupant une large surface ; — les lésions cérébrales, récentes et anciennes, avec tendance au retour et à la diffusion des troubles vasculaires.

6) Certains iempéraments ou certains états nerveux: états de dépression, caractères taciturnes, tristes, individus ayant peur de la mort, de l'opération ou du

V. Enfin il est certaines opérations, qui paraissent prédisposer aux accidents par le chloroforme.

a ) Dans la zone des nerfs bulbaires : les opérations sur la face et sur les voies aériennes. — Mais, îe danger peut être sûrement évité par l'emploi des méthodes nouvelles, ou, en modifiant les procédés d'anesthésie.

b) Dans la zone des nerfs spinaux : les réductions de luxations, les ruptures d'ankyloses et les redressements des membres. Les petites opérations faites dans des régions sensibles, avant la période de narcose complète. — Dans la réduction de fractures graves^ il convient défaire précéder la chloroformisati on, d'injections de morphine et de chloral (anesthésie mixte).

c) Dans la ' zone des nerfs splanchniques : les opérations de hernie étranglée, lorsqu'il existe des phénomènes de congestion pulmonaire. — Les opérations pour la fissure et la fistule à l'anus, dans lesquelles les nerfs splanchniques, irrités violemment, peuvent produire, par action réflexe, un arrêt du cœur ; — les gastrotomies, et les ovariotomies, et, en général, toutes les opérations, où on est exposé à causer des traumatismes fréquents, sur la séreuse péritonéale^ à exercer des tiraillements sur les nerfs splanchniques.

YI. — s) Le oliloro forme est un anesthésique géné* ralement fidèle; mais, il a une action parfois trop brus* que; il expose à la syncope et à l'apnée, quoique, en réalité, des effets funestes soient relativement très rares.

Il est d'une élimination très lente^ à cause de combinaisons trop intimes, qu'il parait avoir avec les éléments

nerveux; et il cause parfois des nausées et des vomissements.

b) Véther détermine facilement des phénomènes d'excitation ; il n'expose pas moins à la syncope et à l'apnée que le chloroforme. — Il cause aussi des nausées et des vomissements. — Il est moins fidèle que le chloroforme, pour produire l'anesthésie. — Il présente, d'après Tripier, des dangers spéciaux chez les enfants. — Enfin, il est inflammable, ce qui a donné Ueu à un certain nombre d'accidents funestes.

c) Le hichlorure de méthyle et le bromure d'éthyle n'ont pas encore été assez étudiés pour qu'il soit possible de se prononcer sur leur valeur comparée à celle des autres anesthésiques.

d) Les différentes méthodes d' anesthésie mixtt (Méthodes de Cl. Bernard et de Nussbaum, méthode di MM. Trélat et Perrier), semblent devoir rendre de signalés services aux chirurgiens, en particulier, dans les opérations sur la face : mais leurs indications ne sont pas encore suffisamment précises.

e) L'anesthésie par leprotoxyde d'' azote, mélangé d'oxygène et inspiré sous pression, paraît être une méthode exempte de dangers sérieux, présentant l'avantage de ne pas intoxiquer profondément l'organisme ; mais les procédés et les appareils exigent encore certains perfectionnements, pour entrer dans la pratique commune.

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