GALLIENI
guerre, bien avant que nos gouvernants lui fissent faire à Paris, « un métier qui n'était pas le sien ».
Le roi de Vile d'Or me nomma un jour, par politesse, ministre de l'instruction publique, et c'est ainsi qu'il me fut permis d'appeler, durant quelques instants, le général Gallieni, mon cher collègue. Le roi presque aussitôt me fit redemander : « Je suis désolé ! me dit-il gravement ; le ministre que vous remplaciez tient à son titre plus que je ne pensais, et il refuse de vous céder son portefeuille ! — Vous êtes un roi singulièrement débonnaire, dis-je au prince, mais vous ne trouverez jamais en moi, Majesté, qu'obéissance parfaite et dévouement absolu. Je vous donne. Sire, ma démission... puisque je ne peux faire autrement. Je regrette seulement de ne pas rester le collègue du général Gallieni. » Le roi me félicita, et je rentrai, comme tant d'autres ministres, dans les rangs des simples citoyens.
Le général possédait à Saint-Raphaël une villa où je lui rendis quelquefois visite.... Vastes salles pleines de souvenirs coloniaux, qui sont des trophées.
La villa se dresse parmi les vignes, dans les sables de la plaine que domine la ville de Fréjus.
2i)2 DES CRIS DANS LA MÊLÉE.
Depuis le commencement de la guerre, j'ai passé bien souvent devant cette villa du général; je ne le fis jamais sans envoyer un salut du cœur à celui qu'on nomme désormais le sauveur de Paris.
Un rayon de célébrité touchait le front de Gallieni, dont on connaissait surtout l'œuvre accomplie à Madagascar. La victoire de la Marne l'avait jeté brusquement dans l'orbe même du soleil de gloire.
C'est qu'elle a, cette victoire, qui fut longtemps ignorée, une beauté de légende; et légendaire deviendra, par elle, le nom de Gallieni.
Lorsqu'Attila, à la tête de ses hordes, menace Paris, Geneviève surgit et déclare : « Il reculera ». Attila recule.
Lorsqu'Attila, à la tête de ses hordes, marche contre Athènes, la statue de Pallas lui apparaît d'abord, au faîte du Parthénon. Le roi barbare arrête son cheval, regarde la lance dont la déesse est armée.... Cette lance d'or, frappée d'un rayon d'aurore, resplendit soudainement en éclairs — et Attila recule. Les hordes, comme vaincues par la Beauté, rebroussent chemin. La civilisation a vaincu la barbarie.