LIBRES PROPOS DE JEAN D'AURIOL
L'expression être d'Auriol est devenue populaire chez nous, et elle signifie, à elle seule, les deux mots énergiques dont Jean d'Auriol la fît suivre.
Eh bien, mon ami Jean, rarrière-petit-fils du héros légendaire, est venu me voir il y a deux jours :
— Quoi de nouveau ? lui dis-je.
— Il y a de nouveau, répliqua-t-il, que je ne suis plus d'Auriol.
— Allons donc !
— Je ne suis plus d'Auriol !
— Et d'où êtes-vous donc?
— Mon cher, me dit-il sans répondre, le moment n'est plus aux plaisanteries. La France se bat et saigne par mille et mille blessures pour défendre la cause de l'humanité, et je ne pense plus qu'à cela, en pleurant, moi que vous avez connu si jovial et si gouailleur. Cette Allemagne a pour idéal la force, et, par la force, l'asservissement des peuples et l'abaissement des individus. Elle a avoué, par la bouche de ses intellectuels, qu'à ses yeux les générosités sont des faiblesses coupables, et que, lorsque son intérêt est en jeu, elle ne reconnaît plus de lois. C'est-à-dire que les bandits de grand'route qui étaient autrefois pendus, écartelés, roués.
seraient, aux yeux de rAllemagne, de petits saints idiots parce qu'ils furent souvent chevaleresques. Non, non, ce n'est plus le temps de rire et d'être d'Auriol. L'Allemagne triomphante, ce serait le recrutement militaire fait par elle chez ses vaincus ; ce serait, partout, la dignité individuelle offensée, écrasée, niée; la gifle du sous-ofBcier et son coup de pied dans... les reins du soldat. Depuis que l'humanité évolue, elle va vers ce but : créer l'indépendance et la dignité de l'individu et sa fierté. La France a pris la tête de ce mouvement d'évolution et le monde suit. Voilà ce dont l'Allemagne ne veut pas, voilà ce qu'elle menace... ce que nous défendons, et pour nous et pour le monde. Tenez, un évêque, celui de Nice, vient de parler, dans une brochure, comme aurait dû parler le pape. J'ai lu la brochure. Elle dit fort bien ce que je viens de répéter; et, sauf que, pour moi, Jésus, fondateur historiquement de la loi de charité, n'est qu'un homme, génial par le cœur, et que, pour l'évêque, c'est un Dieu, — à part cela, je trouve que l'évêque a parlé selon la vérité profonde. La pensée moderne la plus indépendante proclame un espoir de fraternité dont la source pure est dans l'Évangile.
— Prenez garde, mon ami, on va vous traiter