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Il en était de même à la Bourse de New- York : l'index de la Dun'Review, relatif au cours de 60 actions de chemins de fer,, accuse 90,37 en 1913 contre 103,05 en 1912. Les négociations d'actions, d'après le Commercial and Financial Chronicle, représentaient 7.446 (millions $) en 1913, contre lt.836 en 1912.
Les recettes nettes du trust de l'acier sont de 17.994 pour le premier trimestre 1914, contre 34.426 pour le premier trimestre 1913. Le fléchissement des recettes nettes date du quatrième trimestre 1913 (23 millions contre 35 en 1912).
Par contre, le commerce extérieur n'accuse pas une baisse immédiate. Par la pratique du dumping, les cartels allemands stimulent l'exportation; la guerre des Balkans encourage l'émigration européenne; l'exportation passe de 9.099 (millions Mk) en 1912, à 10.182 en 1913, et les importations de 11.017 à 11.127. De même en France et en Angleterre. Mais au début de 1914 la crise se fait sentir. Pendant les trois premiers mois de 1914, les exportations diminuent en F? ance (notamment les exportations de produits fabriqués). Et les recettes des chemins de fer diminuent, du 1er janvier au 30 juin 1914, sur le Nord, l'Etat et l'Orléans.
En Allemagne, en avril 1914, les exportations atteignent 841 (millions Mk.) contre 872 en avril 1913; les importations baissent aussi avec 951 (1914) et 972 (1913).
En Angleterre, en avril 1914, les importations diminuent de 3.106.000 & par rapport à 1913, et les exportations de 1.329.000 £.
La réduction des salaires, l'augmentation du chômage, accompagnent la crise de 1913.
CHÔMAGE EN GRANDE-BRETAGNE Janvier. Février. Mars. Avril. Mai.
En Allemagne, dès le début de 1913, le pourcentage des ouvriers syndiqués en chômage augmente par rapport à
LE PUÉNOMÈNE 253
1912. Dans la seconde moitié de 1913, il est à nouveau aussi élevé qu'en 1908. L'année 1913 avait bien été une année de crise, une année de conversion d'une période d'essor en une période de dépression. La dépression fut de courte durée. La guerre de 1914 allait imprimer à la vie économique une allure toute spéciale, et les alternatives d'essor et de dépression font place à une hausse continue des prix et à un labeur industriel progressif à mesure que la guerre se transforme en une guerre de matériel. Mais la fin de la guerre sera le signal d'une prompte réapparition de phénomènes de surproduction présentant les plus grandes analogies avec ceux que nous avons étudiés jusqu'ici. Nous devons maintenant les préciser.
§ 14. — La crise de 1920.
La période de guerre, à bien des égards, a ressemblé à une période de prospérité industrielle. Les prix des marchandises haussent, avec eux les profits, les salaires, le taux de l'intérêt. Le chômage disparaît, une activité fiévreuse se constate partout.
Des différences essentielles séparent pourtant cette période d'une période ordinaire de prospérité; tandis que, normalement, un essor est caractérisé par un développement rapide de la production, la période de guerre en Europe, et plus
(566) Mous avons écrit cette étude principalement à l'aide de Labour Gazette (dépouillée mois par mois), pour la Grande-Bretagne, et de la Circulaire mensuelle de la National City Bank de New-York, pour les Etats-Unis. Voir aussi : Revue Economique Internationale, novembre 1920. Germain-Martin, Communication Société d'Economie politique de Paris. décembre 1920. Liec?e, Economiste français, 29 janvier, 19 février, 4 juin, 9 juillet et 30 juillet 1921. Baron Mourre. La crise de 1920-1921 et ses causes, Revue d'Economie politique 1921, p. 545 et suiv., et Journal de la Société de Statistique de Paris. 1922, p. 5 et suiv. Une série d'articles dans Revue d'Economie politique, mai-août 1921, mars-avril 1922, de MM. Baudin, Jean Lorin, Bourbeau, et les Indices Economiques mensuels. Revue Politique et Parlementaire, ainsi que la Circulaire mensuelle de la French-American Banking Association (même revue).
Pour éviter de multiplier les renvois au bas des pages, nous nous bornerons à cette indication bibliographique d'ensemble.
particulièrement en France, l'est par un fléchissement général de production, qui progresse avec la mobilisation.
Aussi, la hausse des prix est-elle due à la restriction de l'offre autant qu'à l'intensité de la demande. La demande agit cependant, car la guerre a transformé la majorité des marchandises en produits de première nécessité dont l'acheteur ne discute pas le prix. L'acheteur, l'Etat, le discute d'autant moins qu'il s'acquitte en papier-monnaie. Pour ctre un acheteur effectif (doté du moyen de payer), il lui suffit de faire imprimer des billets.
En période d'essor normale, importations et exportations se développent simultanément. Pendant la guerre, l'Europe importe sans exporter. Elle achète à crédit.
A l'intérieur, elle emprunte par le billet à cours forcé. Au-dehors, elle emprunte par des émissions de fonds d'Etat ou au moyen d'avances de Trésorerie à Trésorerie; la Trésorerie britannique et, plus tard, la Trésorerie américaine, ouvrent des crédits à leurs alliés.
Le crédit, pendant la guerre, fausse et exagère les phénomènes normaux de hausse des prix, des profits, de l'intérêt, des salaires. Il a créé l'illusion et l'apparence de la richesse, en créant une demande effective, illimitée et à n'importe quel prix. La fin de la guerre nous ramènera à la réalité. Le principe de toute richesse sera de nouveau la production. Elle sera le signal d'une crise exceptionnellement violente.
Aussi bien est-ce dire que la crise de 1920 ne saurait être confondue avec une crise périodique. Elle résulte essentiellement du retour à une situation plus normale après une vie artificielle de quatre ans.
Avec ce retour, l'Europe cesse d'importer sans exporter, car le crédit lui est progressivement limité, sinon refusé. Les produits s'échangent à nouveau contre les produits. Et la crise naîtra chez les pays exportateurs : Japon, Etats- Unis, Grande-Bretagne, amenés à ralentir leurs ventes à l'Europe (France, Allemagne, et plus encore Pologne, Russie, Balkans), celle-ci n'ayant plus les moyens de payer. Mais, dira-t-on, comment la crise n'a-t-elle pas succédé à la conclusion de l'armistice ? Pourquoi, — après une légère
dépression des marchés économiques à la fin de 1918 et au début de 1919, — la prospérité et la hausse ont-elles tiré une dernière fusée ?
Après la conclusion de l'armistice, on a craint, dans les sphères industrielles et commerciales, une restriction des débouchés. Le coton cesse d'être une matière première destinée à la fabrication de la poudre pour redevenir l'humble textile de jadis; la laine habillera le simple mortel au lieu de vêtir le soldat..., elle sera moins nécessaire. On consommera moins aussi; le soldat consommait beaucoup. Bref, on peut croire, avec la fin de la guerre, l'ère de crise ouverte. Les prix baissent jusqu'en mars 1919. Mais bientôt après la hausse reprend partout.
De mai 1919 à mars 1920, le monde traverse une dernière période de hausse et de fiévreuse activité de l'industrie et du commerce. Mais cette activité présente les mêmes traits que ceux de la période de guerre : production et stocks insuffisants dans toute une partie de l'Europe, importations supérieures aux exportations, achats à crédit.
Voici pourquoi : la démobilisation et la fin de la guerre laissent apparaître un besoin exceptionnel chez tous les belligérants; les soldats, redevenus civils, doivent se procurer des vêtements d'hiver et des vêtements d'été. La flotte marchande est en partie à reconstruire. Les stocks sont à reconstituer. Le champ de bataille est à refaire. Partout, les chemins de fer, surmenés par la guerre, ont besoin d'une mise au point. Partout aussi, les usines de guerre doivent être transformées en usines de temps de paix. L'armistice n'est pas la démobilisation et la démobilisation elle-même n'est pas le retour à une production normale. On avait cru l'offre supérieure à la demande. C'est l'inverse. Les besoins paraissent même illimités, tant la guerre a causé de ravages. Aussi, une hausse générale des prix d'une exceptionnelle intensité se fait jour. Mais si les besoins sont illimités, les moyens de les satisfaire sont limités. Les produits vont s'échanger à nouveau contre les produits. Car les ventes à crédit vont faire place à l'échange marchandises contre marchandises. La crise surviendra dès le retour à une situation
un peu plus normale, caractérisée par la reprise de la production en Europe, par l'arrêt ou le ralentissement des ventes à crédit américaines et anglaises, par la satisfaction de besoins exceptionnels après la fin de la guerre (vêtements, flotte, reconstitution des stocks, réparations des ruines accumulées). Mais la limitation des crédits aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne jouera un rôle essentiel. Aussi, la crise de 1920 prend-elle une physionomie toute spéciale. Elle ressemble à une crise périodique et générale de surproduction. Mais elle en diffère par l'essor très court qui la précède, par l'intensité de la crise qui lui succède, par les motifs qui la provoquent et que nous précisions à l'instant.
a) Période mai 1919-mars 1920. — Après l'armistice, comme avant, l'offre des marchandises reste notablement inférieure à la demande. La main-d'œuvre est encore en partie mobilisée; les usines de guerre sont en veilleuse. La production industrielle est insuffisante et la production agricole ne ressentira les effets de la démobilisation qu'en 1920, au moment de la récolte suivant cette démobilisation.
Au surplus, avant de repartir, la production européenne exige la reconstitution des stocks anémiés par la guerre. Une bonne partie de l'Europe manque de vivres suffisants; elle se les procure par l'importation. Les pays détenteurs de matières premières (Etats-Unis, Grande-Bretagne), détenteurs de vivres (Etats-Unis, Argentine), ou dont les industries sont intactes (Etats-Unis, Grande-Bretagne), trouvent d'énormes débouchés.
Toutefois, leurs clients éventuels ne sauraient encore payer leurs importations avec leurs exportations. Les pays intacts et riches vendent à crédit. Sans doute, dès le printemps de 1919, les Trésoreries américaine et anglaise suspendent les avances de Trésorerie à Trésorerie. Mais le crédit privé se substitue au crédit des trésoreries. Américains et Anglais vendent leurs produits en France, en Allemagne, contre des francs ou des marks. Une énorme dette extérieure en francs se constitue. L'Allemagne exporte des marks par milliards.
Cette substitution du crédit privé au crédit de Trésorerie
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marque pourtant une étape essentielle; si un Etat dispose d'un crédit presque illimité, il n'en va pas de même d'un particulier, soit qu'il consente l'avance avec ses capitaux propres, soit qu'il emprunte lui-même en banque pour pouvoir vendre à crédit. Car il y a une limite à ce genre d'opération; le capital de l'industriel sera bientôt insuffisant; les banques, surtout les banques de dépôt, ne peuvent se livrer sur une large échelle à ces opérations de crédit à long terme. G'est bien de crédit à long terme qu'il s'agit; le client français s'acquittera en francs. Et l'exportateur américain retrouvera ses dollars on ne sait quand. Il ne remboursera pas sa banque immédiatement. Mais tant que la vente à crédit fonctionne, une grande prospérité règne dans toutes les branches de la production : agriculture, industrie. Le continent européen manque de tout : vivres, matières premières, produits fabriqués. La hausse des prix sera générale encore. La demande de tous les produits reste intense; et cette demande intense reste effective tant que des crédits sont consentis à l'acheteur étranger.
Aussi la production, les prix, réalisent-ils en quelques mois une avance vertigineuse. Dans les pays à change déprécié, et qui vivent encore en grande partie d'importation, la hausse des prix est plus sensationnelle encore; le cours du change va aggraver de toute sa dépréciation les prix des marchandises importées.
Nous croyons superflu de citer des chiffres; aux Etats-Unis en Grande-Bretagne, les usines sont débordées de commandes avec prix en hausse. En France, où les trésoreries américaine et anglaise cessent au printemps de 1919 de nous fournir dollars et livres à un taux fixe, la hausse du change intensifie la hausse des prix.
Mais à côté de cette cause très spéciale d'essor économique et d'élévation des prix, à côté de la pénurie européenne, d'autres facteurs interviennent pour certains produits : la fin de la guerre implique une demande exceptionnelle.
Dans le vêtement, la demande sera très active; des milliers d'hommes rendus à la vie civile doivent se procurer
TESr.I'RF. 1'
vêtements d'été et vêtements d'hiver; chaussures d'été et chaussures d'hiver. Les lainages, les cotonnades seront très demandés. Et l'industrie textile française reste en grande partie paralysée pour avoir été saccagée par l'ennemi. L'industrie allemande, elle, manque de matières premières et produit des « ersàtze », à peine utilisables. Les boutiques allemandes sont piteuses à voir au lendemain de l'armistice (567).
La flotte marchande, très durement éprouvée par la guerre sous-marine (elle a perdu 2.83o navires et 9.600.000 tonnes), est a reconstruire en partie. Or ses services sont très demandés; on rapatrie l'armée américaine (mai-sept. 1919;; on amène en Europe, des Etats-Unis, des matières premières, des vivres, des produits fabriqués; de Grande-Bretagne, des produits fabriqués surtout. Souvent le fret d'aller ou le fret de retour fait défaut. Les frets haussent dans des proportions énormes. Le fret Cardiff -Rouen, de 47 sh. fin 1918, passe à 70 sh. fin janvier 1920. La construction maritime est stimulée :
Navires en chantier en Grande-Bretagne. Navires construits dans le monde.
Fin décembre 1913. .
Fin juin 1919
Fin décembre 1919. .
Pour le monde entier, le maximum des navires en construction est atteint fin juin 1920 avec 2.195 navires jaugeant 7.720.000 tonneaux (Lloyd's Register).
Les chemins de fer ont été surmenés pendant la guerre. On procède à leur restauration.
De ce fait, l'industrie de la houille et celle de l'acier reçoivent des commandes surabondantes. Le pétrole, dont la place s'affirme comme combustible, voit sa production passer de 69 millions T. en 1918, à 87 en 1920. C'est au Mexique que les progrès les plus rapides sont enregistrés : 8 millions T. en 1918 et 20,8 en 1920.
(567) Nous avons pu le constater nous-ruéme au début de 1919, dans la région d'Aix-La-Chapelle.
Ajoutons que la fin de la guerre, loin d'être le signal d'une rigoureuse économie et d'un intense effort de production l'est parfois dune consommation excessive, encouragée par les libéralités des gouvernements et la joie de la paix enfin retrouvée.
Une vague de paresse pèse sur une humanité surmenée par l'immense effort de la guerre et anémie la production.
Rappelons enfin que des commerçants peu scrupuleux n'hésitent pas à thésauriser les marchandises pour accroître encore la hausse des prix et raréfier l'offre déjà insuffisante. Et nous aurons mis le dernier trait à la situation économique de l'année mai 19 19- janvier 1920. Car, dès le début de 1920, la situation commence à se retourner. Et nous allons assister à l'une des crises les plus violentes de l'histoire. Elle rappelle ces crises de spéculations brutales, qui accompagnent parfois les crises générales, mais qu'on rencontre parfois à d'autres époques, et qui suivent régulièrement les abus du crédit. La crise de 1920 sera plus qu'une crise, un krach général.
b) Crise. — Il est courant d'affirmer que la crise a son point de départ en Extrême-Orient. Mais il y a à cela quelque exagération. En réalité, dès le mois de novembre 1919, le Fédéral Reserve Board américain invite les banques à la prudence; au début de 1920, la farine et les céréales subissent une baisse aux Etats-Unis. En avril 1920, c'est surtout l'exportation des céréales, des viandes et des laitages qui fléchit aux Etats-Unis. L'Argentine reprend ses expéditions en Europe. Dès janvier, les exportations de Buenos- Ayres en Europe, pour la période 1er janvier-26 février, atteignent : pour le blé, 1.005.000 tonnes en 1920 (contre 141.000 en 1919); pour le maïs, 640.000 (contre 210). Les marchés européens se ferment un peu aux produits nordaméricains. Mais, bientôt après, d'autres symptômes apparaissent. En février 1920, la baisse commence sur les métaux : cuivre, plomb, zinc. En mars 1920, un effondrement se produit sur le marché de la soie au Japon. Et ce krach entraîne la suspension de deux banques. La Bourse des valeurs doit être fermée. La soie a atteint des prix très
élevés : le consommateur, amené à se restreindre par îa hausse des prix, limite d'abord ses achats de luxe. La soie vaut, au milieu de l'hiver 1919-1920, 18 $ la livre aux Etats-Unis; en octobre 1920, 7 $ et moins.
La dépréciation de l'argent, qui commence fin mars, affecte aussi le pouvoir d'achat des pays d Extrême-Orient; à défaut de marchandises, ils fournissent de l'argent comme moyen de règlement. L'argent baisse; il baisse parce que l'Extrême-Orient en importe moins (ses exportations ayant diminué) et la production (au Mexique notamment) a augmenté. En Europe, on fond les monnaies d'argent. La baisse du pouvoir d'achat de l'Extrême-Orient se fera sentir dans le Lancashire en mai 1920. Car la crise va évoluer très rapidement aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
Les consommateurs nationaux refusent de payer des prix très élevés. Leurs besoins aussi ont été en partie satisfaits d'avril 1919 à mars 1920. L'Europe, elle, n'a plus les moyens d'acheter. Car les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pratiquent une politique de resserrement des crédits.
Dès le mois de mai 1920 la demande diminue aux Etats- Unis dans l'industrie textile : lainages et cotonnades. Les prix fléchissent. Et les manufactures sont d'autant plus durement atteintes que le prix du coton se maintient. Il touche son maximum le 23 juillet 1920, avec 43,3/4 cents, le cours le plus élevé depuis la guerre civile. On escomptait alors une mauvaise récolte. Mais, en août, il tombe à 26,1/4, et en octobre, à 18,50, la récolte étant satisfaisante.
Le consommateur indigène n'est pas seul à s'abstenir. Dès mai 1920, les exportations américaines fléchissent par rapport au mois correspondant .de 1919, et par rapport au mois précédent de 1920. Le détaillant aggrave encore la crise en refusant de baisser ses prix; il prétend écouler au prix fort les marchandises achetées au plus cher. De là un engorgement des marchés.
Ce qui est vrai des textiles l'est aussi de la chaussure. Dès mars 1920 il y a même un effondrement du cours des peaux aux Etats-Unis, qui baissent de 50 %. Même restriction des exportations.