‹ Des crises générales et périodiques de surproductionChapitre 63 sur 100 · PAIIIES DE CHAUSSURES EXPORTÉES DES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

PAIIIES DE CHAUSSURES EXPORTÉES DES ÉTATS-UNIS

8 mois finissant août 1920.. . 11.912.000 Août 1920... 1.045.000 '8 mois finissant août 1919. . . 13.972.000 Août 1919... 1.719.000

A partir de cette date, les faits s'accumulent, accusant une crise progressive; caractérisée par la baisse des prix, la limitation de la production et des exportations dans le textile, dans les confections, dans le commerce de gros et de détail.

En Grande-Bretagne, les événements sont analogues :

L'industrie des colonnades souffre la première. Dès le début de mai, les commandes de l'Inde fléchissent. Fin mai, un grand nombre de métiers sont arrêtés dans le district de Blackburn. Dès juin 1920, l'exportation des cotonnades fléchit, et, en juillet, celle des filés. La situation s'aggrave progressivement ensuite. L'industrie de la laine prolonge son essor jusqu'en juin en Grande-Bretagne. Et encore en juin la situation est-elle moins bonne qu'en mai, simplement parce qu'on fait, moins d'heures supplémentaires. Mais, en juillet, le déclin s'accentue pour ne plus s'arrêter. Dès juin, l'exportation a commencé à fléchir; elle avait augmenté de janvier à mai sans interruption.

Dans la chaussure, dès le mois de mars 1920, le déclin commence. Jusque-là, la situation est restée incertaine; on a manqué de main-d'œuvre, de matières premières. L'industrie a dû ralentir. Mais, en mars, c'est le marche qui faiblit; on travaille à journée réduite. L'exportation fléchit d'une façon ininterrompue. Elle a d'ailleurs atteint son maximum en décembre 1919 (110.000 paires). Avril 1920 : 74.000 paires.

Les prix du coton, de la laine, du cuir, diminuent. Le chômage se développe; le nombre des ouvriers occupés décroît progressivement et sans interruption de mois en mois.

En France le phénomène est un peu différent : la production textile se rétablit peu à peu au cours de 1920. L'industrie textile est d'abord atteinte moins par le chômage que

par la baisse des prix; le consommateur résiste et refuse de* payer des prix très élevés, d'autant plus élevés que le change accentue la hausse. À l'été de 1920, elle manquera elle aussi de commandes. Et, au total, ce sont avec l'agriculture, le cuivre, le plomb, le zinc, les industries du vêtement qui ont été atteintes les premières. Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, la diminution des exportations aggravela restriction des débouchés intérieurs.

Mais, avec les diminutions des exportations, les frets diminuent. Depuis l'armistice, d'autre part, on travaille fiévreusement à reconstituer la marine marchande. En juillet 1920. les chantiers maritimes américains commencent à réduire leur personnel, et la demande des tôles d'acier se contracte. Aussi, en avril, la production de la fonte, à son tour, accuse-t-elle un premier fléchissement, ininterrompu ensuite.

En Grande-Bretagne, la situation est identique. En septembre 1920, la baisse des frets déterminera un ralentissement de la construction navale. En octobre, la situation est pire encore, les charbonnages étant en grève. Mais, en novembre, nous enregistrons l'indice le plus sûr d'une crise; on annule les commandes de navires dans tous les ports principaux de Grande-Bretagne. (Labour Gazette, décembre 1920.)

Dans l'industrie du fer et de l'acier, c'est en septembre que le manque d'ordres commence à se faire sentir, et, dans l'industrie de la fonte, on éteint 8 hauts fourneaux; fin décembre, il y a 248 hauts fourneaux allumés contre 270 fin septembre. Dans l'industrie de l'acier, on continue à se plaindre du manque de commandes; et fin décembre, on ferme des usines. Ailleurs, on travaille à temps réduit. Le chômage se développe. La crise progresse ensuite de mois en mois.

L'industrie des constructions mécaniques a sa part de responsabilité dans cette crise des forges et des aciéries : en juillet, déjà, la dépression industrielle a sa répercussion dans cette industrie; c'est dans l'industrie automobile, fin juillet, que la situation empire; de même dans l'industrie*

des chaudières. En août les usines de la Tyne et du Wear sont atteintes. Et, à partir de cette date, l'industrie des constructions mécaniques est envahie dans toutes ses branches. Le chômage se développe.

Par contre, les mines de houille contrastent et échappent d'abord à cette crise, qui, peu à peu, dès septembre, a gagné toutes les autres industries. Le phénomène n'est pas sans précédent. Le charbon est touché généralement l'un des derniers.Mais, en 1920, des facteurs particuliers interviennent : les mines de houille françaises sont saccagées par l'ennemi. L'Allemagne, l'autre grand centre de production, ejt encore politiquement désaxée. Seuls, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont une exploitation minière normale. Mais, en février 1921, la mine de houille est atteinte en Grande-Bretagne. La production décline; le chômage progresse alors de façon ininterrompue.

Le pétrole baisse de prix à New-York à partir de février 1921 : d'un maximun de 25 c. par gallon en janvier 1921, il tombe à un minimum de il c.| en août 1922.

Aux Etats-Unis, enfin, dès juillet, le bâtiment entre en crise; le coût de la construction est trop élevé. Sans doute, le besoin de logement est énorme. Mais les matériaux sont trop chers, le taux d'intérêt est trop haut. On ne retrouvera pas dans le loyer l'intérêt de son argent. Le bâtiment stoppe.

Telle a été, dans ses grandes lignes, la genèse de la crise de 1920. Loin d'atteindre toutes les industries à la fois, nous la voyons se propager peu à peu. Les produits agricoles souffrent d'abord, puis les textiles, la chaussure; les exportations fléchissent; la marine marchande est atteinte; la construction maritime, les constructions mécaniques aussi, et la métallurgie; plus tard, la mine de houille.

La crise de 1920 devait être tout particulier ement sévère pour un pays vivant surtout de son exportation. La surproduction de 1920 présente un trait original : la surproduction chez les uns, a sa cause dans la sous-production chez les autres. Et si un grand pays, comme les Etats-Unis, à peu près complet économiquement, peut vivre sur lui-même et

se reprendre par ses propres efforts, il n'en va pas ainsi de la Grande-Bretagne.

A dater de 1920 on a cessé de vendre des marchandises contre du papier-monnaie ou d'autres titres de crédit. On a de nouveau échangé produits contre produits. Il faut désormais produire et vendre pour acheter. La production ayant fléchi dans une bonne partie de l'Europe, les débouchés se sont restreints. En limitant ou en resserrant le crédit, les banques anglaises et américaines ont mis à nu cet axiome.

Bien des acheteurs en ont été surpris. Depuis cinq ans, ils achetaient sans vendre. Mais les vendeurs ont euxmêmes souffert. Sans doute, l'abstention des consommateurs a influé sur la limitation des débouchés intérieurs, mais le resserrement des crédits a ralenti les exportations aux Etats- Unis et en Grande-Bretagne.

Sur cette pente, il fallait cependant s'arrêter; l'Europe a fini par apparaître h ses créanciers et à ses banquiers comme un prodigue décidé à emprunter jusqu'à la ruine. Au début de 1920, les banques américaines ont décidé de freiner et de rappeler à leurs clients qu'un peuple ne saurait viv:e éternellement de crédit.

Un accord est intervenu sur ce point entre banques anglaises et américaines. Les banques limitant leurs crédits, les négociants américains et anglais durent suivre cet exemple. Aux Etats-Unis et en Angleterre le resserrement du crédit est à l'origine de la crise. En France, la limitation des crédits accompagne la crise plus qu'elle ne la provoque; la France a subi le contre-coup des crises américaines et anglaises.

Abstention des consommateurs, limitation des crédits, ont amené l'engorgement des marchés. Mais d'autres facteurs ont joué. Dès le début de 1921, les produits argentins, accumulés sur leur pays d'origine faute de moyens de transport, paraissent sur les marchés européens. Certains métaux (le cuivre, notamment), très demandés pendant la guerre, accusent une production supérieure de 50 % à la production d'avant-guerre.

Les peuples aussi, auxquels on prétendait, par le resser-

rement du crédit, rappeler la nécessité de produire pour se refaire, n'avaient pas tous également besoin de cet avertissement. La France notamment, grâce à un rétablissement remarquable, avait en grande partie restauré ses forcés productives (à l'exception des mines de houille) dès l'été de 1920. Dès cette époque, son industrie textile du Nord est, en majeure partie, reconstituée; ses soldats démobilisés ont préparé une récolte à bien des égards satisfaisante. La France va restreindre son importation et développer son exportation. Au monopole des pays intacts succédera la concurrence.

Et aussi bien la baisse des prix sera-t-elle brutale et profonde partout.

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