COURS A LA BOURSE DE NEW-YORK
Cours le pins bis. 6janvier. 31 mars. 27 juillet.
Actions Pensylvania 32 14 33 12 39 3 4 46 3/4
Actions New-York Central... 64 1/8 73 12 86 3/4 96 1/2
U. S. Steel Corp. ord 70,1/7 82 3 8 95 1 '2 1011/4
Anacunda 313 4 48 1/4' 51 53 7/8
COURS A LA BOURSE DE PARIS 3 mars
Banques :
Banque de Paris 1 218
Crédit Lyonnais 1 . 425
Électricité :
Jeumont 350
Compagnie générale électricité. 835 Forges :
Micheville 890
Aciéries marine 900
Charbon :
Anzin 950
Courrières 307
(572) Annual Commercial Times, 1922, p. XV.
9 juin
3 novembre
IMPÔT SUR LES OPÉRATIONS DE BOURSE (1.000 frUIÎCS).
Mars 1922 1.437 Juin 1922 1.718
Avril 1.445 Juillet 1.829
Mai 1.444 Août..... 2.171
Ce développement des transactions commerciales et des opérations de Bourse détermine, même à New- York, une certaine tension monétaire au début de 1923. Et le taux d'escompte de la Fédéral Reserve Bank est porté de 4 à 4 1/2 %.
Mais cette reprise est-elle durable ? Tant d'espoirs capitalisés ne vont-ils pas s'évanouir bientôt comme en 1921 déjà ? Si l'on définissait la reprise, le moment où l'outillage existant devient insuffisant pour permettre de satisfaire la demande des marchandises, nous ne saurions avoir confiance dans l'avenir, et la reprise actuelle ne saurait nous inspirer un grand optimisme; le trust de l'acier aux Etats- Unis n'utilise encore que 70 % de sa puissance de fabrication. Partout, l'outillage immobilisé reste important. Mais la reprise comporte une autre interprétation.
La baisse des salaires, des prix du charbon et de la fonte, la baisse de l'intérêt pendant la période 1920-21-22, ont stimulé les affaires.
La circulaire de la National City Bank qui, dès avril 1922, signale la reprise aux Etats-Unis, l'attribue aux ordres passés par les compagnies de chemins de fer. « En trois mois, « les chemins de fer ont commandé un plus grand nombre « de wagons que pendant toute l'année précédente ». Et pourquoi cette largesse des compagnies de chemins de fer ? Les recettes nettes ont augmenté. Sans doute, les recettes brutes restent encore peu satisfaisantes! En janvier 1922, les recettes brutes restent inférieures de 16 % à ^celles de janvier 1921. Mais les recettes nettes ont augmenté : pour 199 compagnies, en janvier 1922, la recette nette atteint 57.421.605 $, contre 28.331.000 $ en janvier 1921. De même en février. En 1921, le Comité des chemins de fer a autorisé les compagnies à procéder à des abaissements notables des
salaires; les employés les ont acceptés. Les produits d'acier, le charbon ont diminué sensiblement. La recette nette augmente. Et, avec l'augmentation des bénéfices, les compagnies deviennent plus larges pour les commandes; car le réseau américain de chemins de fer est loin de suffire à tout. Au moment où la crise de 1920 a éclaté, les railways américains envisageaient l'exécution d'un programme portant sur 6 milliards de dollars (13.000 locomotives, 712.000 wagons de marchandises, 24.500 wagons de voyageurs, 31.000 milles de voies nouvelles). Le fléchissement de leurs bénéfices, l'exagération des prix, les amènent à renvoyer à plus tard l'exécution de ce programme. C'est l'inverse aujourd'hui.
Cette cause n'est pas la seule : « L'aisance du marché monétaire, caractérisée par la baisse du taux de l'intérêt, autorise les chemins de fer américains à adopter une politique plus libérale en matière de commandes et de travaux » (5t3). D'après 17ron Trade Revieiv, le nombre de v.agons commandés de janvier 1922 à juin, atteint 85.000 contre 23.346 pour la période correspondante de 1921, et 84.207 pour toute l'année 1920, première année de crise.
La reprise des Etats-Unis tient d'abord et surtout à une attitude moins réservée des compagnies de chemins de 1er vis-à-vis de leurs fournisseurs.
Elle est due ensuite au renouveau du bâtiment. Et la baisse de l'intérêt n'y est point étrangère. La maison de travaux publics et bâtiment Monks and Johnson, dans un bulletin consacré à l'industrie du bâtiment, précise ainsi la situation :
« Dans la mesure où une appréciation est possible, le salaire moyen dans le bâtiment dépasse de 50 % le salaire de 1913. Il en va de même des matériaux de construction... Actuellement, le volume des constructions en cours est considérable; et il s'accroît. Quand les prix commencent à monter, beaucoup de projets différés sont mis à exécution par des propriétaires désireux de bâtir avant que le coût en
(573) Circulaire Xational City, cit. juin 1922.
soit trop élevé pour que l'opération donne un profit. L'apparition de ces propriétaires sur le marché favorise la hausse.
(( La croissance continue des capitaux disponibles dans les banques ou chez des particuliers démontre clairement la possibilité de se procurer des capitaux, si l'usage qu'on se propose d'en faire paraît justifié. Une large part de ces capitaux disponibles s'emploie dans le bâtiment. » (5:4).
Ce serait donc l'abondance des capitaux disponibles, qui, pour ces architectes, expliquerait la reprise dans le bâtiment. La crise du logement ne date point d'hier aux Etats- Unis. Mais on attendait des salaires raisonnables, des prix abordables des matériaux et l'abondance des capitaux disponibles, pour donner satisfaction à un besoin indiscuté.
Et aussi bien, tous ces faits nous paraissent-ils établis, que la reprise aux Etats-Unis a son origine dans la baisse des prix de ces matières essentielles de toute entreprise : houille, fonte, acier, matériaux de. construction, dans la réduction des salaires et la diminution du taux de l'intérêt. Des projets, hier impossibles, trop onéreux, deviennent aujourd'hui des réalités.
Mais cette reprise enregistrée dans certaines industries, réagit plus récemment sur les autres; les chemins de fer trouvent un nouvel aliment de leur trafic dans la reprise de la métallurgie et du bâtiment. Sans doute, les réductions de tarif entrées en vigueur le 1er juillet 1922, ont influencé les recettes brutes et les recettes nettes pour beaucoup de compagnies; mais le trafic augmente. Et cette augmentation compense l'influence des réductions de tarif (5"5). Le nombre des wagons chargés accuse une amélioration continue et progressive. L'écart en faveur de 1922 va grandissant
(574) Circulaire y'ational City, juin 1922.
(575) Wagons chargés (1.000; :
Semaine finissant le 13 mai 843
Semaine finissant le 24 juin 877
Semaine finissant le 22 juillet 928
Semaine finissant le 20 août 1 .001
Semaine finissant le 16 septembre. 991
1922 (+ ou
malgré les grèves, dont les Etats-Unis ont eu à souffrir. En septembre (circulaire de la French American Banking), les recettes brutes sont déjà en amélioration de 2^ %, par rapport à 1921 (5:6).
Et, au total, la reprise aux Etats-Unis nous apparaît très nette. En Europe, elle est moins accusée. Et la baisse des ■prix et de l'intérêt ont déterminé un retour des commandes. Si le bâtiment a constitué pour la métallurgie française un client appréciable pendant l'été 1922, l'incertitude de la politique pèse sur L'avenir des affaires.
De notables améliorations sont cependant à enregistrer au point de vue économique. Le prix du charbon a considérablement diminué. La tonne de Cardiff, qui valait 113 sh. en avril-août 1920, a baissé; en avril 1921, elle ne vaut plus que 59 sh. A partir de novembre 1921, elle oscille autour de 25 sh.
La fonte, elle aussi, a sensiblement baissé; après avoir coté au plus haut 650 francs la tonne en juin-septembre 1920, la fonte de Longwy baisse rapidement pendant toute l'année 1921. En septembre 1921, elle ne vaut plus que 187 francs. Depuis cette époque, le prix s'est légèrement relevé; il oscille en 1922 autour de 220-230 francs la tonne.
Le taux de l'intérêt a, lui aussi, diminué, au moins en Grande-Bretagne. En France, les emprunts directs ou indirects de l'Etat pour les réparations le maintiennent élevé. Toutefois, au printemps de 1922, le Ministre des Finances a abaissé le taux d'intérêt des Bons de la Défense; la Banque de France a ramené son taux d'escompte à 5 % le 11 mars 1922. La Banque d'Angleterre a fixé le sien à 3 % le 11 mars
Tous ces abaissements ont stimulé les initiatives industrielles. Et l'importation des matières premières a notablement progressé en France fin 1922.
Les recettes des chemins de fer progressent, le nombre des wagons chargés aussi. Les exportations en poids sont supérieures à celles de 1913. De grands projets d'utilisation de
(576) Revue Politique et Parlementaire, octobre 1922, p. 153.
la houille blanche, d'électrification des voies ferrées, d'amélioration du réseau téléphonique, sont en cours d'élaboration et parfois de réalisation en France. Il y a là autant de facteurs pour une reprise des affaires.
Il faut cependant constater que les pouvoirs d'achats entre nations n'ont point retrouvé leur équilibre. Sans parler des changes et des tarifs douaniers, l'éternel problème des réparations, l'ataxie économique d'une bonne partie de l'Europe, font obstacle à une sérieuse reprise. Et si le jeu normal des forces économiques tend à ramener la prospérité après une longue et profonde dépression, l'on ne saurait méconnaître que l'avenir est dominé par le double problème des relations franco-allemandes et du rétablissement de la Russie, par l'état des finances publiques des différents pays. Le budget est en déficit partout, sauf en Grande-Bretagne.
Ce n'est pas ici le lieu de traiter en détail du problème des réparations. Mais, par des livraisons modérées et rationnelles en nature, en main-d'œuvre et en devises, l'Allemagne doit désormais aider la France à financer les réparations. JN'otre pays ne saurait porter seul le poids des emprunts nécessaires. Mais, avec une mutuelle bonne volonté, le problème n'est pas insoluble. Peut-on envisager cette bonne volonté réciproque ? L'avenir seul nous le dira.