HISTORIQUE
Avant de commencer cette thèse, il convient de rendre hommage aux savants qui, dès le siècie dernier, en fixant les relations des crises viscéralgiques et de la maladie de Duchenne, en décrivant les formes, la symptomatologie et la pathogénie de cette maladie, ont donné aux générations actuelles la base scientifique solide sur laauelle est étayée toute discussion clinique.
Un premier nom, celui d’un précurseur: Graves, qui, en 1842, présente l’observation d’un malade chez lequel il a constaté, quatre ans avant l'apparition des troubles moteurs, toute une série de phénomènes gastriques. Il cite ces faits, se gardant bien d'établir un lien entre eux.
Romberg, en 1851 et Sir Gull, en 1859, relatent des cas semblables, mais comme le fit Graves, ils constatent
cette coïncidence sans chercher une relation de cause à effet.
Duchenne (de Boulogne), à cette époque, partagea leur erreur et vit même, dans les cas cités, une superposition de deux affections différentes — il devait plus tard revenir sur cet avis.
Trousseau, dans ses cliniques, insiste sur la curieuse coïncidence des crises gastriques précédant le tabès, dans
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des cas qu'il cite, et il décrit les crises viscéralgiques et leurs diverses formes.
En 1860, avant qu’il ne fût question des crises viscérales du tabès, Topinard publie un certain nombre d’observations dans lesquelles les troubles, les crises gastriques ont précédé les troubles ataxiques. — Sur 10 cas dans 5, les troubles viscéraux apparurent au début; il établit la relation entre l'affection et le syndrôme.
En 1864, il confirme cette opinion dans « De l’ataxie locomotrice et en particulier de la maladie appelée Ataxie locomotrice progressive », C’est à Delamarre dans sa thèse inspiree par Maurice Raynaud (1866) qu’appartient le mérite d’avoir affirmé la connexité existant entre les crises gastriques et l’affection spinale.
À la même époque, Duchenne (de Boulogne), rectifiant son avis précédent, accepte la théorie nouvelle, et publie lui-même un certain nombre de cas.
Dans sa thèse, Dubois en 1868, décrivait en détail les crises gastriques tabétiques. Charcot fut le premier à exposer nettement la question, à démêler et classer les différents symptômes. — Il donne en 1872, puis en 1877 et en 1889, dans des lecons remarquables et qui font encore ‘autorité, une description typique de la crise viscéralgique du tabès, de ses formes, des vomissements, de ses hématémèses, description si admirable d’exactitude, qu’aujourd’hui encore, les auteurs peuvent la citer sans y rien ajouter, sans en rien retrancher.
Nous n’oublierons pas en 1874 la thèse de Petitjean, intitulée « Contribution à l’étude des crises gastriques dans l’ataxie locomotrice ».
En 1876, M. Raynaud attire l'attention sur les accès
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douloureux tabétiques, rappelant, par leur siège et leur symptomätologie, la colique néphrétique et la colique hépatique calculeuse.
En 1877, la thèse de Jaquinot montre les symptômes variés de l’ataxie; et Black cite deux cas de crises gastriques tabétiques.
Vulpian apporte dans son « Traité des maladies de la moëlle », puis en 1879, en 1882 et en 1889, la description de nouveaux symptômes qu’il a constatés et il publie des observations de haut intérêt.
Friedmann signale quelques particularités insolites de l’ataxie, et un cas de crises gastriques très précoces.
En 1882, Leyden décrit les vomissements périodiques et en fait une maladie spéciale, n’ayant pour lui, aucun rapport avec le tabès. — Charcot s’est opposé à cette opinion et rattache ces vomissements à la forme fruste, à la période préataxique du tabès.
En Angleterre, Buzzard, signale l'importance capitale du signe de Romberg pouvant exister comme seul élément de diagnostic du tabès dans les cas de crises gastriques; il émet cette opinion que nombre de cas de l'affection appelée « goutte stomacale » pourraient bien être des exemples de crises gastriques du tabès, ainsi que certains symptômes attribués à une obstruction intestinale.
En France, Strauss publie, en 1881, des cas d’ecchymoses sous-cutanées, survenant à la suite des douleurs fulgurantes et se demande s’il s’agit de phénomènes congestifs reflexes ou d’une action vaso-motrice directe. I] lui paraît vraisemblable de rattacher à un phénomène du même ordre les gastrorrhagies survenant dans les crises gastralgiques, violentes chez les ataxiques.
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Signalons la thèse d’Harel en 1882. — La même année, Pierret étudie les lésions anatomo-pathologiques pouvant déterminer les crises gastriques du tabès.
En 1885, Vulpain publie des accès de douleurs précordiales à forme d’angine de poitrine chez un ataxique: Veilleau fait une excellente thèse sur les crises viscéralgiques de l’ataxie locomotrice et signale que ces crises ont püû être prises pour des coliques hépatiques.
Fournier, dans ses leçons sur la période préataxique du tabès, traite du syndrome auquel il donne le nom de colique gastrique.
Sahli a, le premier, étudié le chimisme stomacal des tabétiques et signalé l’hyperchlorhydrie pendant les crises. Simonin, Rosenthal et Hoffmann firent les mêmes constatations, tandis que dans un cas observé par Ewald, il y avait une anachlorhydrie absolue.
En 1889, Boas ne constatait pas d’'HCI libre dans les vomissements tabétiques.
Von Noorden, en 1890, puis Gaston Lyon, dans sa thèse, concluent, de leurs recherches sur ce sujet, que le chimisme stomacal des tabétiques varie d’un sujet à un autre; c’est aussi l’avis de Bouveret, en 1913, et celui de Soupault, qui, en 1903, se basant sur les mêmes constatations (Hyperchlorydrie, dans un cas, apepsie absolue, dans un autre), en pleine crise, avec un tableau symptomatique chez les deux) était d’avis que l’hyperchlorhydrie est sans importance dans ce cas.
Hayem s’est beaucoup occupé de cette question de chimisme stomacal des tabétiques, en crise gastralgique, en 1893 et en 1894; il a pu, le premier, faire des tubages en série chez un malade pendant sa crise; il a constaté
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que l’hypersécrétion varie de caractère, non seulement d’un sujet à un autre, mais même d’un jour à l’autre, chez le même sujet, pendant la même crise; le chimisme dépend de l’état organopeptique de l’estomac.
Cathelineau, la même année (1894), dans un cas minutieusement étudié par lui, tant au point de vue clinique, qu’au point de vue chimie gastrique et chimie urinaire, a constaté la présence d'HCI en excès et de peptones dans les vomissements ; il conclut que le chimisme stomacal de son malade doit être rangé parmi les hyperpepsies quantitatives avec fermentations acides.
Bourguignon, dans sa thèse, en 1895, déduit de 2 observations, que les crises gastralgiques du tabès semblent être plus fréquentes et plus intenses chez les hyperchlorhydriques, d’où une indication à l’administration des alcalins à hautes doses.
Babon, au contraire (thèse de Paris 1893), d’après les observations de 8 malades très bien étudiés, est d’avis que la crise gastrique tabétique ne présente pas de type chimique propre; si exceptionnellement on observe une hypersécrétion analogue à la forme intermittente de Reichmann, le type hyperpeptique est rare; il y a souvent de l’hypopepsie, qu’il attribue, avec Hayem, aux médicaments irritants pour l'estomac dont le malade, tabétique syphilitique a usé.
Le 16 février 1896, Bovet et Huchard ont publié l'observation d’un tabétique à crises gastriques dont à sécrétion stomacale, très variable, passait d’une semaine à l’autre, d’un état franchement hyperpeptique à une hypopepsie très accusée, et tiraient de ces constatations un élément de diagnostic précieux entre l’uleus et les crises gastriques avec hématémèses appartenant au tabès.
Cache, dans sa thèse, en 1897, rejète l’hyperacidité comme cause des crises gastriques tabétiques, étant donné qu’il a constaté plus souvent l’hypo que l’hyperpepsie, et en tire les mêmes conclusions qu'Hayem.
Michel Clarke, en 1898, observait que, chez son malade, la digestion était rapide dans les intervalles entre les crises, avec plutôt légèrement hyperchlorhydrie, tandis que, pendant les crises, il y avait absence d’'HCI, mais abondance d’acide lactique.
Costairs et Douglas, en 1899, ont publié l’histoire d’un tabétique présentant des crises gastriques avec hématémèses, et qui, pendant les crises avait une sécrétion gastrique de plus faible pouvoir digestif qu’en dehors des crises; il n’y avait ni hyper ni hypochlorhydrie; le sang, pour ces auteurs, avait son origine dans des varices de l’æœsophage ou du cardia.
A. Robin (Traité des maladies de l’estomac, 1900), a examiné le suc gastrique de 14 tabétiques à crises gastriques et a constaté une variété grande du chimisme gastrique d’un malade à un autre, mais il conclut que la crise gastrique, chez les tabétiques, s’accompagne plus
souvent d’hypersthénie que d’hyposthénie.
Nous avons préféré, sans suivre l’ordre chronologique des publications sur le sujet qui nous occupe, exposer l’une après l’autre celles ayant trait au chimisme gastrique des ataxiques et les rassembler. — Nous revenons à l'historique des travaux publiés sur le tabès à crises viscéralgiques.
En 1889, Charcot, dans un bel article paru dans la Gazette médicale de Paris, faisait un exposé et une des-