ans
et plus tard.
Deuxièmes grosses molaires
Troisièmes grosses molaires
| 4e année.
Bien des causes peuvent modifier l’ordre d’évolution de ces organes : le tempérament, les maladies, l’hérédité et surtout la latitude sous laquelle vit le sujet, sont autant de causes desquelles il sera bon de tenir compte. Les époques ci-dessus doivent donc être considérées comme des moyennes et non comme fixes et invariables. J’ai en ce moment sous les yeux une jeune fille de huit ans qui possède toutes les dents permanentes correspondant à cet âge : quatre grosses molaires, et les incisives médianes et latérales; on trouve en plus à la mâchoire inférieure les canines parfaitement développées, les premières et les deuxièmes petites molaires en voie d’éruption. A la mâchoire supérieure, toutes les dents temporaires sont tombées; les premières petites molaires seules sont dégagées des gencives, les secondes ne se montrent pas encore ; il en est de même pour les canines.
Si donc on avait, sans autres renseignements, à établir l’âge
de ce sujet, on serait en droit d’affirmer qu’il est âgé d’au moins dix ans et demi.
La plus grande réserve est donc à garder en pareils cas, et l’on doit s’entourer de tous les renseignements possibles.
Cependant je dois, pour être complet, ajouter que les secondes grosses molaires ne sont pas aussi avancées qu’elles devraient l’être, vu l’état des autres dents. On les devine, en
Fig-. 10. — Mâchoire normale d’enfant.
La table externe du maxillaire a été enlevée, pour bien montrer les dents permanentes en voie de développement, ainsi que les rapports des deux dentitions entre elles.
effet, plutôt qu’on ne les sent, à l’aide de la pulpe du doigt explorant le maxillaire.
Ainsi donc, l’enfant, après avoir possédé vingt dents à la fin de la première dentition, vingt-quatre au début de la seconde, en a trente-deux à la période d’état de cette dernière, c’est-à-dire à l’âge adulte.
Au moment de la chute des premières dents temporaires, la mâchoire renferme le plus grand nombre de dents qu’il lui sera donné de contenir, soit quarante-huit dents, sans tenir compte de la dent de sagesse, qui dans quelques cas
peut déjà apparaître; ce qui alors porte à cinquante-deux le nombre des dents renfermées dans les mâchoires d’un enfant.
Il sera intéressant, je crois, surtout au point de vue particulier qui nous occupe, de jeter un coup d’œil rapide sur le rapport de ces deux dentitions entre elles, et sur l’arrangement réciproque des organes entre eux.
De prime abord, ce qui frappe, lorsqu’on examine une mâchoire normale d’enfant, c’est son orthognathisme. La ligne droite perpendiculaire, qui réunit la symphyse du menton et l’épine nasale antérieure et inférieure, donne la direction des incisives. Si maintenant nous passons aux arcades dentaires, nous voyons qu’une ligne, menée de la crypte de la seconde grosse molaire droite à la crypte de la seconde grosse molaire gauche, en suivant le sommet de toutes les dents temporaires, représente une parabole. Les cryptes des dents permanentes, du moins pour la région antérieure, sont en dedans des précédentes. Le diagramme qui les représente est inscrit dans le diagramme parabolique des premières. Il en résulte que l’arc des dents définitives est plus petit que l’arc des dents de lait, et cependant les dents définitives sont plus grosses. Un artificedela nature était nécessaire : aussi voyons-nous les dents se ranger provisoirement, à la façon des pétales d’une fleur non encore épanouie.
C’est ainsi que les incisives se montrent sur deux rangs, les petites cachées et accolées derrière les grandes, jusqu’au jour où le développement de la mâchoire, en agrandissant l’espace, permet ce mouvement de latéralité et de projection en avant, qui place les quatre incisives sur la même ligne courbe.
Les incisives médianes occupent le plan le plus externe ; les latérales un plan postérieur, et les canines un plan inter-
médiaire aux deux. Les molaires sont situées immédiatement au-dessous des dents temporaires.
A la mâchoire inférieure, la base des alvéoles permanentes et l’extrémité des racines des dents temporaires se trouvent à peu près sur un même plan horizontal passant par la partie supérieure du trou mentonnier. Les caninês sont situées plus profondément; la base de leur alvéole repose sut* la paroi même du maxillaire.
La direction générale de toutes ces dents est oblique, de bas en haut, et d’avant en arrière.
A la mâchoire supérieure, le rapport des dents entre elles est le même que pour la mâchoire inférieure; les canines sont également profondément situées, et le fond de leur crypte répond au niveau du trou sous-orbitaire. Pour les incisives, le fond des alvéoles est formé parla paroi inférieure des fosses nasales. Ici, toutes les dents ont une direction inverse de celles du bas; elles sont, normalement, inclinées de haut en bas et d’arrière en avant.
Telles sont les dispositions que présentent entre elles les dents permanentes, dans leurs rapports normaux; mais, comme on le comprendra facilement, la moindre modification dans l’ordre d’apparition ou d’évolution des follicules dentaires amènera des changements dans ces rapports, c’està-dire des anomalies de disposition qui, persistantes, constitueront plus tard les difformités dont nous allons nous occuper plus spécialement.
C’est donc surtout au point de vue étiologique qu'il nous faudrait rechercher ces différents cas, avant que la nature soit parvenue à rétablir l’harmonie par des efforts ultérieurs.
À ce moment, il faut l’avouer, nous sommes complète-
ment impuissants, et ces anomalies ne présentent pour nous qu’un intérêt purement scientifique.
En effet, dans Yodonlocie, pour employer une expression de M. Delabarre, nous aurons toujours uue présentation mauvaise, quoi que l’on fasse, si la dent affecte, pendant sa période foetale, quelques rapports anormaux avec les différentes parties environnantes. Aucun signe certain ne peut nous faire deviner une anomalie ; nous n’avons que des probabilités : une éruption tardive, la position de la tumeur, et surtout l’hérédité.
Et, quand bien même on arriverait à pouvoir poser un diagnostic, quels avantages pourrions-nous en tirer? Quels sont nos moyens de traitement? L’extraction, procédé bien impuissant, quoi qu’en dise Tomes. C’est à l’origine qu’il nous faudrait agir. A nous aussi il faudrait, comme en obstétrique, par des manœuvres externes, pouvoir ramener la dent dans une position et des rapports normaux. Ce n’est donc qu’après la sortie de l'organe qu’il nous sera donné de nous prononcer et même, dans bien des cas, nous ne devrons agir que tardivement.
Les causes de ces déviations peuvent se classer sous deux chefs :
1° Les causes prochaines, purement mécaniques;
2° Les causes éloignées, ou héréditaires, de beaucoup les plus nombreuses et les plus actives.
Sans nier complètement l’action des dents temporaires sur l’évolution des dents permanentes, je ne puis cependant, avec la majorité des auteurs, l’admettre comme une cause constante et primordiale de déviation.
De deux choses l’une : ou la dent permanente sort physiologiquement, et alors tous les phénomènes qui vont con-
courir à son éruption s’accomplissent normalement, c’està-dire que la dent temporaire et le maxillaire se résorbent, laissant le champ libre à la dent qui évolue; ou la dent permanente se présente dans une position vicieuse, alors la dent caduque restera dans son intégrité et les parties qui s’opposent à la sortie du nouvel organe subissent seules le travail de résorption. Est-ce à dire pour cela que la dent caduque soit la cause de la déviation de la dent permanente? Évidemment non, car alors toutes les dents de remplacement, ayant à lutter contre le maxillaire et la dent temporaire, devraient pousser de travers. L’observation même des faits nous conduit à cette conclusion, que les dents temporaires, loin de gêner l’évolution des dents permanentes, servent à leur évolution normale, en maintenant l’arcade dans sa forme régulière, et en forçant la dent à évoluer dans un espace déterminé.
Qu’une dent de lait, dont la résorption ne s’effectue pas normalement, soit une cause de déviation ultérieure, j’en conviens; encore ne sera-ce que tardivement, et si l’on ne surveille pas la dentition de l’enfant. Le premier phénomène sera un retard dans l’éruption ; il y aura lutte entre la dent non résorbée et la dent évoluante; l’une et l’autre seront peut-être légèrement déviées de leur position normale, la dent de lait surtout sera probablement déviée, mais on n’observera jamais alors de ces déplacements complets, de ces hétérotopies, où la dent en voie d’évolution laisse intacte la racine de la dent caduque.
C’est, du reste, un fait journalier d’observation que, toutes les fois qu’on a voulu suivre les conseils de Bunon1,
1 . « Si l’on aperçoit une dent nouvelle dont le volume excède la capacité de la place qu’occupe la première, il faut, pour Ja mettre à son aise, ôter les deux dents