‹ Des délires de persécution d'origine alcooliqueChapitre 10 sur 23 · ST · texte numérisé non relu

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Le sujet ainsi changé dans son moi, se trouve placé vis-à-vis des perceptions extérieures comme l'écran éclairé par un rayon de lumière devant lequel on placerait un prisme qui décomposerait ce rayon. Les personnes et les choses lui paraissent différentes et c’est alors que sa raison, pour atiribuer à toute cette extériorité nouvelle une systématisation logique, commence à les mal interpréter.

Les interprétations délirantes une fois établies, — illusions, idées de persécution, — surviennent rapidement les hallucinations de tous les sens dans lesquelles les hallucinations de l’ouie prédominent, à l'exception parfois de toutes les autres.

Cependant dans le délire systématisé alcoolique, s’observent des cas où l’hallucination n'est pas le produit de la conception délirante, mais au contraire où elle la précède et contribue à la former et à lui imprimer son cachet particulier.

Le sommeil de l’alcoolique est peuplé de nombreux rêves composés de tableaux effrayants dans lesquels le dormeur est un persécuté.

Parfois le rêve se prolonge et le malade que l'horreur du spectacle vient d’éveiller, qui a conscience d’être réveillé, continue à vivre le drame qui le torture. Si l’alcool a déjà touché son organisme au point d’en rendre le fonctionnement défectueux et de créer en lui les modifications de la cénesthésie dont nous avons parlé plus haut, tout son être va vibrer et souffrir au maximum, sans que la raison puisse lui rendre l'équilibre

détruit. La répétiion du mème rève, sa prolongation

Ca

dans l’état de veille, la reproduction et la particularisa tion des hallucinations visuelles, augmente chez lui l’état d'angoisse ; dans les matériaux apportés par les hallucinations le Moi puise naturellement sa psychose et les idées de son délire, et crée un système dans lequel il se cantonne et se tient pour satisfait.

Quand l’alcoolique, sous l'influence directe des hallucinations actives de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, s’imagine que telles personnes qu’il à vues et reconnues (prètres, francs-maçons, compatriotes) veulent le tuer, l’'empoisonner, dans un but déterminé que ses voix lui ont fait connaître, il systématise, mais en fait il traduit seulement ses hallucinations. Cette systématisation est, du reste, mobile, fugace, passagère, et si elle survit quelquefois aux hallucinations qui l’ont fait naître, elle disparaît d'ordinaire quand a disparu la croyance à la réalité des phénomènes perçus.

Que ces hallucinations persistent, le délire secondaire persiste aussi, que la croyance seule à la réalité des hallucinations survive aux hallucinations et le délire persistera également.

Enfin il est des cas où, en dehors même des hallucinations, l'alcool en action sur l’organisme d’un sujet jusque-là normal, peut modifier sa personnalité et le rendre apte à délirer.

Il faut distinguer les cas où le sujet est prédisposé au délire (paranoïaque) avant de se livrer à l’alcoolisme, de cenx ou l’alcool crée de toute pièce cette aptitude à délirer, où il transforme un individu altruiste, confiant,

enun égocentrique méfiant, soupçonneux, interprétant.

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Ainsi chez un certain nombre d’alcooliques, l’action toxique de l’alcool se traduit par un état mental spécial. formé d'idées délirantes de nature triste, idées de per-: sécution qui s'’accompagnent d’hallucinations et d’illusions ordinairement plus actives que dans les autres folies.

Cette psychose dans laquelle la raison ne paraît pas être considérablement altérée, par l’orientation, la durée, l’immuabilité des idées délirantes, apparaît comme un véritable délire de systématisation à base de persé-

cution secondaire à l’intoxication alcoolique.

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