Vicouroux et Ducasse. Revue de Psychiatrie
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corps. C’est la somme, le chaos non débrouillé des sensations qui, de tous les points du corps, sont sans cesse transmises au sensorium (HENLE). » |
Le Moi se trouve profondément déséquilibré.
Un afflux de sensations insolites et troubles émanant de différentes parties du corps monte à la conscience.
Le « Moi » ne se reconnait plus. Tout lui paraît changé, les choses el lui mème. Il tâche de se ressaisir, d’accorder ce qu’il se sent être maintenant à ce qu’il était autrefois. Il n’y parvient pas. L'état nouveau ne pouvant être systématisé avec la conscience générale, devient le point de départ d’une systématisation nouvelle.
Mais la cénesthésie ne fait que répéter et exprimer à la conscience les affections du corps.
« Tout organe, dit GILBERT-BALLET (1), peut devenir le siège de sensations désagréables ou douloureuses, de déplacement, de changement de forme, de volume, ou de consistance. ».
Tel aliéné croit avoir le ventre plein d’animaux, de démons. Tel autre a des trous dans le cerveau, des vers dans le poumon, du pus dans les veines, où bien l’estomac bouché, l'utérus plein de fœtus imaginaires, etc.
Ces différentes sensations peuvent être fixes ou mobiles, partielles ou généralisées. Dans ce dernier cas, le malade éprouve des commotions, des sensations, des douleurs indescriptibles par tout le corps. D’autres fois il a l'impression d'être changé en totalité, d’être en
verre, en bois, en pierre, d’être mort.
1, Gicserr-BaLLer. T'railé de médecine mentale.
Dans le délire systématisé alcoolique quelles ne peuvent pas être les modifications apportées par le toxique entire les différents échanges cellulaires, phénomènes multiples qu'il nous est impossible encore, en l’état actuel de la science, de définir, et dont le parfait fonctionnement crée l'équilibre organique et sa résultante qu’est
l'équilibre mental comme le vérifie le vieil adage :
Mens sana in corpore sano!
Rarement le délirant systématique alcoolique apporte sa réflexion sur les troubles intérieurs qu'il ressent, mais c’est surtout à la cause extérieure qu'ii leur suppose qu'il s'attache. . F |
La douleur ressentie appelle l’idée qui lexplique, l’idée à son tour redouble la douleur et l’élève à une plus haute conscience d’elle-même, et cet ensemble forme un chaos inextricable dans lequel la raison s’enlise.
Le malade énonce le trouble quile travaille. Ilse plaint de démangeaisons qu’il extériorise et attribue à la vermine qu’on lui jette. On l’électrise, on le magnétise, on l’empoisonne, on mêle des ordures à ses aliments!
Constate-t-il chez lui une baisse de la faculté génitale ? Loin d’en confier la cause à son propre organisme, il cherche dans son entourage l’origine d’un état, qui, se manifestant à lui comme partie intégrante de son moi, se trouve par une objectivation curieuse rapporté au non moi. Mème dansles cas les plus complexes de
délires systématisés alcooliques, et en écartant les dé-
ob
générés héréditaires, déjà déséquilibrés moraux avant le délire, nous trouvons des troubles de la cénesthésie en rapport avec l’intoxication alcoolique et caractérisés par l'inquiétude et de l’émotivité morbide.
Or, qu'est-ce que l'émotion, sinon! un trouble de la cénesthésie ? et l’émotivité morbide, sinon un trouble cénesthésique prolongé ?
L'émotion, d’après JAMES, n’est que la conscience en retour de certains mouvements réflexes. La colère, par exemple, consiste dans des attitudes violentes, des gestes mal coordonnés, des constrictions vasculaires et en outre, dans le sentiment qui s'ajoute après coup à ces phénomènes physiques. Nous ne pleurons pas parce que nous sommes tristes, mais nous sommes tristes par l'effet d’un état organique accompagné généralement de larmes. Nous ne fuyons pas parce que nous avons peur, mais la fuite est un réflexe qui se propage au sensorium où il s'exprime par le sentiment de la peur. Toujours l'émotion est un groupe de mouvements passifs qui retentissent dans la cénesthésie. Physiquement, elle consiste en des contractions musculaires, des sécrétions, des actions vaso-motrices, etc. Psychiquement elle se réduit à l’aperception subjective des phénomènes précédents.
« L'émotion est essentiellement un phénomène de conscience, qui est conditionné par des mouvements organiques », dit le D' Tourouse (1) citant le D' G. Du- MAS.
1. Dr Tourouse. L'art de vivre, Paris, 1906 ; Dr G. Dumas. La tristesse et la joie, Paris.