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Il travaille à la buanderie et s'acquitte consciencieusement de sa tâche.
Vers la fin de 1911 il a des hallucinations de la sensibilité générale, et dit qu’il est travaillé par des effluves électriques que lui envoient des personnes qu’il ne veut pas nommer. Il est en communication constante avec tous les quartiers de l’asile qui lui causent et auxquels il répond.
Des voix lui conseillent de tuer le directeur quand celui-ci passe près de lui. [Il en fait part à son beau-père, en même temps qu’il envoie une lettre à Jacques Dhur pour l’informer du supplice continuel qui lui est infligé par le médecin « qui l’empêche de dormir à l’aide d’effluves électriques ». .
Au début de 1913 il est toujours très halluciné et son délire
est toujours le même.
OBSERVATION II (PersoNNeLze).
D... L., 32 ans, cultivateur.
Nous n’avons pas de renseignements sur les antécédents héréditaires de D...En ce qui le concerne, il n’a jamais été malade. N’a pas été à l’école. [1 s’est marié en 1902 et a eu depuis son mariage trois enfants de sa femme dont deux sont vivants et âgés respectivement de 7 ans et 2 mois. Le premier est mort à 4 mois.
Il a travaillé pendantun an comme cultivateur avec son beaupère, puis l’a quitté pour venir à Paris, où il est entré comme chauffeur à la Compagnie du gaz. C'était un homme gai, affectueux, non jaloux et sociable.
Mais à Paris, il se met à boire régulièrement et rentre sou=
TROT vent ivre à la maison. Il buvait, dit sa femme, deux litres de vin à ses repas. Cependant son caractère jusqu’en 1908 ne semble pas s'être modifié. À ce moment, il devient irritable, nerveux etse met facilement en colère. Sa femme trouva un jour dans les cabinets d’aisance de l’argent qu’il y avait caché.
S’occupant activement de syndicat, il prend part à toutes les réunions politiques précédant les élections législatives de 1910, à la suite desquelles il devient plus exalté et plus insociable.
En même temps il présente tous les signes physiques,de l’intoxication alcoolique chronique. Son appétit diminue, il digère mal, a des pituites matutinales et de fréquentes indigestions.
Le 27 mai 1910,sans prévenir personne ikprend le train pour Montauban, ville ou il n’est jamais allé. Il est en proie à un délire hallucinatoire très intense qui provoque son arrestation et son transfert à l’asile de Vaucluse.
A son entrée, le malade qui paraît très indifférent, présente du tremblement généralisé des extrémités et de la langue, et de l’inégalité pupillaire. Les réflexes sont normaux, le volume du foie normal, il n’y a pas de glycosurie alimentaire.
D... a gardé le souvenir de son passage à la Compagnie du gaz où 1l a travaillé sept ans.
C'est en août 1910 que le diable lui est apparu. « Ça lui a fait un coup ! Par bonheuril a fait le signe de croix ! Il y avait des falots dans les champs, on entendait les cailles chanter ainsi que les anges. »
Puis il a été attaqué, à quelque temps de là, par une bande, toujours commandée par le diable, et composée de curés qui l'insultaient le prenant pour un agent de la Sureté, Une voix lui a commandé d’aller à Négropolis (Montauban) et il est parti !
Ainsi, chez le malade, le souvenir des hallucinations antérieu-
pe Le QU
res et la croyance à la réalité des hallucinations persistent. Il est toujours très halluciné, et son délire, fait surtout d’hallucinations de la vue et de l’ouie, d’ordre mystique, se systématise et dure, « Il est l'enfant de la Vierge », « Son fils chéri ». Elle Communique avec lui pas l'intermédiaire du ciel bleu, « lui donne des ordres depuis Montauban ».
En même temps se manifestent quelques idées de persécution. Il se jette sur un malade parce que des voix lui ont dit que c'était un assassin qui lui voulait du mal. Il se plaint d’être étouffé par l’air comprimé du ciel bleu, ce qui est causé « par les francs-maçons qui le persécutent ».
Dans le courant de 1911 et de 1912, D... est toujours très halluciné et conserve la même interprétation délirante. Ce sont toujours des voix qui l’ont fait partir à Négropolis, il est toujours en correspondance avec la Vierge qui luira même dit de ne plus travailler au quartier.
Il est calme au début de 1913, et reste cantonné étroitement
dans sa psychose.
OBSERVATION Ill (PERSONNELLE).
S... J., 42 ans, déménageur.
On ne sait rien sur les antécédents héréditaires de S... Il a perdu son père en 1870 et sa mère est morte en 1878. Il a une sœur plus âgée que lui et bien portante.
Pendant son enfance et son adolescence il n’a jamais eu de maladies graves. Il a été soldat et pendant son service a contrdeté la syphilis. Rentré du service il a travaillé comme démé-
nageur. Îl était fort, intelligent, affectueux, avai bon caractère,
REA dit sa sœur, mais il buvait d’une façon anormale jusqu’à dix litres de vin blanc par Jour.
Rien, en dehors de son intempérance, ne pouvait attirer l’attention sur son caractère et il accomplissait à la satisfaction de tous sa tâche quotidienne.
En février 1907, il déménageait un ménage de divorcés et la police fut obligée d'intervenir à la suite d’une querelle violente au coursde laquelle une arrestation fut opérée, qui impressionna très vivement S... et modifia son état mental.
Il devint subitement halluciné de la vue et de l’ouïe ainsi que de la sensibilité générale, croyant être poursuivi par des chiens, . des chats, des agents de police, et quand il voulait leur échapper en s’enfermant chez lui, des voix venues de partout l’appelaient voleur, canaille, en même temps qu'il sentait sur lui les effets de décharges de piles électriques.
Il est soigné d’abord par sa sœur et sous l'influence de ce délire hallucinatoire très intense, il tente de se pendre. Envoyé à Broussais, il est très halluciné, très excité, incohérent, agité d’un tremblement continuel des membres. Il se casse un urinal sur la tête et est dirigé sur Sainte-Anne, puis sur Vaucluse en juin 1907.
C'est un homme petit, d’un embonpoint assez marqué. Sa parole est scandée, embarrassée. Il a les pupilles élargies. Il présente du tremblement continuel des extrémités et de la langue. Il.se plaint de crampes nocturnes. Les réflexes sont Rte Il a de la glycosurie alimentaire.
Mais ce qui frappe surtout chez lui, c’est en dépit des hallucinations visuelles et auditives toujours très intenses, l’apathie et l'indifférence de sa physionomie,
Son délire hallucinatoire, très actif, consiste en des visions
d’assassins qui viennent pour le tuer, Des voix sortent de partout et lui crient : voleur ! assassin ! canaille ! Dans une de ces voix il reconnaît la voix du médecin qui je soigne et qui lui répète sans cesse qu’il est fou. Il s’en plaint vivement aux infirmier protestant avec force contre cette accusation, répondant avec violence et demandant protection à son entourage. Des voix lui ordonnent de ne plus manger et il cesse de prendre toute nourriture,
Vu son état dépressif, S... est maintenu à l’infirmerie où, au bout de quelque temps il est occupé, et il remplit sa tâche avec zèle quoique étant toujours aussi halluciné.
Les années 1908 et 1909 se passent sans apporter d’amélioration à son état. k Interrogé au début de 1910, on constate que, secondairement
à son état hallucinatoire toujours persistant, se sont établies chez
. lui des interprétations délirantes et qu’il présente un délire de
persécution hallucinatoire systématisé.
Il entend toujours des paroles entachant son honneur. Il connaît d’ailleurs ceux qui le persécutent. Ce sont des malhonnêtes gens du XI[V° arrondissement, organisés en bande, escrocs et voleurs, qui, après avoir essayé de l’empoisonner, l'ont fait interner à l'asile pour l’y tourmenter à leur aise. Invité à donner le nom de ses ennemis il déclare ne vouloir le révéler qu'aux juges et demeure très réticent à ce sujet.
L'année 1910 se passe sans réactions violentes de la part de S... qui conserve le même délire.
En juillet 1911 toujours persécuté par la bande acharnée après lui et convaincu que ses persécuteurs trouvent de l’aide dans l’admininistration de l'asile, son délire s’enrichit d’un nouvel
appoint hallucinatoire. Il est persuadé qu'on le tue par l’électri-
cité qui lui gonfleles mains. Il en accuse le D' Vigouroux, « C’est vous qui me faites souffrir avec vos appareils invisibles. Vous
| ; commandez la bande! »
IL réclame énergiquement sa sortie. Mêmes hallucinations, même systématisation en 1912. Le malade travaille à la cuisine où il est très apprécié et il réclame périodiquement sa sortie. Sa parole est très embarrassée, « On lui crève les yeux par l'électricité et c’est le médecin qui commande la bande. »
Au mois de février 1913 il dit qu’il se plaindra aux juges seuls des cambrioleurs qui l’empoisonnent, du médecin qui l’électrise, lui gonfle les mains, séquestre ses parents, soutient les assassins, quoiqu'il sache bien « qu’on ne pourra rien contre le Vigouroux, persécuteur par l'électricité ».
Il est intéressant de remarquer que, quoique invariable dans ses accusations contre le Dr Vigouroux, en présence de celui-ci il demeure calme, souriant, lui répond avec politesse et se montre même prévenant à son égard.
Le délire de S... demeure toujours identique à celui qui s’est déclaré en 1909. Le malade est devenu très réticent et il est
difficile de l’interroger.