Krarr-Eninc. Lehrbuch der Psychiatrie
6. Vicouroux. Délire de jalousie alcoolique. Clinique médicale, 1909,
AT
s'accompagne pas aussitôt de la lucidité d'esprit. L’hallucination persiste quelquefois assez longtemps, parfois, pour que le dormeur ayant conscience d’êire éveillé, ait sous les yeux la vision de sa femme le trompant. Si courte que soit cette vision, elle amène parfois des réactions dangereuses. Le rèveur éveillé venge son hon-
neur et frappe.
« Dans d’autres cas il a le temps de serendre compte du caractère pathologique de sa vision et comme dans le cauchemar, il ne lui reste qu’un état émotionnel pénible, qu'un souvenir plus ou moins conscient. Ces images plus ou moins vagues contribueront plus tard à for- . mer la base d’idées vagues de jalousie, et pourront le
pousser à des idées d’interprétation dans le mème sens.
« Dans d’autres cas, les idées de jalousie des alcooliques sont basées sur une tentative d'explication des. troubles de la sensibilité génitale. Chez l’alcoolique on observe souvent, en effet, une baisse du libido sexualis : et de la sensibilité génitale. Ne pouvant rapporter à lui seul la modification de son appétit génital, de sa puissance sexuelle, ou de la sensation voluptueuse qui accompagne l’éjaculation, il attribue cette modification à une modification de l'affection de sa femme, et pour expliquer ce changement dans la manière d’être de cette dernière il émet l’hypothèse qu’elle a un amant préféré
et l’accuse de se mal conduire, »
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Ces idées de jalousie, une fois nées, comme nous venons de le voir, toutes les manifestations extérieures servent alors au malade d’argument pour étayer sa psychose : : les actes les plus innocents de sa femme, les sourires des voisins, la conversation des gens qui passent. IL compose de tous ces faits un faisceaux de preuves qui s’enrichit chaque jour de constatations nouvelles.
Puis vient le moment où le délire cesse de s’augmenter, se précise, se cristallise, s’arrête sur une personne et l’alcoolique profondément affecté réagit, bien résolu à se défendre contre ses persécuteurs où à leur éehap-
per par tous les moyens en son pouvoir.
OBSERVATION IV (P£&RSONNELLE)
Pr..., 55 ans, briquetier.
Antécédents héréditaires. — Paternels et maternels : père mort âgé, alcoolique; mère buveuse. Aurait eu un oncle du côté paternel mort alcoolique et ayant présenté des idées délirantes de jalousie.
Antécédents personnels. — Pas de maladies dans l'enfance. Caractère et intelligence normal, P... a été soldat à Lunéville et au cours d’un accident a eu l’œil gauche crevé en faisant l’exercice sur le champ de manœuvre, ce qui l’a fait réformer avec 622 francs de pension.
Il se marie à 28 ans et a depuis son mariage 5 enfants de sa
femme qui est bien portante :
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BA dilé de den Partie du logis paternel à 19 ans, son père ayant voulu la violer.
Souffreteuse, peu intelligente, n'ayant Une fille de 18 ans $ jamais pu apprendre à lire. Coxalgie gau-
che.
Tous les autres enfants sont morts de méningite.
Les cinq premières années de mariage ont été heureuses. P... vivait à la campagne et buvait déjà beaucoup. Il absorbait trois litres de vin blanc ou rouge par Jour et de nombreuses absinthes.
À la suite de ces excès il a présenté tous les signes de l'intoxication chronique par l’alcool : insomuie, crampes dans les mollets, pituites matutinales, cauchemars horrifiants. [l racontait à sa femme ses rêves qui étaient d’abord des rêves professionnels.
Puis son caractère s’est modifié peu à peu et il est devenu jaloux, Il rêvait qu’il voyait des amants dans la chambre de sa femme et des gendarmes que celle-ci aurait introduits pour le faire arrêter et se débarrasser de lui qui la gênait dans ses amours coupables.
Éveillé en sursaut, le rêve persistait à l'état de veille et il frappait sa femme, lui disant qu'il lui tordrait le cou.
Très malheureuse, celle-ci s'enfuit une première fois chez ses parents et réintègre le domicile conjugal qu'elle quittera cinq fois dans la suite, lasse des violences exercées contre elle par son mari qui l’accuse perpétuellement de le tromper. Il prétend même que ses enfants ne sont pas de lui et en 1901, sa femme s'étant fait opérer d’un fibrome, il écrit au procureur de la République, persuadé qu'il est que sa femme, étant enceinte des œuvres d’un amant, vient, sous le fallacieux prétexte d'une opé-
D + , QE : , ration, de se faire avorter, avec la complaisance coupable d’une
infirmière,
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Une enquête établit l’inanité d’une pareille dénonciation.
Puis il menace sa femme de la faire inscrire sur les registres de la police pour qu’elle passe une visite hebdomadaire qui établira le nombre de ses amants. Celle-ci demande au tribunal la séparation de corps et de biens, mais il ne lui est point accordé satisfaction.
Vers 1905 le délire de P... se systématise. Il accuse le propriétaire de la maison qu’il habite de coucher avec sa femme, et manifeste des idées délirantes de persécution. Il sait que sa femme veut le faire enfermer dans une maison de fous, mais cela ne se passera pas avant qu’il lui ait tordu le cou, à elle et même à son amant.
C’est vers 1910 que les interprétations délirantes de P... acquièrent leur formule définitive. Il se rue, un jour d’octobre, brusquement sur sa femme qu’il accuse de le tromper avec le père S..., marchand de vin, et celle-ci s’étant enfuie, il blesse S... d’un coup de couteau.
Arrêté, il est interné à Vaucluse le 1° novembre 1910.
A son entrée à l’asile il présente du tremblement des doigts et de la langue, de la glycosurie alimentaire, Tous les réflexes sont normaux, l’état gastro-intestinal laisse à désirer. Le malade a des pétuites matutinales et de la douleur à la pression au creux épigastrique.
P... est conscient du temps et du lieu. Il sait qu’il est allé à Saint-Anne, à la suite du coup de couteau qu’il a donné au père S..., et qu’il y a été conduit par deux agents.
Il ne paraît pas d’ailleurs affaibli intellectuellement et être halluciné d’une façon quelconque. C’est un persécuté, persécuté par sa femme qui a cru qu'il était fou et l’a fait enfermer con-
tre toute justice.
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[ n’en est pas trop affecté dit-il,et n'en veut pas trop à son épouse qui n’est pas responsable, quoique vicieuse et hypocrite.
« Voilà vingt-sept ans qu’il est marié avec elle et vingt-sept ans qu’elle a fait de lui un martyr. »
Interrogé sur ses idées de jalousie, il nie toujours énergiquement l’avoir soupçonnée, et assure qu’une fois libre il ne rentrera pas avec elle qui l’a rendu trop longtemps malheureux, :
Durant l’année 1910 il demeure très calme et très réticent, niant avoir frappé son voisin et menacé sa femme. Cependant, à la date du 23 décembre, il prétend avoir été la victime de cette dernière qui s'associe au père S... pour le torturer pour des raisons qu'il n’éclaircira pas.
Entre temps, sa femme ayant appris qu’il sortirait probablement bientôt de l’asile, écrivait au chef de la Sûreté la lettre
suivante : €
Monsieur le chef de la Sûreté,
Mon mari, A. P...,actuellement interné à l’asile de Vaucluse, à la suite d’une arrestation à notre domicile pour avoir frappé d’un coup de couteau un locataire, M. S..., est sur le point de sortir de cet asile et de revenir à notre domicile à V.
Or, il m’a cent fois menacée les armes à la main de me trancher la tête ou de me brûler la cervelle,ce qui ne fait aucun doute, le connaissant.
Je suis seule en ce monde avec deux enfants et j’introduis dès aujourd’hui une demande en divorce. Je viens vous supplier, Monsieur le chef de la Sûreté, de me mettre en sécurité contre ce forcené qui n’hésiterait pas à mettre à exécution ses sinistres projets. Veuillez, je vous prie, donner des ordres afin que je
puisse vaquer à mes occupations, sans redouter de voir à cha-
\ que coin de rue surgir mon mari un Couteau ou un revolvér à la main et m'en frapper.
Il est fou et alcoolique et va toucher sa pension pour blessure au régiment. Avec cet argent il va s’enivrer après trois mois de
sevrage et alors c’en est fait de ma vie et de celle de mes enfants.
Veuillez croire, etc.
Femme P...