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P... est tranféré à l'asile de Braqueville (Haute-Garonne). Il en sort le 4 mars 1911 et s’empresse de venir trouver sa femme à V. Il touche sa pension à la caserne Lobau et vient demeurer dans un hôtel, proche de la demeure de sa femme. L’hôtelière, interrogée plus tard, dit qu’il n’a pas fait de grands excès d’alcool pendant son séjour chez elle, mais qu'il se montrait particulièrement excité contre sa femme à laquelle il voulait faire un mauvais parti parce qu'il en était jaloux.
En effet, se rencontrant avec elle, il la menace de mort, est arrêté et envoyé, à la suite d’une expertise médico-légale concluant à un non lieu pour aliénation mentale, une seconde fois à Vaucluse le 20 janvier 1912.
Il prétend être la victime des agissements de son épouse qui lui a tendu un guet-apens pour se débarrasser de lui. Elle s’est rencontrée plus de vingt fois avec lui et devant des témoins, amenés et soudoyés par elle, elle s’est enfuie, criant qu’il voulait la tuer.
Malgré son innocence, tous les faux témoignages l’accablant, il a été arrêté et transféré à l’Asile,
C’est maintenant un persécuté revendicant.
11 proteste énergiquement contre son arrestation arbitraire,
— 10 = guet-apens dans lequel il soupçonne un coup du père S... et de sa femme.
P... conserve à l’heure actuelle les mêmes interprétations délirantes. Il nie toujours avoir été jaloux, mais charge sa femme avec véhémence, retrouvant toujours en elle la cause de ses malheurs,
Il sait que son divorce est prononcé depuis juillet 1912 et se
promet de quitter Paris aussitôt libéré.
Dans cette observation, nous voyons un alcoolique chronique simple devenir jaloux (ses enfants ne sont pas de lui), puis persécuté, faisant des interprétations délirantes aboutissant à un système.
Il devient ensuite persécuteur, menace sa femme, l’accuse de s'être fait avorter, de lui avoir fendu un piège, et finit actuellement par ètre un délirant persécuté re-
vendicant.
OBSERVATION V (P£rSONNELLE).
R... A., 52 ans, découpeur.
Nous n’avons pas de renseignements sur son enfance et sa jeunesse. Sa femme qui a vécu avec lui pendant vingt ans le représente comme un homme travailleur, doux et affectueux. Il n'avait jamais manifesté de jalousie. Buvait régulièrement. Il ne s'enivrait pas. Il était excité génitalement. Cependant il présentait en 1911 les symptômes de l’intoxication chronique par l’alcool : crampes dans les mollets, pituites matutinales, tremble-
ment des main:, cauchemars, rêves professionnels.
Robillot
A cette époque, sa femme fait à l'hôpital un séjour de trois semaines. Peut-être avait-il bu davantage, mais à son retour elle le trouve très modifié. Il était devenu impuissant. Il n’arrivait plus à entrer en érection. Loin de rapporter cet affaiblissement de virilité à lui-même, il accuse sa femme de ne pas y mettre du sien, ce qu’elle faisait avant son départ à l'hôpital. C’est donc qu’elle se satisfait ailleurs, et il l’accuse d’avoir un amant. Il lui fait de nombreuses scènes de jalousie, la frappe, veut même la tuer.
C’est alors qu’il est interné le 4 mars 1911. A son arrivée à Vaucluse, R... présente un délirenettement syslématisé.Sa femme a un PE) qu’il connaît. C’est un jeune homme de 20 ans et on l’a fait interner pour se débarrasser de lui. Il n’est pas du tout halluciné, Le malade a du tremblement de la langue et des mains, des douleurs de tête, la parole enfantine, les yeux bouffis, les réflexes faibles. Il est atteint d'emphysème pulmonaire et n’a pas de glycosurie alimentaire. |
A l'asile, la conviction délirante persiste en dehors de toute hallucination. Il ne comprend pas pourquoi on veut le faire passer pour fou. C’est sa femme qui en est cause, car elle aime un Jeune homme et veut se débarrasser de lui. [l y a longtemps qu'il s’en doutait, mais il ne les a jamais vus couchés ensemble.
Très calme, il travaille à la buanderie, et se montre complètement insouciant du temps et des choses qui l’entourent.
Pourtant le 18 novembre 1911 il reproche à l’infirmier de garde de coucher avec sa femme (Il l'aurait vu en rêve).
Le délire de jalousie de R... continue dans le courant de 1912. Au début de 1913 le malade, très affaibli physiquement et intel-
, tr : Ù :
lectuellement, entre à l’infirmerie pour faiblesse des jambes.
LAS Re
Cette observation est un exemple de la transformation de la personnalité par l'alcool sans que soit intervenu un délire hallucinatoire, tout au plus on note quelques rèves.
Ce délire s’est systématisé puisque R... désigne ses persécuteurs : l'amant de sa femme et sa femme qui l’ont fait interner dans un but déterminé : celui de se débar, rasser de lui.
À l’asile, la conviction délirante a persisté jusqu’au
jour de l’affaiblissement intellectuel.