‹ Des délits et des peinesChapitre 63 sur 82 · DES FAUSSES IDÉE^ D'UTILITÉ · texte numérisé non relu

DES FAUSSES IDÉE^ D'UTILITÉ

capables de frapper Tésprit humain d'une manière forte et durable, pour employer des motifs éloignés, dont l'impression est faible et passagère, à moins qu'une grande force d'imagination, qui ne se trouve que chez un petit nombre d'hommes, ne supplée à Téloignerocnt de l'objet, en le saisissant sous des rapports qui le grandissent et le rapprochenl.

Enfin, on peut encore appeler fausses idées d'utilité, celles qui séparent le bien général des intérêts particuliers en sacrifiant les choses aux mots.

Il y a cette différence entre l'état de société et l'état de nature, que l'homme sauvage ne fait de tort à autrui qu'autant qu'il y trouve de l'avantage pour luimême^ tandis que l'homme social est quelquefois porté, par des lois vicieuses, à nuire sans profit.

Le despote sème la crainte et l'abattement dans l'âme de ses esclaves, mais cette crainte et cet abattement se rejettent sur lui-même, remplissent bientôt son cœur, et le livrent en proie à des maux plus grands que ceux qu'il cause.

Celui qui se plaît à inspirer la terreur court peu de risques, s'il n'effraye que sa famille et les personnes qui l'entourent. Mais lorsque la terreur est générale, lorsqu'elle frappe une grande multitude d'hommes, le lyran doit frémir. Qu'il craigne la témérité, le désespoir ; qu'il redoute surtout l'homme audacieux, mais prudent, qui saura adroilcmentsoulever contre lui de mécontents, d'autant plus faciles à séduire, que l'on réveillera dans leur âme les plus chères espérances, et que l'on aura soin de leur montrer les périls de l'en-

trcprise partagés entre un grand nombre de complices. Joignez à cela que les malheureux attachent moins de prix à leur existence, en proportion des maux qui les accablent.

Voilà sans doute pourquoi les offenses sont presque toujours suivies d'offenses nouvelles. La tyrannie et la haine sont des sentiments durables, qui se soutiennent et prennent de nouvelles forces à mesure qu'on les exerce; tandis que, dans nos cœurs corrompus, Tamour et les sentiments tendres s'affaiblissent et s'éteignent dans la jouissance.

Ce chapitre nous paraît digne de quelque attention. L'auteur, qui a donné pour fondement au droit pénal le principe de conservation de l'ordre social, l'utilité générale de la société, ressent en terminant son livre une secrète inquiétude. Ce n'est pas le principe lui-môme qui suscite quelques doutes dans son esprit^ c'est l'application qu'on peut lui donner. Car ne peut-on pas abuser de cette idée d'utilité? Ne peut- on pas sous ce prétexte exagérer les pcnalités et multiplier les incriminations ? Ne peut-on couvrir de ce voile trompeur toutes les exigences, toutes les tyrannies du pouvoir social ? 11 revient donc à la règle qu'il a posée pour en expliquer le sens et la portée.

I/idée d'utilité qu'il donne pour principe à la loi péc'est l'utilité commune qui ne s'arrête ni aux intérOls nale, généraux de la société, ni aux intérêts particuliers, ni même aux intérêts généraux de peu d'importance, qui n'édicte des prohibitions et des défenses que lorsque les éléments essentiels de l'ordre sont attaqués, lorsque les droits réels du pouvoir social sont enfreints,

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