DE 1,’OBSCÜRITÉ DES LOIS
et du nôtre,, peuvent y voir l’humanité, la bienfaisance, la tolérance mutuelle et les plus douces vertus naître du sein du luxe et de la mollesse. Quelles ont été au contraire les vertus de ces temps, qu’on nomme si mal à propos siècles de la bonne foi et de la simplicité antique ?
L’humanité gémissait sous la verge de l’implacable superstition ; l’avarice et l’ambition d’un petit nombre d’hommes puissants inondaient de sang humain les palais des grands et les trônes des rois; Ce n’étaient que trahisons secrètes et meurtres publics. Le peuple ne trouvait dans la noblesse que des oppresseurs et des tyrans ; et les ministres de l’Évangile, souillés de carnage et les mains encore sanglantes, osaient offrir aux yeux du peuple un Dieu de miséricorde et de paix.
Ceux qui s’élèvent contre la prétendue corruption du grand siècle où nous vivons, ne prouveront pas du moins que cet affreux tableau puisse lui convenir.
La pensée qui est au fond de ce chapiUe est une pensée neuve et féconde : rauteur demande que les lois pénales, qui créent des obligations cl des devoirs, soient écrites en langue viilgaii-e et mises à la portée de toutes les intelligences. Cette pensée a été reprise pai; M. Rossi : « Les formules légales, a dit ce publiciste, qui ne sont que des résultats, placées dans une loi où rien ne précède qui les amène et les explique, sont pour le public ce que les formules d’algèbre sont pour un homme dépourvu de connaissances mathématiques. Comprendra-t-il la formule parce qu'il connaît les
lettres de l'alphabet, qu'il sait lire, qu’il a du bon sens, et même, si l’on veut, beaucoup d’esprit? Peut-on s’étonner qu’en suivant un pareil procédé, on obtienne des lois d’une rédaction dangereuse, surtout lorsqu’on sait combien le langage des sciences morales et politiques est encore imparfait et peu familier aux masses; combien il abonde en termes vagues, équivoques, susceptibles de plusieurs significations?» {Traité de droit pénal, t. H, p. 410, 2* édit.)