CONCLUSION
De tout ce qui vient d’être exposé, on peut déduire un théorème général très-utile, mais peu conforme à l’usage, ce législateur ordinaire des nations :
C’est que, pour qu’une peine ne soit pas un acte de violence contre un citoyen, elle doit être essentiellement publique, prompte, nécessaire, la moindre des peines applicables dans les circonstances données, proportionnée au délit et déterminée par la loi.
Cette proposition résume toute la portée du livre. Quel a été, en effet, le but principal de l’auteur? C'est l'organisation de la justice pénale sur des bases rationnelles. 11 a d'abord recherché le principe du droit pénal. 11 l'a fait découler du ' droit de conservation qui appartient à la société : il demande donc qu’aucune peine ne soit prononcée que loi’sque son application est nécessaire au maintien de l’ordre, à la conservationdu pouvoir social. 11 aflétrilesprocédures secrètes qui cherchent leurs preuves dans la torture et prolongent indéfiniment la captivité des accusés : il veut qu’elles soient publiques et promptes. Il a combattu les peines arbitraires : il déclare qu’elles doivent être fixées par les lois. 11 a réclamé contre les atrocités des supplices : il pose en principe que les châtiments doivent être non-seulement proportionnés à la gravité des délits, mais ne doivent pas dépasser la quantité de souffrance indispensable à la paix publique. Ainsi, nécessite d’une peine pour l’ordre social, nécessité de la quotité de peine décrétée, proportion de cette quotité avec le
dommage causé par la faute, organisation d’une justice qui allie avec la certitude et la célérité du châtiment toutes les garanties sans lesquelles il n’y a plus de justice, telles sont les règles définitives dans le»]uelles Beccaria résume son travail.
Ce ne sont pas là sans doute tous les éléments de la justice pénale, mais ce senties principaux et les plus essentiels ; et comme tout s’enchaîne dans les déductions de la science, il serait difficile de faire l’application de ces règles sans être conduit aussitôt à celles qui ne sont à peu près que les corollaires de celles-ci. Beccaria a donc pu, pour la rendre plus saisissante, condenser toute son œuvre dans ce théorème : sa formule reproduit assez fidèlement son livre ; elle est incomplète, mais dans les points qu’elle touche, elle est exacte et claire.