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CHAPITRE IV

! ŒDÈMES VASO-MOTEURS CHRONIQUES LÉONTIASIS NÉVROPATHIQUE

Dérinirion. — Les œdèmes vaso-moteurs que nous venons d'étudier peuvent passer à l’état chronique, soit d'emblée, soit après des intermittences de durée variable, et créer ainsi un véritable éléphantiasis du visage. S1 ce dernier envahit la face tout entière, on peut lui donner le nom de léonfiasis névropathique. Xl est donc nécessaire de préciser, avant d’entrer dans l'étude des faits.eux-mêmes, ce qu'on entend aujourd’hui par éléphantiasis et ce que représente cette expression quelque peu barbare de léontiasis.

« On appelle éléphantiasis, dit A. Broca, dans le Traité de chirurgie, les augmentations considérables de volume engendrées par l'œdème inflammatoire chronique, œdème dur, dans lequel le système lymphatique semble jouer le rôle prépondérant. » Déjà, MM. Besnier et Brassac, jugeant cette définition imparfaite, croyaient devoir y faire entrer l'intervention du système veineux. Mais telle qu'elle est donnée, elle fait cesser la confusion que créait la synonymie avec la lèpre, appelée quelquefois encore éléphantiasis

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des Grecs, et une autre maladie, l’éléphantiasis des Arabes, Ælephas morbus, de Lucrèce. C'est qu’en elfel ce terme qui, autrefois, devait rappeler la comparaison de certaines lésions avec les jambes d’éléphant, ne doit plus être réservé aujourd’hui qu’à des états pathologiques comparables, créés au cours de diverses maladies par la persistance de l’œdème et des altéraüons qu'il détermine. Pour nous, ne voulant retenir des longues discussions auxquelles 1l a donné lieu, qu'il n'a plus de signification en tant qu’entité morbide, nous l’emploierons pour désigner une fibrose hypertrophique de la peau et des plans sous-jacents, consécutive à un œdème prolongé. Il s'agira donc de déterminer si les œdèmes vaso-moteurs sont capables de produire ces modifications.

Leur résultat à la face sera évidemment une déformalion persislante du visage. Hâtons-nous de dire qu'elle est rare, même lorsqu'il s’agit, comme l’a démontré Winivarter dansson article sur l’éléphantiasis du visage dans la Chirurgie de Billroth et Lucke, de processus inflammatoires locaux aigus ou chroniques, qui ont pour le développement de l'éléphantiasis aux extrémités une si grosse importance. Les érysipèles, lymphangites, Iymphadénies, tumeurs, ete., sont fréquents à la face, mais ce n'est qu’exceptionnellement qu'ils provoquent un épaississement éléphantiasique ; la suppuration ou l’oblitération cicatricielle des glandes lymphatiques dans la région sous-maxillaire et sur les côtés du cou ne provoque presque jamais de stase lymphatique du visage, alors qu’elle survient assez souvent et même rapidement si les glandes inguinales sont

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atteintes des mêmes lésions. La raison s'en trouve encore cette fois dans des dispositions particulières de la région. La circulation lymphatique de la face est extraordinairement favorisée par l'influence de la pesanteur. Il s'établira difficilement un barrage permanent. En outre, il est certain que la peau du visage présente une vitalité particulière. Mais lorsque de telles tuméfactions arriveront à se former, par un mécanisme que nous chercherons à expliquer, elles seront certainement très tenaces. Nous retrouverons, cependant, là encore, ce caractère particulier aux lésions œædémateuses névropathiques, qui leur permet de disparaître, pour ainsi dire spontanément, el au moment où l’on s'yattend le moins. D'autre part, l’éléphantiasis qu’elles produiront pourra concerner toute la peau du visage ou, au contraire, intéresser encore seulement des portions de celle-ci, telles que les paupières, les lèvres, le nez, le front, les oreilles. Chacune de ces parties présentera alors isolément ce que nous allons en dire dans une description générale.

Descriprion. — Dans le premier cas on voit, en effet, se produire des tuméfactions moyennement résistantes, quelquefois un peu flasques, de différentes dimensions. Elles siègent aux paupières, au front, audessous des yeux, envahissent le sillon naso-labial, le nez, les lèvres, la région parotidienne. Il arrive souvent qu’elles soient séparées entre elles par des sillons assez profonds, dont le résultat est de leur donner un aspect sacciforme. Les paupières surtout forment des bourrelets proéminents qui ferment parfois complètement la

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fente palpébrale, et la vision est souvent fortement gènée par ces tumeurs appendues aux régions orbitaires et frontales. Les lèvres sont extraordinairement épaissies et forment deux masses, résistantes ou dépressibles, selon les cas, qui produisent une déformation s’étendant jusqu'au menton. Le nez, gonflé et épaissi paraît néanmoins aplati, parce que sa proéminence normale s’efface entre les tumeurs que forment les joues. La peau qui recouvre ce tissu cellulaire œdématié conserve une apparence presque normale, contrairement à ce qui se passe lorsque ces déformations sont le résultat de phénomènes inflammatoires. Elle n’estque fortement tendue et, malgré une certaine élasticité qu'elle possède encore, on ne peut la plisser. Signalons, en passant, que s’il existe de l’ectasie des vaisseaux lymphatiques, nous n'avons pu, dans notre cas, qui leur était cependant certainement imputable, en sentir le relief qu'accusent quelques auteurs. Sur leur foi, nous admettrons aussi que la muqueuse de la cavité buccale peut être repoussée par l'infiltration qui la transformerait en un bourrelet circulaire et pourrait également rétrécir les orifices du nez.

Il nous semble possible de donner à de telles déformations le nom de léontiasis névropathique, en raison de l'aspect léonin qu'elles donnent à la physionomie. L'expression elle-même n'a rien de scientifique. C'est Constantin l’Africain qui l’invente au n° sièle, pour désigner la lèpre léonine. Puis, c'est Bazin qui l'introduit dans le domaine de la scrofule, pour désigner la scrofulidetuberculeusehypertrophique. Enfin, cesont Maurice Raynaud et Goutard qui l'emploien tpour dési-

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