CHAPITRE TU
ŒDÈMES RHUMATISMAUX ET SYPHILITIQUES
Nous réunissons pour la commodité de notre étude le rhumatisme et la syphilis dans un même chapitre, parce qu'on a cru devoir attribuer à une même cause les mamifestations œdémateuses qui se rencontrent au cours de ces deux affections. Pour l’une comme pour l'autre, en effet, on a émis presque à la même époque la même hypothèse : l’action de la toxine rhumatismale pour Widal, l’action de la toxine syphiltique pour Tschirkoff impressionneraient en partie le centre vasomoteur.
Rhumatisme. — Lorsqu'on aborde l'étude des ædèmes rhumatismaux, on est frappé par la confusion qui résulte des éléments un peu disparates qui ont été apportés à leur étude. On a publié nombre d’observations où des œdèmes, soit généralisés, soit partiels, ont été décrits comme manifestations de la maladie chez des rhumatisants, alors que certaines d’entre elles appartenaientincontestablement à l'histoire des æœdèmes hystériques ou des œdèmes aigus de Quincke. « On a pris l'habitude, dit M. Widal, de considérer trop
facilement, comme de nature rhumatismale, tout
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œædème sous-cutané, généralisé ou partiel, ne faisant pas sa preuve, cest-à-dire n'étant pas imputable à l’une de ses causes ordinaires : cardiopathie, mal de Bright, compression mécanique, etc. Aussi la tâche est-elle difficile pour le nosographe qui veut mettre de l’ordre dans la classification de ces œdèmes dits rhumatismaux. Notre but est seulement d'attirer l’attention sur leur existence à la face, après avoir exposé brièvement leur histoire et les circonstances dans lesquelles on les observe.
Le mot de rhumatisme signifie étymologiquement déplacement d'humeur, et si l’on pense qu'à travers toute son histoire on conserve encore aujourd’hui avec Lancereaux la notion d'une maladie vaso-trophique, rien d'étonnant à ce que le tissu cellulaire puisse être touché par lui. Il l’est même presque toujours, comme en témoigne l’œdème rouge qui entoure habituellement les jointures malades. D'ailleurs, « l’æœdème accompagne fréquemment les arthropathies de quelque nature qu’elles soient. On sait aussi que l’ædème est souvent d’origine nerveuse. Dans ces conditions, l'arthropathie et l’œdème sont des équivalents symptomatiques. On a même le droit de se demander si l’œdème n’est pas le fond commun de ces déterminations différentes » (Mathieu et Weil). Quoi qu'il en soit, 1l y a là des manifestations fort différentes les unes des autres, et dans lesquelles 1l importe de bien distinguer l’æœdème rhumatismal essentiel.
Hisrorique. — Les auteurs qui se sont occupés de la question sont presque tous des Français, comme
ceux qui ont étudié celle des œdèmes angioneurotiques sont presque tous des Allemands. Bouillaud avait vu le premier ces œdèmes rhumatismaux et, à cette époque, il en avait fait le résultat d’une lésion rénale. Monneret, dans son Traité de pathologie, parle « du rhumatisme du tissu cellulaire général », et Ferrand, dans sa thèse parue en 1862, adopte les idées de Monneret. Mais c’est dans la thèse de Fernet, parue en 1805, qu'on trouve pubhées les deux premières observations 4e rhumatisme du tissu cellulaire. Lelong, en 1869, à propos d’un œdème survenu à la suite d’une phlébite, en discute le diagnostic.
Mais les travaux les plus importants sur la question sont ceux entrepris par Kirmisson, en 1876, sous l’inspiration du professeur Guyon: la thèse importante de Davaine, 1879 : l’article de Comby, dans le Progrès médical de 1880, les thèses de Testelin, en 1884; de Colleville, en 1885; de Chuffart, pour l'agrégation, en 1886.
Formes. — De toutes ces études, on peut extraire les formes d’œdèmes suivantes : « 1° Les œdèmes qui accompagnent les arlthropathies; 2° le pseudo-phleqmon de Kirmisson el Guyon; 3° les œdèmes diffus, mous, élastiques, mobiles, fugaces ; 4° l'œdème limité ou nodosilé rhumatismale éphémère de Féréol-Meynet ; 5° le pseudo-lipome sus-claviculaire de Verneuil et Potain.
Ce dernier avait été rattaché à tort par Verneuil à la glycosurie, qui ne s'était pas rendu compte alors que le diabète n’était intervenu qu'à titre de maladie arthritique. Dès 1882, Potain avait montré leur relation
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avec les œdèmes vaso-moteurs, qui peuvent se transformer en pseudo-lipomes. L’infiltration séreuse serait le travail initial qui préparerait et provoquerait l'accumulation de la graisse et des cellules adipeuses, et Chuffart voyait dans l’æœdème circonscrit dépressible, l’œdème circonscrit non dépressible, le lipome vrai trois degrés d'évolution d’une seule et même tumeur : l’action vaso-trophique du rhumatisme amène la dystrophie adipeuse. Puis, d’autres sont venus, qui, comme M. Bucquoy, allant plus loin, ont considéré ces lipomes comme étant d’origine nerveuse plus immédiate, comme étant dus non plus à de l'œdème du üssu cellulaire, mais à de l’æœdème de la cellule elle-même.
Nous les écarterons donc ainsi que les nodosités rhumatismales éphémères de Féréol. Celles-ci, depuis leur découverte en 1886, ont donné lieu à de nombreuses discussions, dont il semble résulter qu’elles ne possèdent de l’œdème que le caractère éphémère, mais que leur structure représente un stade initial d’organisation de tissu embryonnaire. Leur siège de prédilection est le front, mais elle peuvent siéger partout. C’est encore en raison de son siège que nous passerons sous silence l'ædème qui accompagne les arthropathies. Nous restons donc en présence des deux formes d’œdème rhumatismal qui peuvent intéresser la face, le pseudo-phlegmon et l'œdème diffus. Et on en compte les observations.
LE PSEUDO-PHLEGMON RHUMATISMAL, dont nous rapportons une observation à la face, appartiendrait pour