ARTICLE ÎE
Développement des dents en particu'ier.
L'histoire du développement particulier des dents doit naturellement étre divisée en trois parties, suivant qu’elle se rapporte aux dents temporaires, aux dents permanentes, ou qu’elle traite plus particulièrement de ces curieus:s anomalies qui dotent l’homme avancé en âge d’une troisième espêce de dents que, pour cette raison, on pourrait appeler
séniles. ps
$S 1*. Développement des dents temporaires.
(PREMIÈRE DENTL TION. )
Les vingt premières dents de l'enfant, savoir les huit incisives, les q'atre canines et les huit molaires, ne sont d'stinées qu’à une existence trés courte; elles ne persistent pas ordinairement au-
d là des premières années de la vie; et pour ceite raison , elles ont été appelées dents temporaires , dents caduques, dents infantiles, dents de lait, et l'on a réuni sous le nom commun de première dentition tous les détails qui se rapportent à leur histoire.
Tout ce que J'ai dit précédemrient, en paint: de l’époque à laquelle on commence à apercevoir les follicules dentaires se rapporte aux de:ts temporaires; je ne reviendrai pas sur ces détails. Je n’anticiperai pas non plus ici sur ce que je dois dire dans le paragraphe suivant, au sujet de l’origine des dents secondaires.
Les germes des dents de la première deuntition se montrent justement dans l’ordre dans lequel devra se faire, un peu plus tard, l’éruption de ces dents. A deux anois, M. Serres a trouvé les germes des incisiveset des molaires, et à deux mois et demi ceux des canines. Leur disposition sous la gencive ubffre rien qui n'ait été déjà indiqué; j'ajouterai seulement que celte partie au dessus d’eux cst plus dure, plus résistante qu’elle ne le sera par la suite; qu’elle est même recouverte par une production cartilsgineuse qu’on a appelée cartilage dentaire, et qu'on a avec quelque raison comparée au b:c des oiseaux. Ce cartilage peut être isolé du reste de la ‘géncive par l'ébullition , suivant M. Ou let; il forme une sorte de crête tranchante sur laquelle on re-
marque souvent quelques saillies, quelques dentelures; ses bords forment un renflement léger à la surface de la muqueuse gengivale. Le cartilage dentaire a été considéré par Hérissant comme une gencive temporaire. « Soulevez-le, dit ce savant, et au dessous vous trouverez la gencive permanente, la vraie gencive, et vous apercevrez les ouvertures des follicules dentaires. »
L'ossification, ou, pour parler plus cxactement, la sécrélion calcaire commence de très bonne heure, vers le second mois de la vie intra-utérine. Tous les cinquante jours, à partir de cette époque jusqu’au septième mois dela gestation, ily a formation de quelque point d’une nouvelle dent, suivant M, Rousseau , el ce n’est que vers le commencement de ce dernier terme que les vingt couronnes. dentaires, plus ou moins avancées dans leur développement, deviennent enfin apparentes.
La formation calcaire des dents'de la première dentition procède absolument dans le même ordre que l'apparition de leur follicule et que leur éruption ultérieure. Elle commence d’abord pour l’incisive centrale inférieure, puis pour l’incisive centrale supérieure , et succesivement pour l'incisive latérale, la première molaire, la canine et la seconde molaire.
Dans un fœtus de huit mois, chaque incisive
moyenne de la machoire supérieuré, a, pour Fordi-
naire, trois lignes de largeur, et deux lignes de hauteur.
Les petites incisives latérales, qui conservent encore à cette époque une forme triangulaire ont chacune, siuvant M. Rousseau, environ une ligne trois quarts de largeursur uneligne deuxtiers de hauteur. La dent canine présente un chapiteau coni: que d'une ligne de largeur sur une ligne de hauteur.
La première molaire a trois lignes de largeur à sa base, et deux lignes et demie d’épaisseur dans le sens antéro-postérieur.Cette dent se trouve comme partagée en deux parties , une antérieure et l’autre postérieure , lesquelles cependant sont réunies par une lamele transparente, où l’on remarque déjà un petit point opaque. Dans cet état, chacune de ces parties de la dent a environ une ré et demie de largeur.i à sa base, et une ligne de Hlutents
A neuf mois, on aperçoit déjà bien distinctement le sac dentaire de la prem:ère grosse molaire, qui appartient à la seconde dentition ; mais on ny remarque encore qu’un très pelit point de ciistallisation. |
La seconde molaire, dont la sortie complète la première dentition, est formée ‘par quatre petits chapiteaux d’'émail disposés en forme de cercle, mais qui ne sont pas encore agglutinés.
Le premier de ces chapiteaux se présente à
la partie antérieure; il a une ligne trois quarts d’évasement dans le grand diamètre de sa base, une ligne. seulement dans son ‘diamètre antéro-postérieur, et une ligne de hauteur. Le second chapiteau, qui est situé à la partie postérieure ou linguale , ne diffère presqu’en rien du premier par ses dimensions. Le tro:sième, plus petit qne les deux précédens , et d’une forme à peu près conoïde, n’a qu’une line de diamètre à sa buse.
Eufin, le quatrième ou dernier de ces chapiteaux, le plus exigu de tous, est assis sur une b..se circulaire d’un quart de liyne de diamètre.
Les dents!emporares commencent d’assez bonre heure à sortir de leurs alvéoles. Pline, Columbus, Van-Swieten, Donatus, e‘c., rapportent desexemples d’éruption précoce des premières dents. Haller cite dix-neuf enfans qui étaient dans le même cas, et Polydore Virgile rend compte du fait d’un autre er.fant qui avait six dents en venant au monde. D’autre part, Charles Rayger parle d’une femme chez laquelle les quatre canines ne parurent qu'à treize ans: Mais communément, c'est du quatrième au huitième mois que sortent les premières dents de: lait. Les exemples , cités par Fauchard et Bourdet, de quelques autres individus qui n’ont jamais eu de dents, ou qui ne les ont jamais eu toutes, sont toutà fait exceptionnels.
Vers le huitième mois, comme je viensde le dire, où voit sortir les deuxincisives centrales; du dixième au douzième les deux incisives latérales; du dou-
118): . ue 4 ième au quatorzième , les quatre premières mo laires; à dix-huit mois les canines , et les quatre dernières. molaires à deux ans 1 EM
Les dents temporaires se distinguent par des caractères bien tranchés des dents qui doivent leur succéder. On en compte vingt; c’est tout-à-fait par erreur quequelques personnes ont porté leur nombre à vingt-quatre. Les quatre dents qui paraissent vers l’âge de quatre ans, ne doivent pas tomber; elles n’appartiennent pas par conséquent à la classe des dents temporaires ; ce sont les premières grosses molaires. Ces dents ont leur couronne plus blanche et plusronde que les dents permanentes. Leur collet est surmonté en dehors par une saillie légère qui leur donne une apparence ventrue toute particulière. Lesincisives ét les canines sont un peu plus p:tites, les molaires au contraire sont beaucoup plus grosses que celles de la seconde dentition. Les incisiveset les canines sont configurées à peu de chose prés comme celles qui leur succéderont, mais iln’en est pas de même des molaires; celles-ci, en effet, sont de grosses molaires et non des dents bicuspidées comme cellesqui paraîtront plus tard.
La raison de la différence remarquable qui sépare les molaires de la première dentition , et les petites molaires qui leur succèdent , se déduit de l’asage même des grosses molaires. Ces dents sont bien plus importantes pour broyer les alimens, que tes petites qui sont presque de luxe ; aussi les màchoires de lenfant, trop petites pour admettre les
molaires de tous les genres que l’on rencontre chez Padulte, ont dù être pourvues des plusutiles , des grosses par conséquent.
A la mâchoire supérieure , Ja première molaire est quadricuspidée , Sa racine a trois divisions dont deux sont accolées Pune à l’autre. La seconde molaire , plus grosse que la précédente, est pourvue de cinq cuspides et soutenue par trois racines divergentes.
‘ÎLes deux molaires de la mächoire inférieure sont à peu près semblables à celles de la mâchoire supérieure ; seulement elles : sont un peu moins grosses ge elles.
Les racines des aértsi temporaires sont généralcment plus courtes et plus g grèles que celles des dents permanentes ; mais croire avec Van-Swicten et Auzébi qu ’elles en sont dépourvues , c’est une erreur qu'il est à peine nécessaire de combattre, ‘et à laquelleaseulepu donner cours cette circonstance ,que leplus souvent leur racine est détruite à Pépoque de la chute spontanée de ces dents. Auzébi, toutefois , adhéraïit si fermement à cette opinion , qu'il critiquait très plaisamment ceux qui discutaientlaquestion de savoir si les racines des dents temporaires sont usées où non par la pression des dents de remplacement.
La substance des dents de lait est trés analogue à celle des dents secondaires; cependant elle est un peu moins dure. Ces dents éclatent sous l'influence del: idessiccation, avecune facilit{ toute particulière, et que je n'ai vu Sigbtée par aucun auteur.
Les frottemensus-ntlesdentsdelaitavecuneprom-. ptitude extrème. M.Murat a rapporté àl Académie le fait d’un jeune médecin sur lequel les premières dents n'élant pas ton bées, ces dents ont été rapidement détruites presque jus qu'à la racine, comme les dents d’un vicillard.M.Deneux et quelques autres personnes ojit fa:t des observat ons du même genre.
Les dents temporarres reçoivent leurs artères d'une branche particulière de l'artère dentaire qui occupe un conduit distinct du cana! dentaire luimême.Ce conilu:t a été 1p rçu:lyalong-temps;Jourdain l’a décrt dans les deux pa sages s ivans :
« La disposition ‘le ces becs produit une échancrure et un trou. Par l’échancrure supér eurce passe le trou principal du cordon dent ire, et par le trou inférieur s’insinuent différentes ramifications d : ce cordon, pour se distribuer dans la substance de la base mañillaire et y déposer 1 s sucs : t filets nécessaires à la formation des germes des dents de remplacement, et à sreller leurs sacs ou matrices. »
« Quant aux sucs nourric ers que reçoivent les dents de remplacement, i's sont apportés par cette branche que j'ai dit passer par le trou inférieur que j'ai fit olserver sur la nâchoire de sept à huit mois de fnnmation. GC tte branche occupe seule alo s le conduit maxillaire, parce que ce'le qui fournissait aux dents de lait disparat en se coufoudait avec elle. »
Cette description de Jourdain avait été entiérement oubliée, lorsque M. Serres, se livrant à des
recherches sur l’odontogénie, a reconnu le conduit en question, en a donné une description plus exacte que celle de Jourdain, et a montré qu'il était représenté pr un canal anal-gue dans l’os maxillaire supérieur. |
Ce canal commence en arrière de l’ouverture supérieure du cor.duit maxillaire inférieur ; il marche au dessous de celui-ci, se porte ensuite un peu en dehors et se termine au dessous des alvéoies des dents de lait, après s'être en partie confondu avec le diploë de l'os, et s'êt.e ouvert par untrou spécial situé au de»sous du trou mentonnier. Il est très grand chez le fœtus; il reste encore très développé chez l'enfant , mais il se rétrécit de plus en plus à mesure que les dents secondaires se forment et qu’elles pressent sur ses branches. E fin, siuf quelques cas exceplionnels , il disparaît après l’éruption des secondes dents.
Le: dents de lait en général ne persistent pas audelà de l'âge de +ix à douze ou treize ans. Vers cette époque de l1 vie elles deviennent vacillantes et tombent à peu près daus l’ordre de leur formation et de leur éruption.
Mais cette chute des dents primitives n : s’accomplit que sous certaines conditiors qui parfois ne se rencontrent pas toutes réunies; ce qui empêche ou r tarde ce phénomène, comme les au eurs en rapportent des ex mp'es.
Au moment d:leur chuteles dentstempora'resont
toujours subi un certuin nombre de modifications
qu’il importe de faire connaître : leur racine est détruite dans une partie plus ou moins grande de leur étendue, constamment si c’est une molaire, moins constamment si c’est une incisive on ue canine. L’altération au reste ne se borne pas à l'extrémité des racines, car ces parties deviennent plus grèles, plus irrégulières dans toute leur étendue, leur canal s’élargit, et, d’après les observations de M. Duval, la partie interne de la couronne est elle-même érodée.
IL était impossible que des phénomènes aussi constans et aussi curieux n’occupassent pas vivement lattention des physiologistes, c’est aussi ce qui est arrivé et les explications ont surgi de tous les côtés pour en rendre compte.
Ceux-ci (Delécluse, Ungerbaur et M. Serres) les ont attribués à la compression exercée sur Partère dentaire et à son oblitération; ceux-là à Paction mécanique de la dent secondaire sur la dent primitive ; Hunter à une action particulière, M. Delabarre à la production d’un organe absorbant spécial.
De quelque façon qu’on retourne crtte question, il faut reconnaitre avant tout que c’est l'absorption qui y joue le rôle principal, comme Hunter l’a fort bien exprimé; mais pourquoi cette absorption at-elle lieu ? Sous qu’elle influence commence-t-elle et finit-elle à un âge déterminé? C’est là qu'est toute la difficulté. Sans aucun doute ce n’est pas la seule pression exercée sur laracine de ladent de lait quien détermine la chute, car Hunter et tous les auteurs
ont. vu des dents de celte espèce tomber sans les circonstances de cette pression. |
« Vidi duas tr:xve maxillas , in quibus secund: » molares lact-i deciderint communi methodo , » absque ullo supposito dente, et in una maxilla » wbi ambo molares deciderint, eamdem inveni » circumstantiam. »
Saas doute il arrive parfois que les dents de lait persistent après l’éruption des dents correspondantes dela première dentition; mais il pourrait bien y avoir eu là autre chose que le défaut de pression exercée sur la dent de lait par la dent de nouvelle formation. |
La dent de lait paraît altérée au moment de sa chute comme si elle était réduite depuis long-temps à la condition d’un corps étranger ; elle est érodée comme certains pessaires qu’on a laissé séjourner trop long-temps dans le vagin; n'est-il pas très probable, par conséquent, comme Delécluse et Ungerbaar l'ont prétendu et comme M. Serres l’a soutenu de nouveau dans ces derniers temps, que les vaisseaux qui se rendent à la papille des dents de-Jait sont détruits, ‘par la compression qu’éxerce sur eux la dent de remplacement : la chose me parait aussi bien établie que puisseiit l’étre des faits de ce genre, Qu'on jette, en effet, un coup d'œilsur une mâchoire denfant, sur laquelle on aura préparé les alvéoles des dents des deux dentitions et les conduits qui leur portent ‘les vaisseaux; ce qui frappera au premier abord, c’est le trajet compliqué que ceux-ci doivent
parcourir pour se porter du caral où leur tronc est p'acé vers les alvéoles des d'nts de lait; ce canal, en effet, occupe la partie la plus inférieure de l'os maxillaire, au dessous des alvéoles des dents de la seconde dentition; de sorte que les vaisseaux nourriciers des dents primitives doivent se glisser sur les côtés des alvéoles des dents de remplacement pour arriver à leur destination. Dans cet état, il est phy siquement impossible que ces vaisseaux ne soient pas promyptement obltérés par la pression de jour en jour plus forte que les dents secondaires exercent, en se développant, sur les parties voisines.
$ 2. Développement des dents permanentes.
(DEUXIÈME DENTITON. )
Quand on songe combien est compliqué, combien est difficile, combien est long le travail de la formation des dents, quand on considère à travers combien d’écueils nous devons passer pour obtenir enfin les dents dont nous avons besoin pour les usages ordinaires, celles qu’à moins d’accidens nous conserverons jusqu’à la fin de notre carrière, on se demande si la nature ne s’est pas un peu écartée sous ce rapport de sa marche ordinairement si simple et si prévoyante. Ne lui eüt-il pas été facile, par exemple, de nous éviter un double travail de dentition , et de nous donner tout d’abord les dents que nous appelons permanentes ? Eh bien! on pent as-
surer, saus crainte d'être accusé d’optimisme, que la chose était impossible et que la nature a été ici tout aussi admirable dans ses dispositions qu'il é'ait possible.
En effet , l'enfant a besoin de dents dans ses premicres années, mais ses mâchoires eussent «té trop grêles, trop faibles, pour admettre des dents semblibles aux permaneutes. En outre, l'étendue très restreinte des arcs maxilaires dans le sens antéro-postérieur ne permettant pas d'y loger tou= tes les molaires, il a fillu y placer d'abord les plus importantes, les grosses ; et comme, par la suite, ds dents de cette nature auraient gêné dans la position qu’elles auraient conservée, force élait bien de les remplacer par d'autres plus en rapport avec les changemens apportés par le développement des parties.
Les dents permanentes sont au nombre de trentedeux, comme on le sait. Ces dents se partagent na- Haras en deux séries: la première , seulement formée par les véritables dents de remplacement comprend les vingt dents antérieures, qui doivent succéder aux dents de lait; la seconde formée par douze denis qui sont primitivement permanentes el qui RER les grosses molaires de V adulte.
On connaît les caractères des dents permanentes; ce sont ces dents que l’on rencontre chez le sujet adulte et celles, par consé juent, qui ont servi de type à la description des dents que j'ai donuée en
commençant. Q vil me suffise d'ajouter pour opposer ces dents à celles de la première dentition, que les six dents centrales de la seconde dentition, Les quatre incisives et les deux canines forment ensemble uné masse supérieure à celle des quatre ptites molaires réunies, tandis que c'est l'inverse pour les dents correspondantes de la première dentilion. Disons aussi que les deux premières molaires permanentes sont des dents bicuspidées, tandis qu'il en était autrement auparavant. Cest, en effit, une règle générale, dit Cuvier, que les molaires de remplacement aient une couronne moins compliquée que celles auxquelles elles succèdent; etque cette couronne compliquée se trouve repartée sur les molaires permanentes qui viennent plus en arrière. e°
Les dents permanentes reçoivent leurs vaisseaux du tronc même de lartère dentaire qui passe immédiatement au dessous de leurs alvéoles.
On commence à apercevoir le germe des dents permanentes dès les’ premiers temps de la vie intrautérine, à trois mois, presque à l’époque à laquelle on distingue les gérmes des dents temporaires. A cette époque, ils sont très petits, suspendus à la membrane gengivale par un filet muqueux long d’une ligne à peu près, et placés en arrière des germes de la première dentition.
Les germes qu'on aperçoit d’abord sont ceux des dents permanentes de la première série, de celles qui doivent remplacer les dents de la première
dentition. L'ordre dans lequel ils se forment et se traduiseut à l’œil.de Panatomiste est célui qui a été précédemment indiqué pour les germes des dents temporaires. M, Serres a coustaté la formation du germe dela grosse molaire dans les derniers temps de la vie intra-utérine; ceux des deux dernières dents n'apparaissent qu'après la naissance.
Chez le fœtus , les germes des dents permanentes sont beaucoup plus petits que les autres. D'abord les uns et les autres sont placés sur le même plan; mais bientôt l’os maxillaire acquérant plus de hauteur, ils se poiteut en bas en glissant sur les germes des dents de la première dentition, et se placent au dessous d'eux à l1 faveur d’un alonsement remarquable de leur collet ou deleur ducrus dentis.
: Dans le principe, les germes des deux dentitions sont réunis ensemble dans la rigole alvéolaire des mâchoires; plus tard seulement des cloisons les séparent et leur constituent des alvéoles séparés.
A près la naissance , à la mâchoire inférieure , les
incisives centrales sont adossées à la face posté- rieure des racines de celles qu'elles doivent remplacer, et comme elles sont plus larges qu'elles, elles anticipent un peu sur leurs cloisons. Le:incisives latérales, plus fortes encore que les précédentes, sont placées derrière la cloison qui sépare l’incisive latérale de la canine de la premitre deutition ; la canine est plus enfoncée dans l’éj'aisseur de la m4-
choire que les autres; elle est placée hors de rang en avant de la précé lente, sous la lame antéri ure du processus alvéolaire, qu’e:le soulève quelquefo's d’une man ère remarquable. La première p tite molaire est p'acée au dessous et en arrière d? la dent qu’e I: doit remplacer, tandis que la sconde molaire est tout-à-fait sous-jacente à la seconde molaire de la première dentition.
On concoit du reste parfaitement pourquri la canine se trouve rejette hors de rang, a:nsi que je lai montré: | s molaires de remplacement correspondent exactem nt aux molarres de la pr mière dentition ; et comme les germes des incisives permanentes sont à eux seuls aussi gros que les incisives et les canin s de Ja première dentition, force est bien à la canine rudimentaire de chercher une position excentrique à cell: d:s dents de la série.
Un an environ après l'époque de la naissance, les germes des dents de la seconde dentition sont séparés les uns des autres ct des dents de lait par des cloisons oss uses q 1i leur ‘orment des loges spé: cial:s. Ces loges ou alvéoles sont percées d’un canal à ch cune de leurs estrémités opposé:s, d’un côté, pour les vaisseaux et nerfs qui forment le pédicule de la papille dentaire, de l'autre, pour laisser passer le collet ou le ductus du follicule de la dent. Ces canaux, qu'on n’avait d’abord observés qu’antérieurement, et qu’on avait app-lés énciifs
pour cette raison, sont d'une existence beaucoup plus générale ; ils nv s'ouvrent pas dans l’alvéole de Ja dent de la première dentition , comme Fal ope le croyait; mais ils se terminent sur le rebord alvéolaire en arrière des alvéoles des dents primitives.
Le follicule des dents permanentes est une dépendance de la membrane muqueuse de la bouche, comme celui des dents caduques. Il se continue avec cette membrane au moyen d’un lon: ductus, qui a été parfaitement bien décrit par Fallope, qui lappelait second pédicule du germe. Ce ductus traverse le conduit osseux que présente la partie supérieure de l’alvéole, et vient se mettre en rapport avec la membrane muqueuse. Albinus croyait à tort que celui des molaires allait se terminer dans les alvéoles des dents de lait.
Meckel considère les follicules des dents primitives et secondaires comme réunis les uns aux autres par leur membrane fibreuse. Il suppose méme que ceux des dents permanentes procèdent par gemmation de ceux des temporaires; ils reposent, dit-il, d’abord immédiatement sur eux, et plus tard même encore, lorsqu'ils se sont alongés, ils com muniquent avec eux par de longs et minces cordons. Cependant mes observations m'ont appris que cette communication n’a lieu qu'entre les feuillets. externes des folliculesdentaires, et que les feuillets internes, bien autrement essentiels, sont tout-
ä-fait isolés les uns des autres, de sorte que le nouveau sac dentaire interne se d'veloppe dans l’ancien, entre lui et le feuillet externe, sans que leurs cavités soient en communication l’une avec Pautre. Si cette communication existait, il faudrait au moins qu’elle n’eût lieu qu’à une époque très reculée, puisque je n’ai jamais pu la découvrir, même en examinant les foll:cules des dents permanentes au moment de leur première apparition.
Les dents permanentes de remplacement se développent dans leur follicule suivant un ordre et s’accroissent d’après des lois que j'ai formulés dans la description générale et sur lesquels il est par conséquent inutile de revenir. Lorsque ces dents ont acquis un certain développement, elles font ef. fort de toutes parts sur les parois de leurs loges: en arrière elles refoulent la lame linguale du bord alvéolaire ; en avant elles compriment les vaisseaux qui viennent du canal dentaire accessoire et qui se portent aux dents caduques, y gênent la circulation d’abord et plus tard en produisent l’atrophie; en avant et en haut elles pressent sur le septum qui sépare leurs alvéoles de celles des dents de La première dentition; enfin en bas ou en haut, suivant les dents que l’on examine, elles refoulent les troncs mêmes des vaisseaux et du nerf dentaires.
Au bout d’un temps assez court, comme je Pai déjà expliqué en parlant de la chûte des dents de
lait, le pédicule de la papille de ces derniéres est détruit, leur follicule s’atrophie et les dents ellesmêmes diet la condition d’un véritable corps étranger ;'subissent toutes les modifications que ces corps éprouvent lorsqu'ils se trouvent pendant un certain témps au milieu de nos tissus ; elles se ramollissent, se détruisent par leur base et tombent plus ou moins promptement, suivant que ces phénoménes se succèdent avec une plus ou moins grande rapidité.
Dans cette élévation successive de la dent de remplacement par le sacrifice de la dent primitive, tantôt, ile plus souvent, le septum ‘qui sépare l'alvéole de ces deux dents est détruit, les deux alvéoles sont confondues en une seule et la couronne de la dent de la seconde dentition presse immédiatement la racine de la dent de la première ; tantôt la dent se fraie un passage vers le bord alvéolaire sans altérer la paroi de l’alvéo'e de la dent qu’elle doit remplacer. Dans le premier cas la pression de la dent secondaire vient ajouter un élément nouveau de destruction à tous ceux dont la dent caduque était déjà entourée, sa chûte en devient plus certaine et son époque plus rapprochée : alors la dent permanente se place dans l’alvéole devenue videet se porte au dehors ultérieurement sans aucune difficulté, Dans l’antre cas que Hunter représentait bien à tort comme l’état normal, les dents se portent en arrière de l’alvéole de la de Ê de lait, dirigées de ce côté par leurluctus; elles se creusent une ouverture
particulièr en dilatant le pertuis osseux qui a été décrit plus haut et les alvéoles des dents de lait se resserrent et s’oblitèrent. A
Il est inutile de faire remarquer que les chamgemens qui viennent d’être décrits ne se rapportent dre vingt dents permanentes antérieures, puisqu’il n’y a que vingt dents caduques.
Les dents permanentes , comme celles de lait, sortent successivement de leurs alvéoles dans l’ordre suivant : la première grosse molaire, lincisive centrale, lincisive latérale, la première petite molaire, la canine , la seconde petite molaire, ct la seconde grosse molaire; la troisiëm : grosse molaire parait la dernière. D'abord, comme onle voit, la première dent de la seconde sér.e sort de son alvéole, ensuite toutes les dents de la première série remplacent les dents caduques, et enfin l'issue de la dernière grosse molaï.e termi. 1e la seconde denti- (ion.
C’est à quatre ou cin j ans environ quela prem éré grosse mo'aire sort de son alvéole; elle se place immédiaie vent derrière la seconde dent molaire de lait. Son éruption suit de très-près celle de la dernière dent molaire delait.de sorte que quelqnes personnes l’ont rangée, à tort, parmi les dents d: la première dentition. |
L'in isive centrale se montre de six à huit ans, après la chute de la dent de lait correspondante;
lincisive latérale so:1 peu de temps «près la précédente.
La prem're petite molaire paraît an dehors vers l'âge de neuf ans, la canine de dix à onze, la seconde p tite molaire de onze à treize, la seconde grosse molaire de douze à qaatorze et-enfin la troisième grosse molaire, dite dent de sagesse à une époque qui varie entre dix-huit et trente ans.
Blake et Bichat ont avancé que la première molaire de lait est remplacée par les deux petites molaires de la seconde dentition, c’est la une erreur que la plus simpleinspection suffit pour faire reconnaître, err 1 r que j'ai relevée dans mon édition de l'anatomie générale de Bichat, et qui du reste l'avait déjà été par tous les anatomistes.
‘Toutesles grosses molaires sont dirigées obliqueme ntau moment de leur apparition, plus tardelles se redressent lorsque les bords alvéolaires r. foulés parelle; se modiiient eux-mêmes dans leur direction.
Il n'entre pas dans mon su et de faire l’histoire des accidents que détermine l'issue des dents et celles des d nts de la seconde dentition en particulier; mais je ne dois pas oublier de mentionner un{phénamène qui ac ompag.e souv. nt la sortie de la dernière grosse mo aire. Plac e au pied et à la partie antérieure de lPapoph. se coronoïde, celte dent se développe si près de celte parti: que par fois elle éprouve une grande diff. ulté à :e dé ;ager de la'ame osseuse qui la recouvie, etque même assez souvent elle reste enfermée dans les parois alvéolaires, ou se dévie vers Li langu: après avoir donné naissance à des accidens très-variés. Jai été appelé récemment
à enlever unede ces dents qui for:ée de rester renfermée dans son alvéole, s'y était soudée avec los et entretenait depuis long-temps des ouvertures fistuleuse contre lesquelles on avait épuisé toutes les ressources de l’art. | |
La seconde dentition ne s’accomplit pas toujours aussi exactement que je l'ai indiqué; diverses cir: constances peuvent la troubler, comme je l'ai Iaissé entrevoir dans le cours de ma description, et imprimer aux dents des caractères assez curieux.
Un premier fait qu’il n'importe de sisnaler avant tout, sous ce rapport, c’est l’absence de développement des dents prrmanentes!de la prémière série avec persistance des dents primitives : absence de développement quipeutcomprendretoutesles dents auxquelles je fa:sallusion, ou bien en atteindre quelques-unes seulement. M. Maingault a rapporté à Pacadémie l’observation d’un jeunehomme de dix-huit ans chez lequel la première dentition ne s’était pas opérée. M. Murat a observé un cas du même genre; tous les traités d'anatomie renferment des exemples de défaut de formation de quelqu'une des dents de la seconde dentition. 5 Àl
J'ai en ce moment sous les yeux une personne de trente-huit ans qui a conservé jusqu’à trente la seconde molaire inférieure droite de lait et chez laquelle elle n’a pas été remplacée.
I n’est pas moins commun d'observer des cas d'issue des dents secondaires, sans la chute des dents primitives jet ce vice de conformation, comme
le précédent, peut porter sur une partie plus ou me@ins étendue de la mâchoire. Pline dit que lon à observé deux et même trois rangées de dents. Plaff a observé souvent trente trois ou trente-quatre dents; Sæmmeringen à vu trente-six, etc. Certains individus ont une disposition particulière à présenter ces sur den!s. On a expliqué de diverses manières l’origine de cette variété; on Pa surtout attribuée au défaut de communication des alvéoles de lapremière etde lasecondedeutitions, et à l'absence de pression exercée par les dents les unes sur les autres. Sans vouloir nier le moins du monde l'influence que peut avoir cette circonstance dans le cas qui m’occupe, je dois dire que peut-être ce cas dépend-il quelquefois de ce que l'artère de la première dentition manque, comme M. Serres l’a observé, et de l’origine, par un tronc commun, des artéres des dents de la première et de la pers dentition.
H est plus ordinaire ‘de voir les is sortir es un ordre et à, des époques qui ne sont pas tout-àfait ceux que j'ai indiqués. La seconde molaire sort souvent avant la canine : quelquefois l'issue de cele-ei est retardée; siceiplus,j je connais un homme sur lopuel uns «’eles n’a jamais paru.
S HI. Développement des den's séniles.