TROISIÈME DENTITION
S'il est un fait que mette en lumière l’histoire de
la formation des dents, c’est assurément celui-ci, que les deux dentitions ont été calculées d'après là durée ordinaire de la vie, et qu'elles suflisent, x moins de circonstances particul ères auxquelles notre genre de vie ne donne que trop souvent naissance, pour assurer des dents à chaque individA peudant toute sou existence. Aussi doiton reconnaître que ce nombre de deux dentit:ons est primitivement dans notre destinée, q'ie les exceptions à cette loi doivent ètre extrêmement rares, et qu’elles n’apparaissent que comme des jeux q 1e la nalure se permet quelquefois pour nous laisser entrevoir sa force et sa puissance.
Joubert rapporte qu’une dame de qualité ayant perdu toute; ses dents, il lui en repoussa vingl nouvelles à l’âge de soixante-dix ans.
Sennert rend compte d’un fait semblable chrzune dame de Silésie à laquelle il perça à un äâge à peu près pareil, vingt dents nouvell:s dout l'éruption fut ace comagnée d’accidens analogues à ceux qu'éprouvent le : enfans lors de la première dentition. Eustachi assure que des deits incisives ayant lé arrachées à un jeune homme de vingt ars, elles lui revinrent la même année. D ifay, médecin du port de l'Orient, a vu dans cette ville un hommede quatre-vingt-quatre ans que la nature d';ta à ct âge de deux incisives et de deux canines. Gehlet parle d’une canine qui s’est renouvelée jusqu'à trois fois.
Hunter cite également des cas de dents qui s'étaient renouvelées après soixaute-dix ans. M i-mêm : j'ai trouvé dans une mâchoire d’adu'te, immé:liatement au dessous de la première prtite molaire, une dent nouvelle dont la couronne était à moi-
tié $ 74 (Les deux petites molaires existaient de ce? .é.)
Quoi qu'il en suit, les auteurs ne sont pas d’accord relativement à la manière dont on doit iuterpréter les faits qu’oa cite géuéralemeut comme appartenant à une troisième dentition. Les uns prétendent que ces faits sont tout sim lement des éruptions retardées des dents de la première ou de la seconde dent tion; les autres trouvent plus simple de Les nier et d’en appeler à une observation plus éclairée.
Des deux côtés il ÿ a exagération ct, par conséquent erreur. Peut-on croire, par exempl:, qu’il yÿ eut simple r:tard dans l'issue de la canine de remplacement, dans le cas de Gehler, où cette canine se renouvela trois fois? Est-il possible de conserver quelque donte sur un rudimeni de troisième dentition en face de l'observation qui m’appartient ? On ne saurait soutenir, en effet, que dans ce cas la dent rudimentaire n'tait pas une dent nonv.lle; car elle était placée sous des dents bicaspidées, et, comme on le sait, les d''nts de cuite espèce ne paraissent qu'à la seconde dentition.
Et d'ailleurs, pourquoi donc s'é'ever aussi fort contre la supposition d'une troisiène formation dentaire? Est-ce que, par hasard, celte v ricté anatomique est pli difficile à concevoir que les mille anomalies qu’on rencontre tous. les jours dans des organes beaucoup plus importans que les dents Non, sans doute. Montrons-nous donc-moins i inci édules, e!, sans croire, avec Fallope, que le corps se Foie au sixième scptenaire, et que, par conséquent , les dents de Jait peuvent reparaitie à cette époque, tenons-nous-en à la rigoureuse observation “des faits et ne nions pas l'expérience.
Ce qui apparaît le plus clairement dans les cas de troisième dentilion qui sont rapportés par les “auteurs, c’est que la plupart de ceux dont Pauthenticité ne saurait étre contestée ont trait à des dentiliuns extrêmement incomplètes, au renouvelle- meatisolé d’une ou de deux dents. Presque jamais on a vu paraître de séries dentaires complètes : aussi Hunter fait-il remarquer avec juste raison que eelte troisième dentition, au lieu d’être un bienfait de lx nature, est au contraire un inconvénient, lorsqu’el'e a lieu chez un vieillard qui a perdu tontes ses dents. Isolés, en effet, le plus souvent, sur les arcades dentaires et manquaut Ge peiats d'appui de la part des dents opposées, ces ostéides irritent, e :flamment, ulcèrent les gencives et peuvent mettre la personne qui les porte dans la néces-ité d'en faire pratiquer lavulsion.
sv. Appleat on du développement ‘des dents à + da déterminaïion des âges.
Les considérations. dans lesquelles j je viens d’entrer ne sont pas seulement curieuses sous le point de vue anatomico-physiologique, elles ont en outre une application pratique d’une importance, inajeure. klles peuvent servir en médecine légale pour reconnaître l’âge d’un individu, et même de celui dont une portion de squelette aura été trouvée au bout d'un tempstrés long. Elles ont servi à Cuvier pour fixer l'opinion du monde savant sur deux tétes extraordinaires sous le rapport de leurs proportions, qui avaient été diterrées, l'une dans les environs de Reims, l'autre à Billerbeek, dans lévéché de Munster, et que l’on considérait généralement comme provenant d’une race gigantesque aujourd’hui anéantie. L’examen des dents et des arcades alvéolaires a suffi au célèbre .anatomiste pour renverser cette manière de voir, et pour montrer que non seulement ces têtes n’appartiennent pas une race d'hommes différente de la nôtre, mais encore que ce sont celles d’enfans fort jeunes. Du reste, laissons-le parler ici lui-même, et voyons les feuits qu'on recueillit en suivant ses judicieux préceptes.
«L'àge d’une tête, quelque déformation que les maladies du système osseux lui aient fait subir, peut toujours se déterm ner daus des limites assez éiroites, par le nombre des dents et par leur configuration.
» La raison en est queles dents ne se développant point , comme les os, par intus-sisception, mais, croissant, à la manière des coquilles, par juxtaposition , et que leurs parties, une fois formées, n'étant plus susceptibles d’inflammation ni. d’altération par un principe interne , tout cé qui se passe dans le tissu intérieur des os rs demeure | à peu près étranger, de même que leurs propres maladies n’affectent pas les os d’une manière immédiate. Faisant application de ces vues aux têtes en question, j'ai trouvé dans celle de Darmstadt les alvéoles à demi remplies de six dents de chaque côté; deux incisives, une canine et trois molaires. Dans la mâchoire inférieure, dont on n’a que le côté gauche, on ne voit méme pas l'alvéole de la ri tr molaire.
» C'était un premier motif pour conclure que lindividu avait à peu près six ou sept ans; et que les
dents qui avaient rempli les alvéoles | étaient ses dents de lait.
» En effet, c'est vers la sixième ou la rt année que commence à se montrer la première des molaires qui ne doivent pasêtre remplacées, ou la troisieme de chaque côté, et c’est à la même époque que les dents de lait du devant des mâchoires com-
mencent à tomber pour céder la place à des denis de remplacement, ,
» Ce que les alvéoles de la tête de, Darmstadt m’ayaicnt parw annoncer, les dents elles-mêmes
m'ont semblé le confirmer dans la téte du cabinet de M. de Jussieu.
» Crtte tête n’a aussi que six alvéoles d: chaque côté à l’une et à l’autre mâchoire, et même la sixième lui marque du côté gauc'e à la mâchoire supérieure. Ainsi elle était à peu près au même âge que celle de Darmstadt; mais, par un bonheur particulier, elle conserve deux mola res, la seconde du côté gauche à la mâchoire supérieure, ét-la seconde du côté droit à la mâchoire inférieuie. Ç de »Oril n’y avait rien de si aisé que de savoir si c'étaieut des dents de lait ou des dents de remplacement, puisque li seconde molaire est d’une forme totalement différente dans les deux dentitions. » En effet, dans l'homme, ainsi que dans la plupart des quadrupèdes, les molaires de lait ont des formes plus compliquées, plus semblables à celles des arrière-molaires, que les dents qui doivent leur succéder, et l’objet de cette différence est bien fàcile à comprendre : c’est qu'aussi long-temps qu’au cune des arrière molaires n’est venue, c’est aux molaires de lait qu’il appartient de remplir leurs fonctions. À » Ainsi, dans l’homme, à la mâchoire supérieure, la première molaire de lait à un fort tubercule en dedans ét une crète divisée en deux lobes en dehors, etlaseconde quatretubercu'es disposésobliquement; 3 la mâchoire inférieure, la première molaire de
lait à quatre tubercules peu saillans, et la seconde cinq; dont trois en dehors et deux en dedans, ct chacun de ces deux-ci est encore un peu bilobé; en d'autres termes, la seconde molaire de lait ressemble, dans chaque mâchoire, à la première arrière-molaire, ou à la dent non susceptible de remplacement qui doit pousser derrière elle, et non pas à celle qui doit venir souselle et la are tomber.
» Les dernières, les molaires -de remplacement, sont, en effet, à chaque mâchoire ce que l’on appelle les bicuspides, ou des dents à deux gros tubercules, un en dedans et un en dehors; les tubercules de la mâchoire inférieure sont seulement un peu plus. crénelés ou sillonnés que ceux de la supérieure...
» Les racines de ces deux sortes de dents sont aussi très différentes et toujours plus écartées et plus nombreuses aux molaires de lait qu’à celles de remplacement.
n Jai examiné, d’après ces mes 0À s: à ou et les racines diminuées à la tête du caltinet, de M “
Jussieu.
» La deuxième molaire restée à la tatélibéssnn périeure a ses quatre tubercales: et sa couronne cassés, et l’on voit, par lalvéole correspondant du côté opposé, qu’elle a trois racines écartées ;-@t puisque, ainsi compliquée, elle -occupe cependant la seconde place, c'est incontestablement une molaire de lait.
» Îlen est absolument de même de celle qui la
précédait, et qui avait aussi trois racines bien marquées par leurempreinte dans l’alvéole.Derrière elle était une troisième molaire qui est cassée, mais qui a laissé trois. racines: c’est la première SÈNE MT: laire ou la dent de. sept ans, et ce ne peut être qu’ elle. In 7 a en effet que l'âge de sept ans où l’on puisse voir à Ja fois, à la mâchoire supérieure, trois molaires de suite, ayant chacune trois racines; car, avant cet àge, la première arriére-molaire n’est pas venue, et, plus tard, les deux molaires de lait sont remplacées par des Porn. qui n’ont qu'une racine , ou tout au plus deux. A la vérité , la seconde Ms sd à vient ensuite, qui a aussi trois racines ; mais la troisième, ou da: dent de sagesse, ne lesa ]j jamais: Ainsi, comme je l'ai dit, passé les sept ans ou à peu de: de il.n’y à plus que deux molaires à trois-racines de chaque côté, à la suite lune de Pautre.
» Celle de la y ue inférieure a ses cinq tubercules., absolument comme une deuxième molaire de lait de.cette mâchoire , et ils sont même un peu usés,,ce qui prouve que l individu s'en servait depuis quelque temps. Ala vérité, si cette dent se voyait isolée ,,on pourrait soutenir que ce n’est pas la deuxième de lait, mais la première des, arrièremolaires,,. car ces pr de dents ont à peu près la même forme ,. ainsi que nous l'avons dit ci-dessus. Mais.cctte supposition n’est pas admissible , parce qu'il n’y aurait pas assez de dents en avant. Les deux fossettes placées immédiatement avant la dent
144 , en place, ne sont pas deux alvéiles , mais la place de deux racines d’une même dent; et cette seule existence de deux racines EEE jusqu’au collet, annonce que celte dent el'e-même était une molaire de lait, et non pas bicuspide.
» La canine, de ce côté, est rompue et non pas rentrée dans los comme l'a pensé M. Jadelot.
» Quant à l’incisive, celte idée lui est encore moins applicable.
» Lesal évlesdetonteslesfncisives sont marqués, | et à leur place ordinaire, ils sont à moitié remplis, ce qui prouve que les dents qui les avaient occupés étai. nt tombées. | |
» La dent qui reste encastrée dans l'épaisseur de l'os, et tout près de la face infér'eure, a son tranchant bicn entier, et ses dentelures telles que doit les avoir une incisive de rem lacement. Ainsi, elle” n'a jamais servi; car alors elle serait usée comine la molaire restée en place. |
» Devettei.tégrité:t de l'existence d'un Giréôté qui est la marque certaine d'une autre incisive qui avait précédé celle-là, je conclus qu: cette dent, bien loin d’avoir été repoussée dansPos ramolli parla pression de la masticat on, a été au contraire empêchée de sortir par la dureté et l’épaississement de l’os, qui a opposé un obstacle invintible à son éruption.
» Tout piès de crtte dent restéc à l'intérieur, on voit une autre cellule plus grande qui contenait sans doute aussiunedent,laquelle seratombéc quand la mâchoire s’est rompue à cet endroit.
» Je suis persuadé que sion Pouvrait dans le voisinage, on y trouvera.t encore de ces dents qui n’ont pu sortir.
» La surface des mâchoires examinée en détail, confirme ce que les d'nts et les alvéoles annoncent, On y voit derrière les alvévles des incisives les restes de petits trous qui, dans l'état naturel, offrent un premier jour à léruption des incisives de remplacement; mais ces petits trous sont presque entiérement obsirués par le gonfl:ment des os.
» Il reste aussi à la mâchoire supérieure des traces très-marquées de cette fissure, seul vestige, dans l'homme, de l: suture que sépare, dans presque tous les animaux, l'os incisif du maxillaire. Ce reste de fissure nous est précieux, parce qu’il marque sans équivoque la place de la canine, et qu’il nous fait voir clairement que la dent placée derrière elle, ou la première molaire, avait trois racines, et par conséquent que c'était une molaire de lait.
» Si Je ne me trompe, toutes ces circonstances gaccordent pour nous prouver que le: têtes que nous examinons sont des têtes d’eufans morts à l'époque de leur changement de dents et chez qui ce changemeat n’a pu s’eff.ctuer.