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Variétés des dents suivant les individus.

Les variétés des dents, suivant les individus, sont fort nombreuses ; on peut les rapporter à cinq chefs principaux : au ombre , à la forme, à la direction, à

Ja position et à la structure.

- 1° Varietés de nombre. Tantôt on trouve moins ds: dents que de coutume, et tantôt on en trouve un plus grand nombre. Il y en a moins que de coutume, lorsque quelques-unes d’entre elles ne se sont pas développées primitivement où renouvelées plus tard, ‘et lorsque plusieurs se trouvent réu-

mies ensemble. L'absence de développement des dents

va rarement j usqu’a laisser les mâchoires tout-à-fait

dégarnies; cette circonstance a pourtant été obser-

vée : Biumes dit avoir connu un homme adulte, uommé Vaison, qui n’avail jamais eu de dents; Borelli a vu une femme de soixante ans qui était dans le mème cas. Dans d’autres circonstances, on a vu

se lement quelques dents apparaître; Schmitt, Fau- .chard, en rapportent des exemples. On lit, dans les

Éphémérides des Curicix de la nalure, qu’un ma-

gistrat de Fréder:kstadt n'avait jamais eu que des

molaires, point de canines ni d’incisives. Plus souvent, enfin, on voit marquer une ou deux dents seulement, vice de co iformatioa qui paraît même rester héréditaire daus quelques familles : tantôt c’est une

canine, et tanlôt c’est une incisive ou une molaire qui n’ont pas paru.

Le diminution du nombre des dents, parce que deux d’entre elles ou davantage sont réunies, est une anomalie plus rare que le manque absolu de quelques dents; ce qui est rare surtout, cest la réuunion de toutes les dents d’une même mâchoire. Si lon en croit Plutarque, Pyirhus était dans ce cas ; Pline rapporte une observation du même genre, concernant le fils de Prusias, roi de Bithynie. D'autres auteurs, d'après Diemerbroeck, racontent qu'Eriphœus de Cyrène, que le prète Pherecrate et Si. cimus furent distingués des autres hommes par une pareille disposition. Bartholin, dans la trentecinqui m: histoire dela première centurie de ses observalions, dit en avoir vu une semblable ; enfin Melanthon avance avoir vu dans la cour du prince Ernest, à Lanebourg , une fille qui, ainsi qu: Pyrrhus, n'avait qu'une seule dent à l’une de ses mächoire:.

Mis ces observations sont-elles bien authentiques? Je n'oserais le soutenir quoiqu'il soit po:sible à la rigueur, de concevoir ce vice de conformation, puisque d'autres du même genre ont été observés même de nos jours, quoique cependant sur uneéchelle soins étendue. Les incisives et les canines offrent plus sou vent des exemples de réunion, par la couronne que par les autres points de l:ur contour. Les molaires, au contraire, adhèrent plus souvent par leuts raci-

nues, ainsi que M. Oudet le fait très-justement remarquer. M. Toirac a eu l’obligeance de me montrer teul récemment deux cas de réunion d'une incisive latérale avec la canine voisiie, On dit que les dents de lait présentent plus souvent que les autres cette réunion anormale,

Quoi qu’il en soit, la réunion des dents me paraît offrir deux variétés, si j'en juge au moins d’après les pièces d'anatomie que j'ai récemment examinées ; taulôt il y a fusion intime de deux dents, les substances éburnées étant communes à l’une et à l’autre, et tantôt il y a seulement accolement par lintermédiaire du périoste alvéolo-dentaire ossifié, La première variété appartient à la couronne , et la seconde à la racine. Dans le premier cas, la fusion des deux dents est arrivée, lorsque la dent était encore à l’état embryonnaire, si Pon peut ainsi dire; deux germes se sont trouvés très-voisins l’un de l’autre, la cloison inter-alvéolaire ne s’est pas placée entre eux ou me s’est pas formée du tout, les deux germes sont demeurés dans le même alvéole, leurs ‘deux cavités, leurs deux papilles se sont confondues eisemble, et dés lors le germe n’a guère présenté d’autres caractères que ceux des grosses molaires. Les couche: calcaires, après s'être étendues à tout le pourtour de cette double papille, se sont séparées en deux parties pour former les deux racines des dents confondues.

178 | .L’ accolement de la seconde espèce, bien différent du premier, date au contraire, d’une époque postérie ue à celle de la naissance; c'est une simple ankylose formée par la réunion des racines des deux dents avec la cloison inter-al\ éolaire, à à la suile d une anflainmmation du périoste alvéolo- dentaire. L'anion de la canine et de l'inasive latérale me

parait plas fréquente que celle des autres dents, ct on conçoit bien, en.eflet, qu’il en soit ainsi, car ces dents sont très voisines l’une de l’autre; et, d'un autre côté, au moment de sa formation, la canine, mise hors de rang par lincisive latérale, est fortement pressée par clle.

L'extés:en nombre des dents dépend le plus sou vent, comme je l’at faitremarquer précédemment, de la persistance des dents de lait ; aussi les dents surnuméraires, soit qu'elles A roms rt soit qu’elles forment une série complète, se montrent-elles presque toujours en arrière des autres ; néanmoins il n'en est pas toujours ainsi ; car, d’un côté, Bourdet a vu doubler les deux dernières molaires supérieures, et, de l'autre, Cooper! ct Sæ: “mering Tee servé cinq molaires bien rangées a la Se ras inférieure, le premier sur lui-même, le second sur un habitant de Java, le troisième sur un Européen.

2° Variétés de forme. — Les variétés non morbides qui se rattachent à cettecatégorie sont plus rares que les précé lentes: elles affectent ou la couronne

ou la racine des dents. Elles dépendent souvent de la persistance des dents de la premiére dentition * un de mes amis à gai dé jusqu”: il'âve de trente ans | sa seconde petite molaire de la première dentition du cÔLé droit, el jusque-là l'ircade dentaire inférie ure offrit chez lui scptaros*es molaires et seule-

metit Lrois peti les. ;

.. Wariétés de direction. — mu anomalies sont assez. rares : tantôt cles consistent dans une simple obliquité des dents ; tantôt elles sont caractèrisées par la position be et Ro et plus rarement par Pinversion complète de ces D AE L’obliquité de la direction des dents est quelquefois telle, suivant Soœmmeriog, que l'on dirait l'existence d’une double série de dents.

Sæmmer. ng a vu une dentincisive a Hs horizontalement, la couronneen avant ; Æ/binus en a vu une autre dont la couronne regardait en arrière.

Albinus et Sandifort rapportent des cas d’inversion complète , le premier d'une incisive AURÉEIENEE, le second d’une deuxième molaire.

Dans ces derniers cas, la dent, resta rénÉErmée dans los maxillaire supérieur; mais.on conçoit qu’elle eüt pu se faire jour dans la narine où dans le sinus maxillaire, commeJe lai observé une fois.

4» Variétés de nostion. — Ala faveur de Pune des directions vicieuses que-j'ai signalées , les dents de la mâchoire supérieure surtout , peuvent abandonner le bord alvéolaire , en quelque sorte, et se

porter, soit du côté du palais, soit vers le sinus maxillaire, soit vers tout autre point. Ces m'grations, ces changemens de position des dents sont fort intéressans à connaître pour le chirurgien; il doit les prendre en considération toutes les fois qu’il doit porter un diagnostic sur une tumeur développée dans le voisinage des arcades deutaires.

M. le professeur Marjolin et M. Duval ontemporté une tumeur de cette espèce qui s'était développée sur l'os maxillaire inférieur, tout à fait en dehors du bord alvéolaire; et moi-même j'ai opéré à l'hôpital Beaujon une femme qui portait une tumeur dentaire dans la région palatine.

Os. — Une paysanne , âgée de quarante-trois ans , entra à l'hôpital Beaujon , il ÿ a plusicurs années ; elle avait à la face, sur le nez ct sur la joue rôie deux ulcérations fongucuses, à bords durs et renversés en dehors, qui lui faisaient endurer des douleurs lancinantes.très incommodes. Cette malade venait réclamer les secours de Part contre cette affection dont l'ancienneté commençait à l'inquiéter (elle datait de dix-huit mois). En examinant celte femme avec attention , je remarquai une modification de sa voix (elle parlait comme si elle avait euune pièce de monnaie sur lu langue) qui auira mon attention du côté de la bouche. Il me fut alors facile d’apercevoir une tumeur de la forme et du volume de la moitié d’une très grosse noix, placée sur le côté gauche de la voûte du palais, limitécen

dehors par l'arcade alvéolaire, dépassant la ligne médiane par sa partie interne, étendue d’avant en arrière, depuis un point placé à la hauteur de la dent canine correspondante, presque jusqu’au voile du palais. Cette tumeur était très médiocrement dure, indolente , et gêna t la malade pour parler; la muqueuse était saine à son niveau. Je nc remarquai pas d’abord que la malade n’avait au côté gauche de la mächoire supérieure , ni les petites molaires, ni la première des grosses. J'appris seulement plus tard que lune des molaires avait été arrachée et que les autres n’avaient pas paru ; au moins, C’est ce qui parut résulter des renseignemens assez peu précis que la malade nous donna.

La nature carcinomateuse des ulcérations d’ailleurs peu étendues du nez et de la joue, me fit porter un diagnostic fâcheux sur cette tumeur:je crus qu’elle était de mauvaise nature. M. le professeur Marjolin partagea également cette opinion, ct il fut décidé que le traitement de cette imilade devait avoir à Ia Bis pour but, lablation de la tumeur palatine et la cautérisation des ulcér.tions de la lace. Jefis part à la malade de c tte déc'sion ; elle ne fit aucune observalion , et le jour fut pris pour l’opérer.

Ne connaissant pas d'une min ère précise les lim'ites supéricures de la tumeur , je formai le projet de l’attaquer d’avaut en arrière avec la gouge et le muillet , me réservant d’ailleurs d’emporter toute l'épaisseur du palais, si pendant l'opération même la résessité n’en paraissait démontrée. Des

bi touris, ds scies en crêtes de coq, (je r’avar spas alors. à ma di position’ l'excellente scie à Vilbre= q'in pre à Mibehent indépendant ‘de mon ami:

M. Matin), des cautères furent préparés. APR: RTS » Ta malade fut couchée sur un lit’un peu bas,

l1 tête nn peu renversée ei arrière; la bouche fut maintenue béante au moyen d’un coin de ége placé entre les dernières dents dà côté droit. Je fs une incision cruciale sur là tumeur ; je disséquai le” plus promptement possible les. lambeaux que je vena's de former i et j'al. ais prendre la ouge pour attaquer: les parties osseuses que je supposais altérées , lorsqu’en épongeant je vis au centre de la tumeur un corps d’un blanc un peu brillant. Je portai le doigt sur lui : il était mobile. Je le saisis ayec une pince et l’ameuai au dehors > NON sans quelques diflicultés; c'était une dent molaire à trois racines fort courtes, mais dont là tête avait la forme et le volume de la première grosse molaire, Je reportai le. doigt dan: la plaie, ct je réconn is une nouvelle dent que j'enlevai de la mème-manière. ‘Celle-ci était moins gross é que l’autre, mais elle était multicuspidée comme elle et comme les molaires de la premiére deantition. Grañde fut ma surprise et celle dés assistans. J'interrogéa i la malade, et.c’est alors qu elle me <onna sur Pre HE de ses deuts ; les renseïgnemous Jont j'ai parlé, et à travers l'obscurité desquels je crus reco nnäitré que la Seconde molaire et la cauins ae S’éLaient Jamais morffées au dehors. Au reste, il était peu nécessaire de tournenter cette

malade de questions. Les dents que Je venais d’extraire parlaient un langage plus clair que celui qu’elle eût pume tenir: ces dents avaient tous les caractéres, lune de la seconde molaire de la premiére dentition , l'autre de la dent de einq ans. Ilétait dès lors incontestable que ma malade n'avait jamais eu ‘ces deux dents ; que , dirigées ob'iquement en dedans, elles avaient percé la partie intérne du rebord Wvédre: et qu'el'es étaient venues se placer entre ‘la membrane muqueuse etlesos, dans le leu oc- ‘cupé par la rameur à FN elles avaient donné naissance. 48 as sd | * Lorsque l'opération fut terminée, je ‘cautérisai le fond de la plaie, à la fois pour étancher le sang ‘qui coulait dans la bouche avec abondance , et pour ‘réprimer des fongosités dont je redoutais le caraetère, à cause du cancer que la malade portait bion A AERInÈN à la face, et la malade fut ensuite reconduite a son lit.

‘Au bout de peu de temps, la plaie du nié. était sfotiiiététn be guérie ; siuvisuts cautérisations a vec le nitrate acide de mereure eurent promptemen: raison des deux uleérations des joues, et la malade sortit de Phôp: tal parfaitement guérie, deux mois

“après son entrée. » |

Des dents ont-éte trouvées quelque fois dans des parties du corps très éloignées de la boiche, dans les ovaires où dans d’autres parties voisines des organes génitaux. Plumenbach, Ruisch, Moelisen “citent des faits de ce genre: Paimoi-mème eu l'oec a

sion d'en observer un. Presque toujours ces dents ont été trouvées réui ies avec des poils et de la mutière graisseuse dans des kystes fibreux ou fibrocartilag neux; d'autre fois, on les a vu implan'ées sur des portions d'os, dans de vérita les avéoles. Tel était l’état des choses dans le cas que j'ai observé ; tel est aussi ce.ui de l’obse: vation extrêéme.ent curieu e que je transcris ici.

Une femme agée de vingt-huit ans, scrophuleuse dans son enfance, plus tard bien portante :t bien régl'e, mariée à dix-huit ans, fut affectée, après son quatrième accouchement, defleurs blan: hesdontlabondance variait. Les ren:èdes généraux et locaux étant restés sansefet contrecetteaflection, onexainina les parties génitales ;on trouva dausle vaginunetumeur qui se rompit par l1 pression et laissa écouler un Lquide puriforme; de la douleur et des accidens spasmudiques s’élant joints à la leucorrhée, on examina de nouveau le vagin, et l’on sentit à sa partie supérieure gauche, un corps dur qui, pendant le coit, causait des douleurs au mari. Néanmoits la femme accoucha d’un cinquième enfant qui porta't à la joue gauche une excoriation réce:te. La malade s'étant fait transporter à Varsovie pour se faire guérir, un examen plus attentif, fit voir à M. Jasinski et à plusieurs autres méilecins que le corps dur qu’on sentait dans le vagin éta t situé entre le rectum et le vagin, et qu’il ne faisait saillie dans ce dernier que depuis la déchirure ses parois; qu’en outre, les parties molles formaient comme une ca-

lepus autour de ce corps. Les accidents causés par le contact du bord aigu de ce corps avec la matrice engagèrent M. Jasinski à en faire l'extraction: il le saisit d’abord avec des pinces à poly, es ordinaires ; mais l’instrument slissait toujours. Cinq jours après il se servit de pinces plus fortes avec lesquelles il parvint à arracher une dent molaire bien formée qui avait trois racin:s, et dont la couronne était légèrement carrée. Trois autres dents incisives et molaire; furent encore extraites sans qu’il coulât beaucoup de sing, ni que la malade se plaignit de fortes douleurs. Ces dents paraissaient avoir été implantes dans un 0; qu’on sentait avec le doigt; mais qui était fixé trop solidement, et qui n’ttant pas en contact avecle vagin ou l'utérus fut laissé en place.

(Gra?fe und Wa'ters journal.)

Ilest évident que dans tons ces cas, il s’agit de débrisde lœ:usextra-ut -rins; mais il estcurieux de voir l'accroissement de dents continuer encore aprés la mort et l’atrophie du fœtus ,et les matériaux qui servent à cet accroissement venir de la mère à laquelle le kyste est attaché.

Eafin, d’autres varié.és de position des dents consistent essenti [lemc it en une transposition de ces organes,eten une véritable erreur de lieu.M. le docteur Oudet a vu plusieurs fois la canine pren re la

place de l’incisive latérale tt réciproquement; il a également observé une semblable transpoiition entre la première petite molaire et la canine,

Enfin, des dents ont été quelques fois vues im-

plantées tout-à-fait à la surface du bord alvéolaire, et dans l'épaisseur de lamembrane muqueuse aulieu d’être reçues dans une alvéole. Hunter a rapporté un cas de cette variété. ;

« J'ai vu, dit-il, sur un Jeune sujet, deux dents incisives antérieures de la mâchoire supérieure qui ne pénétraient point la $encive de part en part, et qui n'avaient la racine longue qu'autant qu’il était nécessaire pour qu’elle pût être embrassée ct affermie dans la gencive par la partie supérieure. En examinant la mâchoire , je n’y trouvai ni apophyse alvéolaire, ni alvéole. Il ne me serait pas facile de me rendre raison de ce phénomène; peut-être ces dents s’étaient-elles formées, non dans la mâchoire, mais dans les geucives; peut-être les racines qui devaient être dans la mâchoire, étaient-elles détruites? La qualitéfde ces dents favorise la première hypothèse : elles n'étaient point, en effet, de la nature de celles dont les racines tombent chez les enfans, lorsque le temps du changement approche, car, puisqu'elles ne pénétrai nt point au-delà de la gencive , il est croyable qu’elles n’avarent jamaiseu de racine. Les extrémités même o deva ent être les racines n’élaient que de petites éminences rondes et unics, ayant chacune un petit trou ou canal étroit de communication avecle corps de la dent qui était assez bien formée. »

Miel rapporte aussi plusieurs exemples du même genre. «El y a qu'ljuës année:, dit-il, je ret rai à la mâch ; re supérieure du côté droit, entre la dent

de sagesse et celle qui la précède, au lieu où la gencive se prolonze en pointe,‘un petit corps dentaire qui v’affectait point les formes régulières d’une dent faconnéesurun moule de l'espèce ordinaire.Son peu de. longueur et de grosseur ne lui permettait point d'attei: dre les os de la mâchoire; cette dent n'était contenue que dans l'épaisseur du tissu des gencives,’ où elle s’était formée hors du système alvéolaire. De l'épaisseur de la membrane, cette dent gengivale s'était fait issue au dehors, en présentant vers ce point son extrémité renflée, jendant que sa partie la plus eflilée pénétrant dans la membrane même y adhérait; ce qui rendait la présence de ce corps incommode à la personne à qui je lôtai. » |

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