LA FAMILLE FRANÇAISE AU CANADA ET AUX ÉTATS-UNIS
par Louis Herbette |
Paris, le 19 mars 1900.
Dans une conférence récemment faite, à Paris, j'ai eu à donner un aperçu des impressions et des réflexions rapportées d'un voyage de mission au Canada et en certaines parties des Etats-Unis. La séance n'ayant pas été sténographiée, on a bien voulu m'engager à rétablir non pas les termes mais le sens de ce que j'ai dit, en y ajoutant ce que j'aurais voulu dire.
Ainsi présenté sous la forme directe, un récit transforme à moitié le lecteur en auditeur qui reste maitre, il est vrai, d’arrêter à volonté l'audition. Ecrire, c’est faire entendre par les yeux, comme parler est faire voir par les oreilles. Par conversation, même consistant en monologue, n’est-on pas en communications plus libres avec autrui, que par exposé auquel on prétendrait donner la gravité d’un rapport, le poids d’une démonstration ou la valeur d'une leçon ? É
Dans un échange familier d'idées, chacun peut prendre ce qui lui convient ; aucune conclusion ne s'impose à personne.
Il s'agit en réalité, je le reconnais, d'étendre la portée de la voix et l'enceinte d'une salle, de parler aux lecteurs, de m'’adresser aux absents, particulièrement à ceux de là-bas, en leur faisant part de ce qu'on ressent chez nous pour eux. Et ne convient-il pas de constater comment apparaissent à qui vient de France les questions et les faits, les choses et les gens de: l'autre côté de l'eau, et comment en revanche ceux d'ici peuvent apparaitre lorsqu’en les regarde du dehors ? Coup d'œil sur. l'Amérique regardée par un Français et sur notre pays vu d’' l'Amérique.
” Qu'on excuse donc les lacunes et les longueurs de cet article. parlé, en tenant compte au coupable des intenti ns et des sen-
timents qu'il peut avoir comme canadien de.Par.s ou Paso. du Canada.
Louis HERBETTE
Refaire en une heure un voyage de trois mois dans le nouveau monde, présenter en un seul entretien à un auditoire si aimable et si distingué qui a droit de n'être ni ennuyé ni fatigué, des idées et des sentiments suivis depuis vingt-cinq ans, — voilà ce que j'aurais à faire ici. Qu'on me pardonne à l’avance si je ne puis y réussir.
En réduisant cette course hâtive aux parties les plus attirantes du Canada et aux Etats de la Grande République américaine les plus historiquement et géographiquement proches de nous, — quel parcours encore pour les yeux de personnes même tranquillement assises ! Quel mouvement pour le cerveau et pour le cœur de Français d'Europe!
Si l’on voulait retracer les scènes et les lieux, — le décor, — c’est à la photographie et au cinématographe qu’il faudrait recourir. Pour les personnages et {eur rôle, ce n’est pas seulement un livret, c’est tout un livre qu’il faudrait. Or, il ne s’agit pas de détailler des récits, mais de faire revivre l’ensemble de ce qu’on a vécu, sans pouvoir apparemment transporter cette salle là-bas ou entre les deux mondes, en quelque point stable de halte et d’observation qu’aimeraient tant à trouver les voyageurs éprouvés par le tangage et le roulis entre Le Havre et New-York.
Pour analyser et penser, pour traduire ce qu’on éprouve en mots'pesés, en phrases à dessin arrêté, le temps manque. Le temps, à Paris surtout, est pris par tant de choses au'il ne suffit à rien. C’est d’un coup d'œil, par étincelles, qu'on voudrait tout saisir. On fait, comme on est, hélas! de l’instantané. Qu'il nous suffise de retracer des impressions personnelles, — impressions de lumière et de chaleur, d'imagination et d'affection, — en touchant de préférence des sujets d'ordre moral, mais sans exclure les matières très matérielles, puisque tout se tient.
Chargé d’une mission qui portait sur les moyens de faciliter les relations scientifiques, littéraires et artistiques avec la France, appelé depuis longtemps par mes fonctions à m'occuper de questions économiques, de l’industrie, des travaux publics, de ce qui concerne le commerce des
ns le
audire ni epuis ju'on
plus tépuiquer les Quel nçais
— Île raphe rôle, qu'il mais pou entre d'obwcurs re et
rouve man-
oses elles, élas !
prescharéfée les
faci=
iques tions , des des
choses aussi bien que le commerce des gens entre eux, comment n'aurais-je pas observé, même en courant, la croissance admirable de ces puissants rejetons d'Amérique tirés de nos vieux plants d'Europe ?
Ce n’est pas seulement notre passé, c’est leur avenir et en même temps le nôtre, que nous devons envisager, avec les conditions de production en tous genres, mécanique aussi bien qu'intellectuelle, Car là, s'offrent à l'étude les formes et phases variées du mouvement, du travail et de la vie, Affaire de cœur et affaires d'intérêt,
Que signifierait de dédaigner ce sens positif du mot affaires où semblent en Amérique s’absorber les pensées de ceux qui créent? Business, talisman en trois syllabes, qui jette tant de millions d'Américains dans une agitation vertigineuse, sans qu'ils prennent le loisir de se regarder agir et de s’écouter sentir. De proche en proche et même à longue portée, ici même, comment cette gravitation rapide ne se ferait-elle pas universelle ? Les gens occupés, affairés, busy, ne se donnent pas droit à un moment de repos ; et je n’ai que plus à remercier ceux qui sont venus à cette réunion. Nos relations avec l'Étranger sont sûrement nos propres affaires, non pas affaires étrangères ou affaires d'argent seulement, mais affaires nationales et vitales.
Il n’est pas jusqu’à notre situation, notre caractère et nos ressources que l’on ne discerne complètement que de l'extérieur. Comme on réfléchit son idée dans le langage, on doit considérer sa personne du dehors. Sachons emprunter le miroir et la lorgnette, sinon les yeux d’autrui. Quitte-t-on les Français d’ailleurs, et ne retrouve-t-on pas la vieille France rajeunie, en se transportant au Canada, dans l’ancienne France Nouvelle ?
C’est pour l'Alliance Française, — société travaillant comme on sait à la propagation de nôtre langue, — une si bonne œuvre baptisée d’un si beau nom, — et c’est pour la formation de son comité parisien du huitième arrondissement, que vous avez été convoqués par un Président et par des organisateurs dévoués auxquels il ne m'est pas défendu de rendre hommage.
Collaborateur du Ministre passé, à venir peut-être, —
comment ne me féliciterais-je pas de me retrouver tel ici devant un publie plus gracieux, on l’avouera, que celui dont les administrations publiques sont les servantes ? Les trop bienveillants éloges de M. Delombre me donneraient droit de me venger, et c’est par discrétion que je me borne à le remercier en votre nom des moments qu'il dérobe à une autre assemblée plus puissante, des encouragements que sa présence apporte et de l'impulsion qu'assurera sa présidence à la nouvelle succursale ou colonie intérieure d'une société dont les services extérieurs peuvent et doivent être si considérables,
Je ne voudrais pas non plus être indiscret en exprimant tous les remerciements dus à l’éminent et si bienveillant Ambassadeur de la grande République qui a bien voulu accepter l'invitation pour cette séance; en saluant son principal collaborateur, ainsi que les représentants les plus autorisés et les personnalités les plus hautes et les plus sympathiques de la colonie canadienne.
Mais sur cette estrade j'ai droit de dénoncer mon cher et vieil ami M. Beurdeley, toujours en quête et en tête des œuvres utiles dans l'arrondissement qu’il administre, et ailleurs ; — les représentants de l'Alliance Française ct ceux de ‘l'Université, M. Blanchet et M. Cucheval, le si estimé chef actuel et un des anciens chefs de la population lycéenne la plus importante de Paris, celle du lycée Condorcet; les hommes distingués que je vois auprès d'eux et dont on connait le dévouement à notre cause nationale même au loin, témoin le poète libanais. M. Ganem.
Quel gré ne savons-nous pas tous aux artistes qui apportent leur concours à une réunion transformée par eux en fête, à ces propagateurs de notre langue qu’on appelle Mounet-Sully et Coquelin. L’écho des applaudissements du Canada ne suit-il pas jusqu'ici le Doyen de la Comédie française, celui qui s'est voué à interpréter nos grands penseurs et dont nous voudrions entendre la pensée personnelle vibrer en une si puissante voix.
Appartenant au contingent actif de l'Alliance, je me réjouis d’avoir fait campagne pour élle. Son gouvernement, l'honorable M. Foncin et son dévoué secrétaire général, M. Dufourmantelle, la section canadienne et son
tel ici celui ? Les raient borne obe à ments era sa rieure t doi-
‘imant eillant voulu it son its les et les
à cher te des re, et rise ct , le Si lation lycée auprès cause anem.
apporeux en 1ppelle ‘ments »médie crands ée per-
je me vernerétaire et son
excellent président, M. Salone, — (un ancien missionnaire lui’ aussi de France au Canada), — m'avaient engagé à parler, étudier et agir au nom de l’œuvre dans mes excursions à travers les confédérations canadienne et amériricaine, Avec moi, comme compagnon de voyage, n’avais-je pas un aimable et zélé délégué habituel de la société, M. le D'Gérin-Lajoie, canadien francais, citoyen américain et résident parisien ?
Avec le drapeau tricolore, j'arborais done le fanion de l'Alliance ; et au retour de cette expédition, quelle satisfaction de fêter le comité nouveau-né dans un arrondissement que j'ai vu lui-même naitre en ma qualité de vieux Parisien !
Je ne vous demande pas de monter avec moi sur le paquebot transatlantique, morceau de notre pays, fer et bois formant terre française, qui se détache du Havre, qui flotte huit jours avec des fortunes nécessairement diverses pour ses occupants, — agréments et désagréments compris, — et qui se raccorde sur l’autre bord à la terre ferme, où l'on recouvre, même dans l'extrême mouvement, les douceurs de la stabilité.
Après: une semaine de cette existence où les occupations normales sont suspendues comme l'équilibre normal, il semble qu’on sorte d’un Havre prolongé, d’un pont flottant, d’un bac ou d’un bateau-passeur qui aurait traversé un fleuve plus large que d'habitude. Période de distraction forcée ou de somnolence confuse. Dormir, si l’on peut; — dormir, — rêver peut-être, en se souvenant. Car il semble qu’en l'esprit de l'individu se répercute le passé comme s’élabore l'avenir du pays dont il est une sorte de fragment mobile.
Ainsi l’on se reporte à ces hardis navigateurs de Dieppe: ou de Saint-Malo, des côtes de la Manche ou de l'Océan, à ces coureurs de mer qui devaient devenir des coureurs de bois, aux incorrigibles innovateurs et inventeurs, explorateurs et découvreurs français, sentinelles et enfants perdus du progrès, pionniers de la civilisation, qui ont.
aussi délibérément couru la science, la littérature et l’art que le globe même, toujours à la recherche de nouveaux mondes. N’a-t-il pas fallu qu'ils allassent faire connaissance avec les iles et les continents, les caps et les baies, les fleuves, les lacs et les montagnes? En sorte que les traces françaises se retrouvent dans le Nord de l’Amérique comme une empreinte de premiers pas, comme les signes d’une première pensée, Parcourant ces territoires immenses, à la seule vue des noms géographiques, même prononcés à l’angiaise, on se dit: « Les Français ont passé par là. »
Ils n’y ont pas seulement passé. Sans doute, ils n’ont pas suffisamment pu ou su s’y maintenir. Que ne sont-ils demeurés à la possession après avoir été à la conquête, au profit après avoir été à la peine ! Est-ce leur caractère ou la fatalité des faits qui les a privés de l’action suivie, nécessaire pour récolter les fruits de leurs travaux ? Toujours est-il qu’ils ont semé après avoir défriché et labouré. L’honneur leur en revient avec toutes les espérances qu'il justifie.
Si les Français ne sont pas restés maîtres du Canada non plus que de la Louisiane, du moins y ont-ils gardé pied et y sont-ils devenus libres. Avant d’autres États plus rapaces, voraces et tenaces, l'État français s’est trouvé dépossédé. Mais un jour s'émanciperont les pays tenus par les autres en tutelle. Les colonies deviendront métropoles, c'est-à-dire villes ou Patries-Mères à leur tour. La France conserve l’attachement sincère des enfants même
“qui lui ont été enlevés. Elle n’a pas dû à l'oppression et à l'exploitation les bénéfices matériels de son activité. Amie elle est des nations affranchies, parce qu’elle l’est des peuples opprimés. Il lui répugnerait d’être riche et puissante par fausseté et cruauté. |
Aux bords du Saint-Laurent et même du Mississipi, notre parler est assez vivace pour perpétuer, si nous voulons bien, nos affections. Ces Canadiens qu'un Louis XV avait abandonnés, de soixante à soixante-cinq mille habitants, sont devenus près de deux millions, malgré que la France engagée en tant de crises n'ait pu fournir une émigration de renfort. Dans cette partie des
l’art eaux naisaies, e les Amé= 1e les toires même passé
n’ont nt-ils quête, actère uivie, Tou-
Jouré.
s qu'il
anada é pied
plus rouvé tenus métror, La même n et à Amie
st des
États-Unis qu'on a qualifiée Nouvelle-Angleterre, l'élément français qu'on voulait extirper a repris racine. Il s’y étend comme une plante robuste, poussant dru même en terres froides, au milieu d’autres cultures. Encore un million de Français. Quelles clientèles à soigner, même si l’on ne parlait qu'affaires.
Avouons-le: que va faire en réalité là-bas un de ces Français dont le cœur se remplit de ce qu'ils aiment à mesure même qu'ils s’en éloignent? — Un voyage à la recherche de la France en Amérique, avec visite aux parents et aux amis, à la poursuite du bien que la Mère- ’atrie a fait ou peut faire encore, c'est-à-dire de ses souvenirs et de ses espérances, des services qu'elle doit rendre ou, si possible, recevoir.
Deux volumes de combien de pages, avec deux atlas et combien d'albums faudrait-il !
D'une part, les États-Unis, que l’on ne pourra traverser entierement cette fois en poussant des reconnaissances jusqu'à San-Francisco, mais dont on tenait à examiner les grands centres industriels du versant atlantique et les lieux de principale culture intellectuelle, spécialement la Nouvelle-Angleterre et les Etats de formation la moins récente.
D'autre part, le Canada, avec séjour préféré dans la province de Québec, mais avec pelerinage dans les provinces maritimes, en Acadie, et visite à d’autres villes et régions du Dominion.
De l'Amérique maritime, industrielle et commerciale, New-York, la cité impériale, donne un aperçu trop puissant pour que nous fassions halte à Baltimore, et en d’autres ports. Laissons Washington, le Versailles américain, siège tranquille des pouvoirs publics de la confédération. Résistons au plaisir de nous arrêter à Philadelphie, ville si intéressante et si curieuse, dont la production positive ne fait certes pas tort aux traditions intellectuelles et à l’action morale. Nous enfonçant dans les terres et même
sans aller jusqu’à Chicago, passons au Niagara, la mer-
veille naturelle du Nouveau Monde, non loin de ces lacs
qui servent d'Océans d'eau douce aux Etats limitrophes eu qui se déversent par les cataractes et par les chutes, — (un écoulement d’eau à pie), — marquant frontière entre les deux confédérations.
Si l’on revient à New-York pour en repartir le long de la mer, voici la série de baies et de ports, de bourgs et de cités constituant la Nouvelle-Angleterre, voisine du Saint- Laurent ; autrefois le théâtre des démêlés entre Canadiens Français et Anglais, puis de la guerre de l'indépendance avec les secours français contre le gouvernement britannique.
Là reparait aujourd’hui une invasion française toute pacifique, par immigration et croissance rapides des groupes Canadiens. Par un étrange retour de destinée, c’est donc le Français qui reprend le rôle de l’homme du Nord descendant aux pays plus doux et refoulant les populations moins prolifiques ou plus soucieuses du bien-être. A Woonsocket, dont la gare porte toutes inscriptions et avis en français comme en anglais, les Français d’origine ne sont-ils pas aussi nombreux que les autres contingents nationaux réunis ? (Ils sont 14.000). À Fall-River, près de ce luxueux New-Port, ville historique et tout ensemble ville d’eau (de mer) par excellence, (où se trouvent les plus exacts souvenirs de Washington et de Lafayette et les habitations de plaisance des plus riches personnages d'Amérique), on compte 395.000 Français sur cent et quelques milliers d'habitants. Providence, Lowell, Nashua, et de gros bourgs tels que Pawtucket et Manville montent aussi avec quelle sûreté les Français reprennent pied et comme ils se font apprécier par leurs qualités solides, malgré que leurs situations soient encore si modestes.
Ici l’on fait connaissance avec le Français ouvrier, comme avec le paysan français au Canada et avec le marin dans l’Acadie. Les usines progressent avec une rapidité surprenante. Il en est que viennent installer pour eux nos nationaux d'Europe. Et partout l’on est fraternellement accueilli par les originaires du Canada, dans leurs cereles et dans leurs sociétés, à l’école comme au presbytère, au bureau du journal, à l'office de l'avocat et du mé-
es et Sy —
entre
ig de et de saintdiens dance ritan-
toute
grou- , c’est , Nord
opulatre. À et avis ine ne ngents rès de semble ent les ette et nnages ent et fashua, monkennent qualités ore Si
uvrier, le mae rapipur eux rnelles leurs presbydu mé-
decin comme à l’officine ou au magasin du pharmacien. Car la pharmacie vend tout, l'alcool comme le reste, — la maladie avec les remèdes. Les climats et le régime du Nord sont, paraît-il, très altérants.
C'est en s’instruisant que ces braves compatriotes peuvent s'élever. L'armée n’a besoin que de cadres. Son élite pénètre dans les Conseils de Villes. Les assemblées politiques se sont déjà ouvertes à tels français, même aussi les fonctions de juge et celle de lieutenant gouverneur. Pour tous, même signe de ralliement, même gage de fidélité aux croyances des ancêtres, — la langue, notre bien aimée langue, cette communauté ou société de pensées et de sentiments dont le siège central est à Paris et les succursales américaines au Canada.
On voudrait séjourner à Boston, doté de tant d’institutions précieuses et tout d’abord de la plus célèbre Université d'Amérique, la ville relativement ancienne et aristocratique de ces pays sans nobles et sans antiquité. Ne semble-t-il pas, en effet, que les peuples des États-Unis, ces parvenus du travail, manquent d'histoire, puisqu'ils ne peuvent revendiquer à la fois celles de toutes les nationalités dont ils ont reçu les émigrants. Les Canadiens ont à eux l'histoire de la France ou l’histoire de l'Angleterre. Ils ne manquent pas d'horizon en arrière pour déterminer leurs mouvements en avant. Car le recul du passé n’est vraisemblablement pas inutile pour qui veut discerner le présent; et pour une collectivité comme pour l'individu, c'est l'expérience qui donne le secret des forces durables et des lois générales.
Faut-il en accuser l’atavisme ? A peine voisin du Saint-Laurent, un Français voudrait courir à Montréal et à Québec.
Montréal, grande et gracieuse ville, dont le caractère tient du français, de l’anglais et de l'américain, ayant pour rivière un fleuve large comme un bras de mer, pour promenade une haute colline d’où se découvre le plus admirable panorama; pour richesses, la navigation, le commerce et l’industrie, les sciences, l’enseignement et toute l’activité d’une société cultivée. C’est là que l'Univer-
sit Laval, sœur cadette de celle de Québec, s'efforce de rivaliser, bien que sans ressources suffisantes, avec la remarquable Université anglaise de M. c-Gill.
Québec, métropole française d'Amérique, ville aux annales héroïques, plantée sur les hauteurs que couronne sa célèbre citadelle, au-dessus de l'énorme fleuve, en face d’une ville jumelle, Lévis. Dans la basse-ville, on se croiait en promenade au Havre. En haut, les quartiers de luxe, les Palais du Parlement et du Gouvernement. Car la province se gouverne elle-même, et surtout par des Franqais. Français sont ses monuments comme ses écoles, ses institutions, ses œuvres, jusqu’à ses calèches, nos anciens cabriolets suspendus. Sous les yeux, sous les pieds, quel paysage ! Quel cadre pour un incomparable développement, si l’on veut et si l’on sait! |
Les petites villes canadiennes sont-elles moins émouvantes pour nous? Visitant Saint-Hyacinthe, ses rues, ses édifices, ses services publics, son collège, ses sociétés, son Hôtel de Ville, sa fanfare, ne croirait-on pas voir une bouture française transplantée ? Dans la petite sœur, on reconnait la vieille Mère commune ; et l’on est saisi de reconnaissance attendrie pour ceux à qui l’on doit cette résurrection sous forme nouvelle.
Qu'on aille à Toronto, à Ottawa, siège du gouvernement fédéral canadien, même sans parvenir aux Montagnes Rocheuses, au Pacifique ou au Clondyke, dans l’extrême- Ouest ou l’extrême-Nord, — quelle impression presque écrasante on subit de la grandeur des domaines offerts à l'extension des Canadiens ! Si vigoureuse est la branche française, qu'on en trouve des rejetons poussant et perçant dans les coins les plus reculés du gigantesque continent. Pour des êtres héréditairement dotés du besoin de mouvement, de l'esprit d'aventure, du goût de nouveauté, de la passion du progrès, quelle carrière ouverte !
Quand il faut revenir, quelle douceur encore de se rendre en Acadie, de s'arrêter au Collège de Memramcook, de fraterniser avec les pères de ce peuple renaissant; avec M. le sénateur Poirier, M. le juge Landry, M. le conseiller législatif Richard, cousin de l’ancien député notre excellent ami actuellement parisien ; avec M. le Rév. Roy, curé
»rce de vec la
[eaux uronne en face se croiiers de . Car la s Franles, ses anciens ls, quel eloppe-
émoules, S6S tés, son ne bouh r'econ- > reconit cette
rnement ntagnes xtrêmepresque offerts à branche et per- 1e contiesoin de uveauté, !
se rendre cook, de nt; avec onseiller re excel- 2oy, curé
de la paroisse et supérieur du collège, ses dignes collaborateurs et ses chers élèves.
Puis il faut regagner New-York, le grand débarcadère d'Europe et embarcadère d'Amérique. Et l'on s’en retourne à Paris comme en état de rêve, ayant parcouru plus qu'un siècle en histoire, et plus qu’un continent en géographie.
Qu'il nous soit donc pardonné de nous abandonner à ce rêve, sans nous astreindre à des itinéraires, à des étapes, à un ordre logique, au caprice des images qui nous viennent et des réflexions qu'elles nous suggèrent.
IT
Avec lui, chacun de nos nationaux emporte à l'Etranger l’idée française, comme il emporte le reflet de notre claire lumière, l’image de notre ciel changeant et de nos paysages variés.
Au bout du passage d'eau, d'Europe en Amérique, à l'entrée de la superbe rade de New-York, que voit-il se dresser? — L’emblème préféré, on dirait presque l’idole des Français, la statue de la Liberté, effigie de l'esprit ‘ayonnant; non pas la liberté égoïste et haineuse, mais généreuse et pacifique, La liberté éclairant le monde, œuvre de notre éminent ami Bartholdi, l'artiste et le patriote français d'Alsace.
Telle est l'évocation, l’invocation sous laquelie on pénètre dans le nouveau continent rélié ainsi à l’ancien par la France, nation frontière qui a également uni au génie antique la civilisation moderne. Eclairer le monde, n’étaitcepas notre ambition nationale, mêlée d'illusions peut-être? Si les générations précédentes s’y sont consumées, que du moins les pouvelles s'y réchauffent. än cette forme scupturale, sous cette draperie grecque et romaine, c’est bien la figure de notre France, la plus âgée et pourtant la plus jeune des nations actuelles, jeunesse d’un cœur chaud servi par un cerveau lumineux.
Quel tableau éclaire cette statue géante, à peine proportionnée au cadre où elle se dresse! Comment ne pas garder, comme imprimé au fond des yeux, l'aspect de ce
golfe intérieur baignant une triple cité divisée par deux embouchures de fleuves, dont l’une traversée par un pont gigantesque qui aura bientôt son pendant sur l’autre ?
New-York avec Brooklyn et New-Jersey, trinité de villes comptant déjà ses habitants par millions, croissant comme un immense organisme, animé par des myriades de molécules humaines qui sont charriées en tous sens, s'étendant toujours en rues nouvelles comme grossit un arbre par les couches annuelles de végétation — (actuellement 155 lignes de rues numérotées qui croisent à angle droit les grandes avenues longitudinales, les épines dorsales du monstre).
Les campagnes voisines sont dévorées. L’isthme central, Broadway, manquant d'espace, ‘les maisons montent les unes sur les autres; gagnant en hauteur fante de largeur, elles s'élèvent à 20, 25 et 30 étages, énormes ruches où, faute d’ailes, les habitants grimpent par ces trnnels et chemins de fer verticaux que l’on appelle des ascenseurs. Aussi l'œil s’étonne-t-il de la taille exiguë des maitres de ces choses, comme de la dimension grêle des arbres, qu'on aurait envie de planter sur un toit pour qu’ils soient au soleil et que l’on ait leur ombre.
Voyez ces voies sillonnées de tramways à niveau ou de chemins de fer perchés; les espaces et routes d’eau incessamment parcourus par des embarcations de toute taille et de toutes formes, remorqueurs et: paquebots; bateauxpasseurs agitant leurs balanciers comme de grands bras en l'air, portions de rues flottantes, espèces de ponts ambulants qui se séparent d'une rive avec leurs chargements de gens, de bêtes et de marchandises, d’attelages, véhicules et wagons, pour se raccorder à l’autre rive et recommencer constamment ce trajet.
Essayez de longer ces interminables bords de leau, encombrés de magasins, de docks et de chantiers, avec séries de compartiments pour les navires qui s'y rangent comme chevaux à l'écurie et voitures en remises. Observez ces courants de la foule laborieuse, montant et descendant matin et soir; ces bruits multiples, qui font de loin comme une immense rumeur; cette agitation, cette hâte fiévreuse de chaque individu vers un but qu'il poursuit, et de cette
deux \ pont 2?
té de issant riades sens, sit un etuelangle S dor-
entral, nt les rgeur, les OÙ, et che- \seurs.
res de arbres, soient
| ou de incese taille ateaux- Is bras its amments s, véhirecom-
l’eau,
)>SeTVeZ endant comme syreuse e cette
collectivité vers des destinées inconnues. Quelle introduction à l’histoire, à la vie du Nouveau-Monde!
Encore faut-il songer que, de ce continent où vous entrez, vous ne découvrez qu’une face, la face Atlantique, celle qui regarde l'Europe. Mais l’autre, la face Pacifique, celle qui se tourne vers FAsie et l'Afrique, l’autre versant du monde, quelle carrière et quel avenir ouvre-t-il aux Américains ! Faisant le grand tour, ne prennent-ils pas tous les vieux pays d'Orient et d'Occident à revers ? Ne cernent-ils pas la civilisation ?
Actuellement dotés d’un territoire aussi grand que l'Europe, ayant autour d'eux des horizons indéfinis, usant de chaque mer comme du plus court chemin d’un point à un autre, disposant de plus de 75 millions d'habitants, de capitaux illimités, terres et cau, argent ou or, fer et houille, choses et gens, que ne peuvent-ils essayer et accomplir ?
Une insurmontable inquiétude assaille donc l'Européen, même le Français malgré son amitié pour l'Amérique « dès le commencement ». Si nous n'avons que de médiocres moyens matériels pour résister ou concourir à ce mouvement prodigieux encore à ses débuts — (qu'est-ce qu’un siècle, pour une telle existence collective ?) — quelle place garderont les Etats d'Europe, à moins qu'ils s'unissent à leur tour, et comment ?
Morcelés comme ils sont, affaiblis par leurs luttes, ôn les cherche de loin sur la mappemonde comme on chercherait des taches minuscules sur l’éternelle demi-face de la Lune. Petits ils se révèlent de loin, comme nous paraissent petits, vus d'aujourd'hui, les peuples et les cités du monde grec, où tenait cependant pour un temps le sort de l’humanité civilisée. Se dissimulera-t-on qu’en face des Transocéaniens il est temps pour la gent Cisocéanienne de se dégager des cadres étroits et de la stagnation en frontières closes ? L’immobilité rapetisse, comme le mouvement agrandit; il agrandit de toute la distance où l’on se meut. Quel danger de se figer dans les habitudes et les modes démodés de travail et de production! Comment garder ses débouchés, sa clientèle, son expansion, si l'on ne se hâte d'aller étudier ce qui se fait ailleurs ?
Observant alors les conditions, les instruments, les
résultats positifs de la production, — ceux dont se préoccupe tout d’abord une masse d'hommes ayant à mettre tout un continent en valeur, — on est frappé de la puissance du machinisme en Amérique, Au producteur, il donne des profits croissants et des r''munérations satisfaisantes à ses collaborateurs même les plus modestes ; du même coup, sont mis les objets essentiels à la disposition de tous. Nos ouvriers, nos paysans, qui gagnent si peu, sont empêchés d'améliorer leur sort par les nécessités de la concurrence. Nos industriels, malgré les droits protecteurs, voient les produits du dehors, ceux mêmes qui sont dus à des inventions d’origine française, envahir notre marché. L'étranger conquiert pour clients non seulement les acheteurs nouveaux et nos anciens acheteurs, mais nousmêmes, qui ne pouvons payer plus que ne valent les choses.
Combien est cruellement édifiant à cet égard l'examen direct des industries américaines! Soit qu’il s'agisse des applications de l'électricité, de la construction des machines, de bicyclettes ou de locomotives, de machines agricoles ou de machines-outils, de navires, de chaussures, de nombreux genres de tissus, bientôt même de locomobiles, — (une spécialité française), — on parvient à faire là-bas ce que nous n'avons pu faire ici.
Qu’attendent donc nos producteurs pour étudier ce qui se passe au bout de nos transatlantiques, afin de s’en garantir ou d'en profiter, résultat que les gens experts déclarent très possible ?
L'initiative, l'inspiration, la facilité d’assimilation, la souplesse d'esprit, le sens du beau c’est-à-dire du vrai en art comme dans le reste, l’amour de la nouveauté, le goût, — les meilleurs dons de notre nation, ne peuvent-ils prendre ou reprendre leur importance pour tous genres de travail ? La production d’un pays est le fruit de ses facultés et de ses peines. Puisque les idées ne nous manquent jamais, mettons-les en actes. Nous apprécions le
préoc-
mettre |a puis-
teur, il satisfaites; du position si peu, tés de la Lecteurs, sont dus re marment les \is nousalent les
l'examen gisse des nachines, ‘coles ou de nombiles, — là-bas ce
jer ce qui 1 de s’en s experts
lation, la u vrai en é, le goût, euvent-ils us genres it de ses ous manrécions le
mouvement, l'élan même et la rapidité. L'action, c'est le mouvement utile.
Quand deux Français se rencontrent, ils se demandent :
« Comment allez-vous? » — C'est le mouvement. Deux Américains? — « Comment faites-vous? How do you
do ? » — C'est l’action. Dans un pays libre, à chacun d'agir selon ce qu'il est. Sans « nous faire valoir » en vanité, mettons-nous en valeur réelle, C’est faute d'action suivie, que nos mouvements même les plus impétueux n’aboutissent pas.
Révolutionnaires et routiniers nous sommes tout ensemble, et l’un à cause de l’autre, < às doute. Hardis de conception, timides d'exécution, curieux et négligents, agités et casaniers. Notre climat est-il trop tempéré, notre sol trop varié, notre vie trop douce ? Sommes-nous condamnés à nous appauvrir pour corriger les effets de l’enrichissement ? La nécessité, qui suscite toutes les vertus, nous talonne-t-elle insuffisamment ? Elle s’est levée pourtant, et nous menace. Regardons-nous donc autrement qu’en des miroirs complaisants. Aimons assez la patrie pour en sortir afin de-la servir mieux. Aimons-nous assez pour reconnaitre nos insuffisances.
Tous nos compatriotes de l'Etranger, à commencer par les membres de nos Chambres de commerce, ne cessent de le répéter: «Ce n’est pas de France que l’on peut juger tout ce que la situation à l'Etranger comporte que nous fassions. » — C’est perdre et trahir presque la Patrie que la laisser exproprier par les activités rivales. L’invasion des marchandises ressemble plus qu’on ne pense à une invasion d'armée. La paralysie arrête les mains et gagne les bras ? Gare la tête et le cœur !
Pas d'illusions, mais pas de fausse honte non plus. En observant ce qu'est le Français comparé aux autres, l’espérance et la confiance se mêlent aux regrets. Il a, il aura sa place, s’il veut. Qu'il veuille ! ses épreuves ont préparé, la liberté doit accomplir l'éducation de la volonté.
Que tout le monde « s'y mette », comme on dit. Que les familles, que les mères elles-mêmes stimulent les fils en pensant à leur bien comme au bien public, non pas au bien-être qui n’est souvent qu’un leurre, un état provi-
soire. Même nés de puissants et richissimes personnages, les jeunes gens là-bas sont habitués à l’activité et À l'action. Action souvent physique et activité matérielle plus qu’intellectuelle, sans doute ; quoi d'étonnant chez un peuple de formation nouvelle? Mais aurions-nous paf hasard à craindre d’être trop robustes, trop armés pour la lutte ?
Gardons les habitudes et les douceurs de Ia famille, en sachant grossir nos familles; mais apprenons à nous défendre. Arrachons-nous à ces conceptions, à ces pratiques inertes qui font considérer le capital comme une force destinée à se reproduire par elle-même; quelque chose comme le mouvement perpétuel appliqué à l’argent, la constitution d'un privilège héréditaire et perpétuel, le droit divin monarchique implanté dans l’ordre économique. Le capital ne dure, comme il ne se forme, que par le travail. Réduit à lui-même, il s’anéantit. Qu’entendait-on par rentier naguère ? Un être dont l'avoir « faisait des petits » tout seul, indéfiniment; — idéal trop longtemps préféré des Français arrivés. C'était une profession, consistant à n’en pas avoir; un état, le plus respecté des naïfs et des égoïstes.
Rentier, fait étrange : le mot s’est démodé ; on ne le sent plus ni flatteur ni vrai. Interrogé sur sa situation, à peine aime-t-on à dire maintenant « propriétaire ». Serait-ce que cette vérité se fait jour, que nul ne devient et ne reste propriétaire que de ce qu’il s’approprie ? Ce qu’on ne fait pas valoir, ce qu’on ne tient pas rattaché à son centre d'action est repris par les autres. A défaut des autres, la nature s’en charge. Sans attraction vitale, tout se désagrège.
Par le simple abaissement du taux de l'intérêt, s'opère une révolution plus profonde que par tous changements de constitutions et de gouvernements. Sans le travail, la fortune, loin d’être héréditaire, devient stérile. Avec le partage égal entre les enfants, à peine peut-on l’espérer viagère s’il y a une gestion prudente. Faute d'accroître sa production, on est donc forcé de restreindre ses besoins et sa famille. Qui ne crée pas périt. Constatation nouvelle en économie sociale de l’éternelle loi morale.
nnaged, ité et À atérielle chez unñ ous par és pour
nille, en à nous es pratime une quelque l'argent, étuel, le nomique.
1e par le ndait-on isait des ngtemps ofession, pecté des
ne le sent 1, à peine Serait-ce t ne reste on ne fait on centre autres, la se désa-
t, s'opère ingements travail, la . Avec le l’'espérer ‘croitre Sa >s besoins n nouvelle
En avant!crie toujours le Français. En avant, pour notre production positive comme intellectuelle ou autre.
Oui, le grand théâtre de l’industrie est dans ces Etats- Unis que la France a eu le privilège d'aider à se constituer il y a cent ans à peine. Pour elle, qu'est-ce qu’un siècle ! Jeanne d'Arc est plus vivante aujourd'hui qu’au lendemain du bûcher. Si les haines durent pour détruire, doivent durer les affections qui créent. Plutôt que d'oublier, les Français, grâce à leur imagination, crécraient par le souvenir. Vercingétorix ne leur apparait-il pas comme un héros Français ; et dans le Français, par-dessus toutes les invasions et les alluvions étrangères, le Gaulois ne reparait-il pas toujours, sur ce sol où tant de débris ont fait de l’humus, sous ce climat modéré et varié, entre deux chaines de montagnes et trois mers formant champ-clos ?
Qui pourrait donc séparer notre République, presque la seule en Europe, de l'Amérique républicaine ?
Souvent, nous avons laissé prendre notre bien ; nous ne prenons guère celui d'autrui. A nos adversaires, nos guerres peuvent laisser des rancunes, mais pas de mépris contre nous ; à nos alliés mieux encore, apparemment. Le partage entre eux et nous s’est souvent fait en simple part d’honneur pour nous, avec tout le profit matériel pour eux. Idéalistes nous sommes et incurablement fiers de l'être, altruistes par conséquent, Les biens nous tentent moins que le bien. Comme nous jouons souvent pour l’honneur, nous peinons pour l’idée.
Quelle idée ? L'idée générale, celle qui nous parait en chaque temps le plus digne d’être humaine. Comment serions-nous incapables de nous entendre avec d’autres ? Il n’y à d’inconciliables que deux égoïsmes. Même un égoïste serait d'accord, en fait, avec un idéaliste. L'un donne, l’autre reçoit ; etle plus content, celui qui se croit le plus riche des deux, est celui qui donne.
De son sang même, la France a su être prodigue depuis combien de siècles ! Sans profit, croyait-elle ; et c'était sa satisfaction, comme c’est la raillerie des autres. Le profit pouvait être caché ; il a dû être réel cependant, si l’on croit
ux lois de la logique et de la morale, Comment admettre
qu'il soit mauvais d’être bon ? La duperie est plutôt dans l'iniquité ; car croyant opérer pour ses desseins, elle travaille pour des plans mystérieux quise poursuivent hors du tableau exposé à nos regards.
Quand se manifestera l'utilité de ce qui est juste, qu’importe ? Une nation, ne mourant pas, n’est pas exposée à paraitre dupe comme un individu qui succombe trop tôt, avant l’arrivée de la boiteuse justice. Par la solidarité des générations qui se succèdent, son identité s'établit, et sa conscience domine les faits qui passent.
Ainsi les Français tirent de l’idée une foi invincible en leurs destinées et en leur mission. — Liberté, Egalité, Fraternité collective comme individuelle, expansion par affection, propagande intellectuelle, éducation mutuelle, union universelle, voilà cette mission. Les Français qui se sont croisés pour délivrer en Orient un tombeau d’où leur venait la vie morale, ont toujours continué de-ci, delà leurs croisades, y compris celles du Canada et des États- Unis.
Certes, ils se croyaient incrédules à la fin du xvin° siècle, ces gais enthousiastes qui voulaient s'affranchir du passé pour croire et travailler à mieux. L'’épée n'était pour eux que l'outil de l’idée dans les périodes de violence, comme la langue et la plume, le pinceau, le burin et l’ébauchoir sont leurs armes dans la paix. ; Sceptiques, les Français ? Ils serviraient en ce cas toutes les croyances pour s’en servir. C’est leur sincérité, leur passion du bien et du mieux qui les rend critiques, railleurs même.
Par la littérature, la science et l’art quel apostolat à con: tinuer ! Done aussi par leurs applications, par l’industrie et le commerce. La suprématie, la supériorité matérielle ne peut nous appartenir comme au temps où les peuples étaient si peu nombreux et si peu populeux. Exercer la domination, qui peut s’en targuer ? Quels enseignements dans l’histoire de nos jours, où au Sud de l'Afrique une poignée d'hommes peut tenir un Empire en échec ; où des vaincus fils de vaincus, comme en Alsace-Lorraine, rendent la conquête inutile non pas même par haine contre les conquérants, mais par simple affection pour d’autres!
ôt dans le trahors du
, qu'imposée à trop tôt, rité des it, et sa
cible en Egalité, sion par nutuelle, nçais qui eau d’où le-ci, dees États-
VIN® sièchir du tait pour violence, burin et
as toutes rité, leur ues, rail-
lat à con:
industrie atérielle s peuples ercer la
, rendent ontre les tres !
L'idée, la lumineuse idée! Son règne arrive, ausant dire la réalisation graduelle de l'idéal, Nos écrivains, nos savants, nos artistes, nos hommes de lettres, nos orateurs sont nos champions, De leurs expéditions au dehors, comme de leur force d'attraction au dedans, l'Etranger peut se féliciter, non s'inquiéter, Leur secret est de prendre les autres en se donnant. À quoi se mesure le pouvoir et vise l’état de société, si ce n’est aux services rendus ? Pour des êtres libres, il n'y a de gouvernement réel que celui qu'ils aiment.
Laissons donc toutes les politiques et les diplomaties tranquilles. Ce royaume n’est pas de leur monde,
Un fou même ne rêverait pas plus de reprendre la Louisiane cédée aüx Etats-Unis par Napoléon 1°, que le Canada octroyé par la royauté à l'Angleterre.
Sous la suzeraineté britannique, le Canada est en réalité devenu lui-même. Tenu à l'Angleterre par un lien assez large, — la largeur de l'Atlantique, — il a formé sa propre confédération, où l'élément anglais et l'élément français font société, sinon mariage, et vigoureuse émulation. Moins de raisons d’être en Amérique ont les divisions et les rancunes d'Europe ; car il y a place pour tout le monde. Les rivalités originaires peuvent être ramenées à ce qui stimule l’action et les réactions utiles, comme il advient pour les ingrédients d’un corps composé et pour la formation d’un alliage.
L’Angleterre, qui aurait mieux apprécié cette espèce d'hégémonie qu’on appelle l’homogénéité, a tout fait, avec les procédés traditionnels et autres, pour absorber et anéantir le Français, comme langue ou force propre, et comme population distincte. Lutte d’un gouvernement écrasant contre une poignée de gens sans ressources, sans connaissances, sans appui, sans amis. — Epopée obscure, presque inconsciente, dont nul n’a jamais daigné s’émouvoir dans ce qu’on appelait les conseils de l’Europe, et qui n’a cependant pas tourné en faveur de la violence ni .
de la ruse, L’oppression a succombé à ses victoires. Le Français à conquis le droit à l'indépendance, L'idée a vaincu. Exemple et précédent ineffaçables.
Les fusillades, les pendaisons ont exécuté les bourreaux. Par la crise si cruelle de 1837, les Français ont gagné l'égalité pour leur langue dans la province de Québec, cette Normandie d'Amérique. Ils ont leur législation (l’ancienne Coutume de Paris), leurs églises, leurs écoles, leurs collèges, leurs universités, leurs journaux, leur littérature, tous les organes d’un peuple, qu’il s’agit de développer suivant les besoins nouveaux.
Français on parle librement dans les tribunaux comme au Parlement de la province de Québec; car chaque province a ses deux Chambres comme son Ministère. Au palais de Justice de Montréal, c’est dans les deux langues que j'ai entendu témoigner, plaider, juger, et que j'ai dû m'exprimer pour répondre aux amicales sympathies des magistrats et des avocats.
Le chef du gouvernement fédéral, sir W. Laurier, est un Français dont la parole s’est fait aussi hautement ad-
‘mirer en anglais et lui a conquis le premier rang dans l’ensemble du Dominion, avec la direction du parti libéral. Ainsi le mérite fait sa trouée et parvient à la suprématie, sans qu'on doive oublier que la loi des majorités, la prépondérance numérique de la masse anglaise détermine forcément l'orientation de la politique et des affaires fédérales. Ainsi s'expliquent trop naturellement les dispositions et les actes qu’on met de loin, sans distinction, au compte général des Canadiens.
Auprès du « premier », le ministre fédéral si agissant, celui qui dirige le département des travaux publics est notre compatriote M. Tarte, que nous avons eu la joie de voir à Paris, comme nous avons eu l’horneur de faire accueil à M. et M"° Laurier. Sa valeur incontestée — valeur signifie aussi courage en français — ne rend que plus précieuses les fières sympathies qu’il montre pour nous.
En quoi le respect de la légalité, qui garantit à nos frères les droits conquis, et le loyalisme qu'ils ont à observer envers la suzeraineté britannique, embarrasseraient-ils la loyale fidélité de nos souvenirs et la ferveur de nos senti-
es. Le idée à
rreaux.
gagné Juébec, n (lJans, leurs éralture, relopper
comme que proère. Au langues e j'ai dû hies des
irier, eSt ment ading dans arti libéla suprénajorités, se déters affaires les dispoiction, au
agissant, ublics est la joie de faire ac- — valeur » plus préous.
nos frères server enient-ils la nos senti-
ments mutuels? Citoyen canadien ou américain l’on est, c'est-à-dire habitant de régions tout autres et bien autrement vastes que les empires et royaumes d'Europe, au milieu des contingents les plus divers de provenance européenne qui n’ont cure des frontières et des divisions de l’autre monde. Français, Ecossais, Irlandais, Anglais de famille on peut être à Montréal, sous le vocable de Canadien, comme Allemand ou Italien à New-York, avec la qualification de Yankee.
Faut-il s’en plaindre en ce cycle séculaire 19, alors que les espaces les plus géographiquement dissemblables sont franchis et les points les plus distants rapprochés à grande: vitesse, — alors qu’en Europe les pays même non limitrophes semblent moins étrangers les uns aux autres que ne l’étaient autrefois les provinces d’un royaume ? Telles capitales et leurs domaines ne ressembleront-ils pas bientôt aux préfectures d’un même Etat, entre lesquelles les différences et les rivalités n’ont certes pas disparu, mais qui ne se font évidemment plus la guerre à coups de flèches, de sabre, de lance ou de mousquet?
La distance, l'éloignement dans l’espace s’efface, grâce aux inventions modernes, par la vapeur et l'électricité, par les transports et les communications rapides, comme s’efface le temps, c’est-à-dire l'éloignement dans la durée, par les recherches et les divulgations de l’histoire, par les livres et l’enseignement, par l'enregistrement universel des faits, par la perpétuation et la combinaison des connaissances acquises.
- Les groupes d'hommes que leur passé unit, que la similitude cardiaque et cérébrale met en conditions favorables de production, de fécondation commune, doivent donc se retrouver en contact malgré l’apparente séparation d’un siècle et d’une mer. Il y a famille encore entre parents dispersés; et cette notion, cette constitution des familles humaines peut rester plus durable et devient plus forte que la formation, la communauté souvent factice des gouvernements. L'union trompe moins que l'unité; et qui sait si l'instinct de famille n’est pas plus sûr que la raison d’État ?
Derrière les frontières les plus lointaines, sous les lati-
tudes comme sous les institutions les plus variées, les gens de même famille peuvent garder leur attachement, — attachement dit bien la chose, — et poursuivre une tâche analogue, sinon identique. Qu'ils se trouvent au Liban ou en Algérie, en Indo-Chine ou à Madagascar, — dans l'Alsace le Canada d'hier, ou au Canada cette Alsace d'autrefois, la famille se continue. Elle acquiert d'autant plus d’action et d'utilité qu’elle prend conscience d’ellemême, et elle sert d'autant mieux les pays où elle a planté ses rameaux, y compris les autres familles qui rivalisent avec elle.
Dans luniversalité humaine que la civilisation organise et où les Etats-Unis d'Europe se formeront graduellement sans doute pour faire pendant à d’autres unions continentales, qui nous dit que les unités de groupement ne se compteront pas par âmes nationales ou familiales, comme on compte aujourd'hui par âmes individuelles la population | d'une ville?
En tout cas, dans son grand alliage la République Américaine, loin d’avoir intérêt à la prédominance absolue de certains éléments sur les autres, peut souhaiter que les caractères, les tendances et les dons originaires s’équilibrent et se complètent, afin que l’individualité et la collectivité américaines ne soient pas inférieures à celles d’ailleurs. Pourquoi donc faudrait-il que l'élément français fût éliminé, faiblement représenté ou insuffisamment mis en valeur? Pourquoi ce qu’on appelle, fort improprement du
| reste, les peuples latins seraient-ils figurés de préférence || par les Italiens ou les Espagnols ; les catholiques, par une proportion exagérée d’[rlandais ; — les producteurs perfectionnés, par les Allemands et les Anglais seulement ?
Tels que sont ces Français, est-il certain que leur effacement ne serait pas dommageable ou moins avantageux aux [il collections d'hommes qui aspirent à constituer une représentation complète de l'humanité civilisée ? Dédaignera-ton les dons français d’intuition, d’abstraction unie à la passion, d'imagination associée au raisonnement, de clarté chaleureuse, d’entrain désintéressé, d’altruisme idéaliste, — ces qualités naturelles ou acquises par une si longue élaboration de vie, soit qu’elles viennent du sol et du climat
ées, les ment, — ne tâche iban ou — dans
Alsace d'autant > d’ellea planté valisent
)rganise lement ontinene COMPmme on pulation
16e Amésolue de que les s’équié et la à celles français t mis en nent du sférence par une perfecnt?
r effaceeux aux e reprégnera-tie à la Le clarté liste, — rue éla- 1 climat
ou des races nombreuses qui s’y sont rencontrées, fondues et affinées? Assez cher, les Français ont payé l'honneur d'être les éducateurs de sociétés policées, les logiciens du droit, les soldats de la justice, les initiateurs du progrès. Ils sont les hommes des idées générales, done aussi des sentiments généreux, qui ont trouvé dans notre langue leur instrument et dans ses chefs-d’œuvre leur expression la plus haute. Utiles ils doivent être et nécessaires peutêtre aux autres.
Contestera-t-on ce que les Anglais — les hommes du fait et de l'intérêt particulier comme il convient à des insulaires, — ont dû à leurs voisins d’outre-Manche, en dehors de Guillaume-le-Conqnérant ? Pas plus, sans doute, que nous ne contesterons l'avantage qu'il y aurait eu souvent à nous instruire par le sens positif des Anglo-Normands.
Collaboration donc et amitié entre Français, Américains et Canadiens !
— « Pour mériter respect, soyez forts. » — Telle est la devise anglaise. Les Français du Canada, sans le nombre et sans l'argent, sont parvenus par fermeté d'âme à donner l'impression de la force.
ar le nombre de citoyens dans la confédération, ils sont en complète infériorité. Par celui des enfants dans la famille, la supériorité leur appartient, et elle autorise toutes les espérances. Que n’avons-nous fourni des renforts par envois de colons, comme ont fait nos voisins pour leurs compatriotes ? Nos populations métropolitaines, trouvant ainsi des débouchés, auraient gagné en vigueur, en activité prolifique et autre. Quelle inquiétude mortelle de les voir stagnantes, en présence de voisins qui grandissent pour les dévorer!
C’est en voisins malgré l'éloignement, en amis, en parents, que nos Français peuvent aller se faire pronriétaires là-bas à bon compte. Quelques milliers de francs suffisent pour exploiter des concessions de terre ; pour s'installer dans ces maisons de bois dont les campagnes .et même les villes canadiennes sont garnies et qui préser-
vent également de la chaleur et du froid ; pour opérer les défrichements et pratiquer l'élevage du bétail, la plus profitable et la plus facile des industries agricoles. Climats rudes, mais salubres, où l'hiver persiste plus de quatre mois sous le manteau de neige, avec l’eau à l’état sec.
Comment ne pas multiplier à l'aise, alors qu'avec chaque enfant le domaine et les ressources s’accroissent, au lieu de décroitre en se divisant comme chez nous ? Nul ne s'étonne de voir des ménages dotés de dix, quinze et même vingt enfants. Ni les pères, ni les rejetons apparemment ne s’en plaignent. Robustes ils sont, à proportion de la fécondité de la race; et les mères ne prennent pas, que je sache, l’air de martyres.
Ménagère incomparable, avisée et modeste, laborieuse et gaie, est la Canadienne française, la Française du Nordaméricain, de tous points semblables à nos concitoyennes ; ingénieuse, vigilante et résolue comme notre paysanne ou notre ouvrière; s’élevant sans peine à la grâce, à l’art de plaire, qui fait tant aimer notre femme du monde. Moins de raffinement peut-être, avec plus d'expansion libre et l'habitude de l’action; égal dévouement pour les siens, mais avec plus de disposition à laisser les enfants « se tirer d'affaire », vu leur nombre même et l'insuffisance des fortunes pécuniaires. Moins d'occasions de désœuvrement, moins d'exemples de ce luxe qu’exagèrent à Paris Paffluence, la dissipation et le caprice des résidents étrangers. Même souci du devoir familial, même attachement scrupuleux aux croyances et aux sentiments invétérés.
La famille française oubliera-t-elle jamais ce qu’elle doit aux femmes canadiennes? N'ont-elles pas inspiré aux hommes, dès l'enfance, la fidélité pieuse à cet être moral : la Mère ou Grand'Mère Patrie? Car l'éloignement peut reculer la parenté sans affaiblir l'affection. Témoins ces Canadiens français émigrés aux États-Unis, que leurs sentiments pour la terre maternelle du Canada ne disposent que plus à la tendresse pour l’aïcule d'Europe. Et ce culte, cette garde vigilante des traditions, qu'on ne sépare d’ailleurs pas de la religion, — qui en a jamais fourni plus de preuves que la vaillante compagne de ces pauvres Fran-
srer les [US pr'o- Climats quatre | seC.
ec chaent, au 15? Nul uinze et )paremtion de AS, que
)orieuse u Nordyennes ; anne ou l'art de ,. Moins libre et siens, its « se ince des rement, ris l’afs étran-
ré aux moral :
peut reces Cars senti-
re d’ailplus de s Fran-
çais cédés par un roi, comme un cheptel, au dominateur anglais qu'ils avaient héroïquement combattu, dès lors privés de toute aide, abandonnés de la noblesse et des fonctionnaires comme du haut négoce et de toutes gens ayant un rang ou visant à une situation ?
Restaient des groupes éparpillés d’humbles cultivateurs et de marins, de modestes prêtres, — le bas clergé, comme on disait, — d'anciens soldats licenciés, de coureurs des bois, avec de menus commerçants sans capitaux et de primitifs artisans qui n'étaient certes pas des ouvriers d'art ; simple matière ou poussière de peuple, à laquelle tout manquait pour s'organiser.
Comme une souche fruste, brisée à ras du sol, mais que nul et rien n’a pu déraciner, le plant français a repoussé par le pied. Il a reformé l'arbre, étendu ses branches sur les terres voisines; et maintenant, il s’agit de l'aider à donner ses fleurs et ses fruits de vie supérieure.
Dans les longs efforts de résistance et d'indépendance, dans le labeur obscur et tenace, la Française a aidé le Canadien, comme elle l'avait soutenu contre les sauvages pour la possession du sol. D'autres femmes, en d’autres parties du monde, ne s’honorent-elles pas de donner le même exemple ?
Par ses soins, elle assurait, elle assure à la maisonnée la subsistance, la santé, la gaieté et presque Paisance jusque dans la pauvreté. Elle a élevé les générations successives dans Je souvenir français, au murmure des prières, au récit des légendes, au bruit des chansons d’autrefois, dépositaires de l'esprit des ancêtres.
Réjouissons-nous donc, Messieurs de l'Alliance, d'avoir à rendre un:très admiratif et respectueux hommage à celle qui, comme épouse et comme mère, est demeurée la vraie gardienne de la flamme française. N'est-ce pas honorer en même temps ses sœurs de la métropole? A Paris aussi, plaçons votre œuvre sous ce gracieux patronage. Pour être nos héroïnes, les Dames n’ont pas besoin de sortir de leur rôle féminin.
Ainsi a été sauvée au Canada, même sans instruction, cette langue des gens instruits que ses adversaires ne
voulaient même pas luisser subsister comme patois provincial, qui s’est maintenue nationale et peut prendre le plus large essor, au milieu des cités comme aux champs, dans la société comme dans les affaires publiques, soutenue désormais par les écoles, les collèges et les universités,
Et ce Français des Canadiens, quel est-il ? Le vrai type héréditaire de notre idiome, tel qu’il s’est fixé au xvur et au xvui siècles ; un Français où l’on retrouve les termes et locutions des régions qui ont fourni des hommes à la marine, aux expéditions et à la colonisation, — avec prédominance de lintonation et de la prononciation normandes, surtout pour les hommes du Canada proprement dit. En sorte qu’on croirait entendre des frères (cadets ou ainés ?) — qui, même étant Picards ou Bretons, Saintongeois ou Poitevins, Languedociens ou Provençaux d’'origine, auraient été élevés en cette solide terre de France qu’on appelle la Normandie, en face de l'Angleterre.
Pourtant, en Acadie, à l'ombre du cap Breton, dans ces provinces maritimes où les épreuves et les souffrances de la résistance à l'Anglais ont été le plus atroces, c’est cette autre voisine de l'Angleterre, la Bretagne française qui caractérise le langage comme l’esprit des gens de notre famille. Trop peu nombreux encore et bien épars sur de vastes étendues sont ceux qui ont pu reprendre pied, les descendants de ces marins et de ces colons décimés, dispersés sur le globe, arrachés les uns aux autres pour que la race fût anéantie. Mais les survivants ou leurs enfants ont reparu malgré tout pour ressusciter ce peuple, après des prodiges d'endurance, de constance et d'énergie qui ont arraché l'admiration aux Yankees, et qui ont provoqué même leur plus noble inspiration littéraire, cette touchante épopée ou mélopée de Longfellow, l'Evangéline, poème français, écrit en anglais par un Américain.
Nul sacrifice n'est vain; car à toute action, réaction fatale. Le martyre de lAcadie a donné aux nouveaux Acadiens le droit de vivre.
Des groupes non pas d'origine seulement mais de lan-. gue française, c'est-à-dire de vie commune consciente, ,se
is pr'ondre le hamps, »s, SOUuniver-
rai type xvile et s termes nes à la vec pré- )n norprement adets ou Saintonix d’ori- France re.
nn, dans iffrances es, c’est française gens de en épars eprendre s colons uns aux
arvivants
ssusciter *onstance nkees, et ion litténgfellow, $ par un
réaction nouveaux
s de lan-.
ciente,,se
reforment graduellement, avec leurs églises et leur clergé à eux, leurs établissements d'enseignement, leurs lieux de réunion où la religion de France signifie à la fois catholicisme et patriotisme.
C’est à la sortie de la messe, comme en Bretagne, qu’on pouvait « entre soi », à Memramcook, causer français et causer de France avec les Acadiens. Et quelle émotion de voir flotter leur drapeau particulier, notre drapeau tricolore marqué d’une étoile sur le bleu, comme les Canadiens français ornent le leur d'une couronne d'érable et d’un castor sur le blanc. Là plus encore qu'ici, que ne disentelles pas, ces trois touleurs ?
Causant avec un Canadien, vous diriez : « Voici du Français de vieux crus, plus français peut-être que celui de tant d'habitants de nos grandes villes en contact avec le flot cosmopolite. » Ecoutant un Acadien, vous seriez attendri comme par une voix d’ancienne France répercutée sur les côtes d'Amérique, mêlée à peine de quelques sons anglais.
Dans une chaumière acadienne où j'avais été attiré un jour, en passant, par un bruit de langage français, je voyais assis, après souper, les parents avec sept enfants, les deux ainés étant partis pour la Sfate (United-States) afin de gagner davantage. Quelle surprise pour eux de recevoir un parisien, et de se comprendre avec lui! Quelle douceur pour lui d’être salué par ce mot : —« Espérez donc; » — de voir petits et grands, après un moment d'hésitation dû à la crainte de parler mal, causer comme chez nous; et la ménagère s’écrier tout heureuse : « On parle tout pareil. »
Oui, tout pareil on parle, parce qu’on sent les uns comme les autres. Espérer, comme en Bretagne, reste synonyme d'attendre. Sachons espérer toujours, mais en agissant, Le secret de l’action, comme de la patience, c’est l’espé: rance.
Qu'importe que pour la petiote de cette chaumière, bonbon se dise « Candi », — vieux mot français né de PArabe; et que pour le gars une casquette soit « un casque » ? Qu'importe que pour les Canadiens et Acadiens une voiture de chemin de fer soit un char, — un car pour
les Américains ? Nous disons bien « wagon » ici. Lequel est le plus français ?
Certes oui, l'on parle de même ; on est les mêmes.
Quelle musique de discours académique vaudrait pour nous le plus modeste parler canadien ou acadien, lun distingué de l’autre peut-être par des nuances analogues à celles qui séparent nos Normands et nos Bretons aux frontières de nos deux vieilles provinces ?
— « N'est-ce pas que nous ne sommes pas des sauvages, comme les autres (les Anglais) auraient voulu faire croire ? » — me disaient des gens d'Acadie. — « Trouvezvous que nous parlions et écrivions un français digne du vôtre? » me demandaient des écrivains et orateurs du Canada? — Dignes du nôtre, chers amis ? C’est à nous de travailler pour rester dignes de notre rôle de frères ainés.
Quels éloges ne devons-nous pas à ces artistes et à ces soldats de la plume française, historiens et poètes, publicistes et journalistes? En tous centres où notre élément ‘anadien prend racine, poussent des feuilles françaises. A Montréal, de grands journaux tels que la Patrie et la Presse, dont je m'honore d’être le collaborateur et dont la clientèle et le tirage, l’action et la publicité, la composition et les machines même pourraient être enviés chez : nous. À Québec, le Soleil et le Courrier du Canada; à Saint-Hyacinthe, le Courrier et l'Union. En Acadie, llmpartial, le Moniteur Acadien, lEvangéline, dont les directeurs, éditeurs et rédacteurs, mes confrères et mes amis, ainsi que les lecteurs nos compatriotes, me permettront de leur envoyer les remerciements et les vœux les plus chaleureux.
Aux États-Unis, — sans parler de New-York, de la Louisiane et d’autres Etats et pour me borner à la Nouvelle-Angleterre, — quel dévouement pour créer et développer les foyers français ; — l'/ndépendant de Fall-River, dont je suis aussi rédacteur; la 1ribune, de Woonsocket,
Lequel
Se.
it pour on, l’un alogues ons aux
\luvages, lu faire lrouvezligne du eurs du nous de le frères
et à ces s, publiélément taises. À “e et la t dont la omposi-
anada ; à Acadie, ne, dont frères et
et déveall-River, nsocket,
és chez
DES DEUX COTÉS DE L'EAU il
— l'Æ£toile, de Lowell, l'Impartial, de Nashua, — dont les chefs et le personnel ne repousseront pas mon souvenir dévoué. Que d'efforts et de sacrifices pour fournir à leur public l'alimentation intellectuelle, le pain quotidien français ! |
Quel plus vaillant soldat français que l'ancien Directeur de cette Patrie de Montréal, ancien engagé volontaire dans notre armée, toujours ardent à servir de facon ou d'autre le drapeau; cet homme de santé brisée, qui a effectué 82 fois le trajet entre France et Amérique (41 voyages; et l’on prétend que les Français sont condamnés à la
. routine Casanière) — j'ai nommé M. Beaugrand, l’ancien
maire de Montréal.
Et Fréchette, le poète éminent dont les chants font gloire à la France — ile plus populaire a pour refrain Vive la France); — dont le livre le plus émouvant Sintitule la légende d'un peuple; dont les charmants enfants, perfectionnant leur éducation à Paris, avaient pour correspondant celui qui vous parle et qu'ils traitaient d’oncle. En sorte que mon titre S’étendant, c’est en oncle que j'ai été accueilli partout.
Témoignons aussi notre gratitude à ces hommes d'Etat de la province de Québec et spécialement au gouverneur et au premier ministre; à ces représentants élus, sénateurs et députés, magistrats et conseillers de Villes; à ces membres du clergé, à ces professeurs, à ces fonctionnaires, à ces hommes des professions libérales comme ‘q toutes autres situations. Rendons les hommages si bien dus à ces femmes distinguées, toujours prêtes aux œuvres généreuses, certaines excellant même à écrire et publier en français comme leurs plus habiles sœurs et confrères d'ici; toutes travaillant pour ce peuple dont le cerveau comme le cœur a fait ses preuves, dont lPextraordinaire poussée promet une grande nation.
Une croissance humaine qui double les effectifs en vingt ans fait présager combien d'’âmes dans ‘un demi-siècle ? Vingt millions peut-être pour le Canada et les parties des Etats-Unis voisines. De notre race comme de notre langue et de notre industrie, le sort n’est plus chez nous seulement. Resterons-nous indifférents, comme gens habitués à
voir passer les empires et les siècles, à de telles destinées intimement liées aux nôtres ?
Hommage à tous ceux qui ont gardé le dépôt de lumitre et de chaleur nationales, qui de l’état primaire ont amené leurs concitoyens à la haute culture, en rivalisant par les voies françaises avec le développement anglais et améri- Cain,
Certes, le pouvoir et le capital ont manqué. Alors que les institutions et les œuvres de l’autre langue ont été dotées par des souscriptions, libéralités et budgets considérables (dus à l'initiative privée, il est vrai,) les fondations françaises sont demeurées maigrement pourvues. Par cent millions et plus se chiffre la valeur de l'installation matérielle d’une université américaine ou anglaise. Les particuliers se font gloire, — même après avoir âprement gagné fortune dans les affaires sans faire grâce d’un sou au prochain, — de combler de leurs générosités plus que royales les établissements qu’ils patronnent. Dirons-nous que c’est de l’illogisme ?
Nous croyant toujours logiciens parce que nous avons l'esprit clair comme notre ciel, nous relevons foule de contradictions dans la conduite et les mœurs d’autres peuples. Soyons donc logiques dans le bien. Ne laissons pas en friches les terrains péniblement conquis. Ne négligecus pas l’acte, après avoir souffert pour l’idée. Ne ressemblons pas aux enfants qui, mettant leur souffle dans une bulle de, savon, la regardent s'envoler, s'iriser au soleil, et ne s'inquiètent de la voir crever que pour en souffler une autre en l'air.
Comment ne nous ingénierions-nous pas à faciliter, en tout ce qui peut dépendre de nous, la culture française d'Amérique, par aide à l’enseignement en tous genres : par dons et envois de livres, de souvenirs et documents ; par relations de parenté et d'amitié, d'intérêt et de travail ; par l’histoiré, la littérature et l’art sous toutes les formes ; par enrichissement des musées, collections et archives; par voyages et missions, par conférences et cours, par visites reçues et rendues de professeurs et d’étudiants ; par communication des méthodes et des résultats de recherches de tout ordre ; par rapports entre les per-
stinées
umière amené par les améri-
ors que ont été s consi= idations ar cent n matés parti- 1t gagné sou au lus que )ns-nous
As avons foule de d'autres laissons e négli- Ne resffle dans jriser au ‘en souf-
iliter, en française genres :
uments ; travail ; formes ; archives ; ours, par tudiants ; ultats de
sonnalités, les associations, les établissements littéraires artistiques et scientifiques, en un mot, par tous modes de services mutuels.
Assurément, nos frères Canadiens n'ont qu’à gagner à la pratique des qualités et des travaux où les Français excellent le mieux, puisqu'ils peuvent y prendre prééminence sur les citoyens d’autres origines.
Qu'on ait chez nous la parole et la plume faciles, qui en doute ? L'éloquence parlée n'est-elle pas souveraine dans un régime parlementaire, puisqu'elle procure à son détenteur les suffrages du public souverain et la direction des assemblées régnantes ? On ne gouverne guère moins par l'éloquence écrite, mode de prédication et de suggestion qui s'exerce partout, grâce au journalisme. Ce don francais peut se convertir, se traduire en d’autres langues, ainsi que le prouve précisément l'exemple des Canadiens de la plupart des villes ; car ts passent aisément la Manche en parole, quoique l’on puisse faire vingt-cinq lieues dans certaines campagnes sans entendre un-mot d'anglais.
La France fournissant, — pas seulement dans le passé, + les modèles les plus variés de l’art de parler, dans les ribunaux, dans les sociétes savantes, à l'Académie, au Parlement, à l'Eglise, dans l’enseignement, au théâtre, — ce ne sont pas uniquement des satisfactions de goût et d'éducation générale qu’on doit y trouver, mais de sérieux avantages professionnels. De même évidemment pour toutes occupations libérales et pour les arts proprement dits, :
Le cher et distingué statuaire de race acadienne, qui a orné les principales cités du Canada d'œuvres fortes et touchantes reliant aux souvenirs français l’histoire des Pays nouveaux, M. Ph. Hébert, n’a-t-il pas souvent travaillé parmi nous ? Ces peintres qui suivent ici les leçons de nos maitres, ne feront-ils pas pénétrer là-bas, par les yeux, notre goût et notre idéal, notre manière de voir la nature et le reste ? Ces médecins, ces savants qui séjournent à Paris, vers qui se tendent tant de mains amies, ne
peuvent-ils provoquer une collaboration profitable d’un bord à l’autre de l'Océan? Pour ceux qui craindraient
d’user malaisément de notre langue, n'a-t-on pas récemment organisé un service de renseignements en anglais près la Faculté de médecine ?
Au même but tendent tous ces efforts. Il s’agit d’attribugr à tous une part de capital intellectuel, en appelant de préférence nos proches. La France et Paris ne sont-ils pas encore les points où s'offre aux esprits la plus haute culture avec le plus de liberté et de libéralité ?
Communiquer pour se connaître, se connaitre pour s'aimer, s'aimer pour faire bien et faire le bien ensemble, — s'aimer pour semer, — quel besoin plus légitime ? Sans doute, c'est faire de loin besogne et existence communes, Mais tous les peuples n’y tendent-ils pas, soit qu'ils le veuillent et qu'ils le sachent ou non ?
Par l'extension des relations, par la solidarité forcée dans le bien et le mal, les divers groupes nationaux forment une communauté. Est-il possible d'étouffer les facultés de l’un sans faire tort aux autres? Le globe devient propriété commune, grâce à l’égoïsme même et à la rapacité de ceux qui veulent en exploiter, en confisquer des parties ou des parcelles. C’est donc au bien de tous qu'il faut se vouer fatalement tous. Tôt ou tard, on perd ce que l’on prétend accaparer. On ne conserve que ce dont on fait part à autrui.
Ce sens de l’universel qui domine chez nous dans la politique comme dans l’art, qui a peut-être aidé notre public à garder la conception catholique (conception grecque, très imparfaitement traduite par les Romains), pourquoi ne justifierait-il pas les devoirs et le rang que l'histoire a assignés aux Français ? C’est donc sans scrupule qu'ils peuvent proclamer leur patriotisme. Ils n’ont guère l’ambition de gagner matériellement du terrain sur leur continent encombré. Argent et sang, le mètre de terre coûte trop cher en Europe. En Afrique, en Asie, ils pénètrent de leur mieux.
En Amérique, que nos frères prennent du champ, et puissions-nous leur être de quelque secours. Qu'ils se procurent chez nous ce dont nous pouvons disposer; ce sera leur dot maternelle, ou la part du patrimoine paternel.
récemanglais
d’attrippelant sont-ils s haute
re pour semble, e ? Sans imunes.
qu'ils le
s forcée ationaux affer les e globe ème et à nfisquer de tous on perd que ce
dans la é notre nception omains), ang que ns scru- Ils n'ont rain sur ètre de Asie, ils
amp, et w'ils se oser; ce
paternel.
Si l’on remonte à la fin de Louis XV, leurs ancêtres sont les nôtres et notre sol est le leur, Revenant ici, c'est encore chez eux qu’ils sont, comme nous nous croyons déjà chez nous quand nous débarquons près du Saint-Laurent.
A la veille du grand rendez-vous international, avant que tout paraisse submergé par le flot des passants et le tourbillon des distractions, c'est un plaisir de nous dire quel accueil nous voudrions nous faire entre gens de la famille et gens de la maison; car nous sommes les mêmes. Et là s'accentue encore l'impression dominante d’un ’arisien qui a passé l’eau.
Au Canada et en Acadie comme en Nouvelle-Angleterre se retrouvent, dans le publie, dans les divers publics d'origine française, les mêmes caractères que chez nous. ” Les mêmes ils sont dans les fêtes populaires et dans les réunions du monde ; auprès des tribunaux, aussi bien que dans les assemblées municipales ou politiques et dans le monde du commerce; en grande ville canadienne et dans les bourgs américains tels que Pawtucket ou Manville, encore modestes et déjà si prospères; dans les institutions de jeunes filles et par exemple dans l'excellente maison d'éducation de Villa-Maria à Montréal, comme dans les deux Universités de jeunes gens où nous étions si heureux d’être accueillis par l'amitié des maitres et des étudiants; au collège canadien de Saint-Hyacinthe ou acadien de Memramcook; dans ces établissements primaires ou dans ces écoles enfantines où s’assemblent par centaines, par milliers, les têtes brunes ou blondes; aux séances de l’Institut national ou à telle réception de la présidence de la Chambre à Québec, comme aux réunions du Monument nationol ow chez les personnages publics à Montréal; dans les associations littéraires ou historiques et dans les œuvres de bienfaisance ou d'intérêt social; dans les
multiples sociétés dites de Saint-Jean-Baptiste et dans les cercles patriotiques que portent partout les Canadiens avec eux.
Car ils excellent, ils s’acharnent à garder la marque originelle et originale en quelque point que les ménent leur expansion et leur hardiesse. Témoin cette gasconnade d'Amérique :« Vous avez pu gagner le pôle; qu'y avez-vous trouvé ? » — « Un Canadien français ».
Chez les adultes, dans la jeunesse et dans l'enfance, en toutes professions et conditions, reparaissent parmi eux nos physionomies comme nos facultés et nos tendances nationales. C’est bien l’air franc, — (franc et français ne sont-ils pas synonymes ?) ; — les yeux clairs, le regard droit, la mine gaie, les traits souriants, les figures ouvertes, lallure : bon enfant », loyale, bienveillante et décidée. C’est bien la France avec sa sincérité, son imagination prompte, son tact délicat du bien et du beau, son sens général du vrai, son entrain trop passionné parfois, sa générosité un peu insouciante peut-être.
Venant en tels édifices pavoisés aux trois couleurs, au milieu de concitoyens semblables, de dames habillées comme chez nous, d'enfants pareils qui chantent et jouent en français de même façon que nos joyeux écoliers, — m'arrétant en quelque salle ou salon, dans une mairie, un "ile, un cercle, étais-je bien chez eux ou chez nous, ramené tout-à-coup soit au temps où je faisais des tournées préfectorales en Picardie ou en Bretagne, soit dans quelque arrondissement de Paris ?
En tout cas, nul besoin, nulle idée de modifier mon langage, de transposer mes sentiments pour commuunier avec eux. Avant de nous parler, nous étisns d'accord, Même diapason, même note. Nos phrases. aous les aurions achevées les uns pour les autres. Mes mots leur seraient venus à la bouche, tels que je les envoyais à leurs oreilles. Les sous-entendus et les doubles sens, les moindres nuances, les plaisanteries, les intentions muettes, à peine conçus, étaient saisis. Un même courant passait, comme le même sang coule en nous. ;
Petits ou grands, jeunes ou vieux, d'Amérique ou d'Europe, instruits entièrement, à moitié ou même pas,
ans les adiens
narque nènent ascon- 6; qu'y
ce, en mi eux dances ‘ais ne regard vertes, écidée.
nation 4 sens DIS, Sa
rs, au billées jouent TS, — rie, un amené ss préuelque
Fr mon uunier ccord, urions ‘raient ‘eilles.
indres peine omme
1e ou > pas,
eux c’est nous ; leurs enfants sont comme les nôtres ; leur avenir est et sera notre passé transformé.
Quel lieu et quelle occasion plus favorables pour l’effusion et la diffusion françaises que cette Exposition dont les portes vont s'ouvrir, alors que nous passons la borne séculaire 19, — après cent ans d'élaboration de notre société nouvelle et trente ans après l'avènement définitif de la République, —'dans ce Paris qui est tout à la fois le vivant résumé de la France et le siège privilégié de la vie supérieure internationale, le théâtre de trois concours généraux de la civilisation depuis 1878.
Malgré l'invasion des curieux et des indifférents, que les *“anadiens et américains français fassent relations personnelles avec nous; que les points de contact et d'union, les courants de sympathie, la communauté d'intérêts et d’affections s’établissent et se maintiennent désormais à toutes distances.
Puisque l’industrie, la science, la politique même a son outillage à transformer, que la routine et les préjugés, l’égoïsme et les divisions, l'ignorance et l’inertie cessent de nous immobiliser. Que la vieille Europe se rajeunisse par ses enfants et ses neveux d'Amérique ! Quand l'Exposition ne montrerait nettement que cette nécesité, quel bienfait ! Dans l'agitation universelle, défense de s'endormir ! Comme disait cet auteur hardi, on risquerait de se réveiller mort.
Grâce à ses inventions, l’homme est chez lui sur le globe entier; il est le maitre terrestre, Que ce soit à la surface de l’eau ou du sol, il fend Pair, en attendant que pour n'être même pas gêné par l’air il chemine sous terre et sous mer, ou qu'il s'envole décidément dans l’espace comme l’insecte parfait à qui les ailes ont poussé.
Même sans se mouvoir, il fait avec une constante accélération le tour du monde par ses sens perfectionnés, la vue, le tact et l’ouïe, grâce à la transmission des images, de la parole et des écrits. Par télégraphe et phonographe, imprimerie et photographie, il touche aux antipodes, comme il rend le passé présent. Il saïsit, transmet et per-
Peau = =
Re a