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GENÈSE DES MAXILLAIRES ET DES FOLLICULES DENTAIRES

Avant les savants travaux de MM. Robin et Magitot^ sur la genèse et le développement du follicule dentaire chez les mammifères, on admettait généralement que ce développement avait lieu suivant la théorie émise par Goodsir d'Edimbourg en 1838.

D'après cet auteur, ce serait au-dessus de la muqueuse buccale que se formeraient les follicules dentaires*. « Vers le milieu du deuxième mois de la vie fœtale, on verrait apparaître, sur le bord alvéolaire des deux mâchoires, un sillon au fond duquel se développent successivement vingt petits renflements sphéroïdes, appelés papilles dentaires et destinés à la formation des dents de lait. » Mais, d’après les auteurs précités, l’évolution du follicule dentaire s'effectuerait, sans la participation de la muqueuse buccale, un peu au-dessous

1. Magitot et Robin. Mémoire sur la genèse et le développement du follicule dentaire, 1861.

2. On the origine and développement of the pulp and sacs of the Uuman teeth, 1850.

fie cette dernière, « dans l’épaisseur mêrhe des tissus sousmuqueux remplissant la gouttière. »

Avant de suivre le follicule dentaire dans son évolution, nous croyons utile de rappeler quel est le mode de genèse des maxillaires.

g I, — GF.ÎsÈSK DKS MAXILLAIRKS.

Les deux mâchoires naissent du premier arc branchial de l’embryon. Elles apparaissent sous la forme de bourgeons, qui sont situés au-dessous du capuchon céphalique.

Du quinzième au dix-huitième jour, la mâchoire inférieure est représentée par deux petits tubercules; les bourgeons du maxillaire supérieur, moins avancés, sont placés plus haut que l’apophyse frontale.

Vers le vingt-cinquième ou le vingt-huitième jour, les bourgeons maxillaires inférieurs se réunissent sur la ligne médiane, tandis que les supérieurs, toujours isolés, sont descendus au niveau de l’échancrure de l’apophyse frontale.

Fig. 1 . — Embryon de cinq semaines [d'afi ès Carpenler).

Deux premiers arcs viscéraux. — a. Bourgeon maxillaire supérieur. — b. Yeux. — c. Bourgeon naso-frontal. — n f. Bourgeon frontal médian. — t. Langue.

Du trentième au trente-cinquième jour apparaissent les tubercules ou bourgeons maxillaires. Séparés d’abord par un

sillon, ils se réunissent sur la ligne médiane vers le quarantième jour, mais par leur bord antérieur seulement. Chacun d'eux offre, en arrière db ce bord, un prolongement dans lequel se développe l’os incisif ou inter-maxillaire ; vers le quarantième ou quarante-cinquième jour, chacun de ces prolongements se soude par son côté externe au bourgeon maxillaire supérieur correspondant, sans se joindre encore à son congénère sur la ligne médiane. Ainsi se trouve formé l’arc de la mâchoire supérieure, douze à quatorze jours environ après l’arc inférieur.

Les bourgeons maxillaires sont alors exclusivement composés de noyaux embryoplastiques et d’un peu de matière amorphe interposée et recouverte d’épithélium à cellules pavirnenteuses.

Quelque temps après la réunion des bourgepns, on voit apparaître dans le même ordre les cartilages : deux cartilages maxillaires inférieurs, deux cartilages maxillaires supérieurs ; puis, un peu après, les deux cartilages incisifs. En même temps, les fibres lamineuses se développent et se multiplient, pour former la muqueuse, tandis que la couche épidermique augmente d’épaisseur. Peu de temps après se développe la couche, plus transparente, correspondant au tissu lamineux sous-muqueux; puis, au sein du cartilage central, se forment les premiers points d’ossification. Vers le soixantième jour, la cavité buccale se trouve entièrement constituée par la réunion des os incisifs sur la ligne médiane et de la cloison des fosses nasales, en arrière de l’arcade dentaire.

A cette époque, le maxillaire inférieur est ossifié dans la plus grande partie de son étendue ; le condyle, la partie postérieure de l’angle de la mâchoire, le sommet de l’apophyse

coronoïde, sont seuls restés cartiligineux. Le bord supérieur de la partie horizontale est creusé d’une gouttière qui s’étend, sans discontinuité;* depuis le bord antérieur de la branche montante, sur la face interne de laquelle elle mpiète un peu, insqn'kV extrémité antérieure de la branche correspondante du maxillaire.

Lors de l’apparition des bulbes , cette gouttière occupe plus des deux tiers de la hauteur de l’os. Sur le maxillaire supérieur, la gouttière est peu profonde et a plutôt l’aspect d’un sillon.

La gouttière dentaire est exactement remplie, dans toute son étendue, par un tissu mou, d’aspect gélatiniforme plus ou moins rougeâtre. C’est dans ce tissu que naissent les bulbes et les follicules dentaires; ce tissu, du reste, diminue graduellement de quantité, lorsque les follicules se développent.

g 2. — GENÈSE DU FOLLICULE DENTAIRE.

Première période. — Un peu avant la naissance des premiers vestiges du bulbe, la partie correspondante du tissu sous-muqueux, remplissant la gouttière maxillaire, devient plus opaque et surtout plus vasculaire que le tissu gélatiniforme ambiant. La vascularité de ce point devient en même temps considérable ; les capillaires forment des réseaux, très distincts des réseaux voisins, par leur richesse et leur configuration. Leur ensemble constitue une bande qui répond exactement au niveau du tissu où doit s’effectuer le développement des follicules; ces réseaux se prolongent vers le fond de la gouttière maxillaire et donnent à la bande vasculaire un aspect onduleux.

Vers le centre de chacun de ces festons apparaît le bulbe sous la forme d’une petite masse obscure, arrondie, dont le bord inférieur est nettement limité, tandis que le bord supérieur reste diffus.

•Fig. 2. — Germe dentaire d’dn mammifère, a trois périodes différentes

[d'après Frey).

a. Epithélium buccal, épaissi au-dessus du germe. b. Cellules épithéliales plus jeunes. — c. Couche de cellules profondes ou de Malpighi. — d. Inflexion de l’éqithélium, pour former l’organe de l’émail. — e. Réticulum étoilé. — f. Germe de l’ivoire. — g. Feuillet interne du futur sac dentaire.— A. Feuillet externe du même sac. — i. Vaisseaux coupés en travers. — k. Maxillaires.

Chez l’homme, ce n’est guère que du cinquantesixième au soixantième jour qu’apparaissent les premiers bulbes dentaires, et encore ne se montrent-ils qu’à l’arcade

inférieure : car ce ii’esL que vers le soixante-cinquième jour qu’on les rencontre à l’arcade supérieure, c’est-à-dire après l’achèvement complet de la cavité buccale, par la réunion des incisifs sur la ligne médiane et de la cloison du nez en arrière de l’arcade dentaire.

Lorsque le bulbe a acquis un certain volume, on voit se dessiner autour de lui une bande grisâtre, foncée, qui, après avoir circonscrit la base du bulbe, s’élève au-dessus de lui et forme ainsi une sorte de sac, ouvert par en haut; pour le maxillaire supérieur, c’est la paroi folliculaire qui bientôt formera une cavité close. L’apparition de la paroi folliculaire est accompagnée d’une exagération de vascularité. Les capillaires qui se produisent ainsi autour et dans l’intérieur de la paroi sont disposés en mailles polygonales assez régulières, partant de la base du follicule, pour se rapprocher un peu à son sommet.

Puis, entre la face interne de la paroi et la surface du bulbe, apparaît l’organe de l’émail. Il se présente alors sous l’apparence d’une masse claire, transparente, sans continuité de substance avec la paroi, et bientôt séparé du bulbe par une ligne pâle et blanche, qu’un examen attentif fait reconnaître comme formée par la rangée continue des cellules de l’émail.

A mesure que le follicule se développe, la bande grisâtre, représentant la paroi, finit par former une enveloppe offrant une résistance assez grande et complètement distincte des parties voisines. La base du follicule se rétrécit progressivement et s’allonge, plus tard, pour former la portion radiculaire de la dent , tandis que la partie du bulbe qui s’est montrée la première correspond à la couronne de la dent.

Le bulbe des incisives se dispose en biseau. La base du

bulbe des molaires s’élargit et se trouve bientôt surmontée d’une pointe mousse, qui est la trace du mamelon primitif d’origine ; suivant le rang et la variété de la dent, une ou deux autres saillies viennent se juxtaposer et, dans sa totalité, le bulbe représente à son tour la forme de la couronne dentaire future. La cavité coronaire cesse de s’accroître, la première couche d’ivoire fait son apparition ; alors le bulbe s’allonge pour former les racines, et il se trouve peu à peu enfermé dans une cavité formée progressivement par l’ivoire.

Nous avons dit que le premier follicule se montre à la mâchoire inférieure, vers le soixantième jour, tandis que le premier follicule de la mâchoire supérieure n’apparaît que le soixante-cinquième jour. De plus, celte apparition se fait par paire, successivement et dans l’ordre suivant, pour la première dentition :

Incisives centrales et molaires antérieures ;

2“ Incisives latérales;

5® Molaires postérieures ;

¥ Canines.

Le développement est complet vers le soixante-quinzième jour pour la mâchoire inférieure, et le quatre-vingtième jour pour la mâehoire supérieure. Alors on voit naître à l’extrérnite postérieure de la gouttière maxillaire, presque immédiatement à la suite du follicule de la dernière molaire, un nouveau follicule, celui de la première grosse molaire permanente, dont la sortie n’aura lieu que vers la septième année. Ce follicule apparaît vers le quatre-vingt-cinquième jour pour la mâchoire inférieure, et du qualre-vingt-dixièm(‘ au quatre-vingt-quinzième jour pour la mâchoire supérieure.

En même temps que les follicules se développent, la laça*

interne des lanries, qui forment les côtés de la gouttière, s'épaissit d’espace en espace, et forme de petites saillies verticales, placées en face l’une de l’autre de chaque côté.

Bientôt ces épaississements se rejoignent et forment des cloisons complètes, divisant alors la gouttière en alvéoles.

Deuxième période. {Formation de rivoire, de Vémail et du cément.)

Entre le quatre-vingtième et le quatre-vingt-cinquième jour de la vie extra-utérine, on voit apparaître les premières cellules de l’ivoire qui vont bientôt se trouver envahies par la calcification \

Ce phénomène de dentition commence dans les cellules qui occupent le sommet du bulbe, et s’étend graduellement aux cellules de la périphérie. Les cellules dentaires poussent des prolongements, fibres dentaires, qui s’allongent de plus en plus, en se ramifiant; la substance intercellulaire, inter-, médiaire à ces cellules et à ces fibres dentaires, se durcit en s’incrustant de sels calcaires, couche par couche, en allant de l’extérieur à l’intérieur. La partie du bulbe non transformée en ivoire forme la pulpe dentaire.

Uivoire ou dentine naît de la transformation directe des

Fig. 5. — Cellule odontoblastique.

cellules odontoblastiques et est constitué par une sub* stance fondamentale, homogène, parcourue par des canalicules qui donnent à la face profonde de l’ivoire un as-

1 . MM. Beaunis et Bouchard appellent cette période la période d’ossification ; il est plus anatomique de la désigner sous le nom de période de calcification i

pect qui n’est pas, au premier abord, sans analogie avec celui que présentent les ostéoplasles sur les os frais. Mais on reconnaît bientôt que ces sillons partent de la circonférence d’un orifice tubulaire qui traverse de par t en part le chapeau de dentine, et siègent à la surface de ce dernier.

Fig. 4. — Odontobt.astes réunis {d’après Woldeyer).

tandis que, pour les ostéoplastes, les conduits rayonnent de la périphérie d’une cavité creusée au sein de la substance fondamentale des os.

Vémail^ résultat de la transformation immédiate des cel-

Fig. 5. — Émail de dent humaine {ramolli dans l'acide chromique au 100“).

A. Fibres de Fémail. — B. Coupe transversale; les taches brunes indiquent

les premières parties attaquées.

Iules de l’émail, commence à se montrer au sommet du chapeau de dentine, alors que celui-ci mesure un millimètre de hauteur. Il acquiert rapidement toute la dureté qui lui est propre, et diffère en cela de l’ivoire, dont la densité aug-

mente avec l’àge. 11 est constitué par des fibres à 4, 5 ou 6 pans, dits prismes de l’émail. Ces prismes sont soudés ensemble et forment des couches à fibres parallèles, dirigées suivant le grand axe de la dent.

Le cément se forme, comme les dépôts périostiques, aux dépens de la paroi interne du sac dentaire. La première couche

osseuse formée s’applique à l’ivoire et lui adhère intimement; %

celles qui lui succèdent s’unissent les unes aux autres. De même que les os, dont il se rapproche par un grand nombre de points, le cément se trouve constitué par une substance fondamentale au milieu de laquelle on remarque une série de lacunes à grands prolongements, s’anastomosant, dans la majeure partie des cas, avec les terminaisons des tubes de l’ivoire.

lig. (3. — Lactnes du cément

{leurs anastomoses avec les termina tsons des tubes de l'ivoire).

Les travaux de Remnk et de Kôlliker ont complété, sur quelques points, les recherches de MM. Robin et Magitot sur le mode de formation de l’email, de l’ivoire et du cément.

D’après ces auteurs, l’organe de Vémail serait le résultat de la descente et de l inva^iïiation d’ un vepli ou prolongement de l épithélium de la cavité buccale., et apparaîtrait le premier. Il aurait d’abord la forme d’un petit cône creux épithélial dont le sommet se continue avec l’épithélium buccal, et

dont la base correspond à un nodule de substance gélatineuse ou embryonnaire, mais plus épaisse et plus vascularisée.

Ce nodule, grossissant, deviendrait la papille dentaire qui, elle, sécrétera V ivoire.

La papille dentaire augmente de volume et dessine ses contours ; elle soulève alors la base de l’organe de l’émail et s’en coiffe complètement.

A ce moment, l’organe de l’émail a la forme d’un petit capuchon dont la paroi est exclusivement formée de cellules cylindriques ; il ne tarde pas à perdre le prolongement [gubernaculum dentis) qui l’unissait à l’épithélium buccal, et à s’en isoler complètement.

Autour de la papille et du capuchon de l’émail qui la coiffe, le tissu conjonctif ne tarde pas à se condenser et à se différencier sous la forme d’une membrane qui sert d’enveloppe protectrice aux deux organes dentaires :

C’est le sac folliculaire.

C’est par l’ivoire que commence la calcification. La formation de l’ivoire débute par le sommet de la papille : les cellules embryonnaires ou embryoplastiques se rangentsymétriquement et bientôt poussent des prolongements dans la profondeur de la papille; les prolongements, en s’allongeant de plus en plus et se ramifiant, sont l’origine des fibres dentaires; la substance intermédiaire s’incruste de sels calcaires, couche par couche, en allant de l’extérieur à l’intérieur. A cette première couche, s’en ajoutent plusieurs autres : les dépôts d’ivoire sont donc successifs et se font sous forme de stratifications; c’est ce qui rend compte de l’aspect ondulé ou stratifié de certaines dentitions. La partie de la papille dentaire non transformée en ivoire constitue la pulpe dentaire.

Dès le début de la formation du dépôt de Tivoire, une légère couche d’émail s’est déposée à sa surface. Le capuchon de l’émail, avons-nous dit, est formé de cellules épithéliales cylindriques; celles-ci se multiplient du côté de la papille, se superposent en séries linéaires, se soudent les unes aux autres et s’incrustent de sels calcaires, pour constituer ainsi les prismes de l’émail. Le développement de l’émail et celui de l’ivoire marchent alors parallèlement.

Le ciment est le résultat de la sécrétion de la paroi interne du sac dentaire : cette production, analogue aux dépôts périostiques des os, précède de très peu de temps l’éruption des dents.

En résumé y la formation des dents nous paraît parfaitement connue. V émail est un produit épidermique y tandis que l’ivoire se forme, comme l’os lui-même, au sein du tissu embryonnaire ; l’émail vient du feuillet épithélial du blastoderme, l’ivoire se développe dans le feuillet moyen de l’embryon ; l’émail est une production analogue aux poils, à l’épiderme, aux ongles, etc., tandis que l’ivoire serait une variété spéciale du tissu osseux. Cette connaissance de la structure des dents nous fournit l’explication de certaines variétés pathologiques de caries dentaires.

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