DES DENTS
Nous adopterons, dans la description de ces appareils, la division correspondant aux divers types d’anomalies.
C’est ainsi que nous étudierons successivement les appareils destinés à combattre l’antéversion, la rétroversion, la îatériversion et la rotation.
g 1. — Redressement dans l’antéversion.
Quel que soit Tappareil employé pour obtenir la réduction de cette anomalie, il agira toujours soit en poussant les dents, soit en les attirant. Nous aurons donc des appareils à pression antérieure ou à traction postérieure, suivant que la force agissante aura pour effet d’éloigner ou de rapprocher l’organe à déplacer du point fixe choisi comme base d'opération.
Appareils à pression antérieure. — Ces appareils, anciennement en hippopotame, aujourd'hui généralement en caoutchouc durci, se composent de deux parties : Tune située à l’intérieur de l’arcade dentaire, l’autre à l’extérieur. La première recouvre le palais et vient se mouler exactement sur les collets des dents latérales, laissant un certain intervalle en arrière des dents déviées. L’autre, située extérieurement, se moule exactement sur la face externe de toutes les dents.
Ces deux bandeaux sont fixés dans un rapport invariable, soit par des fils métalliques, faisant pont lorsqu’un espace suffisant ne se présente pas dans la série des dents, soit par des prolongements de la substance même composant l’appareil, si un vide suffisant le permet. Ainsi réunies, ces parties forment un appareil complet, dit à bandeau. Le bandeau externe est de plus percé de petits trous, munis de chevilles de bois, correspondant aux dents à faire mouvoir. Ces chevilles, faîtej^ de bois comprimé, seront les agents actifs du redressement.
M. Magitot, adversaire de l’emploi du métal dans la construction des appareils redresseurs, ne laisse pas cependant que de faire une exception en faveur d’un appareil composé
d’un anneau d’or, embrassant une ou plusieurs dents, et servant de point d’appui à un ressort du même métal ou même d' acier ^ recouvert d'une couche de nickel ; ce ressort, exerçant une pression continue sur la dent déviée, en opérerait rapi^ dement la réduction.
Appareils à traction postérieure. — Ces appareils
peuvent être à double bandeau ou à bandeau unique.
L’appareil à double bandeau est la reproduction de l’appareil à pression antérieure, avec cette différence que la puissance prend son point d’appui sur le bandeau interne; la traction est opérée par des fils, qui embrassent la ou les dents deviées, et sont fixés, d’autre part, sur le bandeau interne.
Le bandeau unique peut être interne ou externe.
Le bandeau interne est exactement la portion palatine du bandeau double, décrit plus haut. Toutefois, le bord libre antérieür est ici pourvu de petits trous situés exactement dans l’axe de l’interstice de chaque dent ; ces trous sont destinés à recevoir les fils de traction.
Le bandeau externe est situé en dehors de l’arcade ; il représente, dans une certaine étendue, la partie externe du bandeau double. Toutefois, il est limité aux dents déviées qu’il embrasse exactement par la face antérieure. A ce bandeau se trouve fixée une tige rigide, qui se prolonge de chaque côté, hors de la bouche. Aux extrémités de cette tige s’adaptent des bandes élastiques de caoutchouc, qui viennent se réunir derrière la nuque sur un bonnet spécial, résistant. L’ensemble de cet appareil ressemble à un mors, à un bâillon, d’où lui vient son nom. Le bâillon est donc un appareil à traction postérieure ; le mode d’action est le même que précédemment, mais avec un artifice différent.
Ce procédé, du reste fort incommode, ne peut être appliqué que durant la nuit, et encore il faudrait que les sujets restassent dans l’immobilité. Il devient alors intermittent, ajoutant ainsi un inconvénient de plus à ceux qu’il possède.
Dans, cette classe peut encore entrer l’appareil de Fox, destiné à corriger la protrusion de la mâchoire inférieure,
^2. — Redressement pans la rétroversion.
L’appareil à bandeau est encore employé pour redresser les dents qui se trouvent en rétroversion; mais ici la proposition, comme il est facile de le voir, est retournée; le mode d’action sera juste l’inverse de celui employé dans l’antéversion. C’est-à-dire que la réduction de la difformité sera obtenue, soit à l’aide de pressions postérieures, soit à l’aide de tractions antérieures.
Appareil à pression postérieure. — Dans le cas de la rétroversion, il suffit d’un seul bandeau, ce qui permettra de soulager le patient, en réduisant notablement le volume de l’appareil.
Cet appareil s’adapte comme précédemment au palais, en embrassant rigoureusement le collet de toutes les dents, sans laisser aucun vide à la région antérieure; de plus, il doit remplir l’indication essentielle de s’opposer momentanément à la rencontre des deux arcades dentaires et éviter ainsi toute modification pouvant survenir du côté des dents molaires. La mise en mouvement des dents s’effectue encore ici à l’aide de chevilles de bois comprimé, placées dans de petites cavités, ménagées, à cet effet, au fond des empreintes, réservées sur le bandeau pour chaque dent déviée.
Plan incliné. - — La pression postérieure peut encore être obtenue, sur les dents do l’arcade, au moyen du plan incliné. Cet appareil du à Catalan S praticien français, du commencement de ce siècle, consiste en une empreinle soit de métal, soit de toute autre substance, susceptible de séjournei dans la bouche sans incommodité.
Cette empreinte s’adapte à l’arcade inférieure, sur les dents antagonistes de celles déviées, et porte à sa partie supérieure une face inclinée de telle sorte que, dans les mouvements de la mâchoire, celte face vienne frapper obliquement, par leur face postérieure, les dents à redresser. L’appareil ne peut être gardé ni durant les repas , ni d urant la nuit : il est donc intermittent; il a de plus l’inconvénient, joint à bien d’autres que nous verrons plus loin, d’etre entièrement sous la dépendance de la bonne volonté de l’enfant. Aussi son action estelle dans quelques cas, comme celle de tous les appareils confiés aux soins des patients, insuffisante, nulle et mêfne nuisible quelquefois, surtout s’il s’agit de difformités un peu considérables ou anciennes.
Appareil a traction antérieure. — Cet appareil peut être à deux bandeaux ou à un seul bandeau. La traction se fait d’ordinaire au moyen d’un cordonnet de soie. Il est indispensable que l’appareil maintienne les deux mâchoires écartées et que le bandeau externe soit à une certaine distance des dents à redresser.
* Mémoire, rapport et observation sur l’appareil propre à corriger la diilorrnilé vulgairement nommée menton de galoche. — Paris, 1826.
§ 5. — Redressement dans la latériversion.
Les appareils à bandeau sont encore employés dans ces anomalies ; dans ce cas, sauf les inconvénients généraux que nous reconnaissons aux appareils ordinaires, -ils sont préférables aux petits moyens emplôyés. Nous n’excepterons pas même le moyen, prétendu simple qui consiste à employer un fil de soie ou de caoutchouc noué sur les deux dents et réuni en huit de chiffre par un nœud sur le côté, procédé recom^ mandé lorsque les incisives médianes présentent entre elles une divergence.
Enfin, si une dent seule se trouvé déviée latéralement, on emploie un petit appareil, appliqué sur plusieurs dents régulières de l’arcade, et munies d’un anse de fil, sur la dent déviée.
Ce sont évidemment là des moyens très simples , mais ils ne sont ni énergiques ni commodes, et de plus ils sont excessivement pénibles pour le patient.
Nous reviendrons sur les inconvénients de ces fils isolés, de ces « fils voltigeants, abandonnés à eux-mêmes, » comme les appelait Fauchard, dans la critique que nous ferons de tous ces différents appareils.
§ 4. — Redressement dans la rotation.
C’est encore à l’appareil à bandeau que l’on a recours; il est double ou unique, suivant que les deux bords de la dent sont déviés de la courbe normale ou que la déviation ne porte que sur un seul côté. Si l’engrènement réciproque
des dents s’oppose à la réduction de la difformité, l’appareil devra en outre maintenir, pendant quelque temps, les deux arcades écartées.
Dans l’appareil à double bandeau, de petites loges sont creusées l’une sur le bandeau externe, l’autre sur le bandeau interne, immédiatement au contact des bords soit rentrant, soit sortant, de la dent déviée; de petites chenilles ou coins de bois y sont disposés de telle sorte que, gonflant par l’humidité, ils viennent exercer une pression concordante et de sens contraire tendant à amener la rotation de la dent.
Le bandeau unique peut être interne ou externe.
Si la rotation de la dent est due au déplacement d’un seul de ses bords, on peut, à l’aide d’un appareil simple, obtenir la réduction. En effet, la portion de l’appareil qui devra se mouler exactement sur toute la série des dents régulières rencontrera le bord de la dent, resté dans la courbe. Il suffira donc d’exercer une traction sur le bord en rotation et de le forcer ainsi a reprendre sa place suivant la courbe normale représentée par l’appareil. Si le bord dévié • se trouve en dehors, l’appareil sera à bandeau interne et Tjice versâ. Le point d’appui fixe se trouvera toujours situé du côté opposé à la déviation, constituant alors des appareils à traction interne ou externe suivant la difformité à réduire.
Nous devons encore citer l’appareil décrit par Sangsdorff, dans lequel la puissance est donnée par une tige métallique, de longueur variable, et munie d’un collier embrassant exactement la dent. En déplaçant l’extrémité de la tige, on exerce ainsi une pression double et de sens contraire. A l’extrémité du diamètre de la dent à faire mouvoir, de petits trous ménagés sur la partie fixe palatine de l’appareil maintiennent le déplacement de la tige et par suite son action. Cet appa-
reil, vrai en théorie, joint à de grands inconvénients celui surtout de ne pas être pratique.
Dans les cas de rotation simple, Magitot préfère revenir aux anciens procédés^ et conseille la luxation brusque, extemporanée. Cette opération, violente, douloureuse, sur les conséquences de laquelle nous nous sommes expliqué plus haut, dont le succès est toujours incertain, se fait à l’aide d’un davier dont il faut garnir soigneusement les mors, pour ne pas léser les tissus ; cette garniture sera en papier, en plomb, en soie, ou encore elle se composera de tubes de caoutchouc. La dent est saisie solidement au niveau de la gencive et on lui imprime lentement, mais avec fermeté, un mouvement de torsion, en ayant soin de n’opérer ce mouvement que dans un sens et d’éviter les mouvements de latéralité. Quelquefois il faut dépasser notablement la position que doit occuper la dent et revenir ensuite à la position normale; les adhérences pariétales sont ainsi mieux rompues et on évite les récidives.
Tomes ^ conseille d’opérer en deux temps. Dans une première opération le redressement est exécuté à moitié ; on laisse le sujet pendant quinze jours et l’on ne continue que lorsque la dent est consolidée dans cette situation provisoire (ît que tous les phénomènes de réaction sont dissipés. La seconde partie de la réduction se fait alors très facilement et
1. Bourdet, l'<57,p. 2. — Les moyens généraux qu’on emploie pour redresser et pour arranger les dents après les avoir séparées, ou après avoir retranché celles qui incommodent les autres, sont les fils, les plaques, la pince droite et le pélican.
Duval, 1820, p. 8L. Autrefois, pour remettre dans sa véritable position une dent qui, au lieu de la face antérieure, présente la postérieure ou un de ses côtés, on la tournait avec une pince droite.