DES INCONVÉNIENTS DES AITAREILS DE RÉDUCTION
Dans l’exposé rapide que nous venons de faire des divers moyens ortliodontosiques journellement employés pour la réduction des différentes anomalies, nous n’avons fait qu’envisager leur mécanisme particulier, leur valeur relative et les résultats que l’on est en droit d’en attendre, laissant dans l’ombre les inconvénients inhérents à chacun d’eux et les accidents qu’ils sont suceptihles de provoquer. Pour éviter un exposé bibliographique, nous allons résumer ce que dit Magitot, au sujet de ces inconvénients, dans son travail sur les anomalies du système dentaire.
Envisagés d’une manière générale, tous ces appareils entraînent, comme conséquence immédiate, un certain trouble dans les fonctions de la bouche, et cela proportionnellement au volume et à l’étendue de l’appareil employé. Toutefois cotte gène n’est ordinairement que passagère, et les enfants surtout s’accommodent assez facilement de ce nouvel état d(‘ choses.
Mais à la gène causée par le volume, toujours considérable, (juoi que l’on fasse, des appareils en vulcanite, viennent s’ajouter de graves inconvénients. Ces appareils, portant sur une très grande étendue, peuvent être le point de départ d’une vive irritation, (jui sera entretenue et quelquefois rendue intolérable par le contact des corps étrangers employés comme moyens de pression. Les lèvres et parfois la langue pourront
cllos-iïièiiies s’irriter à divers degrés, sur les saillies ou les aspérités qu’elles reucoiitreiit incessamment.
Comme on le voit, le choix des matières employées ])onr la contée tion des appareils et leur disposition spéciale sera d’une grande impmiance, puisque l’on pourra par là éviler complètement et la gène et les douleurs.
A côté de la gène et des blessures plus ou moins douloureuses, nous devons mentionner la stomatite, soit localisée à la région recouverte par l’appareil, soit meme j)ropagéc à toute la bouche.
Si ces accidents sont localisés, une courte interruption dans le traitement, l’emploi de divers collutoires astringents, ou même simplement du chlorate de potasse, peut tout (aire rentrer dans l’ordre. Mais, si la stomalitc se généralise, il faut renoncer à l’application de l’appareil et abandonner un traitement déjà commencé et quelquefois en bonne voie.
Nous n’avons jamais, pour notre part, constaté, dans le grand nombre de dents déviées qu’il nous a été donné de voir en traitement par notre procédé de réduction, ces stomatites aiguës généralisées ; et, si nous en avons rencontré, ce n’est (ju’à l’état iout à fait localisé et sous l’inlluencc d’appareijs de maintien, confectionnés en vulcanite et recouvrajit une vaste surface.
Le môme phénomène s’observe égalemejit chez certains ])atients porteurs d’appareils prothétiques. Ces sujets munis d’appareils (m caoutchouc à large surface accusent une sécheresse de la langue, avec sensation de chaleur au palais.
Je ne m’étendrai pas sur cette action irritante du caoutchouc, due à la présence des oxydes minéraux employés comme matières colorantes, accident que. je ne suis pas le pi’cmier à signaler. Kuhn, le séjour plus facile d’aliments
sous ces appareils étendus est encore et surtout une des causes efficientes de ces stomatites.
Nous devons également signaler les chevilles de bois, employées comme agents réducteurs et qui, venant dans certains cas déprimer la gencive, sont une cause continuelle d’irritation et même de douleur intolérable, irritation pouvant se propager au périoste. Les fds de soie et surtout ceux de caoutchouc peuvent amener les mêmes accidents, et cela avec beaucoup plus de rapidité encore, vu l’énergie et la continuité de leur action. Mal disposés, mal maintenus, ils peuvent glisser sur les dents, ne s’arrêter que sur les gencives qu’ils compriment, qu’ils détachent même quelquefois, et déterminer ainsi une inflammation du périoste, susceptible d’entraîner, au point de vue de l’organe, les plus fâcheuses conséquences \
Un autre ordre d’inconvénients qu’il convient de signaler, et inhérents à tous les appareils qui ne présentent pas une traction permanente jointe à une fixité irréprochable, consiste dans les douleurs qui siègent sur les dents déviées. Si l’on se rappelle la délicatesse du processus anatomique dont les alvéoles sont le siège, dans le cours d’un redressement, on comprendra facilement que tout déplacement brusque aura comme conséquence immédiate la douleur,
1. Kcvue odontolechniquc (25-2-1801, p. 52-55). Quelques mots touchant le traitement de l’irrégularité où l’auteur, ayant prohableineiit eu quelques inconvénients au sujet de ces ligatures isolées appliquées sur une ou plusieurs dents, recommande, pour enq)êcher que la ligature glisse sous la gencive, de passer de la bourre de soie deux ou trois fois autour de la dent . Si on se sert de caout¬
chouc, ajoute-t-il, « c’est alors surtout qu’il faut prendre les précautions voulues pour l’empècuer de glisser sur la gencive, ce qui donnerait naissance à une inllammation et à la perte .le la dent. En effet, oubliées, ainsi que cela s’est vu, ces ligatures tracent leur cbemiii jusqu’à Vapex de la racine et par suite causent la [)erle de la dont, »
et, il faut le dire, c’est surtout au choc, et surtout à celui que l’on pourrait appeler choc en retour^ que la dent est douloureuse. Pour s’en convaincre, il suffit de faire, sur une dent en voie de réduction, les expériences suivantes : si on lui imprime lentement un mouvement, dans le sens même de cette réduction, c’est-à-dire dans le sens de l’action des forces réductrices, nous n’obtiendrons que peu ou point de douleur même en augmentant progressivement cette pression ; si, au contraire, nous venons à pousser cette même dent dans une direction inverse à la voie dans laquelle on la dirige, nous déterminerons immédiatement une douleur excessive. Ainsi donc, tout appareil susceptible de mouvements d’oscillation sous une influence quelconque, et, par cela même, devant modifier brusquement les rapports de la dent et de l’appareil, sera un appareil douloureux, et c’est dans cette classe que rentrent les appareils de réduction que l’on ne porte que par intermittence.
Nous savons en effet que la dent qui n’est plus soumise à la force qui tend à la ramener revient rapidement dans sa position première, ainsi que nous l’avons dit plus haut, et en moins de temps qu’il ne lui en a fallu pour se déplacer,
Si donc, au début, l’application de l’appareil n’avait amené que de la gêne, il n’en sera pas de même, lorsque après un certain temps d’application, l’appareil, enlevé durant la journée, devra être replacé le soir ; alors, la dent déjà ébranlée aura repris sa première position, et sera très douloureuse; ce n’est qu’avec de grandes difficultés qu’on parviendra à réappliquer l’appareil, et cette application sera accompagnée de douleurs violentes.
Ces déplacements réitérés des appareils amovibles ont en outre l’inconvénient d’augmenter, d’une façon déplorable, la
durée du traitement qui, dans certains cas, peut devenir indéfinie. On rencontre des sujets qui disent avoir subi, sans résultat, un traitement de deux années consécutives. On comprend le dommage qui peut en résulter, tant pour les dents chargées de porter l’apnareil que pour les dents déviées elles-mêmes.
Il est facile de comprendre en effet que, si la force agissante est permanente, l’action du jour et celle de la nuit s’additionnent, tandis que, si l’action est intermittente, le jour viendra détruire le résultat que la nuit aura produit. Aussi ne puis-je m’expliquer comment on a pu écrire que le volume considérable des appareils en caoutchouc était une indication formelle d’abréger le traitement le plus possible et conseiller, à cet effet, de ne les porter que d’une manière intermittente; nous venons d’établir qu’en opérant de la sorte on fait juste ce qu’il faut pour augmenter indéfiniment le temps durant lequel on sera obligé d’avoir recours à l’appareil. Le déplacement répété des appareils parle sujet n’est d’ailleurs admissible que dans les cas très simples. Si l’on considère en effet les difficultés qui se présentent, au point de vue de l’agencement des forces réductrices, alors qu’on est obligé d’obtenir des mouvements combinés, comme cela arrive dans la majorité des cas, on est obligé de reconnaître qu’une main exercée sera seule apte à ces différentes applications, que l’on peut regarder comme impraticables de la part du patient.
Le plan incliné peut répondre à ces indications. Il a cet avantage, regardé par Magitot comme le critérium de tout appareil sérieux, « d’être toujours mobile, et maniable très aisément par le sujet lui-même»’. Mais dans la majeure