‹ Des déviations des arcades dentaires et de leur traitement rationnelChapitre 48 sur 54 · DE NOTRE APPAREIL · texte numérisé non relu

DE NOTRE APPAREIL

Le redressement des dents présente à considérer deux choses bien distinctes ; l’appareil en lui-même et les forces agissantes :

L’appareil, qui ne doit être qu’un tuteur, un point fixe résistant, une base d’opération servant à diriger, à maintenir les forces mises en jeu.

2° Les forces employées, seuls moyens actifs de réduction.

Faute d’établir cette division, on est amené infailliblement à tous ces tâtonnements que nous venons de signaler.

Au point de vue théorique le meilleur appareil serait évidemment celui qui, virtuel, c’est-à-dire ne présentant aucune masse, par suite aucune gêne, aucun embarras, fournirait en même temps un point d’appui, fixe et résistant, à une force douce, progressive et constante, entièrement indépendante de la volonté du sujet.

Toüs nos efforts ont eu pour but de nous rapprocher autant que possible de cet appareil théorique, et c’est en prenant ces données comme point de départ que nous avons donné à notre appareil la disposition suivante :

Appareil. — Cet appareil se compose le plus générale ment de deux capsules métalliques (BG, fig. 50) faites de platine dur, repoussé, de telle sorte qu’elles reproduisent en creux, aussi exactement que possible, la forme extérieure des différentes dents qu’elles doivent emboîter.

Fig-. 51.

Les dents, ainsi enveloppées, seront généralement les deuxièmes petites molaires et la première grosse molaire de

chaque côté chez un sujet adulte, les molaires de lait chez un sujet plus jeune.

Les deux capsules se trouvent réunies par une galerie A (fig. 50) de platine ou d’or, à section plan convexe, et d’une largeur de 2 millimètres, dont la face plane est tournée du côté des dents. De plus, la partie supérieure de l’appareil doit correspondre exactement (nous verrons pourquoi par la suite) au bord libre des gencives ; elle porte une série

de petits anneaux (A, %. 31) obtenus à l’aide d’un fil de même métal de de millimètre de diamètre, ondulé et soudé au point de contact.

Les capsules qui recouvrent les dents et doivent, comme nous venons de le dire, en reproduire tous les contours, présentent également un rebord gingival (E, fig. 31) d’à peine cinq millimètres de hauteur et qui se prolonge en dehors et en dedans.

Ces capsules sont pleines (B) ou découpées à jour (C , fig. 31 ) , suivant que l’on a besoin ou non d’obtenir l’écartement des

Fig. 32.

deux arcades. Si, cependant, l’épaisseur même du métal, comme cela arrive dans certains cas, n’était pas suffisante, de petits patins en hippopotame, fixés à l’aide de goupilles rivées, viendraient fournir l’épaisseur nécessaire.

Dans tous les cas, ces parties surajoutées doivent, d’une part, s’ajuster rigoureusement sur l’appareil ; d’autre part, être exactement articulées avec les dents correspondantes de la mâchoire opposée, qui doivent y retrouver leurs points de repère normaux. Si la surélévation est inutile, ces capsules, découpées à la face triturante, laisseront les dents dans leurs rapports ordinaires avec les dents antagonistes. De plus, aux faces palatines et jugales se remarquent de

petits trous (CG', fig. 31), correspondant exactement à Tintervalle de séparation de chaque dent; par ces orifices de forme triangulaire, à angles arrondis, passeront les fils métalliques d’argent, de 3/10 de millimètre de diamètre, qui vont servir à obtenir l’immobilité de l’appareil. Ces fils ne contournent pas la dent, ils passent seulement dans les intervalles existant normalement au niveau du collet des dents, puis, repliés sur eux-mêmes , ils viennent , en passant par la face triturante, se réunir au premier chef avec lequel onlestord, ou, selon l’expression technique, on les vrille, formant ainsi à la face jugulaire de la dent une petite saillie rigide de 2 à 3 millimètres qu’on fait basculer dans l’orifice laissé au collet, évitant ainsi toute saillie qui pourrait, par le mouvement continuel des joues, amener une lésion quelconque de la muqueuse. Cette disposition présente cet avantage considérable de ne pas lier la solidité du point d’appui à un étranglement de la couronne.

La galerie porte exactement sur chaque dent dont le déplacement immédiat n’est pas nécessaire, et y prend un point d’appui , à l’aide d’une ligature qui prend dans la même anse la dent et la galerie. Un cercle complet déterminerait une vive douleur qui empêcherait de supporter l’appareil.

J’insiste autant sur cette première phase de l’opération parce que je la considère comme la plus sérieuse^ bien que généralement ce soit celle sur laquelle on passe volontiers^ n’y attachant que peu ou point d’importance. Cependant^ si l’on veut obtenir promptement un résultat favorable et se mettre du même coup à l’abri de tous les ennuis que l’on éprouve avec les appareils ordinaires, c’est une condition sine quâ non de bonne réussite ; il faut à tout prix que l’ap-

pareil résiste aux efforts auxquels on va le soumettre, et que, pour ainsi dire, scellé aux dents, il semble, par son immobilité, faire partie du squelette même.

Aucun appareil, à notre avis, ne présente des points de fixité suffisante. Sont-ils maintenus à l’aide de fils de soie entourant les dents, ainsi que le pratiquait Fauchard, Bourdet, Fox? Ce procédé, qui n’était pas sans donner quelques résultats, avait l’inconvénient d’embrasser la dent en entier et par suite d’amener une sensibilité de l’organe, due quelquefois à un déplacement même de ces fils qui, nécessaire- .ment placés d’abord immédiatement au-dessus des parties renflées de la dent, glissent et viennent soit comprimer, soit même décoller le rebord gingival de la muqueuse ; de plus, ces fils se fatiguent facilement, c’est-à-dire que, serrés au début par leur retrait sous l’influence de l’humidité, ils perdent peu à peu de ce retrait, peuvent échapper et laisser à l’appareil une mobilité des plus nuisibles au résultat de l’opération et des plus pénibles pour le patient.

Â-t-on recours à ces ponts métalliques, portant de petits crochets destinés à venir se fixer en dehors, à la face externe des dents? Ces points d'appui, qui sont quelquefois incapables d’offrir une résistance suffisante même à la faible tension exercée par des dents redressées sur les appareils de maintien, ne sauraient résister à une action énergique ; ils sont même complètement impraticables, lorsqu’on est obligé de se fixer sur des dents de la première dentition.

Je dois encore citer le procédé dit à charnière se compose de deux pointes métalliques arquées, réunies entre elles par un fil rond enfermé dans un tube soudé à la partie latérale de l’appareil. Ces pointes mobiles, situées exacte-

ment en face des interstices des dents molaires, viennent en basculant s’introduire dans des trous ménagés à l’appareil pour pénétrer ensuite entre les vides laissés par les dents entre elles. Mais ce procédé ne' donne encore que des résultats défectueux sous tous les rapports.

Les chevilles de bois, qui sont les moyens le plus généralement employés, doivent cependant être entièrement rejetées, vu leur action délétère sur les dents.

En résumé, dans l’appareil à l’emploi duquel nos observations se rapportent, la fixité du point d’appui est due à l’encapuchbimement des molaires, et la stabilité de la résistance est assurée par la présence, dans l’intervalle des dents, de ces petites anses en platine, qui immobiliseront le tout, sans étranglement et sans pression nuisible.

Forces. — Avec un point d’appui aussi stable et aussi peu gênant, l’emq^jloi de la force active du redressement est simplifié.

Cette puissance nous est fournie par des fils de caoutchouc vulcanisé. Ces fils sont de différentes grosseurs ; nous avons adopté les trois dimensions suivantes :

Le nM, le plus faible, de forme prismatique, à section carrée, mesure 1 millimètre de côté, et est susceptible de développer une puissance de 1 kilogramme.

Le n° 2, moyen, a 2 millimètres de côté, et peut fournir une action double, c’est-à-dire de 2 kilogrammes.

Le n*" 3, le plus fort, de forme prismatique également, mais à section rectangulaire, mesure 5 millimètres sur un côté et 5 sur l’autre, et n’est généralement employé que distendu, puis abandonné à lui-même, c’est-à-dire, comme force de compression. Ces fils présentent, au point de vue

de la pratique, une grande supériorité sur les anneaux en caoutchouc, qui, dans certains cas, peuvent rendre quelques services. Ils permette'ht d’obtenir la pression exacte, juste, que l’on désire, et sont d’un maniement plus facile; ils répondent à toutes les indications, utilisés, soit en traction, soit en compression.

C’est cet appareil simple, rappelant très sommairement par sa disposition générale l’appareil à bandeau extérieur, qui nous a permis, ainsi que nous allons le voir dans les observations suivantes, d’obtenir sans inconvénient aucun ni pour le patient, ni pour les organes traités, la réduction de dents déviées tant à la mâchoire supérieure qu’à la mâchoire inférieure; et cela, chez des sujets quelquefois âgés de trentehuit ans. Nous sommes loin des idées émises par Fox qui, à la suite de tentatives, probablement peu favorables, de réduction, avait été amené à cette conclusion que : « le temps «. convenable pour toute espèce de changement avantageux « dans la position des dents est avant la troisième et la qua- « trième année; car après cette époque les alvéoles ont un « grand degré de force, et les dents y sont fixées de maf< nière qu’on ne puisse leur imprimer aucun mouve- « ment\ »

Tel est l’appareil unique, toujours le même, qui va, dans tous les cas d’anomalies susceptibles de réduction, nous servir de point fixe, de base d’opération. Que nous ayons besoin d’exercer soit une pression, soit une traction, ou même ces deux forces combinées, c’est toujours sur lui que nous prendrons notre point d’appui. Cet appareil étant en métal, on peut, suivant les exigences de chaque cas en particulier, ra-

Page 1