OBSERVATIONS
Connaissant maintenant exactement nos moyens de fixité, notre base d’opération, et les forces dont nous pouvons disposer, nous allons, en passant successivement en revue les différentes anomalies que nous avons choisies comme sujet d’observation, faire ressortir les rapports de ces deux facteurs, les rapprochant des différents moyens mis journellement en usage dans des cas semblables, de façon à en montrer les analogies et les dissemblances.
1. Un grand' nombre des observations rapportées a élé pris parmi les cas les plus difficiles et les plus compliqués de la clinique de mon père, et, autant que le hasard nous a servis, parmi ceux ayant déjà subi, sans succès, différents modes de traitement, et considérés de ce fait comme au-dessus des ressources de l’orlhodontosie.
Observation XII.
Aiitéversion totale de l’arcade supérieure, compliquée de rotation des deux médianes ^
Traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
Réduction.
Contention.
9 juin 1877.
2 octobre 1877.
10 octobre 1877.
11 mars 1878.
I 4 mois, i 0 mois.
Chez Mlle B..., âgée de 20 ans, les dents de l’arcade supérieure sont séparées des dénis correspondantes de l’arcade intérieure par un espace de plus d’un centimètre, mesure prise de la face antérieure des médianes inférieures au bord libre des médianes de l’arcade supérieure. De plus, les incisives ne sont pas dans la direction de la courbe parabolique normale, elles sont en relation a¢rique externe, c’est-à-dire que les faces antérieures sont situées dans des plans différents, qui forment un angle dièdre dont l’ouverture est dirigée en avant.
Circonstance favorable, deux dents manquent à la série : à gauche, la dent de sept ans; à droite, la canine, dont il reste la racine. La disposition des autres dents est normale — Au point de vue de la disposition des dents sur la courbe parabolique, la mâchoire inférieure est presque régulière ; mais les molaires n’ont pas leur longueur normale ; elles dépassent à peine de trois milli-
1 . Des exigences typographiques nous ont contraint de montrer en réduction les différents cas de nos observations, diminuant d'autant les difformités h réduire. Nous avons cependant préféré cette reproduction scrupuleuse à une autre, théorique, moins vraie, mais assurément plus frappante.
mètres le rebord gingival. De plus, les deux petites molaires gauches sont inclinées en dedans et rencontrent, par leur face labiale, les dents supérieures correspondantes. Enfin, la région incisive, plus développée, donne à l’ensemble de la mâchoire inférieure cette forme arquée, dite en bateau, que nous avons signalée en parlant de la genèse de cette anomalie.
Rapport des deux arcades. — Les deux arcades ne se correspondent pas. Les dents du haut sont en avance d’une dent sur leurs rapports normaux, c’està-dire que la deuxième petite molaire du haut, qui, régulièrement, doit tomber entre la deuxième petite molaire du bas et la première grosse molaire, vient s'articuler en se plaçant entre les deux petites molaires, et ainsi pour le reste de la série, et cela pour les deux côtés. — A l arcade inférieure, les dents de la région antérieure viennent frapper la gencive, à 2 millimètres en arrière du talon des incisives médianes supérieures.
Aspect (jénéral. — Lèvre supérieure courte ; dents apparentes et débordant sur la lèvre inférieure. En un mot, profil général décrit plus haut, avec les petites modifications inhérentes à chaque type particulier.
Traitement.' — Dans ce cas, neltenient caractérisé, d’anléversion totale de l’arcade supérieure, toutes les dents de l’arcade déviée se trouvant portées vers la région antérieure et par suite, en terme technique, avançant d’une dent d’articulé, l’indication formelle était de rétablir l’articulé normal de la région molaire; c’était le seul moyen d’obtenir l’espace nécessaire au refoulement de la région incisive, si nous ne voulions pas avoir recours à l’extraction des deux dents symétriques. Mais, d’un autre côté, comme les rapports modifiés des molaires entre elles n’entraînaient, au point de vue fonctionnel, aucun inconvénient, c’eût été compliquer bien inutilement, si ce n’est toutefois au point de vue démonstratif, une opération déjà longue par elle-même.
Nous aurions donc supprimé une petite molaire de chaque côté, nous plaçant ainsi dans des conditions plus favorables, si deux dents n’avaient déjà manqué au sujet, une canine à droite et une première grosse molaire à gauche. Nous n’avions plus à choisir, il fallait utiliser les Aides existants.
La mâchoire inférieure, elle aussi, aura besoin d’être modifiée, car les dents incisives venant s’imprimer sur la gencive, immédiatement en arrière du talon des dents à rentrer, l’espace existant ne serait pas suffisant ; de plus, elles viendraient, dans l’état présent, tendre par leur choc continuel à rejeter en avant les dents que nous nous efforcerions de rentrer, jouant à leur égard le rôle de plan incliné. Il faut absolument que nous obtenions un vide suffisant entre les dents de la région antéro-supérieure et les mêmes dents correspondantes de l’arcade inférieure. Pour cela nous pouvons avoir recours à l’élongation soit spontanée, soit provoquée*, des molaires de la mâchoire inférieure, réduisant ainsi simultanément deux difformités différentes, mais complémentaires Tune de l’autre. Du reste, dans le cas particulier qui nous occupe, les deux petites molaires de gauche, redressées, vont nous donner l’élévation suffisante.
L’appareil appliqué fut l’appareil que nous avons décrit plus haut et qui sera toujours le même, à l’exception des petites modifications nécessitées par le caractère particulier de chaque anomalie.
Les points fixes sont obtenus : à droite, à l’aide de la capsule métallique enveloppant trois molaires; à gauche, par des anneaux qui entourent les deux dernières molaires. L’appareil, portant exactement sur toutes les faces externes des dents, y trouve des points d'appui ; il faut excepter toutefois la deuxième petite molaire, qui est la première dent que nous allons déplacer. L’immobilité de l’appareil étant
ainsi, obtenue, nous commençons le traitement, en atti-
rant la deuxième petite molaire dans le vide laissé par
1. Je dis provoquée, car on peut également déterminer à volonté soif l’élongation, soit le raccourcissement d’une dent (voy. Émergence).
la perte de la première grosse molaire. Le jour même où nous plaçons l’appareil, nous ne posons qu’un fil de soie , remplacé quatre jours après par un fil de caoutchouc élastique n® 2, sans toutefois l’amener, du premier coup, à son maximum de tension. Tous les huit jours, nous renouvelons ce caoutchouc jusqu’à ce que la dent ait parcouru un peu plus de la moitié de l’espace qu’elle a à franchir; puis nous ne la maintenons plus que par des fils de cordonnet de soie dont l’action, moins forte, va cependant continuer, doucement, l’impulsion donnée. Nous opérons de même pour la première molaire qui va rejoindre sa congénère. Si les deux molaires se touchent, avant que la deuxième petite, déplacée, ait atteint la grosse molaire, nous répétons l’opération, ainsi qu’il vient d’être dit, une fois ces dents en contact. La série des molaires reprend alors son aspect normal, d’autant plus qu’ici la couronne de la deuxième grosse molaire reproduit [à s’y méprendre les caractères d’une première molaire.
Cette lenteur de la marche, du moins par rapport à la même dent, est inévitable toutes les fois que l’on a une grande étendue à parcourir, sans quoi l’on s’exposerait à voir la dent s’incliner sous l’effort, basculer dans l’espace vers lequel on la sollicite, surtout si le vide est dû à une avulsion récente.
L’indication est donc, dans ces cas, de procéder avec lenteur, de faire parcourir un certain chemin, puis de maintenir le résultat obtenu à l’aide de fils, dont la rétraction sous le fait de l’humidité va continuer ‘l’impulsion première, mais d’une manière beaucoup plus douce ; puis, de passer à la seconde, pour parcourir le même cercle, si cela est nécessaire.
Les dents étant ainsi réunies, nous les avons encapuchonnées comme celles du côté opposé; le temps le plus difficile de l’opération est dès lors accompli. Nous venons, du moins pour ce côté, de rétablir les petites molaires, dans leurs rapports normaux avec les dents homologues correspondantes de la mâchoire inférieure; il nous reste à rentrer les dents antérieures et à modifier la courbe anormale, que nous présente le profil de la mâchoire inférieure.
Dans ce but, les capsules de chaque côté ont été munies de plaques de métal, à surface droite, de telle sorte que la mâchoire inférieure, en se fermant, venait rencontrer les dents du haut, en laissant un vide entre les deux petites molaires. Cette disposition, qui est un inconvénient dans certains appareils, nous permettra d’obtenir, durant le redressement même des dents du haut, l’élévation qui manquait aux molaires.
L’appareil étant ainsi modifié, nous agissons sur la région incisive, en débutant par la canine; nous attirons cette dent à l’aide de tractions, obtenues par une disposition analogue à celles qui viennent d’être décrites pour la petite molaire. Nous agissons alors sur les petites incisives; nous les refoulons simultanément, en ne leur faisant parcourir qu’une certaine étendue du chemin. Lorsqu’un vide suffisant s’ est produit, entre les dents et la galerie, nous soudons un morceau d’or, formant corde, et portant sur la face antérieure de ces mêmes dents qui se trouvent ainsi maintenues.
Les grandes incisives, comme nous l’avons fait pour les incisives latérales, vont être déplacées à l’aide de pressions, obtenues par des prismes de caoutchouc, distendus, et placés entre la galerie et la face antérieure des grandes incisives, puis abandonnés à eux-mêmes. Une fois ces dernières ren-
Irées de Tépaisseur même du caoutchouc n® 3, nous rapprochons la galerie de la face externe des dents, et nous répétons l’application du caoutchouc, comme s’il s’agissait d’un premier déplacement à obtenir. Dans tous les cas, il faut avoir bien soin de se réserver le plus de points fixes possible et ne jamais entreprendre toutes les dents à la fois.
L’opération a duré quatre mois, du 9 juin au 2 octobre 1877 ; à cette époque, les dents sont entièrement redressées et sont même dans l’état d’orthognathisme le plus parfait; aucun vide n’exisle plus entre la petite incisive et la première petite molaire ; un léger intervalle sépare encore, à gauche, la deuxième petite molaire, delà première grosse. — Un appareil de maintien occupant la voûte palatine et l’extrémité libre des grandes incisives est placé le 10 octobre 1877. Cet appareil est disposé de telle sorte qu’il permette encore l’élongation des petites molaires, insuffisamment allongées.
Cet appareil de maintien a été porté pendant plusieurs mois, nuit et jour, et, n’ayant observé rien de fâcheux pendant cette période, nous ne le conseillons plus que la nuit. — Enfin, le 11 mars 1878, tout appareil est supprimé.
Observation Xlll.
Hémî-aiitéversîon latérale gauche 9"’ arcade îsupérîeure.
Fig. 35. — Avant le traitement. Fig. 36. — Après le traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
Traitement.
Mlle M... âgée de dix-neuf ans, se présente à nous au mois d’août 1875. La lèvre supérieure est courte ; les dents de l’arcade supérieure proéminent fortement. Nous avons affaire à un cas d’antéversion manifeste.
A l’examen, nous trouvons Farcade inférieure bien développée, d’une régularité parfaite, tant au point de vue de la direction des dents et de leurs rapports entre elles qu’au point de vue de la forme générale. L’arcade supérieure, évasée, déjetée en avant, laisse un espace vide de plus d’un centimètre entre les deux bords libres tranchants des médianes des deux arcades ; les dents inférieures de la région antérieure ne portent pas sur la gencive ; un vide de 7 millimètres les en sépare, ce qui ne fait qu’augmenter la difformité, car la langue apparaît continuellement entre les deux arcades et la prononciation revêt un caractère do zézaiement très accentué. En examinant plus en détail, nous remarquons que l’intervalle qui sépare les deux médianes se trouve reporté à droite du plan médian passant entre les deux centrales inférieures, de presque la totalité d’une dent, ce qui nous amène à envisager les rapports des dents de la région postérieure. En ce qui concerne les molaires de droite, tout est normal ; mais à gauche nous trouvons que la première petite molaire du haut correspond à l’intervalle de
Réduction.
Contention.
j 13 octobre 1875.
f 25 mars 1876.
I 25 avril 1876.
I 16 octobre 1876.
5 mois et 10 jours.
6 mois et demi.
la canine et de la première petite molaire du bas, espace réservé d’habitude à la canine. La deuxième petite molaire supérieure, elle aussi, se trouve en avance d’une dent et vient correspondre à l’intervalle des deux petites molaires inférieures, tandis que ces rapports existent normalement, comme on le sait, entre la deuxième petite et la première grosse molaire. Les rapports normaux des molaires gauches du haut et du bas se trouvent donc modifiés, celles de l’arcade supérieure étant toutes reportées en avant.
Traitement. — Dans cette observation , nous nous trouvons en présence d’une antéversion. Cette antéversion, d’une nature toute particulière, reconnaît pour cause une sorte de torsion unilatérale du maxillaire supérieur, torsion portant sur la région des molaires, que nous trouvons toutes en avance sur leur position normale ; un développement irrégulier du bourgeon maxillaire supérieur gauche est la cause évidente de cette difformité. L’antéversion est donc primordiale, due à une conformation vicieuse ; c’est un prognathisme de conformation, constituant ce que nous appellerons une hémi- antéversion ; et ceci est tellement vrai que, si nous rétablissons les rapports normaux à' articulé des dents supérieures avec les dents du bas, nous obtiendrons l’espace nécessaire à la réduction des dents de la région incisive, dont la ligne médiane occupera alors le plan de symétrie*
L’indication du traitement ressort de ce que nous venons de dire. C’est sur le côté gauche, seul, que nous allons avoir à opérer et que vont tendre tous nos efforts ; c’est lui qui va nous fournir l’espace, nécessaire au retour, dans leur position normale, de toutes les dents déviées de la région incisive*
Le 13 octobre 1875, un appareil, identique à celui que nous avons décrit, est appliqué. Nous devons dire ici que les quatre premières grosses molaires manquent. A la mâchoire supérieure celle de droite va nous faire défaut, en dimi-
nuant nos points d’appui ; à gauche, nous enlevons les trois racines, derniers vestiges de la dent. Nous procédons comme dans le cas précédent et avec la même lenteur au début. L’appareil de réduction posé le 15 octobre 1875 est retiré le 25 mars 1876, et notre malade, munie d’un appareil de maintien, composé d’un simple fil métallique, en demi-jonc, venant se fixer aux grosses molaires, nous quitte avec les dents, d’une régularité irréprochable : les dents du haut viennent toutes rencontrer celles du bas, suivant des rapports normaux, et l’interstice qui sépare les deux médianes supérieures, revenu dans le plan symétrique médian, correspond alors exactement à l’interstice des deux médianes inférieures. Après l’analyse, la synthèse démontre donc que nous avions raison de dire que, dans ce cas, nous nous trouvions en présence d’une antéversion asymétrique, c'esl-k-dire ne portant que sur un seul côté.
Tous les traitements avaient été tentés sans succès, et le bâillon, particulièrement, avait amené un état particulier de surexcitation chez la malade. Cette surexcitation était la conséquence obligée de la céphalalgie, due à la compression exercée par les bandes élastiques, et de la fatigue résultant d’un repos imparfait; aussitôt que la patiente se laissait aller au sommeil, elle venait, par des changements inconscients de position, heurter soit d’un côté, soit de l’autre, la tige rigide de l’appareil, et celle-ci, en se déplaçant, déterminait une gêne et même une douleur suffisante pour rappeler la malade au décubitus dorsal.
Tout autre appareil que celui employé pouvait-il nous procurer les mêmes résultats, dans le même temps, sans aucune douleur et avec aussi peu de gêne? Nous pouvons répondre hardiment que non: car on avait mis tout en
œuvre. Sans parler des inconvénients généraux, communs aux appareils que nous avons signalés plus haut, nous devons dire que, dans ces cas, les appareils à double bandeau ou à bandeau unique interne sont de toute impossibilité, la forme de la voûte palatine se modifiant incessamment par le fait même du refoulement des dents.
Dans les deux cas précités, les gencives, refoulées, recouvraient presque la totalité des faces palatines des dents anlérieures, ainsi que cela se voit sur les moulages successifs que nous avons conservés, pour marquer les étapes du traitement. Il est donc de toute évidence que, bridées entre la face postérieure des dents et le bord antérieur de la partie palatine d’un appareil, les gencives se seraient étranglées sur cetle dernière en déterminant de la douleur et même certains accidents inflammatoires. Je parle ici des appareils à double bandeau à pression antérieure. Les accidents seraient encore bien plus sérieux, si ces appareils étaient à traction postérieure , car les fils viendraient encore tracer des sillons, produire des déchirures de la muqueuse et déterminer meme de la périostite ; autant d’inconvénients et par suite de contreindications à ajouter à la gêne de ces appareils en caoutchouc, surtout dans ces cas particuliers où ils recouvrent des parties déjà saillantes.
Enfin, nous devons le dire en terminant, aucun de ces appareils ne se serait prêté, d’une façon aussi commode, aux modifications incessantes et, dans ces cas, très considérables, que l’on a été obligé d’apporter au tuteur, par suite de la marche même de la réduction.
Nous avons revu notre malade en février 1879, c’est-àdire près (le trois ans et demi après l’achèvement du traitement ; nous n’avons rien remarqué, si ce n’est peut-être
une régularité, encore plus grande, de l’ensemble de la bouche. '
Observation XIV.
Antéversion symétrique des cnnines inférieures.
Fig. 37. — Avant le traitement. Fig. 38. — Après le traitement.
SOMMAIRE
ANALYTIQUE
Réduction. |
10 février 1876.
3 mai 1877.
' 5 mois.
Traitement.
Contention.
M. D. est un homme de plus de trente-deux ans ; il se présente à notre consultation, pour nous demander s’il serait possible de remédier à une malposition des canines de la mâchoire inférieure. En dehors du désagrément esthétique qu’elle présente, la disposition vicieuse de ces deux dents, en s’accentuant de jour en jour, a amené, surtout à gauche, l’ébranlement de l’incisive latérale correspondante de l’arcade supérieure.
A l’examen, nous trouvons l’arcade supérieure parfaitement régulière, à l’exception de la petite incisive, légèrement déviée et très chancelante. A gauche, deux dents manquent à la série : la seconde petite molaire et la première grosse molaire.
A l’arcade inférieure, les dents qui existent sont assez régulièrement disposées. Cependant les deux canines sont projetées en dehors ; celle de gauche surtout est tout à fait hors rang, de teUe sorte que la première petite molaire est contiguë à l’incisive latérale. A droite, la deuxième petite molaire et la première
grosse molaire manquent ; à gauche, la première grosse molaire fait défaut ; et cependant ces vides n’ont pu amener spontanément la réduction de la difformité. N’avons-nous pas le droit d’en conclure que l’intervention de l’art est nécessaire, que nous ne devons pas, dans la majeure partie des cas, compter sur le bon vouloir de la nature, mais que nous sommes, le plus souvent, obligés de l’aider et souvent même de la forcer ?
Traîtement. — L’appareil employé ici fut celui que nous avons indiqué dans les cas précédents. La galerie se trouve toujours extérieurement située. La position relative des petits anneaux qui s’étendent d’une extrémité à l’autre de cette galerie se trouve seule modifiée. Ils correspondent ici au bord qui regarde l’extrémité libre des dents.
Nous commençons par attirer la deuxième petite molaire dans le vide laissé par l’absence de la dent de sept ans, puis nous pratiquons la même opération sur la première petite molaire. L’espace nécessaire pour placer la canine étant obtenu, nous refoulons cette dernière à l’aide de prismes de caoutchouc n® 5, dont nous varions l’épaisseur, suivant la marche de l’opération. Ces prismes, d’abord distendus, sont ensuite abandonnés à eux-mêmes et viennent ainsi exercer une pression considérable, dans le sens antéro-postérieur. La même disposition de traitement réduit promptement la canine de droite moins saillante. L’appareil a parfaitement bien fonctionné; il ii’a amené aucun arrêt dans les occupations très actives du client. A peine visible, il est passé inaperçu mêmes pour les membres de la famille.
Enfin, l’appareil, posé le 10 février 1877, a été retiré le 5 mai 1877, les dents ayant parfaitement recouvré leur harmonie et leurs rapports normaux. Les dents de l’arcade supérieure ont dans ce cas favorisé et maintenu la réduction.
Je ne crois pas que nous puissions attribuer l’ébranlement de l’incisive à l’élongation de la canine ; je crois plutôt
que c’est l’inverse que nous devons admettre. En effet, cette dent n’étant pas la seule qui présente cette particularité, il est plus logique d’en faire remonter la cause à une affection du périoste. Nous ajouterons que la canine, ne rencontrant plus dans cette dent antagoniste la résistance susceptible de la maintenir, s’est allongée ainsi qu’elle l’aurait fait, si un espace vide se fût trouvé devant elle.
Nous avons revu et nous revoyons assez souvent le patient. Rien, jusqu’ici, n’est venu modifier la régularité obtenue ; ce qui nous permet, vu le temps écoulé (cinq ans), de croire à la fixation définitive des dents redressées.
Observation XV.
Rétroversion totale de la rég^ion incisive.
SOMMAIRE
ANALYTIQUE
Traitement. {
[ Réduction.
l Mars 1860. | ( Avril 1860. j
1 2 mois
( Contention.
Chez le jeune R..., sujet de quatorze ans, les dents de la région antéro-supérieure sont recouvertes par les dents du bas ; elles ont gardé toutefois une disposition régulière et normale, dans leurs rapports réciproques, sauf cependant pour la petite incisive droite, qui se trouve en rotation incentrique latérale. Deux dents manqurt'nt à la série, à gauche une petite molaire, à droite une première grosse molaire; et cependant aucun vide n’existe. Ces dents ont été enlevées en
province comme moyen de traitement. A la mâchoire inférieure, la série des dents est complète et régulière, sauf cependant pour les secondes petites molaires de chaque côté, qui se déjettent en dedans; résultat de l’extraction prématurée des grosses molaires temporaires. Nous ferons remarquer que toutes les dents de la région antérieure sont fortement inclinées en dedans, de telle sorte que leur face postérieure rencontre, sur toute leur étendue, la face antérieure des dents supérieures.
Comme il était ficile de s’y attendre, les rapports des deux arcades sont modifiés dans le sens de leur engrènement réciproque. Les pointes des canines supérieures correspondent, à gauche, à l’interstice des deuxièmes petites molaires ; à droite, on les trouve un peu ên arrière du milieu de la première petite molaire.
Traitement. — Au point de vue du redressement, nous n’avons eu qu’à nous occuper de l’arcade supérieure, qui à elle seule constituait la difformité. La réduction des molaires du bas en inclinaison latérale interne ne nous ayant pas été demandée, l’appareil employé a été comme toujours l’appareil à galerie externe, précédemment décrit; il a été posé en mars 1860. Au bout de deux mois à peine, en avril de la même année, nous quittions le sujet, avec les dents parfaitement régulières ; les dents de la région incisive recouvraient de 5 millimètres les dents homologues correspondantes de l’arcade inférieure, aucune élongation des molaires ne s’étant produite, grâce à la disposition de l’appareil employé.
Nous sommes loin, comme on le voit, des résultats même favorables obtenus dans le traitement de cette difformité par tout autre appareil. Généralement tout ce que l’on peut obtenir est de faire rencontrer bout à bout les dents. Heureux, si un écart ne se montre pas entre les rebords tranchants des dents antagonistes!
Observation XVI.
Rétpovrersîon des quatre incisifs, compliquée de latéri version des médianes.
Fig. 43. — Avant le traitement. Fig. 44. — Après le traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
Traitement. |
Réduction. |
1 Décembre 1862.
' Février 1862.
1 3 mois.
Contention.
Chez Mlle R..., âgée de treize ans, sœur du précédent, toutes les dents de la région incisive sont en rétroversion, à l’exception cependant de la canine droite, qui se montre en dehors de l’arc parabolique et forme défense. De plus, les deux incisives centrales chevauchent l’une sur l’autre ; celle de gauche recouvre celle de droite de plus de trois millimètres.
A la mâchoire inférieure, toutes les dents sont régulièrement disposées; une seule, la première grosse molaire de droite, a été extraite, certainement avant
l’apparition de la seconde, car cette dernière est venue en occuper la place, sans laisser aucun vide entre elle et la deuxième petite molaire. Les dents de la région incisive inférieures présentent encore, mais toutefois a un degré moindre, cette inclinaison en dedans que nous avons signalée.
Traitement. — Dans ce cas encore, notre appareil a eu un plein succès, bien que la difformité à redresser fût plus complexe. Nous avions à traiter, en effet, non seulement la rétroversion de la presque totalité de la région incisive, mais encore l’antéversion de la canine et le chevauchement de l’incisive centrale gauche.
L’appareil, ainsi que le montre le résultat obtenu, a parfaitement répondu à toutes ces indications.
La rétroversion et la latériversion ont été réduites à l’aide de tractions appropriées, et l’antéversion de la canine a cédé, sous l’effort de prismes de caoutchouc comprimé, dont la force d’expansion agissait sur la canine, en prenant son point d’appui sur la galerie. Et, nous devons le faire remarquer en passant, ces deux pressions, exercées en sens inverse, loin ’ de nuire au bon fonctionnement de l’appareil, lui sont au contraire favorables. En effet, ces tractions en sens contraire, pour ainsi dire complémentaires l’une de l’autre, se neutralisent, de telle sorte que l’effort exercé sur les points d’appui se trouve diminué et n’est plus représenté que parla différence des deux puissances.
Après trois mois de traitement, la jeune personne nous quittait, avec l’arcade supérieure parfaitement régulière, ainsi que le montrent les figures n“®45et 45, représentant le moulage, pris deux mois après la fin du redressement.
Observation XVII.
Hémî-rétro version latérale gauelie, compliquée d’antéversion de la canine droite.
Fiff. 45. — Avant le trailcmenl.
Fig. 40. — Après le trailemcnt.
Fig. 47. — Avant le traitement.
Fig. 48. — Après le traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
/ Réduction.
Traitement actif. )
( Contention.
arc. sup.
arc. inf.
16 novembre 1875. | 6 mars 1876. )
21 avril 1876. I
10 juin 1876. (
5 mois.
2 mois.
Le sujet qui va nous fournir cette observation est un jeune homme, âgé de dix-neuf ans, grand, fort, bien développé, chez lequel la rétroversion se montre
encore plus accentuée que dans les cas précédents. Les dents sont très volumineuses; les incisives médianes mesurent plus d’un centimètre de largeur. Toutes les dents de cette région, ainsi que les molaires de gauche, sont en rétroversion, avec exagération de la difformité pour la petite incisive, située encore plus en arrière et recouverte par la médiane de près de 1 millimètre. A droite, la canine est en dehors de l’arcade formant une véritable défense; à gauche, la première petite molaire manque.
A la mâchoire inférieure, les incisives recouvrent presque entièrement celles de l’arcade supérieure. Toutes les dents de cette arcade sont, d’ailleurs, assez régulièrement disposées. A droite, cependant, la courbe s’infléchit légèrement en dedans ; à gauche, la dépression, portant sur les deux petites molaires inclinées en dedans, se fait sentir brusquement. Cette difformité est rendue encore plus sensible par la saillie de la canine, qui, située presque .dehors son rang, s’incline en avant et chevauche sur l’incisive latérale. Dans ce cas encore, la région incisive inférieure présente une légère inclinaison, dans le sens antéropostérieur.
Dans le^ rapport des deux arcades, nous l’avons dit, les dents du bas recouvrent les deu^^îîers des dents du haut ; les rapports normaux du côté droit sont conservés. Mais, à gauche, ils sont reportés d’un rang d'articulé, en arrière, de telle sorte que la canine du haut correspond à l’interstice des deux petites molaires du bas, et ainsi de suite pour le reste de la série. Nous pourrions donc dire que nous sommes en présence d’une rétroversion asymétrique unilatérale gauche.
Traitement. — Ici encore, le mode de traitement a été le même que précédemment ; le même appareil, placé le 16 novembre 1875, nous a servi de point d’appui, tant dans les tractions que dans les pressions que nous avons eues à exercer.
Les deux premières grosses molaires de la mâchoire inférieure étaient cariées ; nous avons pratiqué l’extraction, ce qui a facilité notre tâche, sans nuire au sujet, car ces dents étaient cause d’abcès alvéolo-dentaires, revenant périodiquement. Du reste, ces extractions ont été pour nous une source d’instructions, en nous permettant d’apprécier la résistance que nous aurions à vaincre; en effet, ces dents, pourvues de raeines proportionnées à leur volume, étaient d’une solidité exceptionnelle.
Ces extractions, faites au début du traitement, nous ont permis d’appliquer sur l’arcade inférieure, immédiatement après la réduction des dents du haut, un appareil en tous points semblable à celui posé sur l’arcade supérieure et prenant ses points fixes par le même procédé. Cet appareil nous a permis d’obtenir du 21 avril au 15 juin, c’est-à-dire en moins de deux mois, le refoulement de la canine et le redressement des deux petites molaires , inclinées en dedans. Pour celte arcade, comme pour l’arcade supérieure, l’appareil, outre ses points d’attache sur les grosses molaires, venait emprunter un point d’appui sur chaque dent régulièrement disposée.
Le refoulement de la canine supérieure droite a été obtenu, ainsi que nous l’avons dit dans les observations précédentes, en faisant varier la grosseur des prismes de caoutchouc proportionnellement au chemin parcouru, sans jamais dépasser l’épaisseur du n® 5 ; on avait toujours soin d’en régulariser l’action, à l’aide de petites saillies métalliques qui, emboîtant les prismes sur les côtés, les guidaient et les forçaient ainsi d’épuiser leur action, suivant une direction déterminée à l’avance. Dans ce cas particulier, les' efforts déployés pour amener le déplacement des organes ont été considérables; 011 peut les évaluera une force de 4 kilogrammes, agissant d’une façon constante sur chaque dent. En effet, nous avons été obligé, vu la résistance rencontrée, de doubler les forces mises enjeu, c’est-à-dire que, les premiers fils n® 2 étant en place, nous en disposions un second immédiatement au-dessous, doublant ainsi l’action du premier. Quant à la pression exercée pour le refoulement de la canine, on peut l’évaluer à plus de quatre kilogrammes, le n® 3 ayant été utilisé en son entier. — C’est à l’aide de ces
moyens énergiques que nous avons pu obtenir, au bout de sept mois, la réduction totale des deux difformités, ainsi que le montrent les figures 47 et 49, qui reproduisent le moulage de la mâchoire, pris trois mois après la fin du traitement.
Dans ce cas particulier surtout nous pouvons affirmer, étant donné les difformités premières , qu’aucun appareil mis en usage ordinairement n’aurait pu produire de tels effets et donner des résultats aussi prompts et aussi complets.
Observation XVllI.
Rétro version des incisives supérieures, compliquée d’hétérotopie des deux canines.
Fig. 49. — Avant le traitement. Fig. 50. — Après le traitement.
SOMMAIRE
ANALYTIQUE
1 Réduction. |
15 novembre 1868. )
tT *
Traitement. ,
25 février 1869, )
5 mois.
Contention.
Chez ce jeune collégien de quinze ans, les incisives supérieures sont en rétroversion et recouvertes, aux trois quarts, par les dents inférieures ; les incisives latérales sont séparées des premières petites molaires par un espace qui atteint à peine un millimètre, de telle sorte que les canines sont absolument en dehors de l’arcade.
Rien de particulier à la mâchoire inférieure, sinon que les deux canines, surtout celle de droite, sont un peu projetées en avant et chevauchent légèrement sur les incisives.
Traitement. — Le redressement s’est fait comme pour les cas précédents. Le traitement, commencé le 15 novembre 1868, est achevé le 25 février 1869. Au moment où nous retirons l’appareil, l’arcade supérieure est alors parfaitement régulière et le même vide de deux millimèires, qui primitivement existait entre la face antérieure des incisives centrales et le rebord des dents homologues de la mâchoire inférieure, se trouve maintenant exister entre la face antérieure des incisives centrales du bas et le bord libre des incisives centrales supérieures ; les canines sont réintégrées dans l’arcade, qui a recouvré sa forme parabolique normale.
La mâchoire du bas a été abandonnée à elle-même, vu le peu d’apparence de la difformité ; elle s’est redressée spontanément, une fois soumise à l’action des dents de l’arcade supérieure.
Le frère et la sœur, chez lesquels une malformation presque analogue existait, nous ont été amenés, il y a à peine trois semaines, et cependant la réduction complète se trouve aujourd’hui déjà opérée. — C’est dire l’heureux résultat obtenu, et le bon souvenir laissé dans l’esprit des parents par une précédente opération qui remontait à plus de onze ans.
Observation XIX.
Rétroversion symétrique des médianes supérieures.
SOMMAIRE
ANALYTIQUE
f Réduction.
25 octobre J 876. )
1 mois.
Traitement.
6 décembre 1876. |
( Contention.
Celte observation porte sur un sujet entré à Hiopital Beaujon pour une arthrite suppurée du genou, et sur lequel M, le professeur Dolbeau un avait prié d'appliquer un appareil, pour la réduction des deux incisives centrales entière^ ment en rétroversion.
Jeune homme de vingt-six ans, blond, trapu ; l’arcade alvéolaire est parfaitement développée et présente même une dimension exagérée, car elle mesure, de la face interne d'ime grosse molaire à l’autre, 4 centimètres et demi.
Les dents sont solidement plantées et résonnent à la percussion ; les incisives médianes sont imbriquées l’une sur l’autre, et tellement serrées qu’on les dirait incrustées l’une dans l’autre. 11 existe, en effet, une petite dépression dans la face antérieure de l’incisive droite, dépression dans laquelle se loge la face postérieure de l’incisive gauche.
Traitement. — Une fois le tuteur en place, nous constatons qu’il nous est de toute impossibilité de faire passer un fil de cordonnet de soie dans les interstices des dents à redresser, tellement ces dernières sont serrées les unes contre les autres. Sans plus de résultat, nous essayons un fil à ligature. Nous sommes alors obligé de tourner la difficulté. Le
passage obtenu, ces dents s’ébranlèrent sous l’effort du
caoutchouc n® 2. Mais, une fois ce premier pas fait, elles demeurèrent stationnaires , et ce ne fut qu’en doublant la force, c’est-à-dire en appliquant deux anses de caoutchouc, que nous pûmes arriver à les mobiliser. Ce traitement, commencé le 25 octobre 1876, est terminé le 6 décembre de la même année, c’est-à-dire un mois et quelques jours après le début du traitement; tout appareil est alors enlevé, les dents ayant recouvré leur position normale. — Les deux dents ont été menées de front, et la force de traction exercée d’une façon permanente sur chacune d’elles peut être évaluée à quatre kilogrammes.
Ce cas est remarquable par la solidité avec laquelle ces dents étaient implantées; ces organes semblaient faire corps avec le maxillaire, et nous pouvons affirmer que nul autre appareil, avec les moyens de fixité que nous leur connaissons, n’aurait pu résister à cette force de traction de plus de huit kilos agissant constamment.
Observation XX.
Rétroversion symétrique des médianes supérieures.
Fig. 53. — Avant le traitement.
Fig. 54. — Après le traitement.
SOM.MAmE ANALYTIQUE.
Traitement.
Réduction.
Contention.
12 décembre 1875. | 4 janvier 1876. )
3 semaines.
Chez le jeune L...., sujet de treize ans, l’arcade présente un diamètre exagéré ; la distance qui sépare les faces internes des deux premières grosses molaires est de plus de 4 centimètres ; la forme ogivale de T’arcade n’existe pas, c’est plutôt un arc de cercle, aplati en son milieu.
Les incisives médianes, en rétroversion, présentent une dimension insolite; elles mesurent un centimètre de largeur. Les latérales manquent, et les canines sont contiguës, sans aucun intervalle ; le reste de la série des dents est normal. — Rien à remarquer du côté de l’arcade inférieure.
Traitement. — L’appareil, appliqué le 12 décembre 1875, est le même que précédemment ; il est retiré le 4 janvier 1876, c’est-à-dire après un traitement de moins d’un mois, puisque nous ne commençons les tractions à l’aide des fils élastiques que six ou huit jours après l’application de l’appareil.
Les dents ont été et sont restées parfaitement redressées, ainsi que nous le montre la reproduction du moulage, que nous venons de prendre en décembre 1878^ c’est-à-dire deux ans après la fin du traitements
Observation XXI.
Rétroversion symétrique des incisives latérales , compliquée de rotation încentrique latérale des médianes^ avec antéversion de la canine droite.
Traitement.
Réduction.
Contention
SOMMAIRE ANALYTIQUE
t 8 mai 1874.
( 10 août 1874.
3 mois.
Mlle C..i est âgée de quinze ans. Ce qui frappe à première vue, à l’examen de la bouche, c’est la rétroversion des incisives latérales. L’incisive de gauche est encore apparente, l’espace existant entre la canine et la médiane de gauche étant de près de 7 millimètres, mais celle de droite est entièrement cachée, car un vide d’à peine 3 millimètres sépare la médiane de droite de la canine, qui se trouve faire saillie en avant et dans une position telle, que sa pointe se porte en dehors et en haut. L’incisive latérale se trouve donc entièrement cachée et de plus située tellement en arrière de l’arcade, qu’une distance d’un centimètre sépare sa face antérieure de l’extrémité libre de la canine.
La médiane droite, elle aussi, se trouve modifiée dans ses rapports ; elle est un peu en rotation sur son axe. — Rien de particulier à signaler pour l’arcade supérieure.
Traitement. — Dans ce cas compliqué, l’appareil nous a encore donné les meilleurs résultats.
Il nous faut en effet :
1° Trouver l’espace nécessaire au casement des 2 incisives latérales ;
2° Réduire la rétroversion de ces deux dents ;
5" Réduire l’antéversion de la canine;
4^" Enfin réduire la rotation de la médiane de droite.
Dans le cas présent, la réduction de la rétroversion n’était pas sans difficulté : car, si fincisive de gauche n’avait que peu de chemin, c’est-à-dire un espace de 4 millimètres, à franchir pour venir retrouver l’alignement, il n’en était pas de même pour celle de droite, qui devait franchir une distance d’un centimètre.
Nous avons commencé par faire ressortir la canine de gauche, qui était trop serrée entre les dents du bas, et créé ainsi l’espace nécessaire à l’incisive latérale de gauche. Puis, la canine, l’incisive latérale et la centrale reposant toutes trois sur l’arc de cercle de notre appareil, nous avons réduit la rotation axile de la médiane droite, ce qui nous a fourni l’espace nécessaire au casement de la petite incisive de droite. Quant à l’antéversion de la canine, le refoulement en a été obtenu par le même mode de traitement que dans les exemples analogues précités.
Ces réductions, comme on le voit, sont des cas très compliqués et, cependant, l’appareil a répondu à toutes les exigences. — Enfin, le traitement, commencé le 8 mai 1874, a été terminé avec un plein succès le 10 août de la même année, et cela sans que nous ayons eu besoin d’avoir recours à aucune extraction.
Observation XXII.
Rétroversion isolée d’une incisive médiane gauche.
Fig. 58. — Avant le traitement. Fig. 59. — Après le traitement.
Traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
( 8 décembre 1877. )
Réduction. I U décembre 1877. j
Contention. — 0 —
6 jours.
En novembre 1877, Mlle D...., âgée de neuf ans, est amenée à notre consultation. Nous remarquons, à la mâchoire supérieure, l’incisive médiane gauche en rétroversion ; le reste de l’arcade est assez régulièrement disposé, bien que les latérales présentent une légère rotation sur leur axe, anomalie qui, disons-le en passant, disparaîtra par la suite et sans traitement. A la mâchoire inférieure, l’incisive latérale gauche se trouve également en rétroversion ; elle occupe, par suite, un plan encore postérieur à celui de l’incisive supérieure qui vient, en raison de cette disposition, pénétrer à la façon d’un coin entre les deux incisives latérales gauches du bas.
Traitement. — Bien qu’irrégulièrement situées à première vue, ces deux dentSj prises isolément, ont, comme on le voit, conservé entre elles leurs rapports normaux ; les désordres du bas sont consécutifs à la première déviation, qui a entravé la latérale inférieure dans son évolution régulière en avant.
Nous avons donc fait porter tous les efforts de la réduction sur l’incisive supérieure, persuadé que la latérale infé-
rîeuro, vu l’âge du sujet, tendrait à reprendre d’elle-mêrne sa position régulière.
C’est toujours à l’aide du même appareil et des mêmes moyens d’action, appliqués sur les dents de l’arcade supérieure, que nous avons opéré. L’appareil a été posé le P'*dé- , cembre 1877, les tractions à l’aide du caoutchouc n’ont été exercées que le 8, et cependant le tout a été retiré après réduction complète le 14 du même mois, c’est-à-dire, en nous rappelant ce que nous avons dit plus haut, après un traitement effectif de six jours. Nous avons revu depuis le sujet, et non seulement nous avons trouvé la dent redressée parfaitement à sa place, mais encore, et comme nous l’avions prévu, la latérale inférieure avait achevé d’elle-même son entière évolution en avant.
Observation XXlll.
Rétroversion isolée d’une incisive médiane droite.
Traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
Iléductioii.
Contention.
l®*" juillet 1875. |
8 juillet 1875. )
8 jours.
Mlle B..., âgée de 8 ans, nous est présentée le 20 juin 1875. A l’examen delà Louche, nous trouvons une évolution un peu eu retard, du moins pour l’or-
cade supérieure, où les incisives médianes ont seules apparu. Les latérales sont même encore assez profondément situées, bien que les dents de lait correspondantes soient tombées depuis quelque temps. L’incisive médiane de droite, en rétroversion, vient s’introduire, par le fait du rapprochement des deux arcades, entre les incisives médiane et latérale de la mâchoire inférieure. De plus, cette dent s’est éloignée de sa parallèle, en se reportant vers la canine, dont elle est séparée par un espace d’à peine 2 millimètres.
Traitement. — Le 28 juin, nous apposons un appareil; trois jours après, le l®*" juillet, nous plaçons les caoutchoucs destinés à opérer la réduction et, à la visite suivante, c’est-àdire huit jours après, la dent se trouve avoir franchi l’arcade inférieure, est au niveau de sa congénère et rapprochée de la ligne médiane.
Ici, comme dans le cas précédent, nous ne nous sommes nullement occupé de l’incisive latérale du bas, comptant sur une réduction spontanée qui, surtout à cet âge, ne manque jamais, puisque c’est l’achèvement d’un processus normal. Ces deux cas, en effet, nous montrent les dénis du bas ayant évolué, suivant la position anatomique qu’elles occupent dans le maxillaire ; une dent mal placée de l’arcade supérieure est venue, qui les a empechées de se porter en dehors, mais, l’obstacle ayant disparu, la nature reprend ses droits et le reste de l’évolution s’achève normalement.
Observation XXIV.
Rétrover*$ioii, iiaiolée, dHiiie incisive latérale droite, compliquée d’antéversion de la canine et des molaires droites.
Fig. 62 et 65. — Avant le traitement.
Fig. 64. — Après le traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
[ Réduction
1 20 mars 1875.
> 5 mois.
Traitement.
( 15 juin 1875.
( Contention.
Le 8 mars 1875, Mlle D. . ., âgée de 16 ans, nous est présentée pour nous demander la réintégration dans l’arcade, et au niveau des autres dents, de l’incisive latérale droite, située dans un plan tout à fait postérieur et entièrement
masquée par les dents voisines. Les deux canines font légèrement saillie; celle de droite, en hétérotopie, se trouve rapprochée de la médiane, laissant à peine entre elle et cette dernière un espace de 5 millimètres ; le reste de l’arcade est régulier.
Rien de particulier à signaler à la mâchoire inférieure. ^
Si nous examinons les rapports de ces deux arcades entre elles, nous les trouvons réguliers à gauche, mais à droite nous voyons la canine et la série des molaires reportées en avant correspondre juste aux dents homologues inférieures, c’est-à-dire toutes d’une demi-dent d'articulé en avance sur leurs rapports réguliers. De ce même côté, la première grosse molaire manque, ou du moins il ne reste que des racines.
Traitement. — Le 20 mars, nous posons notre appareil.
L’espace nécessaire au refoulement destiné à faire rentrer les petites molaires et la canine dans des contacts normaux avec les dents du bas est emprunté au vide produit par l’absence de la dent de sept ans, dont nous avons enlevé les racines restantes. Opérant ainsi que nous l’avons dit plus haut , nous attirons successivement chacune de ces dents, jusqu’à ce qu’elles viennent reprendre leur position normale, c’est-à-dire correspondre aux interstices des dents du bas. C’est là le temps le plus compliqué et le plus long de l’opération.
L’espace ainsi obtenu, il ne nous reste plus qu’à porter en avant l’incisive latérale, ce qui se fait rapidement. Nous profitons de l’appareil pour replacer dans la courbe paraboue l’incisive latérale gauche qui formait une légère dépression. Enfin, le 15 juin 1875, c’est-à-dire après trois mois à peine de traitement, l’arcade ayant recouvré une régularité parfaite et le vide de la dent manquante se trouvant réduit à deux millimètres, nous retirons l’appareil. Plusieurs fois depuis il nous a été donné de revoir le sujet, et rien n’est venu modifier l’heureux résultat obtenu.
Observation XXV.
Rétroversion asymétrique; — arcade supérieure : médiane gauche et latérale droite 5 — arcade inférieure : latérale droite 9 avec hétérotopie de la canine.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
Traitement. <
Réduction.
Contention.
Arc. sup.
Arc, inf.
|i 16 octobre 1860.
\ 25 novembre 1860.
I 24 novembre 1 860.
( 29 décembre 1860.
2moisetdemi.
Jie jeune B..., âgé de treize ans et demi, a les arcades dentaires bien développées. Cependant, le renouvellement complet des dents n’est pas entièrement achevé ; les deux canines sont en retard, celle de droite dépasse la gencive de quelques millimètres, et celle de gauche pointe à peine; la dent de lait correspondante persiste, l’incisive latérale de gauche et la latérale de droite sont en rétroversion ; le reste de l’arcade est régulier.
A la mâchoire inférieure, l’incisive latérale droite est également en rétroversion, de telle sorte qu’entre l’extrémité de son bord libre et la face postérieure de la dent homologue du haut il existe un espace de deux millimètres. La canine, en hétérotopie, se trouve reportée vers la ligne médiane, laissant de chaque côté, entre elle et les dents voisines, un intervalle de deux millimètres en avant et de trois en arrière. La canine de gauche est légèrement en rotation ; un petit vide existe entre chaque dent de la région des molaires ; la première grosse molaire manque, la dent de douze ans sn est venue prendre la place.
Traitement. — Le traitement suivi et Fappareil employé fut le même que pour les cas précédents, sauf quelques petites modifications inhérentes à chaque* type.
Comme début de traitement, nous commençons par enlever la canine de lait, puis, le 15 octobre 1860, l’appareil est mis en place. La réduction de l’arcade supérieure s’opère rapidernent; la durée ne dépasse pas quatre semaines. Le 25 novemlire, nous enlevons l’appareil et, passant à la mâchoire inférieure, nous appliquons le 24 novembre un appareil identique à celui du haut. Nous débutons par refouler la' canine en arrière; utilisant les vides existant entre les molaires, puis, un intervalle suffisant étant produit entre la canine et l’incisive médiane, nous attirons l’incisive latérale contre la galerie du tuteur. — Cette opération dure trois semaines environ, c’est-à-dire jusque vers le 29 décembre de la même année, époque à laquelle tout appareil est enlevé.
Le sujet a aujourd’hui trente-trois ans. Nous avons pu le revoir depuis ; il s’est fait extraire en xVngleterre la première grosse molaire du bas, déjà malade à cette époque, mais rien n’est modifié dans l’harmonie et la régularité des dents de la région antérieure. Ces dénis ont conservé la parfaite régularité à laquelle nous avions su les ramener.
Observation XXVL
Rétroversion quadruple asymétrique (médiane, deux laté- ^..rales, première petite molaire gauche) compliquée d’hétérotopie de la cauiiie» Arcade inférieure» — Rétroversion isolée ; incisive latérale droite» \
SOMMAIRE ANALYTIQUE
Traitement.
Réduction
Contention.
26 novembre 1875.
28 mars 1876.
4 mois.
Lejeune D. ., âgé de Ib ans, élève du lycée Louis-le-Grand, nous est amené par son père.
A première vue, nous trouvons, à l’arcade supérieure, six dents en anomalie de position; les deux incisives latérales, l’incisive médiane gauche et la première petite molaire sont en rétroversion.
De plus, la canine, en hétérotopie, est située immédiatement en avant de la
place que devrait occuper la petite incisive ; celle-ci se trouve implantée dans le palais, à une distance de plus d’un centimètre en arrière.
A la mâchoire inférieure, le désordre est moins grand ; l'incisive latérale droite est en rétroversion ; la petite incisive du haut vient s’interposer entre elle et la canine du bas, qui est rapprochée de la ligne médiane ; les autres incisives ne sont pas très régulièrement disposées ; les secondes petites molaires ne sont pas encore apparues, les dents temporaires persistent.
Traitement. — Nos points d’appui établis comme il a été dit précédemment^ la réduction est opérée dans Tordre suivant : incisive médiane gaucho, incisive latérale droite, puis petite molaire; sous l’action des forces mises en jeu, le redressement marche très rapidement. Nous modifions alors Tappareil de telle sorte que la capsule de gauche encapuchonné la première petite molaire en augmentant ainsi la résistance de notre hase d’opération.
Les incisives étant amenées au contact de bandeau, nous les fixons à Taide de fils de soie, pour donner encore plus de fixité à l’appareil, nous permettant ainsi d’augmenter nos moyens d’action sur la canine, plus difficile à mettre en mouvement. Une fois l’espace suffisant obtenu par le refoulement de cette dernière, nous attirons la petite incisive qui, elle aussi, vient se ranger sur le cercle.
Gomme on le voit, notre appareil a parfaitement fonctionné dans ce cas très complexe de réduction, où nous avions à obtenir des combinaisons de mouvements très variés. De plus, nous pouvons dire que nous avons été aussi rapidement que le comportaient les complications de l’opération. 11 s’agissait, en effet, de faire mouvoir plus de cinq dents, dont deux, la canine et l’incisive latérale, avaient à franchir des espaces de plus d’un centimètre; Tappareil, posé le 25 novembre 1875, a été retiré le 28 mars 1876, c’est-à-dire après quatre mois de traitement.
Les dents du bas n’ont pas été traitées; elles présentaient une difformité relativement moindre, et les parents n’en ont pas demandé le redressement.
Nous avons revu tout dernièrement ce jeune homme, qui a aujourd’hui vingt. ans. La réduction s’est maintenue; on peut dire même que les rapports des arcades se sont amélio-. rés, en ce sens que les dents, qui, immédiatement après le traitement, présentaient des inégalités de longueur, dues à leur malposition, se trouvent toutes aujourd’lmi parfaitement régulières, à tous ies points de vue. Pour l’arcade inférieure, l’incisive latérale droite, abandonnée à elle-même, n’étant plus gênée dans sa progression en avant par la dent du haut, qui venait s’interposer comme un coin entre elle et la canine, s’est aussi presque casée dans le cercle. Quant à l’espace, il a été fourni par les deux petites molaires qui sont venues remplacer les dents de lait, persistant encore lors du traitC’ ment.
Nous terminerons en ajoutant que le traitement n’a en rien entravé les études du jeune homme, qui, comme tous ses camarades, a pu sans aucun souci, sans douleur et l’on peut même dire sans gêne, vaquer à toutes ses occupations de collégien.
Observation XXVII.
Hémî-rétroversîon incomplète de la région incisive
gauche.
Fig. 70. — Avant le traitement. Fig. 71. — Apres le traitement.
Traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
, ( 25 octobre 187o.
( Réduction. \ . .or,.- i
} I 15 décembre 187o. \
Contention. — 0 —
48 jours.
Mlle B..., âgée de seize ans, nous est amenée en consultation, au sujet de ses dents mal rangées. A l’examen nous trouvons trois dents en rétroversion, savoir : les médianes et la latérale de gauche, constituant presque une hémirétroversion; à* droite, l’incisive latérale est légèrement en rotation. Le reste de la série est normal; cependant les petites molaires de droite sont dans un étal déplorable. A l’arcade inférieure, l’incisive de droite se trouve en rétroversion et un peu en rotation en dedans (conséquence immédiate de la déviation du haut) ; ici encore les grosses molaires sont en mauvais état.
Traitement. — Nous appliquons l’appareil réducteur et, en raison du mauvais état des molaires, nous coiffons également la seconde grosse molaire de droite. Ici, de même que dans tous les cas où cela est nécessaire, l’appareil se trouve muni de petits patins en dent d’hippopotame, destinés à élever l’articulé juste de la quantité nécessaire pour le passage des dents à réduire. L’appareil, posé le 25 octobre 1875, est rétiré le 15 décembre de la même année, après réduction complète.
Nous ne nous sommes nullement occupé de l’arcade inférieure, dont la régularisation ne nous a pas été demandée et que le temps s’est, du reste, chargé d’opérer.
Comme nous le voyons, cette réduction, vu l’âge du sujet, a marché avec une rapidité étonnante : car, si nous faisons la déduction des huit jours, presque reglementaires, durant lesquels nous laissons l’appareil en place sans exercer aucune traction, nous avons une période de quarante jours, représentant un total de six visites.
Observation XXVIII.
Hc^mi-rétroveri^iioii de la rég^ioii incisive g^auehe.
Fig. 72. — Avant le traitement. Fig. 73. Après le traitement.
Traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
Réduction.
Contention.
28 décembre 1872.
10 mars 1873.
3 mois.
Au mois de décembre 1872, Mme P..., figée de trente ans, se présente à notre consultation, en nous demandant de lui régulariser à l’aide de la lime les dents de l’arcade inférieure, qui s’allongent trop. A l’examen, nous trouvons, pour l’arcade supérieure, quatre dents en anomalie de position : les deux médianes, une latérale gauche, puis la canine du même côté. Toutes sont situées en arrière des dents du bas, qui se sont allongées, en formant une gradation ascendante de la médiane droite à la canine gauche, de telle sorte que l’incisive
latérale supérieure gauche se trouve à peine visible sur un quart de son étendue. Le reste de l’arcade supérieure est parfaitement régulier.
L’arcade inférieure présente cette irrégularité en élongation, que nous venons de signaler. On y trouve, en outre, deux intervalles : l’un, à droite, entre les incisives médiane et latérale, dans lequel, lors du rapprochement des deux arcades, s’introduit l’incisive médiane supérieure droite, que l’on peut regarder comme étant en rotation ; l’autre, à gauche, entre la canine et la première petite molaire, diastema servant au passage de la canine du haut. — Les dents sont très bonnes et solidement plantées.
Traîtemeut. — Après examen, nous dissuadons notre cliente de l’opération. Si nous eussions voulu, en effet, mener une ligne horizontale partant de l’incisive médiane de droite, en admettant les circonstances plus favorables, nous aurions, si nous n’avions pas préparé une porte d’entrée à la carie, provoqué sûrement une sensibilité aux agents extérieurs, sensibilité qui pouvait amener une irritation des plus compromettantes pour la vie des organes. 11 était d’ailleurs assez probable que la pulpe d’une ou deux dents serait mise à nu.
Notre cliente, qui avait déjà pris l’avis d’un confrère, arriva, non sans résistance, à partager notre manière de voir; enfin le redressement fut accepté.
L’appareil, appliqué le 28 décembre 1872, a été retiré le 10 mars 1875, après un succès complet. Dans ce cas, les tractions exercées ont encore été considérables ; le fil de caoutchouc n" 2 a été doublé sur toutes les dents.
Nous avons revu tout dernièrement cette dame, qui nous a rappelé avec plaisir ses craintes et celles de son entourage, nous rappelant les paroles qu’elle nous adressa à cette époque : « Etes-vous bien sûr de réussir? Donnez-moi une certitude, sans quoi nous sommes perdus tous les deux : mon mari^ tout le monde enfin est contre nous. »
Le succès est venu nous donner raison, et depuis six ans aucun dérangement ne s’est produit, aucune carie ne s’est manifestée sur les dents, qui possèdent leur solidité normale. Les dents de l’arcade inférieure se sont même régularisées, sous les efforts des dents du haut ; les vides se sont comblés et les dents présentent un niveau régulier.
Observation XXIX.
Rotation abcentrîque médiane d’une incisive
centrale grandie.
SOMMAIRE
ANALYTIQUE
3 mars 1876.
27 avril 1876.
2 mois.
Réduction. <
5 mai 1876.
Traitement.
8 mai 1876. |
3 août 1876. !
5 mois.
[ Contention.
Mlle S..., âgée d’au moins seize ans, nous est présentée en février 1876. — Toutes les dents de la région des molaires sont bonnes et bien rangées, mais à la région des incisives nous remarquons une légère dépression de l’incisive centrale droite et une saillie anormale très accentuée de la gauche, saillie qui donne un espace de plus de 6 millimètres, séparant les deux angles homologues des dents symétriques, f/angle médian seul se trouve reporté en dehors et en haut, l’angle latéral a conservé ses points de contact avec l’incisive
latérale voisine. En un mot, nous nous trouvons en présence d’une rotation abcentrique médiane.
Celte dent soulève la lèvre^ vient se loger dans une dépression qu’elle s’y est creusée et détermine de fréquentes érosions de la muqueuse, lésions excessivement pénibles pour la malade. Dans son ensemble, la dent semble avoir décrit un arc de cercle autour d’un axe fictif passant par son bord latéral, de telle sorte que la parabole, au lieu de s’arrondir normalement, se prolonge de ce côté, en affectant une courbe en ogive. L’arcade inférieure est régulière et ses rapports avec les dents de l’arcade supérieure sont normaux.
Traitement. — Le O mars 1876, nous appliquons l’appareil, et le 26 avril la dent est parfaitement ramenée dans sa position normale. Nous continuons le maintien de l’appareil et des pressions jusqu’au 5 mai, époque à laquelle
l’angle dévié de la dent ayant, ainsi que le montre la figure 77, dépassé de 3 millimètres en arrière sa position normale, nous retirons l’appareil et posons un appareil de maintien destiné à contenir la rotation forcée.
Ce petit appareil se compose uniquement d’une bague en or munie de 2 petites ailettes latérales venant s’appuyer l’une à la face postérieure de l’incisive médiane, l’autre à la face antérieure de l’incisive latérale. Ce tuteur, que notre patiente peut enlever et mettre à volonté, est appliqué tous les soirs durant trois mois, au bout desquels nous le supprimons.
La rotation s’est accomplie sans aucune douleur, et on peut même dire sans gêne et avec une rapidité relative (deux mois). La bonne réussite est due évidemment à l’exagération de réduction obtenue.
Nous avons revu notre malade au mois de janvier dernier, et nous avons pu constater, avec satisfaction, que près de trois années écoulées n’ont rien modifié à la réduction que nous avions opérée.
Nous avons employé toujours le même appareil. Toutes les dents portaient contre la galerie, à l’exception de la médiane de droite, en avant de laquelle un espace suffisant avait été ménagé pour nous permettre de la ressortir légèrement, ce qui a été le début de l’opération. Une fois cette dent appliquée contre le bandeau, nous avons, à l’aide de prismes de caoutchouc distendu, introduits entre la galerie et la dent, puis abandonnés à eux-mêmes, exercé une pression au niveau de l’angle sortant de la dent en rotation. Une petite lame métallique de 0“™,6 d’épaisseur, terminée en T, et soudée à la galerie, s’introduisait dans l’interstice de séparation de l’incisive médiane avec la latérale. Ce petit appendice était destiné à maintenir l’angle latéral, qui, lui, occupait une bonne position. Ainsi maintenue, la dent a tourné rapidement sous l’effort puissant des caoutchoucs, et dépassé meme, ainsi que nous l’avons dit, sa position régulière normale.
A mesure que s’opère la réduction, l’intervalle existant entre la dent déviée et le bandeau finit par atteindre presque
l’épaisseur de nos prismes de caoutchouc; alors nous diminuons le vide produit, au moyen d’un fil d’or formant corde, que nous raccordons à la galerie par deux soudures, puis nous sectionnons la partie saillante devenue inutile. En opérant ainsi, nous ne modifions jamais les rapports de l’appareil, dans ses points fixes, avec les dents sur lesquelles il s appuie, et nous évitons toute espèce de tiraillements, nuisibles a la marche régulière de l’opération, et toujours douloureux pour le patient.
Observation XXX.
Rotation axîle : incisive médiane g^auche.
Fig. 77. — Avant le traitement. Fig. 78. — Après le traitement.
Traitement.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
Réduction. | Contention. |
28 octobre 1877. \
14) décembre 1877. | 50 décembre 1877. ) 50 décembre 1877. ) 2 février 1878. ]
2 mois.
1 mois.
Le jeune B..., âgé de neuf ans, nous est amené en consultation en août 1877, pour une incisive médiane gauche retournée.
En examinant la bouche de l’enfant, nous trouvons effectivement une dent ayant subi sur son axe une rotation de 90“. Cette dent, plus petite que sa congénère, est en retard dans son évolution ; elle mesure à peine 7 millimètres.
Les parents font remonter la cause de tous ces désordres à des manœuvres obstétricales ayant amené des lésions des parties molles. Nous ferons remarquer que la dent caduque était normale et normalement située.
Quoi qu’il en soit, la dent évolue dans un espace de 14) millimètres, espace plus que suffisant, comme on le voit, pour son casement régulier. Elle se trouve rapprochée de l’incisive latérale, dont elle n’est séparée que par un intervalle d’à peine 5 millimètres, tandis qu’une distance de 8 millimètres s’étend entre sa face labiale et le bord médian de l’incisive lie droite.
La mâchoire inférieure ne présente rien d’anormal. Cependant, nous devons dire que, dans leurs rapports réciproques, l’arcade inférieure rencontre Façades supérieure, du moins à la région antérieure, h une distance de .5 millimètres, en arrière du talon de l’incisive médiane, restée en position.
Traitement. — Dans ce cas, nous avons encore appliqué le même appareil que précédemment. Comme modification, la galerie portait un petit appendice, situé sur la ligne médiane, et venant reposer sur la muqueuse dans le sens antéro-postérieur. Il était de toute impossibilité, ici encore, de songer, peu importe par quel moyen, à saisir la dent, qui, à peine sortie, ne dépassait la gencive que de 4 millimètres. Nous avons eu recours à un anneau prenant exactement la forme de la partie visible de la dent. Deux petits prolongements en forme de volute, reposant sur le bord supérieur de la galerie, qu’ils dépassaient d’à peine un demi-millimètre, et de l’autre sur le petit prolongement indiqué plus haut, servirent à empêcher la descente de la bague, tout en lui conservant sa mobilité dans le sens de la rotation. Les tractions furent exercées au moyen de fils de caoutchouc à l’extrémité du même diamètre et en sens contraire.
L’appareil est posé le 28 octobre 1877, et le 14 décembre la dent occupe sa position régulière ; nous continuons les tractions jusqu’au ^30 du même mois, époque à laquelle la dent est en rotation exagérée en sens inverse. Nous posons alors un appareil de maintien ; un mois après, le 2 février 1878, la dent ayant recouvré sa solidité normale, le tout est retiré*
Déjà près de dix-huit mois se sont écoulés, et la dent, bien que revenue sur clle^même, ainsi que nous l’espérions, conserve encore cependant un peu de fexagération de rotation que nous lui avions imprimée*
Observat[on XXXI.
Hétérotopie de l’incisive latérale droite, compliquée de rotation abcentrique latérale, avec éloiig^ation.
SOMMAIRE ANALYTIQUE
( 12 décembre 1873. ) ..
( 18 mars 1874. ^
— 0 — O mois.
Mlle A... nous est amenée par sa mère, en décembre 1873. A l’examen de la bouche, la première chose qui nous frappe est la position de l’incisive lalérale droite. Cette dent est entièrement située en dehors de l’arcade. Nous proposons la réduction de cette dent, mais la mère, et la patiente surtout, y semblent très peu disposées. En présence d'une telle répulsion, et devant revoir le sujet pour différentes autres opérations, nous laissâmes le temps passer, tout en affirmant que la chose était possible et qu'il n’y avait là qu’une question de temps; cependant les parents restaient incrédules. Ayant demandé dans une seconde entrevue la cause de cette répugnance à une opération qui ne serait nullement douloureuse, on finit par nous répondre que plusieurs traitements avaient été tentés, mais sans succès aucun, et que par le fait de ces tentatives infructueuses la difformité avait même augmenté. Effectivement, la dent était plus longue qu’elle
26 mai 1874.
30 juillet 1874.
2 mois.
Traitement.
Réintégration
Refoulement.
Contention.
n’aurail dù Tétre normalement, et on pouvait affirmer que, remise en place, elle dépasserait d’au moins deux millimètres les dents contiguës.
Les visites suivantes, ce fut la mère qui nous questionna, demandant si réellement la chose était possible; elle se laissait gagner par notre assurance, et de notre côté nous devenions d’autant plus pressant que la chose avait été niée praticable et que le seul remède à cette difformité était l’avulsion pure et simple de la dent, dernier remède, énergique et souverain, il est vrai, mais pas du tout du goût de la jeune fille et peut-être moins encore de la mère, qui tenait à ce que sa fille conservât, au moins quelque temps, encore ses 52 dents.
Traitement. — Enfin, après bien des promesses, on se décide. L’appareil est posé le 12 décembre 1875, et le 18 mars 1874 la dent était réintégrée dans l’arcade, qui reprenait sa physionomie régulière.
Cependant, ainsi que nous l’avions pensé, la dent dépassait les autres par son extrémité libre. Ce fut le second temps de l’opération, et aussi le plus long, non pas au point de vue du refoulement, qui se fit, du 26 mai au 50 juillet de la même année, avec la même facilité que lorsqu’il s’était agi du déplacement antéro-postérieur, mais au point de vue du maintien, rendu plus difficile parles tentatives ultérieures ; la patiente dut porter durant plusieurs mois un appareil de maintien, continuellement au début, en ne l’enlevant que dans les circonstances indispensables, puis d’une manière intermittente.
Au bout de trois mois, l’enfant revint nous trouver. Tout était demeuré en ordre et la mère nous demanda s’il fallait continuer de garder un appareil que sa fille portait plus souvent dans la poche que dans la bouche ; dès ce jour, le tout fut supprimé, 1/enfant, ou mieux la jeune personne, revue depuis, en 1878, avait conservé sa dent réintégrée dans l’arcade et sur le même plan horizontal que les dents voisines,
Ce cas thérapeutique n^est pas un fait isolé. Nous pourrions en citer d’autres exemples qui nous sont également personnels, car jusqu’ici aucun auteur, que nous sachions, n’en a fait mention, et encore moins affirmé la possibilité de réduction.
Nous terminerons là ces observations, que l’on pourrait,
du reste, multiplier à l’infini ; nous nous sommes spécia- %
lement attaché à montrer les principaux types d’anomalies, tous ceux que l’on peut rencontrer dans la pratique, malgré les petites variantes qui les caractérisent, pouvant toujours, tant au point de vue de la difformité que du traitement, rentrer dans l’une des divisions que nous venons de tracer.