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IL. — Scoliose des adolescents associée aux névropathies

On a remarqué que la scoliose vulgaire frappait volontiers les sujets chargés de tares nerveuses héréditaires. Landois (1) a récemment produit à l’appui de ce fait un certain nombre d'observations intéressantes, qu’on désirerait seulement plus explicites.

Nous avons nous-même observé récemment à la Salpêtrière, dans le service de médecine générale provisoirement créé dans cet hospice et rattaché à la clinique des maladies nerveuses, un exemple intéressant de cette association. C’est notre ami et collègue Souques qui nous a signalé ce malade, et qui a bien voulu relever pour nous les traits saillants de son histoire.

(1) Landois, th. de Paris, 1890.

HALLION 10

nn M

OsservarioN VIT (Personnelle).

Hypertrophie des mains et des pieds avec troubles vaso-dilatateurs de ces extrémités chez un hystérique. — Scoliose. — Névropathie et scoliose (?) dans les anté-

cédents.

Delat.…., 23 ans, macon, entré le 30 mars 1892, salle Parmentier, à la Salpêtrière.

Antécédents héréditaires. — Père très alcoolique. Mère hystérique, issue ellemême d’une mère présentant des attaques convulsives. La mère du malade est de plus bossue ; « ce serait de naissance » (?) Le malade, peu intelligent, renseigne mal sur ce dernier point ; il ne peut fournir de renseignements sur le reste de sa famille si ce n’est sur ses frères et sœurs, qui sont au nombre de 7. L'un de ceux-ci est mort à l’âge de 5 ou 6 mois, il était « déformé » ; «il n'avait pas les côtes faites » ; de certains détails vagues fournis par le malade, il semble résulter qu'il avait une exstrophie viscérale, Deux autres ont succombé à des convulsions dans leur première année. Quatre sont vivants, bien portants, bien constitués.

Antécédents personnels. — Il est né à terme. Favus dans l'enfance : rougeole à 10 ans ; érysipèle de la face (du type migrateur) à 45 ans. En février 4890, il entre à l'hôpital Cochin pour une pleurésie droite, qui nécessite une ponction et qui dure 5 mois ; le liquide extrait était purement séreux.

À en croire le malade, c’est à la suite de cette pleurésie qu'est apparue la déviation vertébrale dont il est atteint. Tout au moins cette déviation était-elle, avant la pleurésie, demeurée complètement inaperçue ; c’est à partir de ce moment qu'elle est devenue gênante.

Ses pieds ont toujours été de dimensions quelque peu exagérées, les mains aussi, peut-être ; mais leur augmentation considérable de volume aurait été consécutive à cette même pleurésie.

Actuellement, le malade ne présente aucun vestige stéthoscopique de l’affection pleurale ; aucun signe de tuberculose ; il n’a que de la bronchite banale.

Les mains et les pieds sont le siège d'une hypertrophie régulière, accompa-

He

gnée de rougeur et de coloration violacée des téguments, avec abaissement de la température locale ; ces extrémités sont douloureuses et parésiées.

Le thorax est fortement déformé. On constate une scoliose cervico-dorsale principale à convexité droite, déterminant une gibbosité dont l’angle postérieur des côtes forme le point culminant. L'épaule droite est un peu plus élevée que la gauche ; la partie supérieure du thorax est rétrécie transversalement.

Le malade est hystérique ; il présente de l’hémianesthésie gauche sensitivosensorielle ; il à eu trois attaques revêtant le type classique ; la première il y à 3 ans (un an avant sa pleurésie), la dernière il y a 10 mois.

Il est intéressant de voir la dégénération se manifester, dans une même famille, à la fois par des affections nerveuses, et par des malformations diverses, les unes congémitales, les autres acquises. Peut-être l’hypertrophie des mains et des pieds doit-elle être, dans l’espèce, rapprochée au point de vue pathogénique de la déviation vertébrale apparue en même temps. Peut-être aussi peut-on lui attribuer une origine « pneumique », et admettre que la pleurésie a suscité, sinon l’hypertrophie elle-même qui paraît antécédente, du moins Pexagération de cette difformité, auparavant peu marquée.

Quant à la scoliose, qui seule nous intéresse directement, nous ne saurions la rattacher à l'affection pleurale. Si cette relation existait, si un travail de sclérose pleuro-pulmonaire avait arqué peu à peu le rachis, ce n’est pas à droite que siègerait la convexité dorsale, mais à gauche, c’est-à-dire du côté opposé au siège de la pleurésie. Au contraire le sens de la déviation, l’âge auquel elle s’est

produite, répondent bien aux lois ordinaires de la scoliose des adolescents.

Notre maître, M. Brissaud, nous a dit avoir observé à plusieurs reprises, dans certaines familles, l'association de la scoliose avec les affections nerveuses. M. Tuffier de son côté nous en citait récemment un exemple observé dans sa pratique privée.

Il paraît donc bien établi que cette association n’est pas rare. Doit-on maintenant, parce que scoliose et névropathie montrent une certaine affinité réciproque, considérer la première comme une émanation directe de la seconde ? Non. Il suffit d’admettre que, dans certaines familles, un vice

DE

général de l’évolution se peut traduire, simultanément ou séparément, par un défaut de résistance des divers tissus et appareils de l’organisme, défaut de résistance d’où résultent des troubles du système osseux, aussi bien que des troubles du système nerveux ; ces deux systèmes seraient frappés chacun pour leur compte. Rien ne prouve que la lésion nerveuse soit nécessairement la première en date et la cause primordiale de la scoliose. Aussi n’avons-nous pas rangé les scolioses vulgaires survenues dans les conditions que nous venons de dire parmi les scolioses névropathiques. Une telle dénomination impliquerait en effet une conception pathogénique insuffisam-

ment justifiée.

Vu:

Le Doyen, BROUARDEL. Nu:

Le président de la thèse, CHARCOT.

Vu et permis d'imprimer :

Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, GRÉARD.

Imp. Vve LouRnOT, 33, rue des Batignolles, Paris.

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