‹ Des déviations vertébrales neuropathiquesChapitre 19 sur 20 · GOT · texte numérisé non relu

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muscles symétriques. Il se produit une convexité lombaire regardant le côté malade, avec rotation des vertèbres, et une courbure de compensation dorso-cervicale.

Quand la paralysie frappe à la fois les muscles sacro-lombaires et les muscles spinaux dorsaux du même côté, elle donne lieu à une longue et unique courbure occupant à la fois le dos et les lombes, avec rotation des vertèbres, et la courbure de compensation fait défaut.

b) Scolioses par contracture. — La contracture est habituellement, sinon toujours, de nature hystérique. Elle siège le plus souvent dans le muscle carré des lombes ; dans ce cas elle ne s’accompagne pas de rotation vertébrale ; elle produit une simple flexion latérale du rachis lombaire, avec convexité tournée vers le côté opposé, et une courbure de compensation dorsale. On l’a vue également s’attaquer au trapèze (cas de Pravaz). Elle peut déterminer une cypho-scoliose lombaire, quand elle s'empare à la fois du carré des lombes et du psoas-iliaque (Duret).

c) Scolioses sciatiques. — Ces scolioses, qu’elles soient homologues, ce qui est rare, ou croisées, ce qui est habituel, doivent être attribuées en tous cas à une contraction musculaire prolongée des fléchisseurs latéraux lombaires.

d) Scolioses des hémiplégiques. — Elles paraissent être la conséquence de la paralysie d’un membre inférieur. Elles résultent d’une contraction musculaire semblable à celle qui se manifeste dans la sciatique. Le déplacement du poids du corps vers la jambe saine a pour effet une scoliose croisée.

En dernière analyse toutes ces scolioses sont dues à l’action dominante des muscles moteurs du rachis d’un côté du corps ; il existe, soit un excès d’action de ces muscles, soit un défaut d’action des muscles du côté opposé.

L'évolution de ces déviations paraît être solidaire de la marche des troubles musculaires qui les engendrent. Elles guérissent complètement quand

es Ceux-ci disparaissent, pourvu du moins que la cause n’ait pas duré un temps trop long.

A côté de ces faits, il en est dont la pathogénie reste obscure. Nous avons cité chemin faisant les théories proposées par divers auteurs pour expliquer les déviations dans les maladies de la moelle ou du cerveau. On a invoqué deux théories principales :

1° Théorie trophique (osseuse, articulaire, ligamenteuse) ;

2° Théorie musculaire (paralysies, contractures).

Il serait superflu de discuter longuement ces opinions qui reposent sur de pures hypothèses. Nous nous contenterons de quelques remarques.

On peut, de l'identité des formes cliniques, conclure avec beaucoup de -probabilité à l'identité des processus pathogéniques. À ce point de vue il n’est pas sans intérêt de comparer entre elles, d’une part, les déviations -de cause reconnue, d'autre part les déviations de cause obscure.

Parmi ces dernières choisissons l’exemple de la syringomyélie. Si l'on compare les déviations syringomyéliques aux déviations par arthropathies tabétiques, on voit que les symptômes différent. Dans le cas d’arthropathies tabétiques, on rencontre par l’exploration du rachis, à une hauteur variable, généralement dans la région lombaire, des signes qui révèlent une lésion plus ou moins localisée des vertèbres. Rien de pareil dans la syringomyélie. Il s’agit donc d’une autre variété anatomique.

En poursuivant cette diseussion nous aurons surtout en vue le cas de Balth..… D'abord c’est là un cas parfaitement développé, présentant par conséquent au plus haut degré les caractères du type. De plus nous avons pu l’étudier à loisir et nous avons l’avantage de bien le connaître. Les descriptions des auteurs concernant les cas qu’ils ont rencontrés sont insuffisantes et ne nous fournissent pas les éléments d’une discussion de ce genre.

Nous ne croyons pas que l’action vicieuse des muscles moteurs du rachis ait pu produire la scoliose de Balth..….. D’abord il ne saurait être

question d’un trouble bilatéral égal et symétrique de l’action musculaire, puisque la déviation s’est faite dans le sens latéral.

S'agit-il d’une faiblesse relative des muscles d’un côté ? D’après les descriptions des auteurs et d’après nos propres observations, les déviations dues à cette cause n’atteignent pas un pareil degré, même lorsque la paralysie unilatérale des muscles spinaux coïncide, comme dans certains cas de paralysie infantile, avec la période de développement du rachis.

S'agit-il d’une contracture ? Dans certains cas, nous avons vu la contracture unilatérale produire des déviations assez considérables, mais elle parait incapable de produire une difformité aussi grande que celle de Balth… Chez ce dernier malade d’ailleurs, on pouvait assez facilement redresser les courbes rachidiennes, fait incompatible avec l'existence d’une contracture énergique. Enfin, la courbure principale était à la région dorsale, or c’est le rachis lombaire qui est pourvu des fléchisseurs latéraux les plus puissants ; c’est à ce niveau que d'ordinaire se manifestent les contractures les plus énergiques ; c’est là que siège habituellement la courbure principale dans les cas où la contracture est en cause.

Pour toutes ces raisons, l’action musculaire nous parait insuffisante pour expliquer la scoliose de Balth.…. î

Au contraire, cette scoliose ressemble fort à certaines déviations qui rélèvent d’un trouble trophique osseux. Elle se rapproche par ses caractères, par son intensité, des scolioses ostéomalaciques ou rachitiques.

Nous sommes ainsi conduit à admettre que les déviations syringomyéliques relèvent d’une altération des os vertébraux, diminuant la résistance du rachis à l’action de la pesanteur. Cette théorie peut seule rendre compte des déviations semblables à celle de Balth... Quant aux déviations moins prononcées, elle suffit & fortiari pour les expliquer.

Toutefois nous sommes disposé à accorder un certain rôle à l’action anormale des muscles. Celle-ci peut produire à elle seule des déviations légères. Elle peut, en outre, déterminer le sens des déviations d’origine

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essentiellement osseuse. Comme nous l’avons fait remarquer, il semble que la convexité de la courbe scoliotique dorsale regarde de préférence le côté du corps envahi le premier et Le plus fortement atteint par les troubles musculaires syringomyéliques. Peut-être, au moment où le rachis, altéré dans sa structure, est prêt à ployer, l’action des spinaux dorsaux est-elle prédominante du côté relativement.respecté, et la concavité dela courbure première a-t-elle tendance à se tourner de ce côté. Les autres courbures se produiraient à la suite dans un but de compensation.

L'existence assez fréquente, dans la syringomyélie, de troubles trophiques osseux et articulaires variés, confirmerait l'opinion que nous avons émise. Peut-être faut-il voir, dans les déviations rachidiennes, l’expression d'un état morbide de tout le système osseux. Les vertèbres, os courts et spongieux, en subiraient plus particulièrement les conséquences. Si les fractures des membres sont relativement rares, cela est dû peut-être à ce que l’impotence condamne bientôt le malade à une inaction relative. Au contraire, pendant presque toute la durée de l’affection ils marchent, ils se tiennent debout ou assis et leur rachis est soumis à un poids qu’il est devenu impuissant à porter.

Nous nous arrêtons là dans l’examen des hypothèses. Nous voulons moins arriver à une conclusion définitive qu’indiquer la vérification possible des théories par la comparaison des formes cliniques de déviations névropathiques les unes avec les autres. Pour le moment, nous disposons de documents encore insuffisants et nous ne pouvons obtenir que des présomptions concernant la pathogénie des difformités qui nous occupent.

Un mot encore sur les déviations des maladies médullaires. Nous ferons observer qu’elles appartiennent surtout à des affections systématisées, avec Jésions le plus souvent symétriques. Ce sont: la syringomyélie, la paralysie infantile, la maladie de Friedreich, le tabes. Toutes ces affections attergnent, à des degrés divers, la substance grise de la moelle. La région de la substance grise, frappée dans la maladie de Friedreich, est celle des co-

lonnes de Clarke. Faudrait-il chercher dans cette partie, où l’on a voulu localiser des centres vaso-moteurs, des lésions nerveuses capables de causer une altération des os, et en particulier des vertèbres ?

IT. — Sur la pathogenie de la scoliose des adolescents.

L'étude des déviations vertébrales névropathiques éclaire la pathogénie tant discutée de la scoliose des adolescents ; elle ruine complètement, suivant nous, la théorie musculaire pure adoptée par certains auteurs.

On a invoqué, pour expliquer certaines scolioses des adolescents, une attitude vicieuse longtemps prolongée. Nul doute que cette cause suffise à rendre compte de certaines déviations légères. Mais sans aucun doute aussi, elle est incapable d’engendrer de très fortes incurvations vertébrales, telles qu’il s’en rencontre dans les cas accentués de scoliose des adolescents. La preuve en est dans l’hémiplégie spasmodique infantile. Dans cette affection, non seulement il existe une attitude vicieuse persistante, liée à l’impotence musculaire d’un côté du corps, mais de plus, pour expliquer la déviation vertébrale en pareil cas, on pourrait invoquer d’autres causes, à savoir, un Certain état parétique et spasmodique des muscles du tronc et même un défaut de développement des os du côté affecté. Fait important à noter, l’attitude vicieuse débute ici à l’âge le plus tendre, et persiste pendant toute la durée du développement de la colonne vertébrale. Et cependant le rachis est toujours faiblement dévié. L’argument nous paraît péremptoire.

On a dit: la scoliose des adolescents frappe des sujets dont le système musculaire est faiblement développé ; les muscles situés de chaque côté du rachis cessent de le maintenir dans le plan médian, et la colonne vertébrale s’incurve latéralement. Cette opinion est insoutenable. En effet l’examen des déviations d’origine nettement musculaire démontre qu’une faiblesse générale des muscles des gouttières vertébrales, portant sur les

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deux côtés simultanément, engendre des déviations antéro-postérieures, et non des scolioses. Si nous avons trouvé chez quelques myopathiques des incurvations latérales, celles-ci étaient tout à fait insignifiantes. Et pourtant, les muscles des gouttières vertébrales étaient autrement atrophiés que chez les adolescents atteints de scoliose vulgaire.

Nous concluons de ces faits que la scoliose des adolescents, capable d’engendrer, comme on sait, des déviations très accentuées, n’est pas justiciable d’une théorie musculaire pure. Comme Bouvier, comme Kirmisson et comme la plupart des chirurgiens français, nous croyons que cette affection relève d’un trouble portant sur le squelette du rachis et non sur son appareil musculaire.

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