INTRODUCTION
Certaines déviations vertébrales, surtout les scolioses, sont fréquemment associées à diverses maladies du système nerveux. C’est là en neuropathologie un chapitre relativement nouveau, dont l'importance s’accuse de jour en jour. Tantôt légère, tantôt excessive, ici‘contingente et accessoire, ailleurs presque constante, la déviation vertébrale de cause nerveuse possède parfois une valeur séméiologique considérable.
Cette question n’intéresse pas seulement la clinique. Cas particulier des rapports qui unissent l’état du système nerveux et des muscles au développement et à la nutrition des os, elle se rattache à un problème incomplètement élucidé de la physiologie et de la pathologie générales. Enfin étude de certaines déviations neuropathiques, nettement déterminées dans leur mécanisme et dans leurs causes prochaines, semble devoir jeter quelque lumière sur la pathogénie des déviations d’origine obscure, telles que la scoliose des adolescents. Ce dernier point n’est pas d'ordre purement spéculatif, car ici la thérapeutique s'inspire des interprétations pathogéniques adoptées.
Ainsi, par lui-même et par les chapitres qui secondairement s’y ratta-
chent, le sujet n’est pas sans intérêt. Nous avons entendu à plusieurs re-
me
prises M. Charcot en faire observer l'importance et nous nous sommes déterminé, fort des encouragements de notre éminent maître, à poursuivre des recherches dans cette direction.
Nous avons rassemblé les documents que nous avons pu recueillir dans la littérature médicale, et nous y avons adjoint quelques observations et remarques personnelles. Il est frappant de voir combien Panatomie pathologique des déviations rachidiennes névropathiques a été Jusqu'ici négligée ; aussi aurions-nous souhaité vivement d’ajouter à notre travail les résultats de quelques examens nécroscopiques. Cette occasion ne nous a pas été offerte.
L'état de nos connaissances sur les déviations qui nous occupent ne permet pas encore d'en établir la classification rationnelle et définitive, classification qui devrait s'appuyer à la fois sur l’étiologie, sur les symptômes, sur l'anatomie pathologique et, si possible, sur la pathogénie. Notre plan général ne pouvant s'inspirer d’une classification de ce genre, nous nous contenterons de passer en revue les différentes maladies nerveuses où se sont rencontrées, à notre connaissance, des déviations vertébrales, et nous indiquerons, chemin faisant, les interprétations pathogéniques proposées par certains auteurs à propos de chaque affection particulière. Cela fait, nous examinerons l’ensemble des résultats obtenus et nous essaierons, dans la mesure où la chose est possible, d'en esquisser le classement et de dégager, dans la question de la pathogénie, les données certaines des hypothèses plus ou moins discutables. Enfin nous comparerons à certaines catégories de déviations névropathiques la scoliose dite essentielle et nous chercherons si ce rapprochement n’éclaire pas la pathogénie et le mécanisme de cette dernière. Nous dirons deux mots des rapports fréquents de coïncidence qu’on a constatés entre les scolioses vulgaires et diverses maladies nerveuses. La scoliose vulgaire accompagnant une névropathie n’est pas à proprement parler une scoliose névropathique.
Entrepris avec des matériaux forcément insuffisants, le présent travail
ÉPRRE
ne saurait être qu'une simple ébauche. Si imparfait qu’il soit, il peut avoir, pensons-nous, son utilité. Mettre en lumière les faits acquis, c’est, du même coup, faire ressortir Les obscurités et apparaître les lacunes, c’est venir en aide à de nouvelles recherches et y inciter.
Une coutume traditionnelle nous invite à exprimer ici les sentiments de respectet d'affection sincères que nous ont inspirés nos maîtres, particulièrement ceux qui ont bien voulu nous agréer comme interne.
À l’Hôtel-Dieu, M. Richet, le regretté professeur de clinique chirurgicale ; MM. Picqué et Kirmisson qui l’ontsuppléé ; M. Campenon, qui s’est montré pour nous plus qu’un maître ; M. Tuffier, avec qui nous avons eu l'honneur de collaborer et que nous avons à remercier pour plus d’un service rendu ;
A l'hôpital St-Antoine, M. Landrieux, à qui nous devons un précieux enseignement clinique ; M. le professeur Hayem qui nous a fait, en nous recevant successivement comme externe et comme interne, un honneur dont nous reconnaissons le prix ;
A la Salpêtrière, M. le professeur Charcot. M. Charcot, après nous avoir prodigué les marques de sa bienveillance, veut bien présider cette thèse inaugurale, dont il nous à inspiré le sujet et que nous aurions désirée plus digne d’un si éminent patronage. Nous le remercions profondément. Il est des maîtres que l’on admire, que l’on respecte et que l’on aime.