COMPTE
«Le prix d'achat de 10 porcelets et de leur nour- « riture pour les 4 premiers mois s'est élevé à la «somme de 165^ — ^
«Nourriture pendant un an (y com- « pris 6 mois de parcours en forêt). . 225 —
« Engraissement pendant20semaines « (chaque jour 10 kilos de pommes de « terre, 1 minot de petits pois; plus du «bléégrugé) 280 —
«Diverses petites dépenses, le pâ- «tre etc.. 135 —
Total 805 -^
«Après un peu plus d'un an et demi (19 mois), « ces porcs étaient gras et pesaient de 110 à 115 ki- « los par tête; chaque porc se vendant au minimum
«à 135 fr., on obtiendra pour les 10 porcs une « somme totale de ....... 1350^ — «
<r Tandis que l'achat et l'entretien de « ces porcs ont coûté (voy. plus haut) . 805 —
€ Reste bénéfice net . . . 545 — <r non compris les 50 quintaux de fumier obtenus de « ces 10 porcs. »
Je joins à Tappui de ces données un extrait des notes de mon père, qui a relevé lui-même trèsminutieusement le compte suivant chez un habitant de la commune de Monswiller, jouissant à cette époque (1850) du parcours en forêt.
Cet homme a acheté au mois d'avril 2 porcelets à raison de 16 fr. chacun (prix très-élevé , surtout pour l'époque), soit , 32^ — ^
La nourriture de ces deux porcs a coûté:
En pommes de terre , . 10^
Sons 6
Farine 10
Tourteaux de navette . . 4
Navets __5 35 —
Total ..... 67 —
L'un de ces porcs étant une truie et ayant mis bas, il convient d'ajouter les frais de nourriture des petits à cette somme.
Durant les trois premières semaines, ces porcelets n'ont eu que le lait de la
A reporter ... 67 —
Report . . . 67^— • mère; pendant les 21 jours suivants, ils ont reçu 1 1/2 litre de lait par jour,
à 20 c, soit 4 20
Plus 3 tourteaux à 30 c » 90
Et pommes de terre pour environ . 1 —
Fin novembre, cet homme a tué un de ces porcs; il pesait 70 kilos, et la viande fut estimée à 80 c. le kilo, soit 56^ — ^
•Pour les intestins, sang, graisse etc. 5 —
L'autre porc était une truie; elle a mis bas 5 jeunes, qui ont été vendus le l^^mars de l'année suivante à raison de. 51 75
La truie, qui, à celte époque, était de nouveau pleine, valait au minimum. 30 -r-
Produit total . . . 142 75 Dont il faut déduire les dépenses d'autre part 73 10
Les 2 porcs ont donc donné un bénéfice de 69 65
Par conséquent, ce journalier a retiré de ces 2 • porcs un bénéfice de 69 fr. 65 c, et les consommateurs ont gagné une production de viande de 142 fr. 75 c.
Gomme nous n'avons estimé la viande du porc tué qu'à 80 c, au lieu de 1 fr. qui était alors le prix de boucherie (aujourd'hui elle se vend à 1 fr. 20 c), le bénéfice réalisé par porc serait en réalité de 14 fr. supérieur, soit 28 fr. pour les deux.
Ainsi, par l'élève de 2 porcs, ce pauvre homme a gagné 69 fr. 65 c, et les consommateurs (ce que nous sommes tous) ont gagné 28 fr., et la production générale a été augmentée de 142 fr. 75 c, ce qui équivaut à 7 hectolitres de froment ou au revenu brut d'un des meilleurs arpents de terre. Il faut encore considérer que la production du froment peut se trouver fortement réduite par suite du mauvais état du terrain ou d'une température défavorable, tandis que la production des porcs reste pour ainsi dire constante.
En comparant ces deux comptes, il convient de rappeler que le cultivateur français a réalisé son bénéfice dans l'espace de 9 mois pour l'un de ces porcs, et dans celui de 12 mois pour l'autre; tandis que le cultivateur allemand a dû attendre 19 mois. L'avantage qui en résulte pour le producteur allemand n'est donc pas très-sensible , surtout si l'on tient compte des 28 fr. qui représentent la différence entre le prix d'estimation de la viande et le prix qu'on aurait payé en l'achetant à la boucherie.
La production du porc, disions-nous, est la moins chanceuse. En effet, la truie mettant bas trois fois par an, et chaque portée se composant ordinairement de 7 petits, qui acquièrent, au bout de 8 ou 9 mois, un développement suffisant pour pouvoir être consommés, on reconnaîtra que si deux ou trois de ces porcelets venaient même à périr, il n'en ré* sulterait pas une perte sérieuse.
Mais il n'en est pas de même des vaches, car elles ne vêlent qu'une fois l'an, et il faut au veau deux ou
trois ans avant qu'on puisse en tirer le moindre revenu.
Par conséquent, celui qui élève une vache est exposé pendant près de trois ans à perdre cette bête unique; et en la perdant, il perd non-seulement le fruit des nombreux soins qu'il lui a donnés, mais encore une valeur en argent assez considérable, dont la perle peut lui devenir très-préjudiciable s'il ne jouit pas d'un peu d'aisance.
La production du porc (ou plutôt la fabrication du porc) n'est, au contraire, soumise qu'à peu et à de très-légères mauvaises chances; aussi donne-t-elle d'excellents résultats dans la plupart des cas. Il est donc permis d'en conclure que celui qui sait bien choisir ses porcs et qui les soigne convenablement doit retirer de beaux bénéfices de leur élevage, à moins qu'ail ne soit voué au malheur.
Les rendements plus ou moins importants dépendent, à la vérité, beaucoup de la situation locale, de la race, et avant tout de la nourriture et des soins qu'on leur donne. En sorte que cette production peut donner, dans une contrée, les bénéfices les plus élevés, tandis que dans une autre on n'en tirera que peu et même point de profit.
Mais partout où les éleveurs de porcs jouissent du parcours dans les forêts, ils se trouvent dans d'excellentes conditions de réussite. Les communes où le parcours est resté toléré nous en fournissent la preuve; aussi est-il vraiment incompréhensible que l'Etat ait laissé tarir une des plus magnifiques sources d'élevage.
Pour bien se rendre compte de l'importance de la production de la viande, il suffit d'interroger la statistique, et voici ce que nous y trouvons :
On estimait, il y a une quinzaine d'années, la consommation .totale de la France en viande à 675,000,000 kilogr. Dans ce chiffre, la viande de porc entrait à peu près pour moitié.
La consommation de la ville de Strasbourg s'élevait, en 1864, h 3,609,734 kilogr., qui, d'après les titres de recette de l'octroi, se décomposaient comme suit :
Droits perçus:
69,200^ sur 4,325 bœufs pesant 4,297,500^ 27,742. » 2,134 laureauxetvaches 480,150
33,852 y> 16,923 veaux 677,040
9,438 3^ 6,292 moutons ,188,760
31,125 3> 12,450 porcs 933,750
. 4,897 D viande dépecée 32,534
176,254^ Total 3,609,735»^
Selon toute probabilité, une plus grande production de bétail amènerait une légère baisse du prix de la viande; ne fût-elle que de 10 c. par kilogramme, résultat qu'on atteindrait indubitablement après quelques années d'exercice des jouissances forestières, on réaliserait une économie annuelle de 360,973 fr. , au profit des habitants d'une seule ville.
Il est même probable que cette économie s'élèverait à un demi-million de francs, la diminution du
prix de la viande devant nécessairement en augmenter ia consommation.
D'un autre côté, ce surcroit de consommation augmentera nécessairement les produits de l'octroi dans la même proportion.
Dans la supposition que cette augmentation ne soit que du tiers de celle constatée au rapport précité, il en résulterait pour la ville un accroissement de revenus de 60,000 fr.
On aurait tort de croire ces calculs uniquement basés sur de simples probabilités; ils ont pour eux l'expérience du passé. C'est ainsi que nous voyons dans l'état comparatif du produit brut de l'octroi que, depuis 1811, la consommation de la viande a constamment diminué. Elle était à cette époque de: •
9,000 bœufs, et est descendue en 1846 à 4,300 24,000 veaux — — 16,000
24,000 moutons — — 7,000
23,000 porcs — — 12,000
Aussi, dans les observations judicieuses qui accompagnent le compte administratif, M. le maire s'exprime-t-il ainsi :
«L'octroi, au rebours de nos revenus patrimo- <rniaux, tend sans cesse à diminuer et n'atteint plus «le chiffre de nos prévisions les plus modérées.
<r Cette diminution frappe principalement sur l'ar- «ticle des viandes, auxquelles les classes peu aisées «sont obligées de renoncer, par suite de leur grande « cherté, d
Dans le compte administratif de Tannée 1866, le maire signale de nouveau celte regrettable et constante diminution dans la consommation des viandes.
Cette consommation est plus forte , il est vrai , qu'en 1846, mais elle est encore bien loin de celle de 1811. Celle différence sera encore plus saillante si l'on tient compte du chiffre de la population, qui ne comptait que 54,000 âmes en 1811, tandis qu'il y en avait 70,000 en 1846, chiffre qui s'est élevé à 82,000 pour 1866.
En voyant ce renchérissement constant de la viande, qui a été provoqué, non par un excédant de .consommation, mais uniquement par une diminution dans la production, on se demande comment nous parviendrions à nous approvisionner si l'étranger venait à défendre l'exporletion de ses bestiaux.
Il y a dans celle situation un danger réel auquel il est urgent de parer. A cet effet, il faut faire tous les efforts possibles pour encourager l'élève du bétail, et pour atteindre ce bul, je ne connais pas de moyen plus prompt et plus efficace que celui de rendre aux communes l'exercice des droits de pâturage.
GoncIusioBs.
Les événements de 1848 avaient momentanément rendu aux communes Texercice de leurs droits d usages; mais dès 1854 Tadminislralion forestière a repris, en Alsace du moins, les principes de rigueur dont elle s'était un moment départie.
A peine la suppression du pâturage et du parcours avait-elle été décidée, que les élables se sont vidées, et on a pu, une fois de plus, constater l'influence funeste que la privation des jouissances forestières exerce sur Tagriculture des communes de la montagne.
Ce retour aux anciennes rigueurs du Code forestier a été une cause de ruine pour bien des familles, dont les membres ont dû quitter leurg villages appauvris pour chercher à la ville le gain nécessaire à leur subsistance.
On s'est beaucoup préoccupé dans ces derniers temps, et avec raison, de cette tendance des habitants des campagnes d'émigrer vers les villes; cette tendance est fâcheuse à tous les points de vue, mais s'explique facilement.
L'ouvrier des campagnes trouve à la ville , en échange d'un travail moins dur et moins pénible que celui des champs, un salaire plus élevé. Il y est mieux nourri, mieux vêtu; il y rencontre des dis-
tractions qu'il ne connaissait pas et dont il n'aperçoit, au premier abord, que le côté attrayant.
En outre, en cas de maladie ou de malheur, il entrevoit l'assistance publique, l'hôpital, les soins gratuits du médecin. La vie dans ces conditions lui apparaît plus facile, plus agréable et mieux assurée.
Tout cela forme un mirage dont il ne se rend pas toujours bien compte, mais qui le séduit et Tallire.
Ne serait-ce pas d'une bonne politique de prévenir ce déplorable entraînement? S'il est vrai, comme j'en ai la conviction , qu'en se montrant libéral en fait de jouissances forestières, l'on retiendrait et Ton fixerait davantage les populations au sol, cette seule considération ne devrait-elle pas suffire pour engager le gouvernement à entrer largement dans ce te voie? Il le devrait surtout à l'égard des communes usagères, qui ont été si rudement éprouvées par la trop rigoureuse application des principes qu'a consacrés le Code forestier.
En édictant ces principes, les législateurs de 1827 ont complètement oublié que ces communes ont toujours été et resteront toujours pauvres. Cela tient en grande partie à la nature du sol, au peu d'étendue du territoire arable, à la difficulté de la culture et à la rareté des voies de communication.
Le fait de cette pauvreté, qui est notoire, incontestable, renferme cependant en lui-même un enseignement; il témoigne d'abord que V appât des concessions usagères a pu seul établir jadis un courant d'émigration vers ces régions déshéritées. Il indique en-
suite que ce n'est que par le libre exercice de leurs droits d usage que ces populations peuvent vivre.
On l'a dit el on le répèle, les communes usagères ne seront jamais riches; mais du moins, en leur rendant les jouissances forestières, on leur donnera des éléments de prospérité relative. Le gouvernement a tout intérêt de le faire, ne fût-ce qu'au point de vue des impôts.
Il y a d'ailleurs un sentiment de justice et d'équité qui le lui commande.
Pour venir en aide au commerce et à l'industrie, pour faciliter les échanges et les transactionss, pour développer, en un mot, la prospérité publique qui fait la richesse et la force d'un pays, l'État a ouvert des routes, creusé des canaux, établi des chemins de fer; il a dépensé et dépense encore des sommes énormes pour le bien général.
Au point de vue agricole surtout, les communes forestières sont dans une condition d'infériorité inhérente au ?ol , puisque aucun des progrès réalisés par la grande culture n'est applicable au travail de leurs terres. Dans bien des villages, la charrue est un objet de luxe, car les champs, étant situés sur des rampes escarpées et parsemées de rochers, ne peuvent se labourer qu'à la pioche; aussi est -il presque permis de prévoir que plus la richesse publique se développera , plus ces communes s'appauvriront.
Il est, en effet, très-facile de constater combien nos communes de la montagne ont été appauvries par la mise en vigueur du Code forestier ; il suffit
pour cela de comparer les prix auxquels se vendent actuellement les propriétés enclavées dans les forêts avec la valeur qu'elles avaient il y a 40 ans. Cet examen prouvera que , dans les régions forestières, la propriété foncière a diminué de plus de moitié, tandis que dans la plaine elle a doublé de valeur pendant la même période. L'Etat doit-il rester impassible devant une situation aussi précaire , et conlinuera-t-il à ne rien faire pour des populations qui, à raison de la situation exceptionnelle dans laquelle elles sont placées , auraient particulièrement droit à sa sympathie et à sa sollicitude?
L'octroi des jouissances forestières aurait encore un autre avantage; il ferait disparaître les délits, ou tout au moins les rendrait excessivement rares. Celui qui pourrait chercher librement du bois mort et extraire des souches s'attaquerait rarement au bois vif. D'un autre côté, l'habitant, auquel la forêt offrirait des ressources variées et incessantes, s'habituerait à la considérer comme l'élément nécessaire, la source de son bien-être, et serait trop intéressé à sa conservation pour y commettre la moindre déprédation. Il s'établirait entre lui et l'Etat une espèce d'indivision , de communauté d'intérêts, qui le rendrait tout naturellement l'auxiliaire des gardes contre des malheureux assez insensés pour se permettre des délits.
Ainsi disparaîtrait cette antipathie instinctive qui règne aujourd'hui entre les populations et les agents forestiers, antipathie injuste et déplorable, mais fatalement produite parla force des choses; triste
résultat d'une âiluation qui, de part et d'autre, est équivoque.
En résumé, les forêts, envisagées au point de vue écononiique et social, sont un puissant levier entre les mains de l'État pour améliorer le sort dé certaines populations.
Et s'il est vrai que le bien-être et la fortune des citoyens font la force et la richesse du gouvernement, ce serait une 'mesure à la fois utile et sage que de restituer les jouissances forestières, dont aujourd'hui les éléments se perdent sans profit pour personne, tandis que, livrés à ceux qui pourraient les utiliser, ils produiraient les résultats les plus heureux.
Puisse le gouvernement porter une attention sérieuse sur cette grave question des jouissances forestières! Qu'il la mette à l'enquête 1 qu'il consulte les Conseils municipaux et un .certain nombre d'habitants des communes forestières! Et il saura bientôt tout le prix qu'on attache à ces jouissances et toute l'influence qu'elles sont appelées à exercer sur le bien-être et la prospérité des populations.
Au moment de terminer ce travail, nous avons reçu une bonne nouvelle: M. Segris, ministre des finances, a déclaré au Corps législatif, dans sa
séance du 9 juin, qu'en vue de la grande sécheresse et du manque de fourrage, il a immédiatement donné Tordre d'abandonner jgratuilemenl aux cultivateurs toutes les herbes qui pourraient être enlevées des forêts domaniales et qu'il a autorisé l'intro-^ duclion du gros bétail dans les parties défensables de ces mêmes forêts. Il a invité, en outre, les agents forestiers à s'entendre avec les préfets afin que la même autorisation fût accordée dans les bois communaux.
M. le ministre a même ajouté : qu'en présence de l'art. 410 du Code forestier, qui interdit d'ouvrir les forêts aux brebis et moutons, sauf des cas exceptionnels et en vertu d'ordonnances royales ou de décrets impériaux, il a décidé que quand des demandes urgentes lui seraient adressées, il donnerait des autorisations par des arrêtés ministériels, sans attendre les délais nécessaires pour l'obtention des décrets impériaux.
M. Segris termine en disant : « J'espère que ces ol mesures donneront satisfaction aux nécessités proa duites par l'extrême sécheresse et aux très-légili- « mes sollicitudes de MM. Steenackers et Ordinaire.»
Il est impossible de mettre plus d'empressement et plus de bonne grâce à venir au secours de l'agriculture; nous sommes persuadé que celte mesure, aussi libérale que généreuse , sera accueillie avec la plus vive reconnaissance, non-seulement par tous ceux qui en profiteront directement, mais aussi par ceux qui en recueilleront des avantages indirects, et ceux-ci forment la population entière de la France.
Mais pour que celle mesure devienae efficace et porle les fruils que le pays et le gouvernement sont en droit d'en attendre, il ne faut pas qu'elle reste' à l'état de tolérance temporaire, ni qu'elle se borne à Tenlèvement des herbes et à Tinlroduclion du gros bétail en forêt; mais il faut qu'elle devienne un droit par une modification de la loi actuelle, et qu'elle s'étende aux diverses jouissances forestières énumérées dans le présent mémoire.
Aussi supplions-nous M. le ministre des finances de ne pas s'arrêter en aussi beau chemin, mais de faire examiner irès-sérieusement pelle importante question dans tous ses détails. Si cette étude se fait avec soin, entendement el impartialité, je suis fermement convaincu qu'on reconnaîtra la vérité et l'exactitude des appréciations et des faits contenus dans mon travail.
Cependant, s'il restait encore, dans l'esprit de M. le ministre, quelques doutes sur l'opportunité immédiate ou sur les résultats avantageux de la mesure législative que je demande, je lui proposerais d'autoriser les communes forestières à exercer ces jouissances dans les forêts domaniales et communales , à titre d'essai, pendant une période de cinq à dix ans.
Si cet essai se faisait et si l'on en voyait les heureux effets, il est certain que personne ne songerait plus à priver le pays d'une ressource qui augmenterait la production générale du pays autant que le ferait Texercice de ces jouissances.
Le nom du ministre qui aura provoqué ces essais et fait renaître une source de richesses qu'on n'au-
rait jamais dû laisser tarir, sera certainement encore béni et honoré par les générations futures.
Mais, tout en exprimant à M. le ministre ma profonde reconnaissance pour l'autorisation généreuse et libérale qu'il vient d'accorder aux malheureux cultivateurs, je ne puis pourtant pas lui cacher que sa générosité bienfaisante ne pourra pas obtenir dès le commencement les heureux résultats qu'elle produira immanquablement plus tard.
En effet, pour que cette mesure ait tout son effet, il faudrait pouvoir envoyer de suite les bestiaux en forêt; mais pour pouvoir le faire, il faut avoir un pâtre, et la plupart des communes n'en ont plus et auront même de la peine à en trouver un de sitôt, et surtout un pâtre expérimenté.
Il faut, en outre, considérer que le bétail des communes qui depuis longtemps n'ont plus de paire n'est pas habituée marcher en troupeau, ni à être surveillé par un chien, de sorte qu'il sera difficile au commencement d'empêcher certaines vaches ou génisses de s'éloigner du troupeau, et, en courant dans une partie non défensable, d'y causer quelques dégâts.
Dans ces cas il faudra se montrer indulgent, car aussitôt que le troupeau sera dressé, ces légères transgressions deviendront extrêmement rares et tout à fait insignifiantes.
Par les observations qui précèdent, je voudrais mettre chacun en garde de ne pas juger, par l'essai qui va se faire d'une manière aussi inattendue, de ce que sera le pâturage en forêt lorsqu'on l'aura exercé pendant un certain temps.
Je ne terminerai pas ces lignes sans avoir supplié M. le ministre de comprendre les porcs dans l'autorisation qu'il vient de donner, et, à cet effet, je me réfère à ce que je dis en faveur du parcours, aux pages 36 et 115 de ce Mémoire.
J'insiste d'autant plus pour obtenir aussi le libre parcours des porcs , que la récolte des pommes de , terre s'annonce d'une manière fâcheuse, et, si l'on ne laissait pas les porcs chercher leur nourriture en forêt, il est certain qu'il en résulterait un déficit dans la production de la viande. Ce déficit se fera certainement sentir d'une façon très-sensible dans l'alimenlation générale, car la viande de porc entre presque pour moitié dans le total de la viande que nous consommons.
Le porc n'est d'ailleurs p2(S compris parmi le petit bétail dont Tart. 110 du Code forestier interdit rintroduction dans les forêts; cette introduction est, au contraire, autorisée par les art. 54 et 66.
Aussi avons-nous le ferme espoir de voir M. le ministre réparer cet oubli en autorisant dès à présent le parcours des porcs, qui, loin de nuire à la forêt, lui est au contraire très-utile.
Les mesures déjà prises par lui et sa ferme volonté de venir en aide à toutes les souffrances nous sont un gage certain de la bienveillance avec laquelle il accueillera notre demande.