‹ Des devoirs de l'état envers les populations forestièresChapitre 2 sur 3 · Th · texte numérisé non relu

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124,310 Th.

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Or, comme les forêts royales du Hanovre ont une superficie de 235,000 hectares, si on applique les mêmes calculs aux 1,200,000 hectares de forêts domaniales de la France, on voit que nous pourrions en retirer chaque année une plus-value de 9,938,723 fr., ou, en chiffres ronds, dix millions, soit environ le tiers du produit actuel de nos forêts , qui s'élève à 32 millions par an*.

En appliquant les mêmes calculs aux 1,800,000 hectares de forêts commmunales , on trouve que les usagers pourraient en retirer un revenu annuel de 15 millions.

Nous perdons donc, par suite de la réglementation excessive et abusive du Code forestier, un revenu annuel d'environ 25 millions de francs, et cela sans la moindre compensation! Faut-il ajouter que ce revenu doublerait et au delà entre les mains de ceux qui seraient appelés à participer aux jouissances dont ce chiffre ne représente que la valeur vénale^

Oui, j'ensuis convaincu, ces 25 millions s'élèveront au moins à 50 millions, si à leur valeur intrin-

*Ces mêmes calcals appliqués aux 420,000 hectares de forêts domaniales et communales du Bas-Rhin porteraient pour notre département à un million la valeur des jouissances forestières. Cette somme serait unejuste compensation pour nos montagnards, qui contribuent par leurs impôts à la construction des voies ferrées dont la création enrichit nos villes et nos populations industrielles, mais rest%sans profit pour eux.

Les cantons qu'ils habitent sont trop accidentés et la constnic^ tion de lignes ferrées y serait trop coûteuse; aussi ces régions resteront-elles encore longtemps inaccessibles aux locomotives.

sèque on ajoute celle résultant de l'augmentation des bestiaux.

En effet, l'accroissement du nombre des bestiaux se traduirait non-seulement par une plus grande production de viande; mais, en permettant une plus forte fumure, il augmenterait aussi le rendement de nos terres.

Envisagée à ce point de vue, la question de l'aliénation s'élargit et s'élève.

Les forêts ne sont plus à considérer comme un simple placement immobilier, elles constituent en réalité une propriété nationale, un domaine d'utilité publique au même litre que les routes, les chemins de fer, les ponts et les canaux. Le revenu en argent devient un accessoire insignifiant, et Ton est amené à reconnaître que l'État doit conserver ses forêts , surtout parce qu'elles sont entre ses mains un puissant auxiliaire pour assurer et développer chez certaines populations agricoles, moins favorisées que d'autres, les éléments de bien-être et de prospérité que le gouvernement doit indistinctement à tous ceux qui foulent le sol de la patrie commune.

Mais il ne suffit pas de conserver les forêts! Il faut encore, pour qu'elles remplissent leur but, qu'elles soient régulièrement aménagées, et que leur exploitation soit soumise à des règles fixes et invariables.

Les art. 15 et 46 du Code forestier laissent au gouvernement une latitude beaucoup trop large, qui heurte et qui renverse jusqu'à un certain point

le principe de Faliénabilité. Lorsqu'on lit attentivement les débats qui eurent lieu à la Chambre à l'occasion de la discussion de ces articles, on voit que les députés de l'époque étaient généralement peu familiarisés avec la grave question qu'ils étaient appelés à résoudre. Benjamin Constant et Casimir Périer furent presque les seuls qui comprirent les conséquences fâcheuses pouvant résulter de la loi nouvelle; ils s'élevèrent avec force contre la faculté des coupes extraordinaires.

Nous croyons devoir citer ici un des passages du discours, par lequel M. Benjamin Constant combattit la faculté laissée au gouvernement de décréter les coupes extraordinaires.

a: M. le président du Conseil nous a parlé dé l'ino: térêt du gouvernement et des agents de l'adminis- <( tration. L'intérêt de ces agents n'est d'aucun poids a: dans celte affaire, car ils sont obligés d'obéir à^la « loi. Quant à l'intérêt du gouvernement, c'est autre <L chose. C'est toujours en mettant ainsi en avant « l'intérêt du gouvernement qu'on sacrifie l'intérêt « du pays.

« Sans doute avec un gouvernement qui est éclairé, <t les intérêts du gouvernement et ceux du pays sont € les mêmes. Mais quand le gouvernement voit mal, e: et nous en avons trop malheureusement des exem- 4cples continuels sous les yeux, il place ses intérêts ôc ailleurs que dans les intérêts vraiment nationaux , € soit que les ministres agissent ainsi d'eux-mêmes , « soit qu'ils se laissent dominer par un parti en de-

«hors de la nation. C'est m\ motif de plus pour que € nous prenions des précautions contre eux. d (Séance du 22 mars.)

Hélas ! l'abus qu'on a fait depuis de cette faculté prouve surabondamment combien ces hommes éminents étaient dans le vrai.

Ces coupes extraordinaires rendent impossibles les aménagements réguliers; elles tendent à faire disparaître la haute-futaie et elles ont exlraordinairemenl contribué au mauvais état dans lequel se trouvent aujourd'hui nos forêts.

L'État ne doit pas exploiter en vue du revenu , mais bien en vue de l'intérêt général ; il doit s'attacher à produire les bois nécessaires aux constructions, à la marine, à l'industrie etc., et cela n'arrivera que lorsque les aménagements ne dépendront plus du caprice de l'administration, mais seront soumis par la loi à des règles fixes et invariables. Et qu'on ne croie pas que je veuille élever ici la moindre critique contre les agents qui composent l'administration ; loin de là ! Je suis le premier à recour naître que les agents sont géni^ralement des hommes fort instruits , consciencieux^^ dévoués et animés du désir sincère de remplir leur devoir. Si trop souvent ils sont entraînés à sacrifier les intérêts qu'ils devraient sauvegarder, cela tient principalement à l'obligation qui leur est imposée de faire des produits. Je l'ai dit depuis lontemps et je le répète :

Au lieu d'être une régie fînancière, l'administration forestière devrait être rattachée au ministère de l'agriculture. Alors seulement elle pourrait remplir

en liberté son véritable i^le , qui doit consister, non pas à augmenter de quelques millions les recettes du Trésor, mais à accroître la richesse publique en s'attachant à produire des arbres de haute futaie.

En outre, au point de vue de la question spéciale qui m'occupe , elle doit faciliter aux populations les moyens de jouir dans une large mesure de tous les avantages que peut et doit procurer le voisinage des forêts.

Servitodes et charges direrses.

La suspension des droits d'usage n'est pas le seul reproche d'arbitraire que dos populations adressent à l'administration des forêts; elles ont encore d'autres griefs à formuler.

Depuis quelques années, on a construit de nom* breuses routes forestières dont le tracé empruntait souvent d'anciens chemins fréquentés par les habitants des villages enclavés dans la forêt.

A partir dû jour où ces chemins ont été empierrés et mis en état de viabilité, on en a interdit l'usage à ces populations, alors même qu'elles n'y charriaient que des bois provenant des massifs supérieurs, sous prétexte que ces bois avaient été abattus dans les forêts domaniales d'une autre inspection.

Pour obtenir l'autorisation de profiter de ces voies de communication , évidemment établies par l'État dans l'intérêt de toutes les forêts . domaniales de ce massif, et non exclusivement pour celles se rattachant à la seule inspection qui les avait fait construire, ces populations devaient chaque année four* nir une prestation extraordinaire.

Plusieurs habitants de Dabo, ayant refusé de payer une contribution qui ne tendait à rien moins qu'à rétablir les barrières et les péages, furent traduits en justice et condamnés.

Les juges eux-mêmes, après le prononcé du jugemenl, caractérisèrent sévèrement cet usage qu'on faisait de la loi; ils comprenaient, eux, que les malheureux qui venaient d*ètre condamnés ne manqueraient pas de se dire victimes de l'arbitraire. Cette supposition leur était permise en voyant les voitures des touristes et des promeneurs fréquenter ces roules sans payer la moindre redevance ; tandis qu'on les taxait , eux , qui cependant n'y charriaient autre chose que les produits des forêts de l'Étal I

Qu'en est-il résulté? C'est qu'au lieu de payer les bois de l'État un peu plus cher, grâce aux nouvelles roules qui leur offraient un écoulement plus facile, ces habitants continuent à ne les acheter qu'à bas prix , pour compenser le surcroît des frais de vidange nécessités par le mauvais état des chemins dont on ne leur a pas interdit la fréquentation.

Quand donc pratiquera-t-on sans détour la franchise absolue de toutes les voies de communication construites aux frais de l'État ?

Depuis de longues années, presque toutes les communes du Bas-Rhin, propriétaires, de forêts, faisaient façonner leurs bois pour les vendre sur placé et par petits lots. Ce mode d'exploitation est plus avantageux pour la commune, car il lui permet de s'adresser directement aux consommateurs, et de cette manière elle profite du bénéfice qui serait naturellement prélevé par l'intermédiaire, si elle

vendait les arbres sur pied et en bloc , comme cela se pratique généralement pour les forêts de l'État.

Mais l'administration des forêts, qui applique avec trop de rigueur les lois et ordonnances forestières, proposa à M. le préfet d'exiger qu'à l'avenir les coupes communales de plus de 500 fr. fussent vendues sur pied au chef-lieu de l'arrondissement.

En agissant ainsi, on eût éloigné la. concurrence de tous les petits consommateurs locaux ; et les grands marchands de bois, dont le nombre est fort restreint, auraient été soûls en état de concourir à l'adjudication. Si ce mode de vente avait été appliqué avec rigueur, il en serait donc résulté une perle sensible pour nos budgets communaux.

Le Conseil général s'émut à l'annonce de la mesure projetée, et dans sa session de 1869, il demanda que la plus grande latitude fût laissée aux communes pour la vente de leurs coupes, et qu'elles fussent libres de choisir à cet effet le mode le plus avantageux pour la caisse communale^.

En général, il serait urgent de réviser les lois qui règlent les rapports entre les agents forestiers et les communes, car aujourd'hui les municipalités ne sont pas assez consultées sur la question d'une propriété qui est souvent la principale, sinon l'unique ressource de leurs budgets 2. Espérons que la loi de

* J'apprends à Tinstant que l'administration supérieure a adopté les conclusions du Conseil général.

* L'an dernier, au nombre des coupes comprises dans la vente des bois de l'arrondissement de Saverne, figuraient deux lots appartenant à la commune d'(Ermingen.

Le premier fut adjugé au prix de U,300 fr. ; quant au second,

décentralisation, qui doit rendre l'initiative à nos communes, leur donnera également une partie au moins de l'administration de leurs forêts, dont la gestion est presque exclusivement abandonnée à un jeune garde général, qui, au début de sa carrière, n'a pas encore pu acquérir une grande expérience^,

M. le maire de cette commune obtint à grand'peine qu'il fût retiré de la vente, Tofifre de le céder à U,000 n'ayant pas été acceptée.

Cette coupe fut exploitée par la commune, et les produits ont été adjugés au prix de 20,454 f

De ce prix il faut déduire les frais de façon • nage 4,049^

Les frais d'adjudicaUon et d'enregistrement. 832 4,85f

La commune a donc retiré de cette coupe un

produit net de 48,600

et comme la coupe était restée invendue à 44,000 fr., il s'ensuit que la commune, en faisant façonner cette coupe, a réalisé un prix de 4600 fr. supérieur à celui auquel i'administraUon des forêts l'aurait adjugé, et comme au dire de tous ceux qui ont estin)é ces deux coupes, la première valait 2000 fr. de plus que la seconde, la commune a donc perdu 6600 fr. parle mode de vente qui lui avait été imposé par l'administration des forêts.

A quelles pertes nos communes n'eussent-elles pas été exposées' si une décisioi de l'administration supérieure n'avait invalidé les mesures prises par M. le conservateur au sujet des coupes communales façonnées !

^ Les ingénieurs des mines, avant d'être placés à la tête d'un service de l'État, sont toujours envoyés en mission à l'étranger; ils y étudient les procédés employés dans les pays lointains, et, en les comparant à ceux usités chez nous, ils y puisent souvent le premier germe d'une amélioration qu'ils réaliseront dans l'avenir.

L'utilité de cette mesure est généralement reconnue, et je conseillerais d'accorder les mêmes avantages à nos jeunes gardes généraux.

En comparant le régime forestier des pays étrangers à celui de

Avant de terminer ce chapitre , qu'il me soit en* core permis de signaler une servitude qui pèse lourdement sur les bois situés dans la sone mlli* Uire.

Je pourrais citer plus d'un bouquet de bois, d'une étendue de 4 à 15 hectares, dont la conservation n'est d'aucune utilité au point de vue forestier, car il ne s'agit que de bois taillis situés en plaine. Mais leurs propriétaires ne peuvent les défricher, par la seule raison que ces bois, quoique situés à 6 lieues de la frontière , sont compris dans le périmètre où toutes les forêts, même celles d'une étendue trèsrestreinte, sont réputées nécessaires à la défense du territoire, et ne peuvent être défrichées sans l'autorisation militaire, autorisation qui est systématiquement refusée.

Sans doute, lorsqu'il s'agit de la dérense du territoire, on doit prendre de certaines précautions, et cela explique parfaitement l'esprit de résistance qu'apportent MM. les officiers du génie à toutes les demandes de cette espèce. Cependant, en cela comme en toutes choses, il ne faut pas aller au delà de ce qui est raisonnable. •

La loi n'interdit pas d'une manière absolue le défrichement des forêts situées dans la zone frontière ;

la France, plus d'un de ces agents sera à même d'y puiser d'utiles enseignements.

L'échange des Idées, telle est la grande, je dirai presque l'unique source du progrès. L'exemple de l'industrie est là pour l'attester, car elle a marché à pas de géant depuis vingt ans; et il est certain que les grands Concours internationaux y ont largement contribué.

elle se borne à dire qu'il pourra être formé opposition au défrichement de celles qui seront jugées nécessaires à la défense du territoire.

L'interdiction n'est donc que l'exception , et ce serait méconnaître le principe de la loi que d'en faire une règle pour ainsi dire invariable.

Est-il juste de maintenir une servitude aussi lourde et d'obliger les propriétaires de conserver à l'état de bois des terrains dont le produit triplerait s'ils pouvaient être livrés à l'agriculture ?

S'il est vrai que ces bouquets de bois sont tous indispensables à la défense du pays, ne serait-il pas équitable de les dégrever de l'impôt, afin de donner une compensation à leurs propriétaires, en échange des charges qui pèsent sur eux?

Mais ces bois sont-ils donc si nécessaires à notre sûreté? Poser cette question, c'est la résoudre. En effet, grâce aux perfectionnements apportés aux armes et a l'art de la guerre, on ne peut plus agir par .compagnies isolées, mais les armées s'avancent par masses telles qu'elles ne s'auraient plus s'abriter derrière un bois , même de 50 hectares ; les grandes forêts seules pourraient leur offrir un abri momentané.

De même que les forts isolés, ces bouquets de bois ont perdu toute importance, et le sort de la patrie n'en dépend plus. D'ailleurs n'oublions pas que la guerre doit être l'exception, et la paix l'état normal.

Aussi demandons-nous qu'on fasse une nouvelle étude delà zone frontière, et qu'on frappe de cette

servitude militaire les seules forêts présentant un intérêt stratégique réel. Cette servitude serait signifiée an propriétaire, qui aurait droit à une réduction d'impôt.

En conséquence, le défrichement de toutes les forêts qui n'auraient pas été comprises dans ce classement spécial serait régi par le droit commun.

Espérons que nos hommes d'État feront bonne justice de toutes ces lois surannées , qui, comme celle-ci, n'ont jamais servi de barrière qu'au progrès.

Aliénation des forêts domaniales.

Les réflexions qui vont suivre m'ont été suggérées à Toccasion du projet de la loi de i865, par lequel rÉlat demandait l'autorisation de vendre pour 400 millions de forêts. Je me suis décidé à les consigner dans, ce travail, pensant qu'elles pourraient présenter quelque intérêt, si jamais le gouvernement revenait à ce malheureux projet.

Si l'État , au lieu de vendre des forêts, demandait au pays de lui avancer 400 millions de francs , à raison de 3 1/2 ou 4 p. 400, on s'empresserait de les souscrire, et, à mon avis, il vaudrait infiniment mieux augmenter la dette publique de 400 millions que dé vendre pour 400 millions de francs de forêts. Et voici pourquoi :

Admettons que dans ces circonstances l'État emprunte 400 millions à 4 p. 400, au lieu de vendre ses forêts, dont les produits annuels équivalent à 3 p. 400 de leur valeur; il en résulte pour lui une perte annuelle de 4 p. 400, soit au total 4 million de francs.

Si, au contraire, le gouvernement vendait pour 400 millions de forêts, il serait obligé de se défaire précisément des forêts les plus productives et de celles qui ont la plus grande valeur y c'est-à-dire des forêts de la plaine.

En admettant que le prix de vente de chaque

heclare atteigne mille francs, ce qui me paraît probable, il faudrait vendre 400,000 hectares pour arriver au chifiFre de 100 millions de francs.

Mais, en jetant chaque année sur le marché une étendue de 16 à 20,000 hectares, il est à craindre que l'offre ne surpasse la demande et qu'on ne provoque ainsi une baisse sensible. Dans ce cas , l'État se verrait forcé d'aliérier au prix de 100 millions une propriété dont la valeur réelle aurait été d'au moins 125 millions, soit un quart en sus. D'un autre côlé, il ne faut pas perdre de vue qu'en cinquante ans le bois double de valeur. Ce fait est incontestable, et les vingt dernières années sont là pour le prouver: il y a vingt ans, on achetait, en effet , les bois de chauffage , hêtre et chêne , à moitié prh de ce qu'on les paie aujourd'hui. Le bois d'œuvre a même triplé et quadruplé de valeur.

Il nous est donc permis de conclure que l'État vendrait aujourd'hui 100 millions les forêts qui dans cinquante ans et peut-être encore plus tôt vaudront 250 millions de francs, soit ^50 millions de francs de plus qu'il n'en retirerait pour le moment,

En admettant que le gouvernement, au lieu de vendre ses forêts» fasse un emprunt, il est évident que la différence de 1 p. 100 existant entre le taux de l'intérêt et le produi^t de ses forêts lui occasionnera pour la période de cinquante années une perte de 50 millions.

}lais si, par contre, nous tenons compte de la plus-value des forêts, qui vaudront à ce moment 250 millions, il sera facile de voir que l'Etat, en les

vendant, perdrait alors 400 millions , et cela même en tenant compte des 50 millions auxquels s'élève la différence d'intérêts de i p. iOO entre le produit des forêts et le taux de l'emprunt.

Mais si TÉtat, accédant aux vœux de nos populations, tolérait les jouissances dans ces forêts dont il projetait l'aliénation , la perte serait plus grande encore, les forêts dont il s'agit étant évidemment de celles dont la situation et la nature présentent le plus d'avantages aux usagers ; car, selon toute probabilité, les communes retireraient de ces 100,000 hectares un revenu annuel qu'on ne saurait estimer à moins de 4 million de francs (soit 40 fr. par hectare).

La perle d'intérêts que l'État supporterait par suite de l'emprunt serait donc plus que compensée par le profit qui en résulterait pour la prospérité générale, et les 450 millions de plus-value seraient gagnés pour l'État dans une période de cinquante ans.

Certes, si l'Étal avait réalisé, il y a vingt ans, la vente de 400 millions de forêts, il aurait perdu , à l'heure qu'il est , une somme d'au moins cent millions de francs, uniquement par la différence qui existe entre le prix actuel des bois et celui d'alors.

On peut' donc affirmer que le passé justifie pleinement la probabilité des calculs que je viens de faire pour l'avenir.

Aussi est-ce de toute la force de mon âme que j'engage le gouvernement, non-seulement à conserver ses forêts, mais surtout à permettre et à faciliter

de nouveau aux cultivateurs l'exercice des jouissances forestières.

En s'y refusant, l'État agirait comme le propriétaire d'un jardin qui laisserait pourrir les déchets des légumes et les mauvaises herbes , plutôt que de les abandonner à son jardinier pour en nourrir une vache.

Ou bien comme une ménagère qui jetterait les restes de sa cuisine, au lieu de les donner à un pauvre qui les utiliserait pour engraisser un porc.

Ou encore comme un grand propriétaire qui préférerait laisser une partie de ses terres en friche, plutôt que de permettre à ses enfants d'en tirer profit en les cultivant.

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Les forêts comme anxiliaires de la petite coltore.

Je me propose, dans ce chapitre, d'indiquer avec quelques détails la situation et les besoins des petits cultivateurs et particulièrement de ceux qui vivent à proximité des forêtd.

Ils démontreront, je l'espère, une fois de plus la nécessité de rendre aux cultivateurs pauvres les jouissances forestières. En leur refusant les moyens de nourrir une vache, on les plonge dans la misère, car c'est tout au plus s'ils parviennent à gagner 1 fr. 40 c. à 1 fr. 80 c. par jour. Ce gain est insuffisant pour pourvoir aux besoins les plus restreints d'une famille, et encore ce salaire n'est-il pas quotidien; les mortes-saisons et les journées de pluie le rédui« sent en réalité à peu près du tiers.

La possession d'une vache est une fortune pour le pauvre campagnard, carie lait, le beurre, le fromage, le veau et le fumier qu'elle lui donne lui procurent souvent un bénéfice annuel presque égal à son gain.

Mais comment un pauvre habitant de la campagne peut-il entretenir une vache?

Il y parviendra facilement si la commune qu'il habite possède des terrains spécialement affectés au pâturage ou s'il peut faire pâturer ses bestiaux soit dans la forêt communale, soit dans une forêt domaniale. Dans ce cas, l'habitant qui n'a que peu ou

point de biens peut alors facilement acheter Jes foins d'une parcelle de prairie et faire ramasser par* sa famille , sur les terres en friche , le peu d'herbe qui lui est nécessaire pour la nourriture de sa vache, lorsque la mauvaise saison l'empêche de la faire pâturer.

S'il a, en outre, la bonne fortune d'habiter une commune qui soit propriétaire d'une certaine étendue de terrains, dont elle abandonne la jouissance soit gratuitement, soit moyennant une faible redevance, aux habitants les moins aisés, le pauvre peu t.adj oindre à sa vache un ou deux porcs et même quelques moutons. Dans ce cas, et à moins de malheur imprévu, il n'aura plus à craindre d'autre misère que celle qu'il s'attirerait par sa faute.

Il y a un vieil adage qui dit :

a: Là ou il y a des pâturages, il y a aussi du bé- « tail^et avec le bétail prospèrent l'agriculture et le « paysan. 2>

La grande vérité contenue dans ces deux lignes n'est malheureusement que trop méconnue aujourd'hui , car on a recours à tous les moyens pour restreindre le pâturage.

J'admets qu'on rende à la culture certaines terres vagues dont le sol serait assez fertile pour produire plus de plantes fourragères qu'à l'état de pâturage; mais qu'alors les municipalités se souviennent que ces terrains ont été l'apanage des pauvres et qu'elles leur abandonnent ces champs moyennant une soulte très-minime ; celte soulte ne devant avoir d'autre but que d'établir le droit de propriété de la commune.

Ce système a été largement pratiqué dans quel-

. ques communes de l'arrondissement de Schlestadt,

qui n'ont eu qu'à se féliciter des résultats obtenus.

Je crois , au reste, qu'il ne faut pas être exclusif dans ces questions, pour la solution desquelles les communes doivent être seules compétentes, car dans bien des pays la suppression du pâturage pourrait engendrer des maux analogues à ceux qui ont provoqué l'édit de 4667.

De tous côtés, on se plaint de ce que l'agriculture manque de bras par suite de la désertion des campagnes au profit des villes.

Ce mal est réel; mais je suis convaincu qu'on le combattrait efficacement en procurant aux travailleurs de la campagne un logement simple, mais salubre, et les moyens d'entretenir une vache.

Ces hommes sont habitués au travail , et leur vie est frugale; ce qu'ils demandent, ce ne sont pas les richesses, mais les moyens de vivre sans avoir à s'imposer des privations trop dures et trop répétées. Si on pouvait leur assurer cet avenir, je crois qu'on les déciderait difficilement à quitter leur lieu natah leurs parents et leurs amis , pour échanger la vie tranquille et uniforme du campagnard contre l'activité fiévreuse et dévorante du citadin.

Il me semble que des prétentions aussi modestes doivent pouvoir se réaliser, et le gouvernement y contribuerait d'une manière très efficace en rendant aux communes l'exercice des jouissances forestières. Les habitants pourraient alors engager un pâtre ou un porcher, suivant l'état des forêts dans lesquelles

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ils obtiendraient la tolérance du pâturage ; car ce n'est qu'au moyen des pâturages que les pauvres campagnards peuvent élever et conserver des bestiaux.

Il me sera peut-être objecté qu'en envoyant les bestiaux paître avec le troupeau commun, on perd l'engrais, la vache donne moins de lait et son corps ne prend pas le développement voulu.

Cette objection n'est pas fondée, et il ne nous sera pas diflicile de démontrer son peu de valeur.

En effet, l'engrais ne se perd pas ; sur la route il est ramassé par les enfants ; sur les lieux de repos , c'est le pâtre qui le rassemble pour le revendre aux cultivateurs, et sur le pâturage, il fait pousser l'herbe au profit des bestiaux.

Le petit cultivateur qui a en ce moment de la peine à se procurer le fourrage nécessaire pour l'entretien d'une vache à l'étable pourra, à l'aide du pâturage , outre celte vache , élever encore une génisse. Il aura ainsi deux animaux au lieu d'un, ce qui compenserait largement une légère perle d'engrais ; d'ailleurs il ne faut pas perdre de vue que les bestiaux qui vont au pâturage ne quittent Tétable que le jour et pendant la moitié de l'année seulement.

Le reproche adressé au pâturage, de réduire notablement le rendement du lait et le développement du corps , me parait tout aussi peu fondé.

Il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner ce qui se passe en Normandie , en Angleterre, en Hollande, en Suisse et en Allemagne, où les vaches restent une

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bonne partie de Tannée dans les pâturages et y séjournent même pendant la nuit; ce régime parait, au contraire, leur être très-favorable, car elles donnent du lait en abondance et d'excellente qualité, et elles acquièrent fort souvent une taille prodigieuse.

Je crois donc que les objections qu'on a voulu soulever contre le pâturage ne sont pas fondées et que ce que Ton veut invoquer comme un mal serait, au contraire, un bien pour notre agriculture. L'élève du bétail est, en effet , la base de toute bonne culture ; car sans bétail point d'engrais , et sans engrais point de récoltes.

Ce but, je ne puis assez le répéter, op ne l'atteindra qu'en rendant les jouissances forestières à nos communes pauvres, qui pourront alors s'adonner à l'élève. des vaches et des porcs. Il y a là beaucoup à faire, car les statistiques ne nous placent qu'au 12® rang pour la seconde de ces industries et nous relèguent au 16« pour la première.

Nous avons donc tout intérêt à augmenter la production de ces deux espèces d'animaux domestiques. La vache est d'un entretien facile pour les petits cultivateurs ; elle leur procure par son lait et son beurre uu revenu assuré. Une bonne vache nourrit, pour ainsi dire, une pauvre famille; car les produits qu'elle donne s'élèvent de 200 à 300 fr. par an , selon les conditions plus ou moins favorables dans lesquelles on se trouve. Ces chiffres suffisent pour montrer quelle notable augmentation de bien-être une vache apporte dans l'existence d'une famille nécessiteuse.

La production du porc est la plus facile et la moins chanceuse de toutes; sa régularité permet presque de la comparer à l'industrie manufacturière. Les familles les plus pauvres peuvent se livrer à l'élève du porc y car il est de tous les bestiaux celui qui donne le. résultat le plus avantageux en comparaison du capital engagé.

Pour en juger, il suffit de jeter un coup d'œil sur le compte établi par un cultivateur d'outre Rhin, au sujet du rendement des porcs, et extrait d'une petite brochure allemande.

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