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CHAPITRE IV

HYPERMÉTROPIE.

Nous avons déjà dit précédemment ce que nous entendons par hypermétropie. H y a hypermétropie tontes les fois que l'œil est susceptible d'accommoder au delà de la mesure normale, c'est-à-dire au delà de l'infini, pour des rayons qui ne sont plus parallèles, mais convergents, ou, en d'autres termes, toutes les fois que le foyer de l'appareil dioptrique de l'œil peut être situé en arrière de la rétine. — C'est un état parfaitement analogue à celui que nous produisons dans l'œil emmétrope et myope par l'extraction ou le déplacement de la cataracte. Si le malade était déjà hypermétrope avant l'opération, celle-ci aura pour effet d'augmenter le degré de l'hypermétropie de tonte la valeur numérique du cristallin. — Les anciens ophtalmologistes ont méconnu l'hypermétropie ou ne l'ont pas connue du tout, et ils ont toujours, et à tort, défendu pour les distances l'emploi des verres convexes et choisi toujours les plus faibles possible pour la vision d'objets rapprochés. DeGra;fe(l) a le premier analysé, avec le talent qui lui est propre, les plus

(1) Grœfe, Archiv. f. Oplith., Bd. il, p. 179.

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forts degrés de l'hypermétropie. Environ à la même époque, Stellwag von Carion (l) s'en est fait une idée assez juste, quoiqu'il l'ait considérée comme un haut degré de presbyopie ; il va même jusqu'à proposer une classification des différents cas qui se rapproche assez de celle admise par Donders (hypermétropie facultative, relative, absolue). Mais ce que l'on a complètement méconnu jusqu'ici, c'est la fréquence des faibles degrés d'hypermétropie. En effet, c'est presque toujours l'hypermétropie qui est la cause première d'un état mal défini jusqu'ici, et qui a toujours fixé l'attention des oculistes, état que nous trouvons décrit dans les traités d'ophthalmologie, sous les différents noms de : asthénopie, kopiopie, hebetudo visus, ophthalmocopie, lassitude oculaire, amblyopie presbytique, débilitas visus, impaired vision, muscular amaurosis, weaksightedness, etc.. — Il n'est pas difficile de déterminer le degré de l'hypermétropie; il est exprimé par la valeur d'une lentille telle que l'œil hypermétrope en repos, armé de cette lentille, soit adapté pour des rayons parallèles. Si donc, pour la vision distincte d'objets très-éloignés, quelqu'un a besoin d'un verre positif de ~, -, \, son hypermétropie sera égale à ±> ^, ^ ou plus exactement ^» ^, \, parce que le verre dont on se sert est

presque toujours éloigné d'environ 1" du centre optique de l'œil.

Dans les premiers essais que Donders fit pour déterminer le degré de l'hypermétropie, il eut quelques difficultés à surmonter. En effet, il observa plusieurs fois que des individus, qui disaient d'abord préférer pour la vision distincte dans le lointain

des verres de ^, par exemple, ne tardaient pas à voir mieux

avec et demandaient enfin r

C'est que, dans ces cas, des individus qui étaient toujours habitués à employer toute leur accommodation pour voir à de grandes distances, continuaient à le faire même lorsque ce n'était plus nécessaire, c'est-à-dire lorsqu'on les faisait voir au travers d'un verre convexe. C'est pourquoi, pour déterminer le degré de l'hypermétropie, on choisit toujours le verre le plus

(1) Stellwag von Carion, Ophtalmologie , etc., 11, p. 371....; et Berieht der K. K. Akademio der Wissenschaftcn zu Wien. 1055. xvi.p. 187.

fort avec lequel la vision d'objets très-éloignés est encore distincte, supposant que l'appareil accommodateur était alors tout à fait en repos. Mais il fut facile de se convaincre que ce n'était pas le cas, et que l'hypermétropie était plus forte encore que les résultats obtenus de la sorte. C'est ce que l'on peut constater dès que l'on paralyse l'appareil accommodateur au moyen d'instillations d'atropine. Nous n'avons pas à examiner ici l'influence des mydriatiques sur l'appareil accommodateur. Il suffit d'avoir démontré la nécessité de leur emploi pour déterminer les divers degrés d'hypermétropie, car c'est le seul moyen par lequel nous puissions facilement examiner l'état de la vision de l'œil et constater exactement pour quel point il est adapté dans le repos complet, lorsque l'appareil accommodateur a perdu toute influence.

Ce point fixe correspond assez exactement, chez des myopes et des emmétropes, au point le plus éloigné de la vision distincte, du moins la différence est si faible que l'on peut, sans inconvénient, la négliger ; mais il n'en est pas de même pour l'œil hypermétrope, car nous arrivons souvent après la mydtïase à faire usage de verres beaucoup plus forts et avec lesquels auparavant la vision distincte était impossible. Ainsi, par

exemple, tel individu préférera d'abord un verre de ^, verra trèsimparfaitement avec ~ ou ~, et peut cependant, après la mydriase, avoir besoin de ^. Mais une pareille différence est assez

rare, et on ne l'observe que chez de jeunes sujets avec une latitude considérable de l'accommodation où alors elle est la règle. Du reste, il faut aussi tenir compte ici du degré de convergence des axes visuels, car cette convergence a une grande influence. Nous reviendrons plus tard sur ce point.

L'exemple que nous venons de citer prouve que l'hypermétropie est en partie latente et en partie manifeste. On comprend que nous entendons par latente celle qui ne se montre qu'après la mydriase; ainsi, dans l'exemple que nous venons de citer, l'hypermétropie totale était de l-, l'hypermétropie manifeste de 1 , donc l'hypermétropie latente { - ± = £ ^

Il est clair, d'après ce que nous venons de dire, que pour nous l'hypermétropie est un état de l'œil, et cet état est dû à une longueur moins grande de l'axe antéropostérieur. ("est là Vop-

DE LA RKFHACTION DE l'GBIL.

pose de la myopie (et non, comme on l'a admis jusqu'ici, la presbyopie).

Toutes les observations faites jusqu'à ce jour permettent de supposer que l'hypermétropie est toujours congénitale, souvent même héréditaire. Et ici nous n'observons pas de progression comme dans la myopie, si nous faisons abstraction des changements dus à l'âge, et que nous retrouvons également dans l'œil emmétrope.

Nous n'avons pas besoin de répéter ici ce que nous avons dit à l'occasion de la myopie, que l'hypermétropie ne dépend nullement d'une courbure différente de la cornée. C'est un fait démontré. Ici aussi nous pourrions citer les chiffres des mensurations exactes. Hier encore, en examinant avec rophthalmomètre la cornée d'un jeune hypermétrope, nous avons trouvé qu'elle était même dans ce cas particulier légèrement plus convexe que dans l'œil emmétrope. Le cristallin également n'a pas une grande influence, sauf dans les cas d'aphakie; mais ici nous avons affaire à une hypermétropie traumatique, si je puis m'exprimer ainsi. De même que pour la myopie on peut également, au moyen de l'ophthalmoscope, apprécier le degré d'hypermétropie; mais nous nous réservons de traiter plus tard cette partie du sujet.

11 va sans dire que l'on rencontre tous les degrés d'hypermétropie depuis les plus faibles jusqu'aux plus élevés = J-, lè, ^(1). Mais ces derniers sont plus difficiles à constater, parce que ordinairement ils ne tardent pas à se compliquer d'amblyopie. Nous ne donnerons pas une analyse de la vision chez les hypermétropes. Elle est le contraire de ce qu'elle est chez les myopes.

Ainsi, par exemple, à distance égale de l'objet, l'image projetée sur la rétine sera plus petite que dans l'œil emmétrope, parce que l'axe optique étant, dans le premier cas, plus court, le centre optique se rapprochera de la rétine.

Peut-être encore nous comprendra-t-on plus facilement si l'on examine les trois ligures 1, 2 et 6. La première représente l'œil myope, la deuxième l'œil emmétrope, et la troisième l'œil

(1) C'est à dessein que nous ne dépassons pas \ , car jusqu'ici les degrés plus considérables n'ont pas été observés. On pourrait cependant les rencontrer après Topération de la cataracte.

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hypermétrope. L'objet, examiné a, dans les trois cas, la même grandeur, et il est situé à la même distance du centre optique de l'œil. La forme dillérente des trois cristallins représente le degré d'accommodation nécessaire pour que les trois yeux puissent être adaptés pour la même distance.

Fig. C

Ajoutons encore, pour éviter des répétitions sur la vision à l'aide de lunettes, une figure représentant un œil hypermétrope muni d'un verre convexe (fig. 7). On comprend facilement que, le verre faisant maintenant partie de l'appareil dioptrique, le centre optique avance beaucoup, et que les images seront beaucoup plus grandes que pour l'œil emmétrope. Le centre optique avance d'autant plus que l'on éloigne la lentille de l'œil.

Il n'existe pas pour l'œil hypermétrope d'état que nous puissions comparer à la distension de la rétine chez les myopes. C'est aussi probablement la raison pour laquelle la myopie est quelquefois progressive, tandis que l'hypermétropie est un état stationnaire. Mais ici il ne faut pas se méprendre sur le sens de nos paroles; nous ne voulons pas prétendre que l'on n'observe jamais de variations dans la vision des hypermétropes, comme cela a lieu pour les autres yeux, nous affirmons seulement que le degré reste le même, c'est-à-dire que jamais le point r ne s'éloignera davantage (toujours abstraction faite des changements séniles), ou pour mieux dire que jamais un hypermé-

trope ne verra à de grandes distances avec un verre plus fort que celui qu'il a employé tout d'abord, bien entendu après paralysie complète de l'appareil accommodateur.

Maintenant il est temps de nous occuper des changements apportés par l'âge dans la vision, et cela fera le sujet du prochain chapitre.

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