I. — Vision des myopes sans lunettes
1° Les images projetées sur la rétine seront plus grandes que dans l'œil emmétrope.
a) Pour les mêmes distances.
Ceci n'a pas besoin d'explication si l'on compare les figures 1 et 2. Fig. 1 représente l'œil myope, et fig. 2 l'œil emmétrope.
L'objet est le même dans les deux cas, et à la même distance de l'œil. L'image est plus grande dans la fig. 1, et cela quoique dans l'œil myope l'accommodation soit en repos, tandis que
l'œil emmétrope accommode (c'est pour exprimer cette idée que nous avons dessiné deux cristallins si différents), Il est à peine nécessaire de rappeler ici que l'œil normal et l'œil myope peuvent l'un et l'autre voir distinctement des objets situés à la même distance, car il va sans dire que si nous avons un œil emmétrope dont la latitude de l'accommodation soit de \, c'està-dire de h" à l'oo , et une myopie de ^, les objets situés entre 4" et 12" rentreront dans le champ de vision commun et distinct pour les deux yeux, comme on le voit si facilement en jetant un coup d'œil sur le tableau schématique que nous avons donné précédemment, et où les deux exemples que nous venons de choisir se trouvent représentés graphiquement.
Fig. 1.
33 mm.
Fig. 2.
56 mm.
P) L'œil myope peut rapprocher davantage les objets; par conséquent les images seront d'autant plus grandes, car l'angle du même objet est naturellement d'autant plus grand que cet objet est plus rapproché de l'œil.
Comparez les fig. 3 et h.
Dans la fig. 3, la ligne pleine désigne l'œil myope, la ligne ponctuée l'œil emmétrope. Les dimensions de l'axe optique-, de même que dans les figures précédentes ou dans celles qui pour-
ront suivre, ne sont ni «arbitraires ni schématiques, mais sont le résultat de nombreuses mensurations. Comme exemples, nous
Fig. 3.
Fig. 4.
avons choisi trois cas dans lesquels nous avons trouvé les dimensions suivantes :
On voit quelle énorme différence présentent les longueurs des axes optiques de l'œil myope et hypermétrope = 14 inill., et cependant nous n'avons pas choisi des cas exceptionnels, car Donders, dans ses mensurations, a rencontré un axe optique, dans un cas de forte myopie, qui mesurait 35 millim. — C'est pour la même raison, c'est-à-dire à cause de la grandeur relativement plus considérable des images que les myopes voient plus longtemps le soir que les yeux emmétropes.
2° Pour la même grandeur de l'image rétinienne, ils la verront, la projetteront moins grande.
La seule explication rationnelle que nous puissions donner de ce fait, qui cependant est démontré par l'observation, c'est celle admise par Donders, qui en cherche la cause dans la distension de la rétine : car alors, dit-il, un nombre donné des bâtonnets de la rétine, qui recouvraient d'abord la surface ub, devra, après la distension, occuper une place beaucoup plus
OEil myope. . . .
OEil emmétrope. .
OEil hypermétrope
33 mill.
DE h\ RÉFRACTION DE L'OEIL. 19
grande eu a' b'. Si donc nous avons sur la rétine B une image a" c' de la même grandeur que l'image bc sur La rétine A, il est clair que la première affectera un moins grand nombre d'éléments nerveux, et sera transmise au cerveau comme une image plus petite, pour être de nouveau projetée comme telle.
Fig. 5.
On comprend facilement, d'après ce qui précède, comment à images égales sur la rétine elles seront toujours vues plus petites chez les myopes, et cela d'autant plus que la distension de la rétine augmentera.
IL — Vision des myopes à l'aide de lunettes.
Si l'on donne à un myope un verre — -, qui corrige complètement sa myopie, le centre optique du système dioptrique, dont le verre fait maintenant partie, se rapprochera de la rétine. Quelquefois même ce centre optique est plus près de la rétine que dans l'œil emmétrope, et s'en rapprochera d'autant plus que l'on éloigne le verre de l'œil. lien résulte nécessairement que les images seront plus petites. Nous pouvons donc en conclure que le myope, pourvu de verres convenables, voit à distances égales les objets moins grands que l'œil emmétrope. Mais à cette cause il faut en ajouter une autre, celle dont il vient d'être question pour la vision sans lunettes (§2), à savoir la distension de la rétine qui, comme nous l'avons vu, fait que, à images rétiniennes égales, le myope les projette plus petites. Il est clair que, dans la vision avec lunettes, ces deux causes s'additionneront, et que le résultat sera doublement défavorable pour l'œil myope. Nous comprenons maintenant pourquoi à de grandes distances, même avec des verres convenables, le myope ne distingue pas absolument aussi bien que l'œil emmétrope. Nous avons affaire ici à un état que l'on pourrait appeler amblyopie myopique. Dans tous les cas l'acuité de la vision est diminuée,
et cette diminution doit être notée toutes les fois qu'il s'agit d'un examen exact d'un cas de myopie. Donders et de Gra;fe ont chacun de leur côté, et indépendamment l'un de l'autre, cherché à donner une expression numérique de cette faiblesse de la vue. Ils parlent d'une acuité de vision = i, et cela veut dire que les images rétiniennes doivent être 2 fois , h fois plus grandes, pour permettre de reconnaître les mêmes détails de formes, de contour, etc.
Nous réservons pour un prochain travail sur l'ophthalmoscope tout ce qui a trait à l'appréciation du degré de la myopie, calculé au moyen de la distance focale négative des verres concaves dont l'œil emmétrope en repos, ou accommodé pour les rayons parallèles, a besoin pour pouvoir faire à l'image droite, et à une distance donnée, l'examen ophthalmoscopique d'un œil myope.