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Des différends entre les nations civilisées et de leurs causes

Si quelqu'un s'avisait de poser la question : quelle est la politique de nos jours? à quelle réponse satisfaisante pourrait-il s'attendre? On a observé depuis longtemps que la politique d'aujourd'hui n'est pas semblable à celle d'autrefois. On est aisément porté à admettre que les changements qui ont eu lieu pendant ce dernier demi-siècle, non-seulement dans la position politique de plusieurs membres de la grande société d'Etats civilisés, mais aussi quant au développement général dans l'intelligence et le savoir des

CIIAPlTl'.r I.

peuples, ont tlù nécessairement amener nne aulre politique; mais celte remarque ne fait qu'augmenter la curiosité de tout homme qui se sent poité à étudier ces matières. On lui dira en vain qu'à celte question il n'y a pas de réponse, parce qu'elle est trop complexe; qu'il faut avant tout distinguer entre la politique intérieure des Etats et leur politique extérieure; que, pour apprendre celle-là, il faut examiner les pays individuellement sous lous les rappoits de leur configuration extérieure, puis leurs constitutions, leurs lois, leurs coutumes, pour juger ensuite de leurs forces matérielles et morales, et de la tendance des gouvernements plus ou moins influencés par l'esprit et le caractère des peuples. Quant à celle-ci, ou la politique extérieure, on sentira bientôt, par le sourire dédaigneux que lui vaut celte question adressée au diplomate jaloux , que l'exploration de ce domaine est réclamée comme un privilège exclusif des gouvernements; mais comme on voit déjà rôder là-dedans depuis longtemps une cohue innombrable de politiciens particuliers, sans compter tous les journaux et toutes les publications périodiques, on ne s'arrête pas par cette défense. Avec une ardeur proportionnée aux difficultés, on tâche d'arranger les observations faites comme on le peut. On médite alors la manière de combiner les matériaux, pour en faire ressortir ce qu'il y a de plus probable; mais à chaque moment les matériaux eux-mêmes changent de face sinon de substance; et quand vous étiez sur le point d'ériger enfin votre nouveau système politique, c'esl-à-dire au moment que vous croviez avoir bien découvert quelle est notre politique générale actuelle^ et ensuite^ par

INTROni CTIOX.

induction, conifncnt elle conlinuerii à se développer de plus en plus , vous Itouvere/ bien des gens à vous persuader, avec des aigunients en apparence irrécusables et s'appuyant sur rinsuffisancc de tant d'Iiomraes d'état les plus distingués, dont les tentatives les mieux fondées se sont écroulées, que vous n'aviez fait que des conjectures toul-à-fait incertaines sur l'avenir, et que, de toute la machine, vous n'aviez compris qu'un petit nombre de ressorts très actifs, mais cachés aux yeux de la multitude. Eussiez-vous même pu pénétrer à la connaissance intime de tous ces ressorts, leur complication se seiait tellement accrue de jour en jour, que toute spéculation là-dessus aurait été ensuite aussi ridicule qu'inutile; que cette même complication croissante de la politique moderne était un des traits distinctifs de notre ère; et que c'était une chose aisée de prouver par l'histoire que tel devai! être désormais l'effet du progrès de la civilisation: voilà ce que disent les uns, tandis que les autres voudront y chercher des preuves que cette civilisation ne vaut rien et qu'elle retombera encore une fois dans le chaos.

On vous citera, par exemple, de part et d'autre, que c'est à cause de cette civilisation qu'on ne trouve plus la simplicité en politique, cette heureuse simplicité d'un gouvernement absolu-universel, qui exista jadis au temps de Rome toute-puissante sous Auguste ou Vespasien; que si celte simplicité a encore été létablie pour un temps et d'après bien des complications désastreuses sous un Charlemagne, et ensuite par Charles-Quint, ce fut toujours avec des difficultés plus grandes; (ju'on ;i vu dernièrement le phénomène po-

4 cfiAi'iTjjt; r.

Iiti(iue colossal d'un Mapoleoii ne pouvoir (jifun mooient donnera la poHlique du monde un poinl de vue un'uiue. Donc la civilisalion moderne, laquelle dans un mot endurasse non-seulement toutes les découvertes mises à profit des sciences tant morales que physiques, mais aussi toutes les révolutions occasionnées par là en tout sens, toutes les transformations avec leurs réactions suivies d'associations et de configurations nouvelles; cette civilisation est telle, qu'après tout cela on ne peut entrevoir aucun principe supérieur, ou plus actif que les autres, capable de servir de point de vue fixe en politique.

Tel serait donc l'argument que Ton nous opposerait pour nous dissuader de continuer nos investigations; mais quel en sera le résultat si l'on ne peut échapper aux conséquences qui en dérivent? Vous contenterez-vous d'avouer qu'il n'y a rien dans la politique qu'un éVj^i chaotique, tant dans les principes et dans ses bases (jue dans ces luttes cpie vous dites ne pouvoir ni couqirendre ni gouverner? ou bien, direz-vous (|ue la Providence seule réglera le progrès et l'amélioration qu'on a voulu apeicevoir dans les conditions humaines; ou bien (jue, d'apiès unedoctiine historique formée sur les antécédents cités et ne chérissant pas trop la civilisation moderne, il serait tout aussi possible que des revirements périodiques viendront une seconde fois peut-être nous rejeter dans le néant du moyen-âge. Que de civilisations antérieures, dira-l-on, n'ont pas été refoulées et ensevelies par le temps, comme nous le démontrent les vestiges que l'on trouve partout en Asie, en Afrique et inême en Amérique! Qui osera prétendre absolu-

TN l'KODunrioN. :>

Client fjiio noire civilisalioii est plus iiideshudible, t]uancl nous voyons encore tant de restes menaçants d'un esprit destructeur; et que cet esprit destructeur, dont l'effet a été constaté par l'histoire, n'est pas assez généralement combattu ?

Personne ne niera (jue l'avenir du genre humain dépend en dernier ressort de la Providence divine. Mais quiconque a osé comprendre cette Providence comme elle peut l'être, en reconnaissant notre libert(' morale d'action et de pensée, doit se sentir le courage de se sauver de l'abjection où il se verrait également plongé, soit en admettant un optimisme paresseux, soit en faisant abnégation entière de sa compétence intellectuelle. L'homme étant indomptable dans sa spontanéité investigatrice, et l'esprit dont il est doué sans cesse réveillé par cette même Providence divine qui l'assiste aussitôt qu'il semble s'endormir, ou que des difficultés trop grandes ont l'air de vouloir l'abattre, comment cet homme du dix-neuvième siècle ne se saisirait-il pas de la politicpie qui embrasse aujourd'hui toute vitalité humaine, si toutefois il lui voue une attention suivie et un examen impaitial et s<';vère? Or pour cela les rapports, distinctifs du moins, en doivent à la fin être connus et appréciés, sinon réglés. 11 semble être insupportable, tant à certains gouvernements qu'à toutes les nations qui ont (jueîque part dans la législation de leur pays, de ne savoir à quoi s'en tenir. D'ailleurs à quoi sert d'avoir accumulé de si grands trésors en observations philosophiques et historiques, s'il fallait encore, comme par le passé, se laisser aller au gré des événements ou aux prédilections de (piclques puissances émineumient

i) CflAPITP.E I,

grandes et notoirement égoïstes? Avouons donc qu il est impossible d'admeltie de pareils faits et de semblables conclusions pour l'avenir!

Recommençons plutôt notre investigation, dans l'espoir qu'elle nous réussira enfin quand nous auîons bien trouvé la manière de s'y prendre.

L'bistoire universelle, depuis qu'elle est devenue plus qu'une simple chronologie, ne nous a-t-elle pas prouvé que dans chaque période renfermant un certain temps et embrassant à la fois tous les Etats qui constituèrent d'abord la société civilisée ou qui y entrèrent pendant cette période, il y a eu toujours une certaine tendance générale qui a développé un esprit prédominant? Cet esprit, l'historien ne l'a-t-il pas trouvé en généralisant tous les faits ? Par cette manière n'a-t-il pas pu établir le caractère de cette période comme époque historique? Que la nôtre est nécessairement régie de méme^ on ne saurait le nier; mais à cause de la couîplication et de la difficulté (jue l'investigation du principe en a subi, on s'est borné à titrer notre temps comme une péiiode de transition. Par ce mot, il paraît évident que l'analyse s'est arrêtée à mi-chemin, pendant que nos politiciens se sont jetés sur des détails particuliers des Etats individuels sans avoir cherché à rattacher assez leurs observalions au\ principes généraux, laissant cet œuvre entièrement aux élucubrations des historiens dans l'avenir. Donc, s'il en est ainsi, il nous faut un autre genre d'analyse, c'est-à-dire celui des tendances et des principes prédominants; et pour cette analyse peut-être aussi une autre méthode. Quant à la syn- Uièse, il parait d'abord qu'elle doit être préparée à

liNTUOnUCTlOX.

loutes les complications, c'est-à dire (ju'il lui f'auL de la conlituiilé, afin qu'elle puisse s'adapter à des cliangenients continuels produits quelquefois par des événements imprévus.

D'après ces réflexions préliminaires, posées tout en hypothèses, essayons de découvrir la méthode analytique qui servirait à notre but.

Au milieu d'une quantité de questions politiques qui se présentent à la fois pour être examinées, tâchons premièrement de fixer l'attention sur celles qui nous paraissent les plus essentielles, sans nous arrêter par les remarques cju'on pourrait nous faire sur ce que nous n'avons pas en premier lieu trouvé celle dont la solution nous aurait révélé le principe dominant que nous cherchons.

Demandons, par exemple : le principe suprême de notre politic[ue actuelle , est-il la paix? Tout le monde entend retentir de prestjue tous les cabinets ce principe comme un dogme; et il faut bien y ajouter quel- (|ue foi, quand nous voyons i^ que la paix a pu se maintenir plus C|ue jamais sous des auspices assez belliqueux, et 2° que les cinq grandes puissances viennent d'affirmer que leur accord est la base la plus sûre de la conservation de la paix générale en Europe ^ Mais nous qui ne nous contenions pas de prendre acte seulement des protestations ni même des faits, si nous n'en voyons les causes bien évidentes; nous qui voulons plutôt chercher une solution philosophique de cette question, nous nous

' i) Ti'iûlé du I > juillet i8.'it.

sentons obligés de demander en outre : si la paix est le principe dominant de notre époque, pourquoi l'estelle? cette paix est-elle fondée sur quelque équilibre des puissances dont les forces se balancent mutuellement? cette paix est-elle le résultat d'un sentiment de bienveillance de la part des gouvernements envers leurs peuples ou bien d'un sentiment de crainte de la part de quelques monarques, qui ne croient pouvoir plus contenir leurs peuples, un peu portés vers la révolte, si le coup de canon venait à partir? ou y a-t-il peut-être chez ces mêmes peuples un intérêt plus grand que la réforme politique dansle développement de l'industrie et du commerce pour lesquels la paix est une condition sine quâ non? S'il en est ainsi, de quelles forces comparatives cet intérêt se Irouvera-til,à une certaine époque, en face des différends et des discords qui peuvent bien naître de cette même tendance industrielle? ou y a-t-il peut-être encore chez quelques nations, y compris les gouvernants et les gouvernés, un désir de faire la guerre, contenu seulement par l'épuisement actuel de leurs finances? Enfin peut-on entrevoir cà et là une tendance morale, commençant à naître et à se répandre, et ayant pour base autant un sentiment religieux qu'une réclamation de justice? En d'autres mots: veut-on établir le droit par-dessus tout autre pouvoir? Si cette tendance existe, ne doit-elle pas se chercher des sympathies chez tous les peuples du globe sans distinction, afin de devenir une force morale capable de retenir les explosions ultérieures des restes de la barbarie, savoir : l'esprit de discorde, de conquête et d'envahissement. Voilà des questions politi(}ues à ré-

INTRODUCTION. [f

soiidre une à une d'aboi d, puis à comparer l'une à l'autre dans le but d'en oblenirà la fin la solution de notre première question : quelle est la polili(|ue actuelle? et ensuite, peul-étre, quelle doit être la poliiique du dix-neuvième siècle?

Lecteur pliilosoplie et pliilantbrope, car ce n'est qu'à toi qu'est adressée celte introduction, te voilà placé à la bauteui- de tout ce qui peut le plus intéresser riiumanitc; tu peux jeter les regards autour de toi en telle direction qui te plaira, et diriger ton coup d'œil sur telle nation particulière ou bien sur telle configuration d'Etals, forniant un sysième politique à eux. Tu verras sans doute quelques formations d'une complication fàcbeuse (jui l'offriront des difficultés et t'obligeront peut-être à descendre pour en faire une analyse particulière; mais tu reprendras aisément la position élevée de juge universel, et, tout en formulant peu à peu ton système politique d'après lequel tu feras rentrer les faits sous un arrangement scientifique que la politique n'a jamais eu , tu y resteras toujours planant au-dessus de l'ijumanité entière. Si tu nous vois de temps en temps nous occiq:)er de la politique de certaines nations prédominantes sans songer à tous les Etats moyens et petits, ou bien si nous nous laissons embarrasser par des tracasseries intérieures, sans nous apercevoir combien nous nuisons peut-être au bien-être général en nous attacbant trop à ces petitesses, montre-nous alors de quelle importance il est pour nous de porter nos regards vers les principes universels, afin que nous puissions ensuite nous approcber de l'unité et du but que nous a montré tant de ft)is, dans le lointain, le doigt de Dieu.

CiJAPiTiiE I.

Nous coiivieiidrons à la fin, éclairés par loi, (ju'il y a eu toujours un progrès conlinuel vers la justice, quoiqu'il soit resté longtemps presque insensible et n'ait été bien constaté que depuis notre réveil moral. Mais à présent, si nous avons cette conviction, ne serait-il pas impardonnable de ne pas accepter la justice et le droit comme règle suprême en politique pour l'avenir?

Si tu sais bien te prévaloir de touîe la force que tu auras par association, si lu fais ensuite ton devoir de juge impartial sans dévier de ton but, nous verrons peut-être le machiavélisme te céder ensuite le pas. Nous le croyons; mais tu as encoi-e une autre tâche, et plus facile à loi qu'à personne, fu t'empareras de la civilisation et tu l'épureras. Cet enfant non baptisé du siècle n'est, à coup sur, pas encore bien connu; son éducation a été d'abord bien négligée : c'est pourquoi on n'a pas pu lui donner la part qui lui appartient de droit en toute considération politique. Au lieu de lui tendre la main, au lieu de recueillir ses manifestations dans tous les phénomènes de la vie morale, sociale et politique contemporaine; au lieu de le reconnaître dans toutes ses tendances légitimes et de consolider celles-ci dans ce cju'elles ont d'homoiïène, on le laisse courir à l'aventure connue un vagabond sans nom, sans demeure fixe, remuer partout les esprits, occasionner des troubles, puis amener des querelles et enfin la guerre. En naissant il fut pourtant, dit-on, destiné à sauver le monde de l'oppression et de la haine mutuelle; mais faute d'être bien dirigé, il s'égare souvent: et qui osera, maintenant, s'en enq)arer pour le corrigei-, si ce n'est la

INTUODl niON. • 1 I

pliilosopliie ? C'est pmelle (|iril pourra se dirii^'ei' luirnèiîie, si vous lui procurez roccasion de se reconnaître, et en retour, c'est par lui que vous rasseniblelez tous ceux qui se croient en ce moment ennemis et qui finiront par s'embrasser après avoir jeté les arjnes! Que la philosophie politicjue reste donc dans sa chaire supiéme, qu'elle s'environne de ses égaux, s'établisse en aréopage permanent et (ju'elle cherche à se prévaloir de toutes les institutions déjà existantes ou possibles à créer, afin qu'elle entre inniiédiatement en voie d'action morale.

Lecteur philosophe, de quelque partie du monde que tu sois; car je ne t'ai pas un instant perdu de vue comme être collectif et solidaire, telle est, je le répète, la position que t'a donnée mon imagination. Mais tu as bien dû l'apercevoir que ce n'est point d'un seul pas téméraire cpie j'ai pu te conduire à ce sommet. Te raconterai-je toutes les difficultés (pie j'ai éprouvées pour l'entrevoir moi-même? Pour l'expliquer en deux mots, il faut employer le même ton ; mais il suffira de diie que bien des fois lefoulé, à cause de mes |)as mal assuiés, j'ai été obligé de commencer de nouveau, jamais bien sûr d'avoir trouvé le bon chemin. Celui que je viens de tracer et que tu jugeras par toimême, a toujours monté à faire peur; mais néanmoins tu trouveras peut-être que les points de vue, où l'on ne songe pas d'abord à se placer, donnent seuls l'avantage de pouvoir se sousliairc à l'influence de toute sympathie pour les préjugés nationaux, de toute illusion sur des intérêts supposés qui n'ont pas encore été bien considérés dans leurs lapports avec l'intérêt général delà société humaine. Enfin l'étendue même

de l'espace coiUeiiiplé impose l'iinpartialilé et donne une ardeur nouvelle pour avancer. Partout s'élèvent encore des barrières immenses que je n'oserai jamais franchir seul ; mais content d'avoir cru m'apercevoir qu'il y a des passages possibles, j'espère que d'autres, mieux qualifiés, passeront. Ainsi, après avoir essayé de fixer de mon mieux le point de vue essentiel, je suis descendu en traçant mon chemin pour- ne nr'occuper cpie d'une partie du grand projet.

Voilà en sul)slance l'histoire abrégée de cet ouvrage, et assez pour une introduction aux observations analytiques, incomplètes, qui sont contenues dans les cliapitres suivants. On dira avec raison que le texte ne répond, en aucune manière, au vaste plan tracé dans cette introduction ; et c'est afin que le lecteur en soit encore mieux prévenu qu'il ne l'est déjà par le titre, et afin qu'il ne s'imagine pas cpie l'auteur, séduit pai' son arubition, croit olfrir un oeuvre scientifiquement arrangé et complet dans toutes ses parties; que cet auteur inconnu, en donnant quelques notices sur lui-même et sur ce qui l'a déterminé à écrire en langue étrangère, se sent obligé de continuer plus en détail l'exposition de ses idées premières. Ceci est d'autant plus nécessaire que leur origine est due aux diverses publications qu il va citer, et aussi aux tableaux politiques qu'il a eu occasion de contempler successivement pendant ses voyages, aux observations et aux conseils, misa profit, du gr-and nombre de nouvelles connaissances tpi'il a eu le bonheur de faire, et parmi lesquelles plusieurs ont donné à ses idées un intérêt et un encouragement saris lesquels il n'auiarl jaurais osé comparaître. C'est par ces motifs que 1';!!!-

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leur a cru ne devoir rien clianj^cr au lécit suivaul, (}uoiquece récit fût ébauché plus cJe deux mois avant celle publication et avant même cpi'il fût décidé si elle aurait lieu en forme de brochure ou d'ar licles sépares, insérés dans une revue périodique. L'auteur s'expose par là au reproche d'avoir mêlé ensemble des notices insignihanles avec les raisonnements préparatoires aux articles ou chapitres achevés (jui vont suivre; niais il sait qu'il y a tant d'autres fautes dans son essai, coniposé à la hâte, qu'il se résigne d'avance à toutes les remarques sur la foiine de la publication. Quant aux tours un peu irréguliers des phrases, l'auteur espère qu'on aura égard à sa qualité d'élranger pourle juger avec indulgence sous ce rapport.

Paris, 1 5 janvier i8.'j2.

Depuis plus de vingt-cinq ans membre actif d'une des quatre chand3res du corps législatif de la Suède, l'auleur a eu occasion de prendre part, entre autres choses, aux délibérations, pendant les diètes, sur le système douanier de ce pays. Cette queslion est devenue de plus en plus entrelacée avec des cjuestions de politique générale. On en reçoit parfois des éclaircissements cjui ne paraissent pas suffisants, et comme il est du devoir de chaque représentant de se procure»des informations exactes sur l'état actuel de toutes les circonstances qui influent plus ou moins sur le commerce et l'industiie, l'auteur a cru nécessaire d'aller à l'étranger pour stqipléer aux moyens ordinaires de s'instruire.

14 CIIAPITHE I.

C'est dans les grandes capitales surlout qu'on peut rencontrer des personnes de toutes les parties du ^lobe: mais ce n'est que dans l'intérieur de certains pays qu'on peut bien sonder les opinions et rassembler tous les détails nécessaires pour connaître et comprendre le grand mécanisme social dans toutes ses parties. Enfin, l'auteur s'est mis en route au mois de juillet iS/n, et s'est dirigé successivement sur Hambourg, sur r Angleterre, sur la Belgique, sur l'Allemairne et la Suisse, d'où il est entré en France. S'il ne s'agit pas ici de constater à quel point il a réussi à satisfaire sa curiosité, du moins il faut qu'il avoue que c'est en allant et venant ainsi d'une contrée à une autre, tout en lisant, non-seulement les journaux ordinairesanglais, français et allemands, inais aussi ceux de rinlérieur des pays qui ne passent que rarement au dehors, et tous les ouvrages de quelque réputation sur les matières en question, qu'il a conçu l'idée d'une brochure, quoique le plan en a nécessairement subi bien des changements.

Pendant les trois premiers mois de son voyage, il n'a trouvé partout que des raisons assez fortes pour compter sur une paix presque éternelle. C'est ainsi (pie, de toutes parts, on a montré l'empressement h s'étendre sur un des grands intérêts communs des nations, qui est né de cette même paix, savoir, l'extension et le perfectionnement des lelations conniierciales. il est vrai que partout on fut occupé à continuer cette petite guerre de douane et de traités de commerce à part qu'on se fait depuis longtemps avec assez d'acharnement. En réfléchissant de plus près sur cet état de choses, deux vues différentes se pré-

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senlèrent. I^'exislence des douanes cl des restriclions qui einpêclient une communication plus libre entre les peuples sont tellement d'ancienne date, que la plupart d'entre eux ne s'en aperçurent (ju'à la cessation de la grande guerre. L'acliarncuient dont nous venons de parler n'était donc, sous ce point de vue, qu'un effort d'affranchissement; loin d'être nuisible, il devait plutôt être considéié comme un signe et une tendance progressive vers la civilisation. Ainsi, tant que la paix durera, celte petite lutte ne pouria qu'être u!i!e à riiumanite entière, en éveillant l'esprit industriel dans les populations jusqu'à présent inactives, en leur enseignant quelles sont leurs propres ressources, et en mettant ensuite en action tous ses ressorts, auparavant inconnus, qui se trouvent toujours chez les individus, sinon dans leurs gouvernements, aussitôt que la sécuiité et la liberté d'agir sont données. Mais de l'autre côté, le résultat, en dernier lieu, de la petite guerre, utile jusqu'à un certain point, devrait vraisemblablement rendre plus visibles dans tous les détails, quels étaient lesdifférendsoulescauses des dissensions entre les nations, tant lelativement aux diversités d'opinions que de véritables intérêts. Or, à une certaine époque, variable selon les circonstances et les localités, la lutte ne pourrait-elle pas, en tous les cas où des concessions mutuelles ne seraient plus l'effet nécessaire d'une force morale supérieure, amener la grande guerre précisément pour avoir rendu les points de différends si distincts et si bien sentis?

En contemplant d'abord superficiellement, comme on est toujours porté à le faire, cette lutte com-

i6 C;ll\ PITRE 1.

slitutionnelle , d'une pari entre les peuples et les gouvernements, et le mouvement diplomatique, d'une autre, parmi les gouvernements surtout des grandes nations, et en résumant tous les faits qui s'y rattachent par rapport aux peuples et aux Etats plus petits, l'auteur se sentit d'abord agréablement surpris de se voir justifié, quant aux observations faites d'avance, que les intérêts de ces derniers Etats commencent à y entrei' pour quelque chose, 11 vit qu'on s'informait déjà de leur statistique, par suite de leurs progrès en tout sens, et enfin de leur tendance générale. D'après l'exemple qu'a donné un Etat qui naguère n'était pas des plus grands, en se procurant une augmentation de forces tant morales que matérielles par une conciliation sage d'intérêts de ses petits voisins, il crut qu'il serait bientôt de mode, parmi les grandes puissances, de briguer l'association des Etats secondaires, non-seulement comme jadis, pouifaire la guerre ou se défendre (ce qui viendrait sans doute en corollaire), mais plutôt pour faire ensemble l'industrie et le commerce plus libres et plus lucratifs. D'ailleurs, quand même encore il paraîtrait inévitable que les grandes puissances, en cas de guerre, décidassent seules, par leur ascendant matériel, du sort de la civilisation ou plutôt de son progrès; que, de plus, il fallût admettre qu'il dépend moins des sentiments des peuples que de leurs souverains et de leurs gouvernements que tel petit Etat fût uni à l'un ou à l'autre de ceux qui cherchent toujours h s'agrandir (question dont la solution renfermera toujours tout l'avenir, heureux ou désastreux de ce petit ])euple\ pourtant l'auteur s'est figuré qu'on peut présumer qu'en tant

T^fTHODT/CTION. \J

que ce froUement paisible se fait enlie les giands et les petits Etals, il en résultera, dans un temps pas trop reculé, que les droits et les intérêts des nations à trois ou quatre millions d habitants, ou moins encore, ne seront plus assujettis, comme auparavant, aux combinaisons et aux convenances toutes personnelles conçues, ou comme par grâce en faveur des chefs de ces Etats, ou dans l'intérêt tout-à-fait exclusif et accidentel des grandes puissances dites protectrices. C'est contre une telle politique que l'auteur avait toujours senti son sang bouillonner, et c'est aussi contre elle que les sujets des petits Etats doivent protester toujours et partout. Plus cette politique sera désavouée €t rejetée par l'opinion publique, plus les petites nations et leurs chefs auront des motifs pour se rapprocher muluellement, et en même temps pour se fortifier intérieurement par des mesures sages et convergentes. Enfin, il appartient indispensablement aux citoyens de ces petits Etals, aussi bien qu'à leurs gouvernements, de faire tout ce qu'ils peuvent pour faiie valoir les vœux de leur pays dans les congrès à venir. Sans compter les combinaisons possibles entre ces Etats, en cas que la résistance fût nécessaire, l'exploitation seule de la vraie science politique par les savants, et le développement ultérieur de celte nouvelle branche d'études, qui commence à intéresser tant les hommes éclairés de tous les pays, nous voulons dire la statistique internationale, établiront indubitablement une influence morale très efficace pendant une paix prolongée.

S'il y a quelque chose de vague en ces réflexions, pourtant elles contiennent à peu j)rès le résumé des

tS CHAPITRE I.

vœux qu'on entend exprimer partout, même clans les classes inférieures dont l'opinion ne diffèie pas essentiellement de celle qu'on trouve assez généralement répandue en conversant avec des hommes éclairés et qui réfléchissent habituellement sur la politique du monde actuel. Enfin toutes les vues se rapprochent assez dans ces matières. De plus, on a vu que l'état actuel des choses, tel qu'il se présentait au commencement de l'année i84i, n'avait pas manqué de faire son effet, c'est-à-dire d'accréditer la littérature politique. Des publications anglaises, allemandes et françaises, dans un genre plus universel qu'auparavant, furent mises au jour. On citera entre autres les ouvrages de jM. John Mac-Grégor sur la législation commerciale et financière de l'Europe et de l'Amérique% du docteur Fr. List, sur le système national d'économie politique*^, et de MM. de la Nourrais et E. Bères, sur l'association des douanes allemandes, leur passé et leur avenir '^.

Je remarquerai ici, par rapport à ces trois ouvrages, sur lesquels nous ferons par occasion des observations ultérieures, que tous les trois auteurs semblent avoir été poussés par l'esprit dominant du siècle, à des réflexions qui embrassent funivers entier, et qui tendent, selon les opinions d'un chacun, à un état de force matérielle plus grande, de richesse nationale

(i) Ttie commercial and financial législation of Europe and America, etc.; by John Mac-Gregor. London, 1841.

(2) Der nationale System der politischen œconomic, elc, ; von D"" Fr, List. Sluttgard et Tubingen, 1841.

(3) Paris, 1811, chez Paulin, rue de Seine.

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