‹ Des différends entre les nations civilisées et de leurs causesChapitre 2 sur 10 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

augmentée, et de position politique plus assurée et plus salutaire. Or, rouviai,^e de MM. Nourrais et Bèrcs est sui tout remarquable parce que les auteurs, afin de créer un nouvel équilibre dans le négoce des nations, exposent un projet d'associations analogues à celle de l'Allemagne, pour toutes les nations européennes.

Or, c'est bien là de 1 économie politique, sur laquelle on a déjà tant écrit, qu'on a depuis longtemps combattue et même répudiée, souvent peut-être parce qu'on en demandait trop, parce qu'on voulut v trouver des préceptes de politique, pendant (pfelle ne sortait jamais des définitions de théories qu'on accusait d'être un peu trop métaphysiques. xMais ici, nous voulons parler de l'économie politique transcendantaleetsynlhétique,ou de l'économie politique pragmatique et mise en action *. L'auteur fut un moment, qui pourtant dura a.^sez longtemps, ébloui de ces phénomènes; il crut que l'esprit, qui paraissait avoir gagné tout le monde, se manifesterait par des créations soudaines et éblouissantes. Cet esprit de réorganisation des affaires et des relations commerciales, qui frappa non-seulement parce qu'il semblait presque entière-

(i) On sait que c'est encore une question combattue si l'économie politique doit embrasser quelque partie de la politique. Il y a des auteurs, comme M. Slorch , et dernièrement M. Carev, de Philadelphie, qui considèrent toute séparation impossible de la doctrine « sur la nature, la production et la distrihution des richesses, » d'avec celle sur la population, sur l'organisation de la société civile et commerciale, etc. ; mais l'école anglaise actuelle, à la tête de laquelle iVI. W. N. Senior peut être considéré comme placé, ainsi que M. le comte Rossi. n'admettent plus que la science peut s'occuper d'aulre doctrine que de celle des richesses.

20 €HAPITlsF I.

menl occuper l'attention générale, mais aussi parce que l'auteur se crut autorisé à remarquer, qu'au lieu de ces traités séparés cjui s'étaient faits autrefois entre deux nations, très souvent dans le but de nuire aux autres, on eut trouvé, depuis la paix générale, qu'il valait mieux établir les nouvelles relations sur des principes plus universels et embrassant à la fois les intérêts et les relations essentielles de toutes les nations civilisées et commerçantes. Il est possible qu'au début de ses recbercbes, l'iMusion, que telle était auss? la tendance des gouvernements en général, se soit emparée de l'esprit de l'auteur*, ou bien qu'elle lui fûî suggérée par la lecture du livre de M. Mac-Gregor, que l'on s'imaginerait, par celte publication, avoir expliqué le but plus détaillé des tentatives en matière de douane, qui aurait pu être poursuivi successivement par le ministère wbigs, s'il était resté au pouvoir^. • L'espoir de voir enfin introduit par les Anglais euxmêmes, et en pratique, un système de commerce plus libéral, tel que l'avait démontré en tliéorie leur- illustre Adam Smith, et qu'on verrait bientôt victorieusement réfutée l'opinion de tous ceux qui prétendaient que les Anglais n'étaient pas sincères et qu'ils voulaient seulement induire les autres nations en erreur,

(i) J'en fais exprès l'aveu, afin que ceux qui, comme moi, veulent découvrir la vérité, se tiennent en garde contre leurs premières impressions.

(2) M. Mac-Gregor élant l'un des joint sccrctciries ou chefs de bureau au déparlement du commerce (boarcl oflradc), déclare dans sa préface qu'il était seul responsable des données contenues dans son livre; mais ce fonctionnaire estimé est resté à sa |)lace après le chaii"cnie!it d(i iiisiiisicic, en août i8:|i.

INTKODLCilON. 21

mais qu'ils gardeionl loujouis eux-mêmes le système mercantile comme le plus profitable*; cet espoir, il l'avoue ici, berça l'auteur jusqu'au dernier moment, quand, placé à la barre du House of Gommons, il eut l'occasion, au mois d'août i84i, de se détromper en plus d'un sens. Si tel eût été, en vérité, l'état des choses non-seulement en Angleterre, mais en Allemagne, et dans tous ces pays où l'on voit journellement dans les gazeltes des articles remplis d'ardeur pour la réforme commerciale et des combinaisons mercantiles; ou plutôt si cette ardeur qui existe réellement, cl qui ira sans doute en augmentant, n'eût à lutter contre des obstacles bien plus redoutables que des diversités d'opinions, des petits sujets de querelles, provenant des localités , de vieilles antipathies nationales ou des arrangements limitrophes à faire; on aurait cru que le moment n'était pas loin où il serait possible, par un congrès général de toute l'Europe et de l'Amérique, c'esl-à-dire non-seulement des grandes puissances, mais de toutes les petites nations civilisées du monde, d'établir tout un nouveau régime de politique internationale qui introduirait ensuite des règles justes et invariables.

Or, l'époque où l'on pourrait placer les Etats plus directement sous la loi, est encore loin malheureuse-

(i) On verra ensuite que celle manière d'envisager les causes ])ar lesquelles le système mercantile est encore en force en Angleterre, est très loin de la vérité et ne résuite que d'un manque de connaissances de faits. Rien n'est plus certain que, dans ce moment, le commerce libre serait profitable à l'Angleterre , s'il n'y avait pas des obstacles IjarUincninires à l'iairocluction .l'un système fondé là-dessus.

menl; el quoiqu'il seiail à propos, à ce que nous croyons, que les savants et les philanthropes de tous les pays commençassent à préparer scientifiquement les matières, pourtant l'auteur a été forcé de reconnaître de plus en plus, pendant ses courses de pays en pays, que même en se bornant aux Elatsgouvernés d'après des principes moins absolus, c'est-à-dire aux Etals de l'occident de 1 Europe,f„les circonstances qui d'abord lui paiinent favorables étaient balancées, d'un autre côté, par des obstacles inattendus et formidables. Il conçoit parfaitement qu'on va se moquer de sa simplicité, d'en avoir janmis conçu l'idée comme possible; mais il se sent'^inattaquable de ce côté, et il répondra à celui qui voudrait lui en faire le reproche que, positivement, tout auteur qui tâche de faire ressortir les résultats de ses méditations dans un projet philanthropique, s'expose au même blâme.

D'un autre côté, tout projet synthétique, pour avoir quelque valeur, pour accréditer une idée, doit être précédé d'une analyse exacte des matières. C'est pour avoir d'abord négligé cette préparation que l'auteur conçut, par une seconde réflexion, qu'il avait agi plutôt en enthousiaste qu'en philosophe. Mais il s'en consola ensuite en observant que, parmi tous ceux qui s'occupèrent de politique, soit par goût, soit par devoir, très peu d'hommes, à ce qu'il parait, se procurèrent d'avance une connaissance parfaite de toutes les choses qu'ils auraient dû auparavant examiner. C'est à la diplomatie f|ue lient, si on le veut, légitimemenl rexj)Ioitation de cette tâche impoitante. Mais la diplomatie ne s'occupe ordinairement que d'approfondir les parties de la science politique, ou plutôt

Page 1