‹ Des difformités des doigts (dactylolyses)Chapitre 5 sur 10 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DACTYI.OLYSE DE CAUSES INTERNES

tÈactytotyses yar vice fte nutrition relevttnt «te nto«ti fication» sanguines.

« L’anatomie pathologique, dit Bazin, n’a-t-elle pas été trop loin en prétendant fixer en quelque sorte la nature et le siège du plus grand nombre des maladies? Pourquoi ne s’est-elle pas bornée à signaler sur le cadavre, telle altération organique sans vouloir que, nécessairement, cette altération fût la cause ou le point de départ des phénomènes observes pendant la vie. » (Bazin. Thèse de Paris, 1834.)

Dans les maladies, en effet, que nous allons étudier rapidement ici, les modifications survenues dans les éléments du sang ne sont pas spéciales : « Le sang, comme toutes les parties constituantes de l’organisme humain, peut présenter des altérations pendant le cours de ces maladies; toutefois, malgré la faveur dont jouissent de nos jours les travaux en hématologie, il faut bien dire que ces altérations sont encore peu connues ; peut-être le seraient-elles davantage, si au lieu de chercher dans le sang la cause des maladies et l’explication des phénomènes morbides, on eût étudié ce fluide dans toutes ses modifications anormales, au point de vue seulement de la séméiologie et de l’anatomie pathologique. «(Bazin. Leçons sur la scrofule, I8o8,p..o6) (1).

Quoi qu’il en soit, et bien qu'il n'ait point été trouvé, comme on vient de le voir, de modifications appréciables

(j) Voir sur cette question notre récent travail sur la syphi''s dans les Ann. de qynécnlogie, yxiWet 1875, p. 46-58.

dans le sang’, nous admettrons que dans toutes les maladies constitutionnelles (scrofule, rhumatisme, goutte, syphilis, tuberculose, cancer, etc.), la crase sanguine se trouve altérée.

Ces diathèses peuvent-elles présenter des localisations dactyliennes ? Ces lésions dactyliennes ont-elles le caractère de dactylolyse ? C’est ce que nous allons étudier.

Et d’abord nous ferons remarquer que ces maladies ont pour principe de se manifester sur toutes les parties du corps; ce qui explique jusqu’à un certain point la tendance naturelle que l’on a à leur donner pour origine une altération sanguine, encore qu’aucune preuve scientifique ne soit venue appuyer cette hypothèse.

Comme les autres parties du corps, les doigts sont exposés aux atteintes de ces maladies constitutionnelles. C’est ainsi que nous voyons des scrofulides nombreuses, des syphilides variées, attaquer les tissus des doigts ; c'est ainsi en" core que le vice rhumatismal, que la diathèse goutteuse, occasionneront dans les articulations phalangiennes des inflammations particulières; de même, enfin, la tuberculose et le cancer pourront déterminer dans ces petits organes les productions néoplasiques qui les caractérisent.

Toutes ces localisations peuvent, à la longue, déformer les doigts de manières différentes, mais, quant à ce qui est de la dactylolyse, nous n’avons à nous occuper de ces manifestations dactyliennes que lorsqu’elles auront envahi suffisamment les tissus pour amener des ulcérations profondes, ou lorsqu’elles auront par l’ostéite suppurée, la carie, la nécrose, rompu ou fait disparaître en totalité une ou plusieurs phalanges. Sous l’influence de ces processus secondaires, on verra survenir aux doigts des raccourcissements au niveau desquels des cicatrices vicieuses, des dépressions

profondes, des sillons et des étranglements plus ou moins accusés.

Nous ferons remarquer, avant d'entrer dans l’étude détaillée de ces questions, que nous laissons de côté le rhumatisme et la goutte, qui ont été étudiés récemment avec le plus grand soin, quant à leurs manifestations dactyliennes, dans la thèse de M. Meillet (1). Nous restreindrons notre étude aux dactylolyses qui surviennent sous l’influence de deux maladies diathésiques des plus communes, la scrofule et la syphilis.

Et d’abord, nous accordant en cela avec Bazin, nous reconnaîtrons à ces diathèses trois formes : l’une l’autre ordinaire, la troisième maligne. Les lésions dactyliennes déterminant des dactylolyses relèveront toujours de cette troisième forme.

Dans sa classification des « scrofulides malignes,» Bazin décrit deux formes de scrofulide maligne ulcéreuse ; la scrofulide ulcéreuse simplement inflammatoire, et la scrofulide ulcéreuse fibro-plastique : « Cette distinction, dit-il. me paraît importante en pratique comme en théorie ; au point de vue pronostique aussi bien qu'au point de vue thérapeutique.

Le début est différent : dans la scrofulide inflammatoire les éléments primitifs sont la pustule et le tubercule cutané simplement inflammatoire ; les os forment le plus souvent une barrière infranchissable au mal. Dans la scrofulide fibro-plastique, c’est le tubercule fibro-plastique , moins saillant ordinairement, plus induré, plus rouge qu'il ne l’est dans le lupus tuberculeux non ulcéré ; la destruction marche

(l) Th. de Paris, 1874, avec planches, par P. Richer. Ce travail est résumé dans l’article Main, du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, rédigé par Le Dentu, qui a reproduit les jolis dessins de P. Richer, t. XXL p. 3fi! et suiv.

I plus vite, les os sont généralement attaqués aussi bien que j les parties molles.

Nous voyons aux membres une proportion à peu près I égale de scrofulides inflammatoires et de scrofulides fibro- I plastiques. C’est au voisinage des articulations, et notam- I ment sur la face dorsale des doigts et des orteils qu’on a le plus souvent occasion de les rencontrer. Billes s’accompagnent de la tuméfaction des membres et des articles, empêchent les mouvements, la flexion des doigts, la préhension des objets quand elles siègent sur les doigts, produisent ■ la claudication quand elles siègent sur les membres infé- ' rieurs, et sont très souvent suivies, après la guérison, de pseudo-ankylose des articulations affectées, de l’hypertrophie, de l’incurvation, et du raccourcissement des doigts et des orteils, qui dans quelcjues cas paraissent comme ratatinés. »

D’autres fois, ce sera seulement une production tuberculeuse se développant dans le tissu cellulaire et pouvant amener de graves déformations des doigts. L’observation suivante que nous devons à l’obligeance de M. Ernest Besnier, en est un bel exemple.

Obs. XIX. Dactylite chronique, observée dans le service de M. Ernest Besnier, a Saint-Louis, et recueillie par M. Rendu, interne du service.

Benoist Poullande, Agé de 45 ans, distillateur, occupe, le 4 avril 1874, le numéro 22 de la salle Saint-Léon. Cet homme, bien constitué, a présenté dans le jeune Age quelques accidents strumeux tort légers, gourmes fugaces, engorgemenls ganglionnaires .passagers, engelures très-prononcées Ions les hivers : avec, œdème violacé du dos des mains, et crevasses aux doigts.

Depuis quelques années, il est sujet aux douleurs rhumatismales.

Une nouvelle poussée est survenue dans le genou gauche il y a rois semaines; les douleurs, après s’êire propagées à l’épanle droite, ho sont localisées a l’articulation sacro-iliaque droile.

^'ili-e ces douleurs, il présente une anéctionj sinmiiière qui l’a d-lermine à entrer à l’hùpilal, etdale de Irois mois. ’

Au niveau de la preniièrn iihalango des doigts de la main gauche, existe un empAtoment ditlus, rénilenlel induré, qui déforme le doigt on lui donnant un aspect nasil'orme. La phalangette semble comme enfoncée dans une masse volumineuse, et au premier abord, on pourrait croire à une ostéite do la phalange. Les plis articulaires sont elfacés, la peau est d’un |•ougc sombre, érythémateux, violacé, uniformément répandu sur les points engorgés. La pression fait disparaître cette coloration ; les mouvements (tes doigts sont génés,

A la face antérieure de ces phalanges existent, au niveau des plis articulaires, des fissures profondes, de véritables crevasses ulcérées etrecouvertes de croûtes constamment déchirées.

Les ongles correspondants sont malades, amincis, exfolii^s en partie, et rayés transversalement.

La mémo lésion existe à la main gauche au niveau de l’auriculaire.

De ce côté, le poignet présente un empâtement de forme ovalaire, allongé dans le sens du grand axe, terminé par un bord circulaire à convexité supérieure.

Du côté de la paume de la main est une autre tumeur plus petite, arrivant jusqu’au deuxième pli palmaire, et bridée parle ligament annulaire du tarse. En sorte que les deux parties saillantes de la tumeur, séparées par un étranglement, représentent assez bien la forme d’un sablier.

La peau qui recouvre cette tumeur est intacte et roule librement sans présenter aucune adhérence. La tumeur, au contraire, paraît liée intimement aux parties profondes, ce qui empêche toute mobilité dans le sens latéral ou dans le sens longitudinal.

L’affection est complètement indolente, mêmeà une forte pression. 11 semble qu’il y a là une synovite fongueuse, due à des efforts répétés. Il n’y a nul antécédent blennorrliagique pour l’expliquer.

Le mal se compliqua au bout de quelques jours de diarrhée assez intense ; toutefois l’affection cutanée allait bien le 19 avril, les nodosités étaient moins tendues, plus flasques, d’une douleur moins' vive ; les fissures, que le stylet avait démontré ne point aller jusqu’à l’os, étaient devenues plus suintantes: les douleurs articulaires s’étaient localisées à la jointure sacro-iliaque. Le malade, qui avait été traité par la teinture d’iode, le sirop alcalin, les vésicatoires, etc., est soumis, en outre, à l'emploi intérieur de l’iodure de potassium, à la dose de t gramme par jour.

Le 26 avril, on s’ajieiroif (lue- le testicule droit est complètement dégénéré ; il présente des bosselures, des inégalités, des points ramollis. Le jour suivant, ces points donnent naissance à trois fistules indolentes, rpii sécrètent fort peu de pus.

•— (jl —

L’au^ciiUulioii de la iioili'iiic de donne pari de signeri trèri-nels; respiration pins prolongée.

Le 30 avril, le malade ayant été examiné de nouveau avec soin, on apprit que la tumeur du poignet s’était développée a la fin du mois de novembre. En regardant la l'ace postérieure de l’avanl-bras, on remarqua que le cubitus était plus globuleux, lormant un empâtement rénite: t au-dessus de l’apophyse stylo'ide, comme s’il y avait eu périoslosc ou une gomme. On percevait, en outre, une légère fluctuation, mais il n’y avait rien au tibia, aux orteils, aux clavicules ni au sternum. Pas de l'ourmillements, de douleurs, d’hyperesthésie ni d’anesthésie au niveau des doigts : aucun trouble tlu coté du système nerveux.

f.e 1(1 mai, sous l’influence de la teintude d’iode, le testicule, (lui avait longtemps conservé l’apparence d’une épididymite tubei’culeuse, est guéri ; les fistules se sont comblées, l’induration a disparu. En même temps, l’empâtement des doigts a beaucoup diminué, les ulcérations ont un meilleur aspect.

Dans les premiers jours du mois de juin, sans cause connue, le malade est pris d’un gonllement subaivu du lesticido gauche, qui devient bosselé et tendu, l'épididyme est notablement gonflé et induré.

L’auscultation fait reconnaître dans le poumon gauche une respiration granuleuse et rude, sans craquements bien prononcés ; mais il y a moins d’élasticité sous le doigt.

Pendant la seconde quinzaine de juin, les symptômes inllanimatoires du côté du testicule s’amendent': il n’y a pas de production de fistule. On sent néanmoins la glande toujours empâtée, volumineuse, irrégulièrement bosselée, avec dos points plus ramollis du côté de l’épididyme.

Les mains se sont peu modiliée’. Quelques-unes des nodosités ont évidemment diminué, mais aucune des ulcérations ne s’est fermée; de plus, l’articulation de l’index du côté gauche, e.st devenue cré- Ijilante. La lésion est évidemment osieuse et intra-articulaire. Les fistules donnent un liquide très-rare, gommeux et légèrement purulent.

L’état général s’est amélioré, plus de diarrhée. Le malade a toutefois maigri depuis son entrée à l’hôpital ; il a parfois des accès tebriles le soir, mais il ne tousse j)as et présente une respiration a peu prés normale, un peu rude au sommet droit.

Le malade ejuitte le service pour aller passer quelque temps à la campagne, le 15 juillet.

Oetle observation nous offre une forme rarement observée

de dactylite scroCideuse ; nous aurions vivement désiré offrir au lecteur le dessin des déformations observées, la main malade ayant été moulée par M. Baretta avec tout le talent qu’on lui sait, et déposée au musée de l’hOpital Saint- Louis, mais le temps et les circonstances se sont opposés à la réalisation de ce projet.

Mentionnons encore un désidératum : avant d’abandonner l’étude des manifestations dactyliennes superficielles de la scrofule, nous espérions pouvoir offrir au lecteur l’histoire d’un .cas fort curieux du dactvlite scrofuleuse observé chez une femme qui est venue plusieurs fois à la consultation de M. Laillier, alors que nous étions dans le service. Cette malade, en effet, outre quelle présentait un gonflement considérable de la première phalange du médius de la iiiain droite, offrait encore un gonflement de toute la paume de la main. Cette tuméfaction était surtout accentuée au niveau du troisième métacarpien et s’étendait même un peu vers l’avant-bras. Lorsqu’on faisait mouvoir le médius (après que le gonflement se fût quelque peu dissipé), on sentait une crépitation très-nette un peu au-dessous du ligament annulaire du corps indiquant clairement la participation des gaines et des tendons des fléchisseurs.

Ce fait offrait pour nous un grand intérêt. Il met, en effet, bien en évidence un des caractères distinctifs de la dactylite superficielle scrofuleuse et de la dactylite superficielle syphilitique. Dans la première, en effet, c’est toujours la face palmaire du doigt qui est le siège principal de la rougeur et la paume de la main participe toujours plus ou moins à rinflammation du doigt. Dans la seconde, au contraire, la face dorsale du doigt et le dos de la main sont atteints, en sorte que si, dans l’une et l’autre affection, l’inflammation se propageant aux tissus plus profonds, attaque

les tendons, les troubles fonctionnels différeront totalement. Dans la scrofule, en effet, les lléchisseurs seront atteints ; ce seront les extenseurs, au contraire, dans la syphilis (1).

La scrofule et la syphilis, on le voit, ont, lorsqu’elles attaquent les doigts, une marche absolument différente. Nous rejetons d’ailleurs toute parenté, tout rapprochement entre ces deux maladies. Nous n’admettons pas l’opinion de certains auteurs qui ont dit que quand la scrofule vient à se compliquer de syphilis, il y a association, en quelque sorte mariage ou fusion des deux maladies pour produire des phénomènes particuliers que certain auteur a. nommés scrofulate de vérole.

Si maintenant nous étudions les manifestations dacLv-

iennes syphilitiques, nous verrons qu’il est un produit de la vérole se présentant à la troisième période et pouvant affecter les doigts ; nous avons nommé la gomme. La phrase suivante de Van Swieten en définit bien les caractères : « Gumma solet vocari tumor, talis tenacitatis et mal- « Jitiæ, ut digitis cédât, fere uti soient gummæ ex arbori- « bus stillantia et concreta, dum radiis solaribus molles- « cunt, vel nondum perfectum duritiem acquisiverunt. » (Van Swieten, Gomment, in Bœrhaave Aphor., t. 1, p. 939). »

Cette tumeur gommeuse dactylienne, Chassai gnac (2) la décrit sous trois formes diverses :

« 1“ La forme charnue présente un tissu d’un aspect tout particulier et intermédiaire, im quelque sorte, entre l’aspect de certaines tumeurs fibro-plastiques et celui de l’encéphaloïde.

(1) Un seul cas d inflammation gommeuse des tendons a été observé aux doigts. Il se trouve dans la huitième observation de la thèse de Van Oordt, Des tumeurs gommeuses, Paris, 1859.

(2) Clinique européenne, 1859. De la dactylite syphilitique, p. 238.

Le Irait le plus caractéristique peut-être de ce genre de tumeurs, c’est la facilité avec laquelle elles disparaissent sous rinfluence de la médication à l’iodure de potassium. C’est là le réactif le plus sur de l’existence de certaines tumeurs gommeuses, attendu qu’aucune autre tumeur connue ne peut se résoudre avec une même rapidité sousTintluence de ce médicament.

2“ La forme bourbillonneuse est caractérisée par la présence au milieu des tissus d’une espèce de bourbillon quelquefois très -volumineux, de couleur blanche, assez bien représenté, à la friabilité près, parla substance qui, dans les disques intervertébraux des vieillards, occupe le centre de la substance intervertébrale. Les auteurs ne donnent presque aucune description de ce produit singulier; ils se contentent de le désigner sous le nom de tubercule, mais sans décrii’e aucunement cette substance blanche, que nous avons quelquefois comparée à un fragment de morue ou de veau à peine cuit, à un morceau de carton-pàte ou à du mastic à demi-desséché, à des eschares du derme dans les cas de sphacèle blanc. Cette substance ne se rencontre point dans le tissu cellulaire exclusivement, comme cela a été dit, mais elle occupe l’épaisseur de plusieurs des couches d’un membre, sans distinction de tissu. Les rapports de cette substance avec ce qui l’entoure sont très-variables, suivant qu’on examine la tumeur gommeuse à telle ou telle époque de son évolution. A cet égard, on peut distinguer dans la marche de la tumeur gommeuse une période de crudité et une période de ramollissement. A toutes les périodes, nous avons constamment rencontré la tumeur blanche, un peu jaunie cependant, au moment où la suppuration vient s’emparer des parties pour amener l’élimination du bourbillon.

Le nom d’eschare sèche interstitielle est celui qu'au pre-

mier aspect, on est porté à appliquer à cette production tout à fait sing-ulière; en effet, ce n’est point de la matière tuberculeuse. Cette substance ne se rapporte à aucune des productions cancéreuses connues ; elle ne présente aucune trace d'organisation, aucun vaisseau d’aucun genre. Dans sa période de crudité, elle se continue avec la substance qui l’environne comme si elle en faisait partie, comme si elle était constituée par une eschare qui, venant de se former à l'instant même, seraitencoreintimementliée à ce qui l’entoure. Ce serait donc une espèce de gangrène blanche qui se formerait de toutes pièces au sein d’une masse de tissus vivants ; mais elle diffère essentiellement de toute autre gangrène, en ce que, pendant des mois, des années peutêtre, il ne peut se produire aucun travail d’élimination, et déplus, en ce qu’il n’y a pas de phénomènes de putridité.

Dans sa période de crudité, elle représente donc une substance dure, coriace, très-cohérente, se déchirant avec peine, aussi adhérente aux tissus au sein desquels elle est placée qu elle est cohérente avec elle-même, et qui semblerait y avoir été introduite tout d’une pièce. Quant au mode de connexion avec les parties environnantes, il n’est pas constitué par des filaments, par une matière plastique ou pseudo-membraneuse; il y a une sorte de continuité comme celle qui existe entre la partie d’un tissu qu’on vient d’escharifier et les parties ambiantes de l’eschare. »

Knfin, Chassai gnac décrit une troisième forme, une forme collo'ide :

« Dans les cas rapportés, dit William Taylor (1), où le processus morbide attaque le tissu conjonctif sous cutané, on observe une couleur violacée de la peau qui, au toucher, est tendue et résistante.

y) On JJactylitis syphilitica, Jouni. Americ. of sypliytographi/ and dermatology, vol. II, 1871.

Beauregyrcl. m

Cet état, comme Je l’ai déjà dit, est dû probablement à la densité de la substance gommeuse, mais Chassaignac considère. comme probable que dans ce cas le dépôt étant colloïde et semi-difQuent, la compression des capillaires serait très-faible et la rougeur de la peau peu accentuée, si môme elle existait. Dans cette forme colloïde, une sensation de mollesse , presque de fausse fluctuation , remplacerait la rénitence ordinaire aux tumeurs gommeuses ; mais nous u’avons pas encore rencontré de fait établissant que cette variété colloïde de la tumeur gommeuse se rencontre aux doigts et aux orteils, et ce n’est que par analogie que Chassaignac a pu admettre son existence dans la gomme des doigts.

Deux faits de ces gommes dactyliennes ont été observés dans le service de M. Lallier, alors que nous en faisions partie.

Les faits de ce genre sont si peu nombreux (1) que l’on

(1) Cette note bibliographique et les deux observations que nous rapportons ici sont extraites d’un travail que nous nous proposons de publier d’ici peu sur la Syphilis dactylienne :

Le premier cas de dactylite syphilitique se trouve rapporté par Baumès (Traité théorique et pratique des maladies vénériennes.

part., p. 178, Lyon, 1840). — (Voir notre travail sur la S^'philis congénitale, déjà cité). Ce ne fut qu’en 1859 que la question de la dactylite syphilitique fut soulevée par Chassaignac dans la Clinique européenne (loc. ctt.\ et dans son Traité de la suppuration, t. II, p. 626, 1859.

I..’année suivante, Nélaton fit une leçon sur \e Panaris syphilitique^ publiée d’abord dans la Gazette des hôp., de 1860, p* 105, puis sous forme d’analyse dans le Bull, thérap., même année, t. 58^ p. 233.

En 1867, Lucke, de Berne, rapporta in Berlincr Klinische Wochenschrift , n°* 50 et 51, un cas Die Syphilitische Dactylis : ce travail a été traduit presque in extenso dans les Arch. gén. de méd., 1873. Il en est fait une rapide mention in Tumeurs solides des doigts (Monory, th. de Paris, 1873, n“ 440).

En 1870, Bergh, de Copenhague, publiait iji Arch. fûr Dermatologie and Syphilis, n® 2, un article intitulé : Fall von Gûmmôser

Irouvera quelque intérêt dans les deux observations suivantes :

ÜBS. XX. -r Cas iiiéiUtdc daclylilo sypliyli tique (Hôpital Saint-Louis), observé dans le service de M. Lallier et recueillie par M. Bex, interne du service.

Mlle Pillan (Jenny), blanchisseuse, “28 ans, née à Brest.

La malade entre pour de vastes ulcères suppurants de la jambe droite; ces ulcères datent de quinze jours.

[syphilitischen) Dactylis. La même année, in Berliner Klinische Wochenschrift, n« 7, 1870, Risel rapportait un cas de dactylite syphilitique des doigts et des orteils.

En 1871 (janvier), William Taylor fit paraître {loc. cit.) un article important sur ce sujet ; ce travail fut analysé dans les Arch. de dermatologie et de syphilographie, t. III, p. 114, par M. Curtis.

En 1872, le même journal américain (Journ. of syphilog.- and dermatology , vol. III, page33, 1872, publiait A case of congénitale dactylitis syphilitica, par Curtis Schmith. — Quelques mois après, le même volume contenait (page 142) un travail de Wiggleswortb. intitulé Case of syphilitica dactylitis. Ces deux observations ont été analysées dans la France médicale (1873), par notre excellent ami A. Chevall'eréau. — En Amérique encore, Perry, de Philadelphie, publiait quelques observations dans The Philadelphia Medical Times.

Dans l'année 1873, Morgan, qui déjà, en 1872, avait, dans un intéressant ouvrage, Practical lessons on contagions diseases, p. 231-236, attiré l’attention sur la dactylite syphilitique, publiait in The Medical Press and Circnlar (16 décembre 1872 et janvier 1873) deux articles fort remarquables.

Un nouvel article dans le même journal parut au mois d’avril de la même année, et en même temps dans le .Dublin Journ. of med. Sc. Ces deux articles résumaient les renseignements donnés par Morgan sur la maladie devant la Société obstétricale de Dublin et les discussions qu’ils avaient fait naître. Ces travaux furent analysés dans The American Journal, mai 1871, p. 199, Bulletin de la Société obstétricale de Londres et en France dans la Revue des sciences médicales, par M. Delens, 1873.

Le D''S. Gross, in 'J'he Surgery, Philadelphia, 1873, consacre quelques pages au même sujet.

Cette même année 1873, William l'aylor, dans les Archives ofscienli fie and practical medicine, de Brown-Séq^uard et Seguin, n“ 4, avril 1873, publiait : Clinical observations on the syphilitic lésions of the bones of the hands in young children, où se rencontre un très-beau

IjIIo. litil. rciüuiilcr ii liuil ou dix iiiois lo <l(iljiil d(,‘ ,s;i iiiulcidir, uijii'suiis donner aucun l■enseii,^lomenl sur la nature dos troubles (ju’dle 1 essentait. 11 ressort, toutefois de son récit, qu’elte n’avait jamais ]'ien eu aux parties, c|u’clte n’a jamais eu de maux de gorge, que ses clieveux ont commencé à tomber il y a sept ou liuit mois; (ju’il y a trois mois, elle a remarqué des boulons sur le cuir chevelu. 11 y a trois mois, elle eut de la céphalalgie, des étourdissements qui ont duré deux mois en même temps que des douleurs osléocopes. Ce fut alors qu’elle se décida à consulter un médecin, qui lui lit prendre de l’iodure de potassium et lui ordonna des frictions avec une pommade dans les aines. Enfin les manifestations syphilitiques des jambes ne datent que de quinze jours, et on lui appliqua, à ce propos, un emplâtre sur la jambe droite.

Elle est sujette à s’enrhumer l’hiver, mais ]tas de maladies antérieures. Elle a eu une enfant il y a sept ans, morte à un mois, de la dysentérie. Pas de fausses couches. Bien réglée, mais elle voit trèïpeu, surtout dej)uis qu’elle est malade.

Elle habite Paris depuis douze ans.

Elle a été traitée, l’an dernier, chez le D>’ Siredey, où elle est restée plusieurs mois, ayant des lésions très-curieuses du col utérin qu'on fut tenté de prendre pour l’accident primitif.

Etat actuel. — Anémie visible, rien sur le tronc ni aux partie^. Boutons dans la tète. La lésion pour laquelle elle entre se trouve aux membres inférieurs, au droit en i)arliculier.

La jambe droite, vers la partie supérieure, à sa face externe, est le

cas de dactylite syphilitique. Tilbury Fox, dans la troisième édition de son traité On Skin diseascs, 3“ édit., p. 297-300, donne un rapide aperçu de la question.

F.n 1874, un article de Bulkley L.-D., « Rare cases of congénitale syphilis (dactylitis syphilitica) paraissait à New-York dans le ^ledicalJoiirnal (mai 1874), et le même journal (octobre 1874)contenaitun cas de dactylite syphilitique observé par le D'' Rusey chez un enfant de 18 mois [Dactylite syphilitique in a child eighteen nwnths old' . Ces deux observations (Busey et Bulkley) ont été analysées dans les Archives of dermatology, v. II, n" 2, janvier 1875, New-York.

Enfin, en février 1875, Brynberg Portos, in The American Journal of Obstetrics, pages 549-555, rapporte plusieurs cas de dactylite syphilitique congénitale ce travail est suggéré à son auteur; par une publication importante de W. Taylor, commencée dans le meme journal en 1874 et terminée en février 1875 Syphilitic lésions of the osseous System in infants and young children) et où il est question en maint passages de la dactylite syphilitique.

siéjîc de deux vastes ulcères, d’un diamèlre plus grand f(ue celui d’une pièce de cinq francs.

Alajainbe gauche, -t ou a ulcères du diamètre d’une pièce do MO centimes à 1 franc.

Ailleurs sur le corps, une ou deux pustules d’ectliyma. Douleurs le long de la crête des tibias.

M. Lallier diagnostique des syp.bilides ulcéreuses et serpigineuses, à forme gangréneuse, ayant succédé à des pustules d’ecthyma.

nne cuillerée de sirop de Gibert, vin de quinquina, fer et l’hubarbe.

1) janvier. Badigeonnages iodés sur les ulcères, cataplames a^ gauche.

Le 10. Les petits ulcères de la jambe gauche ont augmenté sur le cataplasme.

Le 11. Les ulcères de la jambe gauche se sont encore étendus en largeur et en profondeur. — lodoforme sur tous les ulcères.

Le 15. Amélioration marquée de l’ulcère, principalement de la ambe gauche.

Le 17. Eruption pustuleuse à l’occiput, très-confluente, et sous les croûtes se trouve accumulé du pus fétide, très-abondant.

Le 18. Les ulcères de la jambe droite ont u.n bien meilleur aspect, leurs contours sont d’un beau rouge vif. Ulcération assez étendue et assez profonde de la face postérieure du pavillon de l’oreille, à sa partie supérieure.

Continuer l’iodoforme pour la jambe droite, le remplacer par du camphre à gaucho.

Le 19. L’ulcère^supérieur de la jambe droite est sanguinolent.

Le 120. Il s’est formé un ulcère analogue à la partie supérieure de 1a jambe droite. Les ulcères de la jambe gauche, qui ont bon aspect, ont encore des bords taillés à pic et proéminents, ce cju’on ne trouve pas sur l’autre jambe.

Le 22 On ordonne des pulvérisations, on supprime l’iodoforme qu’on remplace par un pansement fait avec la bandelette de diachylon.

Le 23. Commencement de cicatrisation dans les grands ulcères de la jambe qui saignent facilement.

Le 27. Progrès très-grands dans la cicatrisation des grands ulcères de la jambe droite.

Le 30. Les ulcères do la jambe gauche (camphre) sont bientôt cicatrisés. Les ulcérations sont maintenant à fleur de peau; attouchement avec crayon de nitrate d’argent.

9 février. On aperçoit ne nombreux îlots épidermiques spontanés.

Le 10. Sur le cuir chevelu, on Irouve, en divers points, des ulcérations a peu près semblables à celles des jambes et de calibre, variable.

d’r.no pièce de SO centimes à une pièce de 1 franc ou même davanlüge. — Pansement au cliloral.

Le 1"2. Partout les ulcères sont en voie de réparation.

Le 19. Plaies de la tète se comblent rapidement, mars. Nouvel ulcère occupant le genou droit et sur la rotule. Vo lume d'une pièce de 20 centimes. Ulcération de la partie supérieure du pavillon de l’oreille gauche.

Le Ib. Etat stationnaire des ulcérations roluliennes auriculaires.

Le 22. Depuis quelques jours, il s’est formé une croiite ulcéreuse de la narine droite et une induration limitée dans l’épaisseur de la lê- Ame supérieure. Toute la partie gauche du lobule du nez est luisante et de teinte livide. — lodure de potassium, 1 gr. 30; sirop deGiberl.

Le 23. Frictions avec pommade mercurielle sur le nez.

Le 26. L’ulcération de la narine ne fait que s’éliminer, ainsi que celle de l’oreille gauche. Cautérisation avec chlorure de zinc liquide. Les ulcérations des jambes sont complètement cicatrisées.

Le 27. Tuméfaction marquée de la lèvre supérieure.

Le 28. Les ulcérations se sont nettement arrêtées sous l’influence de la cautérisation qui a donné lieu à la formation d’eschares sèches, non soulevées. En revanche, la lèvre supérieure s’est ulcérée dans la moitié gauche. — Cautérisation de la lèvre avec chlorure de zinc.

Le 29. La marche des ulcérations paraît arrêtée partout. Un peu de diarrhée. — Extrait thébaïque, 0,02, 2 cuillerées de sirop de Giberl.

Le 31. Les eschares déterminées par le chlorure de zinc sont à peu près toutes tombées, et dessous, des surfaces ulcérées tendent à la

cicatrisation.

4 avril. Les eschares de l’aile du nez sont à peu près cicatrisées: au nez, légère perte de substance le long du bord inférieur.

Le 6. Salivation assez abondante, malgré le chlorate de potasse.

Le 7. Oreille à peu près cicatrisée, avec disparition d’une quantité assez notable du cartilage. L’ulcération de la lèvre supérieure marche peu, reste superficielle, et semble présenter quelques signes de cicatrisation en un jjoint. L’ulcération de la narine paraît arredée. L état général est maintenant bon.

Le 2t. Partout les ulcérations sont en bonne voie de cicatrisation.

Le 24. Tuméfaction (sans rien au tégumeut) immédiatement audessus de la rotule, iluctuante, très-nette; le liquide ne remonte ni en arrière de la rotule, ni sur les côtés. Ce liquide paraît siéger au milieu du tendon rotulien.

Le 27. La malade se plaint deiuiis quelques joursd’étourdissements: ses règles sont en retard d’une quinzaine de jours. Il ne reste à cicatriser que les ulcérations aux membres inférieurs. L’etat général est bien meilleur depuis quelque temps, la malade engraisse à vue d’œil.

5 niai. üEdème et douleur au membre inférieur droit, surtout audessous de la cheville et le long de la face externe.

10 juin. Sort de l’hôpital en très-bon état.

l.T juillet. Rentre à l’hupital danslamême salle où elle occupe le ht n“ 2, pour des accidents ulcéreux semblables à ceux qu elle présentait pendant son premier séjour. Elle a à la partie supérieure de l’avant-bras gauche, au-dessous du coude, une ulcération du volume d’une pièce de cinq. francs à fond sale; il semble qu’elle résulte d une • gomme.

Au bas de la fesse droite, ulcération plus petite.

Le 26. Amélioration de l’ulcération de l’avant-bras sous l’influence

de l’iodoforme.

Le 27. Pas d’amélioration de l’ulcération de la fesse. On substitue le cataplasme à l’emplâtre de Vigo dont on faisait usage.

14 août. Les ulcérations se généralisent sous forme de petitespustules entourées d’un cercle blanchâtre, mortifié et formant eschare. Elles occupent les pieds et les jambes, sont très-douloureuses et s’entourent d’une auréole rouge. L’iodoforme ne donnant pas grand r^ sultat, on le remplace par la pommade à l’iodhydrargyrate.

Le 28. Le traitement général n’étant pas supporté, on ordonne des frictions à l’onguent napolitain.

O septembre Amélioration. Quelques croûtes rupioïdes. Rougeur au bout du nez.

2 octobre. Ulcération du bord droit de la langue. Traitement : cautérisation au nitrate d’argent.

25 octobre. La malade signale sur la partie gauche du voile du palais, une petite plaque rouge iodurée, peu saillante.

6 novembre. Petite ulcération reparaît sur une tuméfaction au pied droit, à la racine du gros orteil, il y a à ce niveau épaississement de la peau, et une fluctuation qui paraît tenir au liquide de la bourse séreuse.

Quand la tuméfaction apparut, les téguments prirent une teinted’un rouge livide qui s’étendait non-seulement au gros orteil, mais encore à la partie interne du cou-de-pied. Ce dernier était lui-même gonflé fluctuant. La peau était tendue. L’ulcération située à laracine du gros orteil était assez profonde et gagna encore en profondeur dans les ■ jours suivants.

Huit jours durant, le mal augmenta, élargissant très-notablement le gros orteil dans scs deux phalanges ; la dernière surtout semblait sur le point des’abcéder. elle était luisante, rouge ; peau tendue ; elle était sur un plan supérieur à celui du second orteil et reposait sur ce dernier. Il faut noter surtout le développement du gros orteil qui avait au moins augmenté de moitié, qui avait une température anormale (bien qu’on ne l’ait constaté qu’à la main).

Le second oïdei) liii-in<'!mo jiarticiija Idenldl à la léhion doiil étail atteint son voisin; il devint volumineux, rouf(e, tendu et enflé à sa première phalange ; les deux dernières phalanges au contraire, s’effaçant souslal'ace inférieure du gros orteil, semblaient n’avoir point participé au mal, à peine quelque rongeur et peu de tuméfaction. Le cou-de-pied très-rouge, très-entlé semblait tendre aussi à s’ahcéder, la rougeur fort vive sur le coté interne (côté tibial) allait graduellement en diminuant vers le bord externe (côté péronéal).

Quant il la face plantaire, elle présentait aussi une rougeur, mais moins vive, qui partant de la base du gros orteil, allait graduellement en diminuant jusque vers le niveau de l’articulation tarso-métalarsienne. La face plantaire, comme d’ailleurs cela semble être la règle dans la dactylite syphilitique, était peu malade et n’était presque point tuméfiée.

La douleur ne fut jamais très-vive. Elle n’était point continue, et se caractérisait par des lancements, des picotements qui survenaient surtout après que la malade avait fait une marche tiuelque peu longue. Celte douleur ne s’exagérait point la nuit, toutefois la chaleur du lit semblait en augmenter l’intensité quoique rien ne se rapportât aux douleurs ostéocopes.

La gros orteil n’était pas le siège unique de cette douleur; le coude-pied y participait, ainsi que le voisinage de la malléole externe. La température extérieure semblait aussi influencer notablement les manifestations de cette douleur; l’humidité la faisait revenir, mais par un temps sec au contraire, il était rare que la malade en souffrit. La pression même vive sui‘ le cou- de-pied ne déterminait aucune sensation douloureuse, il n’en était plus de même quand on exerçait cette pression sur le gros orteil. Hâtons-nous de dire cependant que cette douleur communiquée n’était point très-vive. Différant absolument des douleurs spontanées que nous avons décrites il n’y a qu’un instant, le mal causé parla pression ou la manipulation du gros orteil.se manifestait par une petite douleur, plutôt même une sensibilité exagérée encore par l’appréhension de la malade; mais il n’y avait là rieu des lancements et des picotements dos douleurs spontanées. La face dorsale du pied était seule impressionnée par la maladie et la face plantaire était absolument indolore. L’emplâtre de Vigo fit disjiaraître ces symptômes en l’espace de quelques semaines.

Il y avait une crépitation fort distincte, accompagnée d’un certain bruit, lorsque saisissant l’extrémité du grosorteii, ou qu’on lui communiquait quelque mouvement, mais les mouvements volontaires et la marche ne donnaient plus ce symptôme. Le second orteil ne sein hiait point présenter cette crépitation.

La peau semblait indui'i’'e; elle était le sit'ge de très-petites ulcéra-

lions ()ui ii’iiccjuirenl jamais imo jurande proroiidoiir. L’épaississomcml c(u’elle avait éprouvé, et la lension dos ligamonls rcndaiciil dit’ficilo IVxploralion des tissus plus pi'ofonds et il élail impossible do déterminer rétat dos os et do dire s’ils avaient cto attaqués par le mal. La marche no tut jamais arrêtée par le t'ait même do la dactylite, mais Tœdèmo de la jambe qui suivi! la formation des ulcérations força la malade à garder le lit.

Par les petites ulcérations de la peau, il sortit du pus jaunfdrc et |)ointdc ce liquide jiou abomlant dont parlent les auteurs anglais.

■2(S novembre. Gou-de-pied guéri.

3 janvier 1873. Ulcérations (de la largeur d’une pièce de 2 francs) derrière la malléole externe gauche. -- 'J'raitement : Touché les ulcérations avec le chlorure de zinc.

Le 31. Les ulcérations sont à peu près cicatrisées.

9 février. Depuis quelque temps, on remarque un œdème notable du pied et de la jambe malades, remontant presque jusqu’à l’articulation du genou, et que n’expliquent pas les lésions cutanées que l’on voit. — Traitement : Emplâtre de Vigo.

•1 mars. .Amélioration notable des lésions du pied depuis qu’elles ont été recouvertes d’emplâtre de Vigo.

Pas de lymphangite spécifique. L’emplâtre de Vigo semble dans ce cas avoir eu une action extrêmementprompte sur la dactylite. Son application a fait disparaître en moins de cinq semaines tous les symptômes, et aujourd’hui, la malade sort de l’hôpital après avoir vu le pied reprendre son volume normal. La coloration de la peau est à peine un peu rouge encore. Les ulcérations sont cicatrisées, les mouvements absolument rétablis, enfin toute douleur a disparu.

ÜBs. .XXL — Cas inédit de dactylite syphilitique (hôpital Saint- Louis) observée dans le service de M. Lailler ( recueillie par M. Moulai’d-Martin, interne du service).

Pierre Siron, cordonnier, âgé de 41 ans, né à Paris, entre le 6 janvier 1874 à l’hôpital, lit 34, salle Saint -Mathieu

Un a eu aucune maladie jusqu’en 1833, époque à laquelle partant en Crimée, il prit un chancre induré et une blennorrhagie à Marseille. Après la traversée, il fut soigné pendant trois mois à Constantinople pour des plaques muqueuses de la gorge et do l’anus. A ce momentla, chute des cheveux.

En 18(50, adénite inguinale suppurée (sans qu’à ce moment le malade eût de gonorrhée ou de chancre mou). ^ uis la môme année, ulcéialion au niveau du fourreau de la verge et au prépuce (face infél'ieiire du pénis). En même temps des abcès se sont formés aux

bourses ol, ont <Mé drainés par M. Cliassaignac (séjour de quatre mois).

Il y a six ans il fui opéré de fistule à l’anus par M. Trélalà Sainl- Louis.

Pleurésie pendant le siège. Pas de signes de tuberculose.

Etal actuel. . — Cicatrice de l’accident primitif peu nette à la face interne du prépuce (partie supérieure, et à la face dorsale du gland,'. Cicatrice à l’aine droite, au fourreau de la verge, bypospadias pathologique, jusqu’à l’insertion du prépuce ptesticuledroit fondu, détruit, disparu. Testicule gauche atrophié.

Il y a dix-huit mois, apparition sur la face dorsale de la première phalange du petit doigt d’une sorte de tubercule qui a suppuré et a été incisé. A la première phalange du petit doigt droit et au niveau delà tête du métacarpien, on voit aujourd’hui une série de croûtes plus ou moins larges, surtout épaisses, reposant sur une baseépaissie et sous lesquelles on trouve une surface excoriée, lorsqu'on les a enlevées. Les croûtes enlevées, la surface est nettement papillomateuse .

En même temps, à la base de la première phalange du médius, on trouve un petit orifice par lequel se fait, au dire du malade, un écoulel ment assez abondant de pus jaunâtre tantôt épais tantôt séreux. Un stylet introduit par ce petit orifice à bords nets, se dirige par l’espace interdigital vers la face palmaire sans rencontrer de surface osseuse dénudée. La tête du troisième métacarpien est également très-augmentée de volume.

La première phalange du médius est considérablement augmentée de volume, en fuseau, ainsi que la tête de la deuxième phalange. A la face palmaire de la première phalange, on observe une induralion arrondie, rénitente, non fluctuante. La pression en ce point ne fai rien sortir par l’orifice dont nous parlions.

Cet homme petit, maigre, a une apparence anémique presque cachectique. Il n’a presque pas de barbe sur les joues, mais il dit n’en avoir jamais eu plus. Sa voix ne présente rien qui frappe dans son timbre. — lodure de potassium, 1 gramme de pulvérisation.

13 janvier. Au niveau de l’articulation de la première et de la deuxième phalange, un point se ramollit vers le bord externe (du côté de l’index) et donne une llucluation douteuse, au niveau de l'articulation de la première avec la deuxième phalange. — K. 1 i gr.

Le 17. Hier il s’est donné un coup à la base de la première phalange. Le point frappé se ramollit aujourd’hui, et est nettement llucluant. Il y a un foyer à la partie latérale de la première i)halangc (du côté do l’index ncllemeni IlucluanI), suppression des douleurs. Peau animée et rouge

Le 18. Appareil do bandelettes de diacliylon recouvertes de collodion.

Le 19. Le point lliictuant au niveau de la première phalange s’est ouvert par un orifice ulcéré. On ôte l’appareil; un stylet introduit par cet orifice. se dirige vers la face palmaire.

A la face palmaire, l’induration est moins forte, et la tension également moindre.

Le ‘20. Une ouverlure spontanée a également de la tendance à se faire au niveau de l’articulation de la première avec la deuxième phalange.

Le “21. La seconde ouverture fistuleuse s’est faite.

Le “23. Le doigt paraît aplati à sa face dorsale; la face palmaire semble augmentée de volume, mais seulement en apparence. Il est probable que cela lient au changement de proportion entre. les deux faces, la face palmaire ayant gardé son volume, la face dorsale s’étant affaissée. Pulvérisation.

Le 25. Les deux ulcérations communiquent ensemble par un trajet fistuleux sous-cutané. — Exploration par le stylet.

L’ulcération supérieure communique encore avec un cul-de-sac situé dans une gomme du lissu cellulaire de la face palmaire du doigt.

9 février. La tumeur de la face dox’sale du doigt est complètement afl’aissée ; à la face palmaire il y aune diminution sensible.

Le trajet fistuleux persiste toujours au niveau de l’articulation raélacarpo-phalangienne. Un stylet introduit ne sent aucune dénudation d’os. Le stylet est bridé par des tractus fibreux.

Le 12. A la face dorsale, les parties molles sont dégorgées, la peau paraît trop large. L’extrémité du métacarpien reste plus volumineuse.

Le 14. On prend la mesure au compas d’épaisseur:

Phalange 2«,8 au début 2®, 4 maintenant.

Base de la phalange . 2%8 » 2“, 3 »

Le “23. Un stylet introduit passe au-dessous de la peau décollée, et entré par un des orifices des gommes ulcérées, ressort par l’autre. — .Injection de teinture d’iode chaque matin.

Le 27. On a fait chaque jour une injection de teinture d’iode. Aujourd’hui, elle n’a pas passé d’un orifice à l’autre. Peu de réaction locale.

mars. L’orifice au niveau de l’extrémité antérieure de la première phalange est cicatrisé.

Le 5. L’orifice le plus rapproché de l’espace interdigital est en train de se cicatriser. Los injections d’iode pénètrent très-peu. A la face palmaire il y a menace d ouverture près de l’extrémilé antérieure de la jiremière phalange.

Du 9 au la. Apiilicalion de baiidelelles cüuipressives de Vigo.

Le "21. Application d’emplùli'o do Vigo sur la surface jiapillaire du petit doigt et de la partie voisine du dos de la main.

Les formes cfue nous avons étudiées Jusqu’ici se rapportent aux productions développées sous l’influence des maladies constitutionnelles dans les tissus superficiels (peau et tissu cellulaire) des doigts. Les tissus profonds sont fréquemment attaqués par les mêmes causes.

11 faut noter cependant que bien différente est la marche de l’affection dans ces tissus, selon qu’elle se développe comme manifestation de la scrofule ou comme une localisation syphilitique.

Dans le premier cas, en effet, nous aurons à étudier des caries de formes diverses, dans le second, les nécroses multiples. Les deux maladies ont toutefois ceci de commun, qu’elles déterminent l’une et l’autre des ostéites et des périostites.

Sans entrer dans l’étude des dernières théories émises sur la carie, ni dans celle des discussions soulevées par MM. Ollier etRanvier (1), nous arriverons immédiatement à la forme la plus fréquente de carie développée sous l’influence du vice scrofuleux. Cette maladie était confondue par les anciens avec beaucoup d’autres maladies osseuses sous le nom de spina ventosa. «L’observation, dit Boyer (2), démontre qu’il existe deux espèces bien distinctes de spina ventosa ; l’une, familière aux enfants jusqu'à l’àge de la puberté, affecte les os du métacarpe, ceux du métatarse et les phalanges, dépend évidemment du vice scrofuleux, s’annonce, se développe et subsiste souvent sans douleur, ou n’est accompagnée que de. douleurs médiocres et .se ter-

(!) Voir pour les détails l'article Carie, dans le dict. encyclopédique den SC. médicales '^OUier^.

2' Voir dict. des sc. méd., article Spina ventosa, par Bover.

luiiio rréquüiimieiiL pur la nécrose (rune purlic de l’os al'lécté. »

Cette affection étant assez fréquente et amenant d’intéressantes déformations, nous résumerons comme il suit les descriptions qui en ont' été données (1).

Ce sont presque toujours les os des doigts et des orteils qui sont frappés, plus rarement ceux du métacarpe, du métatarse, presque jamais l’extrémité inférieure du radius. Ils se gonflent lentement et uniformément ; le plus souvent cette tuméfaction n'est point douloureuse. Les doigts finissent peu à peu par prendre une forme de « bouteille, » et d’os offre alors tantôt une consistance véritablement osseuse, tantôt manifestement élastique. La peau devient tendue, luisante, les plis qu’elle présentait disparaissent. Si la dernière phalange est atteinte, ce qu’on observe le plus souvent au gros orteil, la matrice de l’ongle se distend, l’ongle s’amincit et acquiert une largeur double et triple de celle que présente l’ongle de l’orteil de l'autre pied ; souvent plusieurs phalanges sont atteintes en même temps,

-\u bout d'un certain temps la tumeur disparait peu à peu, souvent sans qu’il y ait ulcération ni suppuration ; mais il peut survenir une atrophie consécutive, et souvent il reste un léger trouble fonctionnel, consistant le plus fréquemment en un raccourcissement du doigt, ou de l’orteil affecté. Dans d’autres circonstances, la peau prend une teinte rouge, il se forme un abcès allant jusqu’à la surface de l’os, üelui-ci n’est pas dénudé, du moins sur une grande étendue, et la guérison se fait encore, après une suppuration plus ou moins prolongée.

,1) Voir Augustin, Dissertation de Spina ventnsa ossiiun ; Hall, — Loder Journal fur Chirurgie^ lena, t. I, p. 368, Salzburg. — dur. Zeitung, Salzburg Erganzungshefl, t. 111, p. 4'i6. — (iôtt. Anzeigen, 1799, p. 199. — X. A. D. H. XLV, B. p. 20.

Mais il arrive parfois que le stylet pénètre par une petite ouverture dans l’os même, et on trouve alors le canal médullaire dilaté et renfermant parfois un petit séquestre central. Quand la nécrose est plus étendue, ce qui est rare, il survient après la sortie de la portion mortifiée de la phalange, un raccourcissement et une déformation très-notables du doigt.

Les observations rapportées par Stromeyer montrent bien que telle est le plus souvent la marche de la maladie. Elles semblent en désaccord avec les faits observés par Virchow (1) dans lesquels il y avait eu de vastes nécroses centrales ou totales autour desquelles une inflammation secondaire du périoste avait déterminé la formation de couches osseuses très-épaisses, poreuses et criblées de trous. C’est d’ailleurs la description qu’avait donnée Boyer. Volkmann, à ce sujet, a écrit (2) : « Quant à moi je crois que le spina ventosa est dû à une hypertrophie inflammatoire de la moelle des os avec inflammation secondaire de la substance compacte qui souvent est remplacée par des couches périostiques d’une ossification fort incomplète.

Dans ce cas, je crois qu’il est rare de rencontrer des suppurations centrales ou périphériques abondantes. On n’observe point ordinairement de nécroses étendues. Quoi qu il en soit, les déformations n’en existent pas moins, les doigts n’en sont pas moins fort souvent raccourcis, brisés, quand la persistance du mal ne force pas le chirurgien à intervenir et à amputer l’organe malade. Ce' sont la des dactylolyses sur la gravité desquelles il nous semble inutile d’insister.

La deuxième forme beaucoup plus rare, dit Boyer (3), est

(1) Virchow, Arch. de Virchow, vol. XV, p. 240.

(2) Volkmann, Handbuch der allgemeinen und i^pccieUen Chirurgie. Erlangen 1865, vol. II (.2® part., l®® livraison, pages 271 et suivantes'.

(3) Boyer, Traité des maladies chirurgicales et dict. des sc. méd.. art Spina-ventosa, Dictionn.des Dictionn., art. Spina ventosa.

aussi celle qui a ofïert aux anciens le plus d’occasions pe commettre des erreurs.

L’affection scrofuleuse qui attaque les os des doigts est une véritable carie, caractérisée par l’ulcération « avec phagédénisme chronique du tissu osseux » (Ghassaignac).

C’est surtout le tissu spongieux qui en est attaqué ; la carie le ramollit, le raréfie, le prive de son phosphate calcaire et ne le condense jamais.

« L’existence d’une matière osseuse purulente au milieu du pus d'un abcès constitue, dit l’illustre auteur du Traité de la suppuration, le caractère le plus important et presque le seul signe distinctif de la suppuration carieuse. » Notre devoir n’étant pas de décrire ici cette affection en détail, nous en dirons seulement que, chronique de sa nature, elle peut durer des mois et des années entières sans porter une atteinte notable à la constitution. La guérison spontanée est exceptionnelle. Quand elle a lieu, les fongosités végétantes à la surface de l’os prennent le caractère des bourgeons charnus de bonne nature, d’un travail efficace de cicatrisation ; ou bien toute la partie cariée s’élimine à la manière d’un séquestre, et la guérison a lieu par le même mode que dans les cas de nécrose. Il y aurait ici encore à s’occuper des arguments qui ont eu pour objet d’établir ou d’improuver l’analogie de nature entre la carie et la nécrose, mais en faisant cette étude, nous dépasserions certainement les bornes qüe nous devons nous imposer dans cet ouvrage* Nous nous contenterons de résumer ici les deux observations suivantes, que nous empruntons au remarquable ouvrage de M. Ghassaignac (Joe. cit.).

Ods. X.X1I. — Suppuration carieuse de l’avaiil-hras droit et du petit doigt de la main gauclic. — Scrofule évidente.

Martin Micliet, ïi-t ans, boulanger.

Ce malade, évidemment strumeu.x, a subi, il y a un an environ,

— xo —

l’ampLilaLioii du paliL doigl cl ilu ciiHiuiùnic métacarpien. Mais le ' mal a conLinué sa marche tout près de l’endroil amputé, ainsi que clans le membre du côté opposé.

Le malade est soumis au draina^m par adossement à remjjloi des modificateurs généraux, et soid guéi'i ([uatre mois après son entrée.

Üiis. .X.XIII. — Carie du Iroisième métacarpien et de la première phalange du médius, rruhei'ciilose probable. j

Merle Jem, 28 ans, boulaugei'.

N’a jamais eu la syphilis. Tousse depuis jtiehiue temps (hémoptysies, sueurs, altérations de la l'espiration}. 11 y a dix-huit mois, le malade vit apparaître, dans le lieu oii existe aujourd’hui la fistule, une petite tumeur qui lut ouverte. Cette ouverturQ est restée fisluleuse. 11 y a aujourd’hui trois trajets au voisinage du trajet primitif. Le stylet permet de constater l’altération du troisième métacarpien et de la première phalange du médius ; enfin les métacarpiens latéraux commencent à être attaqués.

M. Ghassaignac, désirant avoir l’opinion de ses collègues, présenta le malade à la Société de chirurgie ; nous retenons surtout de la discussion qui eut lieu, l’opinion de M. Guersant. — Redoutant une lésion pulmonaire, alors même que l’auscultation n’en démontrerait pas l’existence, il s’en tiendrait au traitement général. 11 a vu souvent les enfants porter pendant un an, deux ans, une alfection semblable, compliquée de suppuration et de fistule. Les petits malades pouvaient perdre une des deux phalanges, et sous l’influence de la médication antiscrofuleuse, ils Imuaiustis par guérir en conservant un doigt raccourci et difforme, mais toujours utile. Sur l'avis de ses collègues, M. Ghassaignac se contenta d’employer un traitement général, et le malade obtint, après six mois de séjour à l'hôpital, une amélioration qui démontra la justesse des opinions émises par plusieurs des membres de la Société.

Dans la syphilis, les os des phalanges peuvent présenter les deux memes sortes d’altérations. Tantôt la lésion commencera entre le périoste et l’os, et on aura une périostite

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