‹ Des diverses espèces de morve et de farcin considérées comme des formes variées d'une même affection générale contagieuse (volume 2)Chapitre 3 sur 8 · III. DES SYMPTÔMES DE LA MORVE ET DU FARCIN · texte numérisé non relu

III. DES SYMPTÔMES DE LA MORVE ET DU FARCIN

Je ne crois pas devoir faire, ici, une description générale de la morve et du farcin , dont les principaux symptômes sont bien connus des vétérinaires. Je me bornerai à quelques remarques sur plusieurs symptômes et sur la marche de la maladie.

Les auteurs qui ont écrit sur la morve et le farcîn ont passé assez légèrement sur les prodromes de ces affections , notamment à Tégard de la morve et du farcin chroniques, que Ton a toujours fait débu-er , l'une par le jetage ou par le gonflement des ganglions lymphatiques sous-linguaux, Uautre par 1 apparition des boutons ou des cordes dites farcineuses. On a aussi donné généralement comme condition ordinaire de l'état des clievaux morveux et farcineux, une apparence de santé. J'ai remarqué que cette apparence était assez rare; elle n'existe jamais complètement dans le cas de morve etdefarcin.7;o/2^<2/i^'5.D\ailleurs comment admettre que les causes assignées à la morve et au farcin , que les travaux excessifs , la mauvaise nourriture, la privation d'aliments, etc., puissent produire la morve ou le farcin chronique, sans avoir donné aucun signe de leur fâcheuse influence? Toujours j'ai remarqué que les chevaux soumis aux causes que je viens d'indiquer , présentaient quelques symptômes généraux , un trouble plus ou moins marqué des fonctions, avant d'offrir ceux qui sont particuliers à la morve et au farcin. Les chevaux d'une santé parfaite qui deviennent morveux ou farcineux , le deviennent par contagion. Qjand ces animaux conservent leur appétit, lorsqu'on les nourrit bien et qu'ils reçoivent les soins nécessaires, ils peuvent présenter encore cette apparence de santé pendant quelque temps ; mais si ces animaux

sont moins bien nourris , moins bien soignés, ils maigrissent ; leurs poils deviennent ternes , hérissés ; ces chevaux ne conservent plus la même énergie; ils ne sont plus capables de faire les mêmes travaux, et souvent alors les premiers symptômes de la morve et du farcin chroniques se modifient et passent , comme on le dit , à Vétat aigu ; état qui est annoncé par des symptômes généraux plus manifestes , par un dépérissement subit , par un trouble très apparent dans les principales fonctions. Les crins s'arrachent facilement ; les poils se hérissent davantage, la peau est sèche , brûlante; Tappétil cesse, la bouche est sèche , pâteuse; les yeux s'enfoncent et deviennent chassieux; la circulation est très irréguliére ; l'état du pouls est très variable, selon les organes qui sont le principal siège des lésions; le pouls est plein, lorsque des tuméfactions doivent surgir aux membres, dans le tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire; il est petit , serré, vite, quand les articulations deviennent malades et qu'elles sont douloureuses; il est petit, faible, irrégnlier, lorsque les poumons sont envaliis par des masses de sang qui doivent plus tard former de vastes ecchymoses; il est irrégulier quand on le compare à diverses heures de la journée ; toujours il est vite. Les mouvements respiratoires sont également fort irréguliers; tantôt ils sont vites , tantôt ils sont plus

lents et pénibles, clans le temps de Texpiration surtout. Ils sont du reste en rapport avec les lésions pulmonaires qui existent certainement déjà à cette époque, sans que les symptômes bien particuliers à la morve ou au farcin aigus soient apparents.

La toux est aussi un prodrome , mais c est un signe d'une faible valeur.

11 y a fréquemment des frissons , des daudi" caiUms qui annoncent ordinairement des engorgements au membre dont le cbeval boite. Ces claudications , qui ont été signalées par plusieurs auteurs, et notamment par Chabert, peuvent également annoncer le développement de la morve et du farcin cbroniques.

Ainsi il existe toujours des prodromes plus ou moins saillants de la morve, du farcin, même pour la morve chronique transmise. Dans ce dernier cas , ils sont moins sensibles , et ils sont assez souvent si peu saillants , que Ton peut dire que ranimai a une apparence de santé.

Lorsque la morve et le farcin aigus ne sont pas précédés de la morve et du farcin chroniques , ce sont encore les symptômes que j'ai signalés plus haut, qui sont les signes précurseurs de ces lésions. Elles ne débutent jamais, je le répète, par les symptômes caractéristiques de ces maladies

graves.

Après avoir indiqué les principaux symptômes

— ^'.6 — et les lésions qui caractérisent la morve et le farcin (§ II), je crois devoir citer un exemple pris parmi ceux qui présentent le moins d'irrégularité dans leur marche, et qui, dans leur cours, offrent successivement (ous les symptômes des principales variétés de la morve et du farcin :

Un cheval entier, après un an d'un travail journalier très rude, mange moins bien que d'habitude, maigrit sensiblement et continue , malgré cela, son service. Le poil devient terne, hérissé; le cheval sue beaucoup au travail, ses flancs sont letirés; il est presque toujours couché quand il est à l'écurie, se relève avec peine ; les membres postérieurs s'engorgent quand il est en repos. Il boite de temps à autre du membre postérieur gauche. On le laisse reposer quand il devient boiteux; puis après quatre à cinq jours , on le remet au service , quoique sa maigreur augmente. Les enveloppes du testicule gauche se tuméfient , sont chaudes, douloureuses. On combat cet engorgement , d'abord avec de longuent populéum ; puis , quand il n'y a plus de chaleur , on fait des onctions avec de la pommade hydriodatée; la tuméfaction disparaît presque coniplètement par suite de ce traitement. Le cheval est remis au travail, quoiqu'étant encore dans un mauvais état; on le laisse seulement reposeï' de temps en temps. Deux mois après, réapparition du gonflement du testicule ; quatre mois environ après les premiers

~ 47 — accidents, l'animal tousse quelquefois ; raie muqueux dans les bronches. La muqueuse de la narine gauche est blafarde , luisante; elle forme dans la région qui correspond aux sinus veineux une saillie violacée, étendue, allongée, bornée inférieurement par un bourelet arrondi ; elle est plus humide que d habitude; un peu de mucus épaissi sort par les deux narines; il eU plus abondant à gauche qu'à droite. La claudication persiste toujours; elle apparaît, surtout, quand il fait mauvais temps et quand le pavé est difficile à tenir- Lorsqu'il pleut beaucoup, le cheval tremble en entrant à l'écurie, pendant un quart d'heure , une demiheure ; il ne mange qu'après s'être reposé plusieurs heures.

Trois mois et demi après l'origine du gonflement testiculaire, les ganglions lymphatiques souslinguaux gauches formentunetumeurcirconscrite, dure, inégale, allongée, mobile, un peu douloureuse. On faitdes onctions avec la pommade hydriodatée sur les ganglions malades. Quelques jours après , il coule , par la narine gauche, un liquide mucoso-purulent , grumeleux , dont une portion reste fixée aux poils du naseau et dont l'autre partie tombe. Ce liquide est en partie opaque, et en partie transparent. Les sinus veineux de la face gauche de la cloison nasale sont très injectés; le liquide qu'ils contiennent donne à la muqueuse une teinte violacée foncée, et la font saillir d'une manière très-marquée. Les petites cavités régulière-

menl arrondies qui se trouvent à l'entrée des narines dans l'épaisseur de la muqueuse , sont beaucoup plus larges que dans l'état normal; elles sont rosées à leur fond. En examinant avec soin la surface de la muqueuse , on remarque qu'elle est inégale , surtout vers la partie moyenne de la cloison et sous les ailes du nez. Les parties légèrement saillantes sont d'un blanc jaunâtre. L'œil gauche est chassieux ; la conjonctive pale , infdtrée. — Fumigations avec de la vapeur alcoolisée.

Le cheval est mis au repos.

Un peu plus lard, le liquide nasal devient plus opaque, plus purulent. Sur les points qui correspondent aux petites plaques blanches, on voit des érosions de formes très variées, peu profondes, à bords très minces, déchiquetés. Le fond de quelques-unes est pâle ; dans d'autres il est rosé, dans d'autres violacé. La tumeur ganglionnaire est plus dure , moins inégale , moins mobile. Depuis que le cheval se repose , il mange un peu mieux; ses flancs ne s'arrondissent cependant pas. Le poil est moins terne. — Fumigations avec de la vapeur d'eau chlorurée, d'après le mode que j'ai indiqué dans un travail pubhé en 1834 ( Journal de méd. vétérinaire théor, et prat, ); continuation des onctions hydriodatées sur la tumeur de l'auge. Dix Utres d'avoine, dix livres de foin , dix livres de paille , eau ferrugineuse blanchie avec de la farine de froment.

Sous riniluence des fumigations chlorurées, la muqueuse nasale et la conjonctive deviennent rouges; la sécrétion nasale est modifiée, le liquide est plus abondant , plus muqueux ; les ulcérations superficielles disparaissen'^ , mais le cheval tousse davantage; les mouvements respiratoires sont plus précipités ; le pouls est plus fort; râle crépitant humide au poumon gaucl e La tumeur de Tauge devient plus petite ; elle est plus dure, plus fixe. Après quinze jours de traitement, le jetage cesse. Les enveloppes testiculaires gauches sont toujours tuméfiées; elles sont insensibles au toucher.

Le cheval est remis à un travail actif aussitôt que les accidents provoqués par le chlore ont disparu. L'œdème testiculaire et celui des membres postéî ieui's qui existent toujours , disparaissent pendant le travail.

Un mois de travail écoulé ( cinq mois et demi de maladie), le poil devient de nouveau plus terne , hérissé ; le gonflement des enveloppes testiculaires s'étend au testicule, puis au cordon. Le cheval écarte les membres postérieurs en mar-chant, notamment le membre gauche. Le liquide nasal devient très abondant ; il est grumeleux , fortement purulent ; le naseau gauche est très sale. Quand on reste une journée sans le nettoyer, le liquide nasal se dessèche et forme une croûte jaunâtre. Sur le trajet des vaisseaux su-

peiTiciels de la jambe et de la cuisse gauches, apparaît une tumeur très allongée, chaude, douloureuse. Les ganglions inguinaux s'engorgent.

Un peu plus tard , la muqueuse de la narine gauche devient très épaisse , très inégale , luisante , jaunâtre , avec des taches plus pâles , surtout vers la partie moyenne de la cloison. Les sinus veineux des deux faces de la cloison sont très engorgés ; on voit à leur partie inférieure un gros bourrelet qui rétrécit beaucoup les fosses nasales ; une corde de farcin se dessine sur la jambe et la cuisse gauche ; quelques boutons sont ulcérés : je les cautérise avec un fer rouge.

Dans l'espace de trois jours , des ulcérations nombreuses apparaissent sur la cloison et en dessous de l'aile externe du naseau gauche ; elles deviennent de plus en plus profondes ; leur fond est un peu pointillé de rouge ; leurs bords , qui sont inégaux, sont légèrement saillants, blanchâtres. Le flux nasal est abondant, non continu ; on le provoque par l'exercice. Lorsque le cheval est en repos et baisse la tête , il coule une plus grande quantité de liquide qui est d'une apparence très hétérogène; des masses albumineuses blanchâtres, de consistance caséeuse, nagent au milieu de mucus épais et trouble. Le sinus frontal gauche ne résonne plus à la percussion. La table osseuse du front qui correspond à ce sinus «st un peu bombée.

Une tumeur très douloureuse^ très chaude , apparaît sur le trajet des vaisseaux glosso-faciaux' gauches ; elle se confond avec les parties voisines et comprend dans son étendue les ganglions de l'ange et le naseau.

Pouls plein. Saignée de six livres.

Le sang coule par un beau jet. Le cruor se précipite promptement.

Température du sang prise dans le jet, 30°+ OR Température de l'écurie , iT + 0

A l'aréomètre ^ 5 — 0

Après 24 heures : m

Caillot blanc pâle , 0,065

Caillot rouge très coloré, 0,035

Sérum peu coloré , 0,025

Onctions d'onguent populéum sur la tumeur; fumigations avec de l'eau de son. Diminulion de la ration que le cheval ne mangeait pas entièrement. Eau de farine d'orge pour boisson.

Au bout de quelques jours , la tumeur diminue d'étendue; elle se limite, elle est inégale, elle forme une espèce de corde nouée.

A l'une de mes visites qui avaient lieu chaque jour, j'examinai avec plus de soin que d'habitude les cavités nasales à l'aide d'un miroir qui , en réfléchissant les rayons directs du soleil dans ces cavités, les éclairait mieux que la lumière diffuse. Je les trouvai dans l'état suivant : Du côté gauche , une très (grande quantité d'ulcéradons , les

unes isolées , les autres groupées sur la cloison et sur la partie inférieure du cornet; elles sont presque toutes recouvertes d'une croûte jaunâtre un peu brune. Du côté droit , il y a aussi des ulcérations, mais elles sont plus rares; la cloison nasaleoffreunesailliearrondie, à deux pouces environ de l entrée des narines. Celte saillie correspond à une ulcération très profonde de la fosse nasale gauche. Le souffle nasal est fort du côté gauche ; le cheval ébroue dp temps en temps, et chasse ainsi une grande quantité de liquide nasal par les deux narines et notamment par la narine gauche.

Quatre jours après leur apparition , les nodosités de la tumeur de la face s'abcédèrent en partie , après s'être d'abord ramollies et après avoir détruit la peau qui était devenue mince et luisante à sa surface. J'ouvris les boutons de farcin non abcédés. Il en sortit un liquide de consistance très varia le. Dans le même bouton, on trouvait un liquide filant et une substance molle, ressemblant à de Talbumine légèrement coagulée. Plusieurs des petits abcès communiquaient entre eux par une cavité qui était aussi remplie de pus farcineux. Je cautérisai les plaies ulcéreuses et les incisions que je pratiquai avec le fer rouge. Ce jour-la , je cautérisai aussi plusieurs boutons à bords renversés qui existaient à la face interne de la cuisse gauche.

Le cheval maigrissait déplus en plus. De temps

en temps il avait des épistaxis par la narine gauche. Il faisait encore, malgré cet état, un léger service d'intérieur; il ne recevait plus de soins médicinaux depuis assez long-temps.

Enfin six mois, à peu près, après les premiers symptômes de morve et de farcin , les lésions prirent tout-à-coup une marche rapide. Un jour, le cheval, en rentrant du travail, éprouva du frisson; les flancs devinrent agités, le pouls petit, fréquent. Le lendemain , la muqueuse des deux narines se couvrit de pétéchies d'un rouge lie de vin. Du milieu de quelques-unes de ces pétéchies, s'élevèrent de petites éminences ; les unes restèrent rouges, les autres devinrent blanches; le liquide nasal était devenu séreux , roussâtre; l'air expiré était infect, mais n'avait pas Todeur de gangrène. Deux jours plus tard , les pétéchies et les élevures de la narine gauche se confondirent; une grande quantité de sang s'infiltra dans l'épaisseur de la muqueuse, qu'elle rendit d'un rouge très foncé , puis brun. Les quatre membres devinrent énormes; leur tuméfaction se terminait , à leur partie supérieure , par de gros bourrelets. Les naseaux , les lèvres se tuméfièrent aussi. Toutes les régions du corps se couvrirent de petites éminences, les unes coniques^, les autres aplaties et surmontées de plusieurs autres petites tumeurs. Tous ces nouveaux boutons étaient ou cutanés ou sous-cutanés; ils étaient mous dés leur apparition; ils contenaient un îi-

quide saiiieux, très aqueux, quelquefois limpide , d autres Ibis trouble; la respiration nasale bruyante, très pénible ; narines remplies de liquide spumeux séro-sanguinolent, bruits pectoraux très confus; cependant , on entend assez distinctement un râle spumeux bronchique et trachéal ; le niurmure respiratoire n'est pas appréciable dans une grande étendue du poumon; le cheval ouvre la bouche pour respirer (1 ) ; battements du cœur fort tumultueux.

On saigne le cheval dans le but d'examiner le sang.

Le sang sort difficilement ; il est très épais ^ très

foncé en couleur, irisé, se coagule promptement.

Température de l'air de l'écurie. 1 2 + OR (2)

Température du sang ..... 21)° + 0

Caillot cruorique 0'°,080

Caillot blanc ........ 0'",020

Après 24 heures, sérum libre. , . 0'",025 Il est peu coloré.

Le caillot blanc est sali par des stries et des globules rouges. Le caillot noir très volumineux se confond avec le caillot'blanc; sa couleur est très nuancée.

(i) Létat de ce cheval paraissait indiquer l'opération delà trachéotomie ; je ne la pratiquai pas , parce que je savais que l'asphyxie par obstacle au passage de l'air dans le nez n'est pas la cause principale de la mort des chevaux atte-nts de morve aiguë.

(•2) L'hématomètre reste dans l'écurio pendant -24 heures.

Le cheval meurt douze heures après ia saiguée. Il est resté couché sur le côté gauche pendant les trois heures qui ont précédé sa mort.

L'autopsie est faite dix heures après la mort.

Le cadavre est maigre, les membres sont raides, dans l'extension , les flancs sont affaissés , l'orifice extérieur des narines est rempli d'un liquide spumeux sanguinolent; la bouche contient de la salive écumeuse.

Le membre postérieur gauche est moins volumineux qu'avant la mort. Les ulcères farclneux de la face interne de ce membre et ceux des lèvres et de la joue gauche sont blafards , secs. Les boutons de farcin aigu des diverses régions du corps, non encore abcédés , sont affaissés.

Les boutons de farcin chronique (1) intéressaient toute répaisseur de la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, les principaux vaisseaux lymphatiques superficiels des régions où ils s'étaient développés , les muscles , les aponévroses. Ils étaient entourés par du tissu cellulaire infiltré ou induré, dans lequel on voyait de belles injections de vaisseaux capillaires sanguins. Ceux de farcin aigu ne s'étendaient pas au delà du tissu cellulaire sous-cutané.

Les ganglions lymphatiques inguinaux étaient

(i) Je ne ferai qu'indiquer ces lésions , attendu que je les ai déjà décrites précédemment avec détail dans l'anatomie pathologique de la morve et du farcin.

— 56 -^ Il t'S tiiraéiiës, tuberculeux, très rouges dans quelques points. JLesganglions sous-linguaux gauches, outre les lésions que je viens d'indiquer, offraient, dans plusieurs points de leur tissu, de petites masses calcaires.

Les articulations du tarse et du métatarse gauches étaient entourées par du tissu cellulaire en partie induré ou infiltré de sérosité. On trouvait de petits abcès farcineux dans l'épaisseur de ce tissu. La synovie de l'articulation du jarret était d'un jaune citrin. Les franges synoviales étaient infiltrées d'un liquide jaune ou rose.

Le tissu cellulaire des trois autres membres était infiltré. Des muscles du bras et de la cuisse contenaient du sang épanché et très foncé. Leur coupe était sèche.

Le testicule gauche , un peu atrophié ; ses enveloppes étaient infiltrées de matière tuberculeuse. Les deux lames de la gaîne vaginale adhéraient entre elles dans plusieurs points. La cavité de la gaîne contenait des fausses membranes ayant l'aspect d'une gelée tremblante. Le dartos était très épais et adhérait fortement aux tissus sous-jacents. Le cordon testiculaire était volumineux et dur. Ces lésions s'étendaient jusque dans l'abdomen.

Les veines du scrotum contenaient des caillots sanguins blancs ou noirs, 1rs uns libres, les autres adhérif^ns à la membrane interne de la veine qui

était pointillëe en rouge et un peu inégale.

La muqueuse nasale offrait à la fois toutes les lésions de la morve chronique, de la morve pustuleuse aiguë et de la morve gangreneuse : des plaques , des élevures peu saillantes , d'un blanc jaunâtre, des élevures arrondies , coniques ou semi-sphériques, rouges ou blanches, entourées d'une auréole rouge ; des ulcères superficiels , des ulcères profonds ; des cicatrices blanches, saillantes , ridées ou rayonnées, des masses de sang épanché s'enlevant par lambeaux; des caillots blancs ou rouges dans les sinus veineux. La muqueuse des sinus et celle des cavités des cornets étaient trèsépaisses et infiltrées de liquides jaunes ou rosés. Le sinus frontal gauche et le cornet supérieur gauche renfermaient une substance purulente de consistance caséeuse. Le sinus frontal droit contenait un liquide séro-sanguinolent. Les os des sinus et du cornet supérieur gauches boursouflés, rouges , poreux , se coupaient facilement avec un instrument tranchant.

La cloison cartilagineuse du nez était ramollie; à sa partie inférieure , elle était presque entièrement perforée. Les parties qui entouraient la perforation étaient tuméfiées, jaunâtres.

Le larynx et la trachée étaient parsemés d'ulcères et de plaques blanches.

Les poumons contenaient beaucoup de granulations tuberculeuses , des masses tuberculeuses

-~ 58 — îrréguliéres jaunâtres entourées d'une enveloppe d'un rouge foncé, des pneumonies lobulaires , des ecchymoses très-étendues.

Dans la rate et le foie, il y avait une très-petite quantité de masses blanches jaunâtres fibrineuses.

Les autres organes de la digestion étaient pour la plupart à l'état normal ,• les ganglions lymphatiques du mésentère étaient seulement plus gros que dans l'élat de santé.

Le péricarde, qui était infiltré, contenait un peu de liquide séreux, rougeâtre. Dans la scissure coronaire existait une infiltration séreuse, jaunâtre.

Le cœur et les principaux vaisseaux contenaient peu de sang; il était très-foncé et coagulé. Il n'y avait presque pas de différence entre le sang veineux et le sang artériel. La membrane interne des vaisseaux et celle du cœur, en contact avec les caillots, étaient teintes en rouge foncé.

Les exemples de cette multiplicité de lésions à différents états, à différents degrés, ne sont pas rares quand on laisse vivre les chevaux morveux et farcineux pendant longtemps.

Les cas de morve et de farcin aigus qui ne sont pas précédés de morve et de farcin chroniques sont assez rares ; et encore trouve-t-on constamment quelques lésions qui appartiennent à la morve et au farcin chroniques. La lésion qui manque le plus ordinairement est la présence de ces masses

— 59 — > dites tuberculeuses dans les ganglions lymphatiques qui sont alors rouges et moins volumineux.

Rien, du reste , n'est plus variable que la combinaison des diverses lésions qui caractérisent anatomiquement la morve et le farcin du cheval et des animaux du même genre, comme le mulet et l'âne. Dans ces deux dernières espèces , il est à remarquer que le cours de ces maladies est plus rapide, et que les symptômes d'acuité se développent plus promptement. On a attribué cette différence au peu de capacité des fosses nasales de l'âne et du mulet. La respiration devient laborieuse dés que la membrane muqueuse commence à se tuméfier ; F hématose se fait alors moins bien , et raltéralion générale des liquides est plus prompte. Toutefois , il ne faut pas oublier que les lésions pulmonaires sont une cause puissante de dyspnée.

Chez râne et le mulet, comme chez le cheval , dans des cas mortels de morve , on trouve à la fois des lésions qui appartiennent à la morve chronique et à la morve aiguë des différents auteurs.

11 est malheureusemenl prouvé aujourd'hui que la morve et le farcin ne sont pas particuliers aux animaux domestiques , et que l'homme n'en est pas exempt, ainsi qu'on Fa cru pendant longtemps. Les symptômes et les lésions pathologiques de la morve et du farcin chez l'homme ont la plus grande analogie avec celles de ces mêmes maladies chez le cheval et l'âne. Les légères différences que

— (U) — l'on observe dépendent de l'organisation, qui n'est pas exactement la même dans l'homme et dans les solipèdes.

§ IV. Des causes de la morve et du farcin.

On croit généralement à l'influence de la plupart des causes qui ont été signalées par les vétérinaires. Il n'y a aujourd'hui de controverse que pour une seule , pour la contagion ; aussi sera-ce sur cette dernière cause que j'insisterai le plus.

Les chevaux maladifs , d'une faible constitution , à robes de nuances ternes , pales , et les animaux des pays humides , sont les plus exposés à la morve et au farcin spontanés. Les travaux excessifs qui font que l'animal fait plus de déperditions qu'il ne reçoit de principes nutritifs , qui ne permettent pas à la digestion de s'accomplir convenablement > qui troublent les fonctions des organes de Thématose , surtout dans les animaux conduits à une allure précipitée , déterminent la morve et le farcin. Plusieurs fois j'ai examiné le sang d'un même animal avant et après une course rapide et longtemps continuée; je l'ai trouvé plus noir, plus séreux, formant des caillots moins denses. Hunter avait remarqué aussi que le sang des animaux qui meurent après avoir

été lassés à la course, ne se coagulait pas. Or ^ j'ai vu cette seule influence être promptenient suivie du fa rein et de la morve aiguë; mais toujours avant l'apparition de ces maladies on remarquait des symptômes précurseurs, tels qu'une couleur terne des poils, j'horripilation , des frissons, le dégoût , la tristesse^ le pouls vite et petit , la coloration en violet de la conjonctive et de la pituitaire, un dépérissement excessif en très peu de jours , quelquefois des claudications . des lassitudes, de la nonchalance, etc. Quand ces causes agissent lentement, la morve (1) se développe lentement aussi ; elle a alors une marche chro= nique.

Le défaut d'une suffisante quantité d'aliments, ou la mauvaise qualité des aliments , produisent les mêmes résultats que les travaux excessifs.

Je publierai incessamment le résultat d'un grand nombre d'expériences que j'ai faites pour établir le plus exactement possible les rapports qui existent entre ces influences et les modifications du sang.

Les habitations mal aérées, froides et humides, favorisent le développement de la morve.

Les intempéries des saisons agissent de la même manière.

(i) Je me servirai souvent du seul nom de morve pour désigner collectivement la morve et le fartin.

L'accumulation d'un grand nombre d'animaux dans une même habitation , surtout quand elle est peu spacieuse relativement au nombre des animaux, ou bien quand elle est mal disposée pour le renouvellement de Tair, quand des fumiers pourris restent longtemps sans être enlevés , est une cause de morve. Dans ce cas il y a une infection particulière due à des matières animales en putréfaction , et qui détermine la morve et le farcin , comme dans d'autres circonstances , d'autres lésions spéciales et contagieuses naissent spontanément, et sans que l'on puisse les attribuer à la contagion. Ainsi la pustule maligne, et les autres variétés de charbon , sont spontanées dans certains cas, comme la morve, et, pour cela, n en sont pas moins contagieuses.

Il est à remarquer que les jeunes animaux qui sont sous Tinfluence de la maladie connue sous le nom de gourme , sont assez sujets à devenir morveux quand ils ne reçoivent point de soins convenables , et quand ils sont réunis en très grand nombre , ou placés dans une écurie infectée par des matières animales en putréfaction provenant des narmes des chevaux et des sétons que l'on est assez souvent dans l'habitude de passer à ces animaux. Toutes les causes occasionnelles de la morve , agissent avec bien plus d'intensité sur les animaux gourmeux que sur d'autres.

La résorption purulente est quelquefois suivie de la morve et du farcin ; mais il arrive souvent aussi qu'elle a lieu sans amener ces maladies (1). J'ai remarqué que les chevaux qui avaient des plaies fistuleuses en suppuration et qui succombaient aux résorptions purulentes , avaient rarement le farcin, quand ils recevaient les soins convenables ? quand on ne laissait pas accumuler le pus de manière à infecter l'air ambiant des habitations.

J'ai remarqué aussi que la fréquence de la morve et du farcin , dans ce cas, dépendait moins de la masse du pus que de sa qualité. Du pus anciennement sécrété, et altéré par la putréfaction, peut être apte à produire la morve et le farcin ; mais il faut que la plaie qui suppure donne une assez grande quantité de pus. Le développement de la morve , à la suite de longues suppurations , tient peut-être à une altération de la constitution ou des humeurs sans qu'il y ait eu réellement résorption purulente.

Du pus provenant d'un animal atteint de la morve ou du farcin, peut , comme je m'en suis assuré par expérience, produire la morve, soit par

(i) M Dupuy a injecté du pus dans les veines, et il n'a produit ni la morve, ni le farcin {Nouvelle bibliothèque médicale , première année, p. 336), mais bien une affection gangreneuse qui a causé la mort le troisième jour de l'injection.

inoculation ^ soit par application sur la muqueuse nasale.

Les causes irritantes qui agissent localement sur la muqueuse nasale ne produisent la morve qu'autant qu'elles ont agi pendant longtemps chez des individus qui sont prédisposés à cette maladie.

Ainsi on cite des exemples de morve déterminée par des caries des os de la mâchoire supérieure ou par des caries de dents.

Toutes les causes locales d'une courte durée, comme Tinjection d'essence de térébenthine , l'aspiration des vapeurs d'ammoniaque , etc. , ne déterminent pas la morve , mais peuvent provoquer des jetages et le gonflement des ganglions lymphatiques sous-linguaux.

Il en est de même de certaines causes locales par rapport à des lésions que l'on a confondues avec le véritable farcin. Il n'est pas rare, par exemple, d'observer des tuméfactions très douloureuses dans la direction des principaux vaisseaux lymphatiques des membres, à la suite de lésion graves des tissus d'où naissent ces lymphatiques. Pareille chose arrive sur les côtes , le garot , les épaules, l'encolure, à la suite décompressions fortes et longtemps continuées des harnais sur les reins, le dos, le garot, l'encolure et la nuque. On voit apparaître, dans quelques heures, des cordons superficiels très-douloureux; mais ces angé''o~ le^ucites sont momentanées ; elles se dissipent

— < 63 -^ dès que la douleur vive produite par la compression a cédé à une médication appropriée. Ces cordes ne sont pas noueuses ; elles ne s'abcèdent pas ; elles ne sont pas véritablement farcineuses.

L'hérédité est une cause de morve.

Il me reste à examiner une^ cause de la morve et du farcin qui est fortement controversée : la contagion,

A l'égard de la morve pustuleuse aiguë et de la morve gangreneuse, et à Tëgard du farcin aigu, il n'y a pas de doute pour la contagion , parmi la grande majorité des vétérinaires. Je ne m'arrêterai donc qu'à Texamen de la question delà contagion de la morve et du farcin chroniques. Et d'abord cela a été une opinion générale parmi les vétérinaires que la mon^e ( et sous ce nom ils comprenaient évidemment aussi la morve chronique] était contagieuse,

Lafosse, Bourgelat, Paulet, Gilbert, Huzard père, Chabert('l), Coleman , Delabaire-Blaine ^ les professeurs de l'école de Lyon, et tant d'autres étaient d'assez bons observateurs pour faire remarquer qu'une des formes de la morve, celle qui est la plus répandue [la morve chronique ), ne se communiquait pas, s'il en eût é?é ainsi, J ajouterai que si une chose peut être facilement

(i) Une discussion s'est élevée sur la véritable opinion de Chabert ; mais Huzard père pensais que Chabert n'avait jamais cru à ia non-contagion de la morve, et je partage cette opinion.

appréciée par l'observation journalière, c'est certainement la propriété qu'ont certaines maladies de se communiquer par contagion. Dans l'examen de cette question on doit tenir compte de Topinion des personnes qui sont souvent en rapport avec les chevaux, ou qui leur donnent des^ soins journaliers, lors même que ces personnes sont étrangères à la médecine. Or^ on sait que l'immense majorité des propriétaires de chevaux ou des gens qui se servent de chevaux , croit à la contagion de la morve et du farcin , soit chroniques, soit aigus. Combien de fois ai-je entendu dire : depuis un très grand nombre d'années j'habite le même lieu , mes chevaux ont toujours été nourris de la même manière , ont constamment été soumis aux mêmes travaux, ils ont enfin toujours été dans les mêmes conditions de santé ; ce n'est que depuis que j'ai introduit dans mon écurie un cheval morveux ou farcineux que j'ai vu la morve envahir mon écurie.

Non-seulement j'ai entendu cela cent fois , mais je me suis convaincu, moi-même, de la réalité de ces faits; et je connais un grand nombre de vétérinaires qui ont été témoins de pareils faits. Or, dans ces cas, il s'agissait aussi bien de la morve chrcnique que de la i^orve aiguë , aussi bien d'animaux en parfaite santé , faisant un exercice modéré, bien nourris et en bon état, que d'animaux fatigués et maigres.

A ces faits positifs de contagion on a opposé des faits de non-contagion de morve chronique et de farcin chronique; mais ces faits négatifs ne détruisent point les premiers et ne peuvent prouver que ces maladies ne sont point contagieuses. Ils témoignent seulement que des animaux sains mis en contact avec des chevaux morveux , pendant un temps plus ou moins long, ont pu ne pas devenir morveux , ce que je ne conteste point. Ces faits de non-contagion ne sotit pas, du reste, particuliers à la morve chronique. On en observe d'analogues dans toutes les maladies contagieuses , même dans celles qui sont douées de la propriété contagieuse au plus haut degré : le claveau , la gale , le charbon, se communiquent-ils infailliblement par le contact d'un animal malade avec un animal sain. Chez l'homme, la variole, la vaccine, la syphilis, la gale, ne se communiquent pas toujours, même dans les circonstances en apparence les plus propres à leur transmission.

M. Dupuy qui, en 1817, avait mis en doucc la contagion de la morve, afin de provoquer des expériences de la part du gouvernement , pense que l'on peut quelquefois expliquer pourquoi la morve chronique ne se communique pas toujours. Il a remarqué que les chevaux étaient beaucoup plus disposés à cette maladie à certaines époques de leur vie.

i\l. Barthélémy aine pense que la morve chro -

nique (qu'il reconnaît être analogue à la morve aiguë) se transmet quelquefois du cheval au cheval, mais beaucoup plus rarement qu'on ne l'avait cru.

En résumé, dans la morve et le farcin chroniques les cas de contagion sont plus rares que les cas de non-contagion ; mais personne n'en conclura , je pense, que ces maladies ne sont pas contagieuses.

Un grand nombre d'autres vétérinaires français sont restés fidèles à lancienne opinion de la contagion de toutes les espèces de morve. Quelques»uns , comme moi , qui se refusaient à y croire quand ils étaient jeunes d'expérience , y ont cru plus tard. Aujourd'hui , l'immense majorité des vétérinaires de l'Allemagne, de l'Angleterre, de la Belgique, de l'Italie et de l'Espagne, croit à la contagion de la morve chronique.

M. Delafond, qui conteste la contagion de la morve chronique, dit : a Dans la question de la « contagion, ce dont il faut être d'accord, c'est « sur ce point , à savoir : que la morve débute « long-temps après les causes qui l'ont suscitée; (( qu'elle a une marche lente , une durée indéterc< minée; qu'elle s'accompagne de lésions mor- « bides toujours d'ancienne formation ; qu'elle « revêt, en un mot , tous les caractères d'une maa ladie essentiellement chronique. »

Pour moi, j'ai vu des chevaux , d'une santé la plus parfaite^ devenir morveux et farcineux après

un court laps de temps , et présenter les signes et les lésions suivantes : « Jetage d'une matière filante, inodore, verdâtre , abondante pendant rexercice ou le repos , se desséchant et adhérant aux poils des naseaux; pituitaire pâle; ulcéralions nasales superficielles ou profondes y petites, à bords irréguliers , échancrés , dentelés à pic , à jond blanchâtre , et non entourées par un bord rouge; épistaxis; ganglions de l'auge tumétlés.

J'ai vil ces symptômes, dis-je, et ces lésions apparaître chez des animaux qui n'avaient jamais été soumis aux causes débilitantes sur lesquelles insistent trop exclusivement les non-contagionistes.

J'ai vu ia plupart de ces symptômes survenir à des chevaux bien portants six jours après l'inoculation de la morve.

Je dis qu'on n'est pas fondé à attribuer uniquement la morve à des causes débilitantes, quand on avance que beaucoup de chevaux morveux ont une apparence de santé , conservent leur force première , et sont encore capables de travailler.

Enfin , on sait que les chevaux de cavalerie deviennent moins sujets à la morve et au farcin quand ils sont en campagne ou au bivouac , que lorsqu'ils sont en garnison.

Les non-contagionistes disent que, dans les casernes, les chevaux sont mal logés, qu'ils sont accumulés en grand nombre dans des écuries trop

{KMj sjjHi'ifMiscs ; liiais cette objection u esl pas applicaîjle à toutes les casernes.

On a dit que les chevaux de troupe , en France particulièrement , ceux attachés aux services actifs de poste ou de diligences, les chevaux de place des grandes villes , ceux attachés à de grands établissements de roulage, de hallage, étaient plus souvent attaqués de la morve que ceux qui sont réunis en plus petit nombre chez diverses personnes, et qui sont attachés à de petits transports ou à la culture des champs. Tout cela est vrai, mais cela nest pas une objection contre l'opinion de la contagion.

Encore un fait. Pourquoi les chevaux de troupes sont-iis plus exposés à la morve en France qu'en Allemagne? Dans l'un et l'autre pays , ce sont souvent les mêmes races de chevaux. En France, les chevaux de troupes sont convenablement pansés, et sont aussi bien nourris qu'en Allemagne, et, en général , ces animaux sont à peu prés dans les mêmes conditions dans les deux pays. Pour moi , je ne vois qu'une différence, c'est le soin extrême que Ton prend en Allemagne d'éviter la contagion , qui est redoutée au point qu'on fait tuer les chevaux sains qui ont été en contact avec des chevaux morveux; tandis qu'en France, surtout depuis quelques années, on est très peu sévère sur l'application des règlements de police sanitaire.

Si clans les grands établissements où il y a beauconp de chevaux, la morve, proportion gardée, est plus commune qu'ailleurs, c'est évidemment parce que, lorsqu'il y a un cheval morveux dans une écurie garnie de beaucoup de chevaux, un plus grand nombre d'individus se trouvent exposés à la contagion. De même , lorsqu'un nombre déterminé de chevaux est réparti dans plusieurs écuries , ces chevaux sont moins sujets à la morve que lorsqu'ils ont une seule habitation. C'est pour cette raison que les petits propriétaires de chevaux ont moins à craindre la morve, quoique leurs chevaux soient soumis , comme les autres , aux influences débilitantes indiquées par les non-contagionistes comme les causes les plus fréquentes àa la morve : l'excès de travail, la mauvaise alimentation , les habitations étroites et sombres, etc.

Dans les grands établissements la contagion est si réelle, que j'ai vu fréquemment des chevaux jeunes, vigoureux, y devenir morveux peu de temps après avoir été achetés, et avant d'avoir été soumis à des travaux pénibles.

J'ai remarqué dans ces mêmes établissements, que de temps en temps il y avait des dépôts qui fournissaient incomparablement plus de chevaux morveux et farcineux que d'autres dépôts , quoique tous les chevaux de ces dépôts fussent soumis au même régime, au même travail. Assez fré-

quemmenl la morve atteignait des animaux robustes , en bon état.

L'influence des localités et des soins n'y était pour rien, puisque la morve se montrait successivement da ns plusieurs dépôts qui avaient toujours les mêmes chefs. A quoi attribuer ces particularités , si ce n'est à la contagion dont la cause , souvent reconnue plus tard, était l'introduction d'un cheval morveux? Enfin, comment expliquer ce qui arrive souvent , qu'une fois la morve dans une écurie, un grand nombre des chevaux qui y sont introduits successivement deviennent morveux, môme après un court séjour, et lorsque ces chevaux ne sont pas excédés de fatigue , et lorsque les écuries sont le mieux disposées.

On a dit que la morve chronique ne se communiquait pas, parce que c'était une maladie chronique. i( Eœisie-t-il, demande M. J)^\^ïo\\à, parmi « les centaines de maladies qui a/Jligent T espèce (c humaine , ime maladie essentiellement chro- « nique dont la propriété contagieuse soit bien (( démontrée (1 ) ? »

Je réponds oui, il en existe.

Qui ignore que la teigne faveuse, maladie essentiellement chronique, est contagieuse ?

D'ailleurs, si la morve est moins contaA'ieuse àl'état chronique qu'à Tétat aigu , la syphihs n'offre-

(i) M. Dnlafoîirl . mwras:e. cite'.

l-olle pas un phénomène analogue chez l'homme? M. Delafond ajoute que 130 chevaux qui avaient communiqué avec des chevaux atteints de la morve ^ ne sont pas devenus morveux au bout d'un certain temps. Mais qu'est-ce que cela prouve? Il me serait extrêmement facile de réunir un pareil nombre de faits qui constateraient que pareil nombre d'individus sains ont cohabité avec d'autres individus atteints des maladies les plus contagieuses , sans devenir malades.

jM. Hurtrel d'Arboval ( Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie vétérinaire , art. Mon^e) , a cité des faits que M. Delafond n'aurait pas dû récuser, parce qu'il n'ignore pas que M. Hurtrel d'Arboval sait distinguer la morve chronique de la morve aiguë; car M. Delafond lui-même a pris à M. Hurtrel d'Arboval un fait dans lequel cet auteur s'explique clairement sur l'espèce de morve. Si les cas qu'il rapporte avaient eu rapport à la morve aiguë (1 ), M. Hurtrel d'Arboval n'eut pas manqué de le dire.

(i) J'allais livrer mon Mémoire à l'impression lorsque j'ai reçu. de M. Hurtrel d'Arboval l'assurance que je ne m'étais pas trompé. Yoici un passage de sa lettre : « Avant les temps mo- « dernes , lorsqu'on parlait de la morve , on entendait désigner 8 une maladie une et même , une maladie contagieuse sous '< toutes les formes ; voilà pourquoi , dans la première édition « de mon Dictionnaire , en exposant les faits relatifs à la conta- » gion, je n'ai pas cru devoir distinguer particulièrement ceux qui « se rapportent à la morve chronique. Au reste, à la simple lec- « ture de l'article , les hommes de l'art impartiaux ont pu faire « aisément la distinction, comme vous lavez faite vous-même.

Je pourrais lapporter trois cas recueillis par M. Dandre , mais je préfère citer un exemple de contagion de morve chronique qui m'est propre.

J'ai choisi ce fait parce qu'un des sujets de mon observation a reçu des soins à Técole d'Alfort, où on a pu constater que le cheval n'était pas atteint de la morve aiguë , et parce que le cas est assez récent pour que l'on puisse prendre toutes sortes de renseignements. J'ai encore choisi ce fait , parce qu'ila rapport à des chevaux qui jamais n'ont été dans les conditions assignées au développement de la morve par les non-contagionistes.

Au mois de mars 1836, M. D. acheta deux chevaux de carrosse, Fun de cinq ans, l'autre de six. L'un des deux toussait assez souvent, et jetait parla narine droite un liquide peu abondant, d'un blanc

« Ce que j'ai omis à cet égard dans la première édition sera fait « dans la seconde, où les observations de morve chronique seront « distinguées de celles de morve aiguë.

« En 1807 , alors que l'opinion contraire à !a contagion de la « morve commençait à percer , j'ai eu l'occasion d'observer en « grand cette maladie sous la forme chronique, et de me fortifier a déplus en plus dans l'idée de la contagion, contre les idées nou- « velles que j ai alors combattues dans un Mémoire que la Société « centrale d'agriculture de la Seine a couronné d'une médaille « d'or ; mes observations ultérieures n'ont pas moilifié ma ma- « nière de voir. Aujourd'hui je persiste encore à croire la morve « chronique contagieuse, en m'appuyant aussi sur l'autorité de « M. Barihélcmy aîné, qui s'est prononcé en faveur de la conta- « gion dans le sein de l'Académie, contre M. Dupuy , qui défen- " dait l'opinion contraire. »

Montreuil-sur-mer, 5 décembre i838.

blenâire, un peu opaque, qui se fixait aux ailes du naseau. La muqueuse de cette narine était luisante et pâle dans presque toute la partie visible^ et violacée seulement dans la partie qui correspondait aux sinus veineux de la cloison nasale. Vers la partie intérieure du nez la muqueuse était parsemée de petites dépressions noirâtres qui sont toujours très visibles toutes les fois que cette membrane est gonflée par des liquides. Les ganglions sous - linguaux droits , plus volumineux que ceux du côté opposé , formaient une masse aplatie , circonscrite , assez mobile , peu douloureuse au toucher. Le cheval ne mangeait pas avec un appétit régulier; son poil était un peu terne. A la voiture, le cheval n'avait pas la même vigueur que l'autre. Ce cheval se trouvait placé à côlé de son pareil et à côté d un cheval anglais de 7 à 8 ans qui était en très bon état et d'un grand prix. L'écurie qu'habitaient ces trois chevaux était saine sous tous les rapports. Les soins étaient prodigués à ces animaux. La nourriture étaii choisie.

Pendant un mois , à peu prés , ces trois chevaux ne furent exercés que pour leur santé; ils ne sortaient que lorsqu'il faisait beau. Pendant ce temps l'état du cheval malade varia très peu : les ganglions diminuèrent peu de volume; le jetage était un peu plus abondant quand le cheval était exercé.

On sépara ce cheval après un mois de cohabitation. Il n'avait plus de rapports :ivec son pareil que pendant la promenade, soit à la main , soit attelé à la voiture.

Pendant le second mois, les ganglions augmentèrent de volume, le jetage devint plus abondant; le liquide, plus opaque , se desséchait sur les ailes du nez. L'œil droit devint chassieux. Le cheval fut sacrifié vers la fin du mois de juin.

Vers le commencement de ce mois , le cheval anglais perdit un peu de sa gaîté , son poil devint terne. La muqueuse des narines devint pâle, les sinus veineux se congestionnèrent et donnèrent à la muqueuse une teinte violacée qui était due à des vaisseaux sanguins. Peu de jours après , les ganglions lymphatiques gauches se tuméfièrent; ils formaient une tumeur noueuse , allongée , bien circonscrite , et roulant facilement au milieu du tissu cellulaire environnant. Un peu plus tard, un liquide mélangé de mucus et de matière purulente coulait par la narine gauche et se fixait aux poils des ailes du nez. Le cheval ébrouait souvent , mais très légèrement, et chassait le liquide enfermé dans sa narine.

Un des premiers jours du mois de juillet , le cheval fut conduit à l'école d'Alfort où il reçut des soins , pendant quelque temps , et où il fut abattu comme atteint de morve chronique.

Déjà, à cette époque , le troisième cheval avait

les ganglions droits légèrement augmentés de volume et les sinus veineux de la cloison nasale fortement injectés. Il fut vendu à M. D.... qui l'employa comme cheval de carrosse pendant quelque temps, et qui , au bout d'un mois, le fit abattre comme atteint de morve chronique.

Voici un autre fait : En 1826, M. de B. .... , à Paris, avait deux chevaux de carrosse de 7 à 8 ans, très robustes, dans un parfait état, bien pansés, bien nourris, travaillant modérément, logés dans une très bonne écurie. L'un de ces chevaux fut atteint de la morve chronique. Ces chevaux n'avaient pas de plaies en suppuration. Ils n'avaient point été malades depuis deux ans que le propriétaire les possédait. Les premiers symptômes de morve apparurent un mois après le retour de la campagne. Le cocher me dit qu'il attribuait le jetage à ce que les chevaux avaient été mis dans une écurie où il y avait eu des chevaux morveux, mais qu'ils n'avaient point fait de travaux pénibles et qu'ils avaient eu une bonne nourriture.

Ce premier cheval morveux continua à habiter et à travailler avec son pareil. Un mois s'était à peine écoulé depuis l'apparition des symptômes de morve chez le premier cheval , que le second fut atteint. Tous les deux furent sacrifiés, et je me rappelle avoir trouvé à l'autopsie les lésions regar-

dées par M. Delafond comme appartenant au second degré de la morve chronique.

Dans celte observation , comme dans la précédente, aucune autre cause que la contagion ne peut expliquer le développement de la morve chez ces deux chevaux.

Maintenant voici un fait de contagion du farcin

chronique ; M. M , l'un des voituriers de Paris

dont les écuries sont le mieux tenues sous tous les rapports , n'avait pas eu un cheval farcineux, ni un cheval morveux, dans ses équipages, depuis très-longtemps. Il y a six mois , un de ses chevaux devint farcineux. Il reçut d'abord des soins du vétérinaire de la maison. Le cheval continua d'habiter dans l'écurie commune. Les boutons de farcin suppurèrent et séchèrent. La cohabitation dura plusieurs mois. Malgré la sécurité donnée par le vétérinaire, sous le rapport delà contagion, le cheval fut envoyé à l'école d'Alfort. Peu de temps après son départ deux autres chevaux de M. M.... devinrent farcineux; l'un d'eux avait travaillé avec celui qui avait été le premier malade. Je fus appelé, déjà le cheval était revenu d'Alfort non guéri. Il fut abattu. Le second cheval, après avoir reçu de moi des soins infructueux (le farcin était général : il avait envahi successivement les membres antérieurs , les ganglions des ars , le dessous de la poitrine , les ganglions des aines et les ganglions

sous-linguaux du coté gauche ), fut aussi abattu. Un troisième et un quatrième cheval furent encore atteints du farcin chronique, Tun sur la croupe , l'autre à Tépaule. Ils furent séquestrés dans une écurie éloignée de celle des chevaux qui étaient encore sains.

Tous ces chevaux , au moment où ils devinrent farcineux , paraissaient être dans le meilleur état de santé possible. L'excès de travail^ la mauvaise nourriture, n'avaient pas été évidemment la cause du farcin.

Voici un fait observé par M. Mennechy , médecin-vétérinaire à Louvres. Ce fait ne m'est pas tout à fait étranger , car j'ai vu le cheval que l'on accuse d'avoir apporté la morve dans l'écurie , et j'ai vu aussi huit des chevaux qui sont devenus morveux ou farcineux :

Vers le mois de mars 1 83T , M. H. , cultivateur à Epiais, acheta d'un relayeur, qui avait la morve dans ses écuries, un cheval bai entier ^ de 8 à 9 ans , le mit au premier attelage de l'écurie.

Le 3 octobre 1837, un cheval noir du même attelage tomba malade; le 15 il présenta tous les symptômes delà morve chronique, qui furent précédés de symptômes généraux , de l'accélération du pouls et de la respiration. Il eut aussi un léger engorgement des testicules et de leurs enveloppes.

Le 20, le farcin se déclara; alors le poil était terne, hérissé, et le cheval était devenu maigre.

Tous les symptômes de la morve et du fa rein chroniques augmentèrent, et au bout de deux mois on sacrifia le cheval.

M. Mennechy , ayant été invité à faire une visite générale, remarqua que le 15 octobre, le premier cheval indiqué, celui qui venait de chez le relayeur, présentait quelques symptômes de morve; les ganglions sous -linguaux gauches, plus volumineux que dans l'état normal , étaient durs, douloureux; la^muqueuse nasale était rouge, légèrement tuméfiée. Jetage intermittent d'un liquide filant, par la narine gauche. L'œil gauche chassieux.

Le charretier qui conduisait ce cheval déclara que depuis qu'il le menait, c'est-à-dire depuis son arrivée à la ferme, il avait remarqtté que ce cheval jetait plus ou moins; ce qui fit penser à M. Mennechy que ce cheval avait la morve lors de la vente qui en avait été faite à M. H.

Immédiatement après la visite de M. Mennechy, le cheval fut mis au repos et à part; il reçut des soins convenables. Après une quinzaine de jours, l'état de ce cheval paraissant satisfaisant, puisqu'il ne restait plus qu'un léger engorgement des ganglions , il fut remis à son attelage pour continuer son travail.

Le 3 janvier 1838^ M. Mennechy fit une non-

velle visite chez le fermier; il trouva ie cheval dans l'état suivant : Ganglions gauches volumineux, douloureux, adhérents; jetage plus abondant que la première fois, sans intermittence; rougeur et tuméfaction de la muqueuse nasale à gauche ; plusieurs élevures rouges, qui ne tardèrent pas à être remplacées par des ulcères peu profonds, recouverts d'une croûte jaunâtre. L'état général du cheval était moins bon; le poil était terne et sec. On le remit encore à part pendant un mois. On lui donna des soins, après lesquels les symptômes disparurent , moins l'engorgement des ganglions. Le cheval avait repris son embonpoint ordinaire. 11 fut ensuite remis dans son attelage jusqu'au mois de mars , époque à laquelle il se mit à jeter de nouveau d'une manière marquée ; les ganglions augmentèrent aussi. Il fut séquestré pour la troisième fois et ne fut plus remis dans l'écurie commune.

M. H. le conserva jusqu'avi mois de novembre 1838. Son état était toujours le même; il était glandé et jetait de temps à autre. Son embonpoint s''e t maintenu. Il travaillait modérément et il était attelé alternativement, tantôt avec d'autres chevaux "iuspects , tantôt avec des chevaux sains, quand les chevaux suspects manquaient. Il fut vendu.

Le 3 janvier 1838, un cheval entier, rouan, de

9 à 10 ans, appartenant au même attelage que les

deux chevaux précéients, présenta d'abord un engorgement des testicules et du fourreau, très douloureux à la pression. La muqueuse nasale et la conjonctive étaient d'un ronge jaunâtre; les yeux chassieux. Tous ces symptômes avaient été précédés d un mouvement lébiile, de dégoût, pour l'avoine pariiculièrement ; le pouls était vite et peu élevé ; les crins s'arrachaient très facilement; une éruption presque générale de boutons et de cordes farcineuses eut lieu avec ou sans nodosité.

Cinq à six jours après un traitement convenable, un mieux^ se prononça. Puis, le 21 janvier, Térupiion devint plus générale ; les quatre membres s'engorgèrent; la nasale se couvrit de pétéchies qui lurent remplacées par des croûtes d un rouge brun qui recouvraienî des ulcères drî forme irrégulière , dont le fond était saignant; la respiration était bruyante. Le mal fit des progrés; et le 29 janvier, on sacrifia le cheval.

Dans le courant du mois de janvier 1838, un cheval bai, de 7 à 8 ans ( qui était dans la ferme depuis 2 ans, et qui n'avait jamais été malade pendant ce temps, fut mis dans Tattelage des trois derniers chevaux, au mois de novembre, pour remplacer le cheval noir qui avait été sacrifié ),, eut une affection catarrhale; quinze jours après le début de cette affection , les ganglions lymphatiques sous-linguaux droits se tuméfièrent; ils

étaient durs et douloureux. Sept h huit jours phiS tard, des ulcères survinrent sur la muqueuse nasale, à droite; puis le cheval jeta dix jours après l'apparition des ulcères. Il a toujours conservé de l appétit et assez de force pour continuer son travail; cependant il fonssait dt^puis le début de Taffection catarrhale ; son poil était constamment terne depuis cette époqiie. !-es crins s'arrachaient facilement, et la peau était sèche et adhérente. Cet état se continua jusque vers la fin du mois de juin avec quelques modificalions des symptômes. A celte é[)oque, plusieurs symptômes qui annonçaient la morve ai^uë survinrent; le cheval maigrit tout-à-coup; il devint triste, mangea peu; les membres étaient raides et engorgés. On sacrifia le cheval.

Dans le mois de février 1838, un cheval entier, fleurs de pécher, de 12 ans environ ( ce cheval avait remplacé dans l'attelage, le 3 janvier, le cheval rouan sacrifié le 29 janvier), eut les membres postérieurs raides ; les testicules et le fourreau se gonflèrent considérablement; une éruption farcineuse se montra sur diverses parties du corps , après quelques symptômes gf'néraux.

Ce cheval fut isolé el s<>igné. L'engorgement testiculaire se borna au teHicule gauche qui, plus tard, devint le siège d'un abcès fareineux. Il s'ouvrit spontanément, et laissa couler, pendant un mois^, un liquide séreux. Les symptômes de faî-

cin existèrent jusqu'au mois de mars environ.

De tous les premiers symptômes , il ne resta que Tengoigement du testicule gauche, qui persista jusqu'au mois de décembre, époque à laquelle on vendit le cheval , qui alors était maigre et dont l'état inspirait la crainte d'une récidive de farcin ou d une attaque de morve.

Un cheval entier, alsan brûlé, très vieux, mis dans l'attelage au mois de janvier, fut sacrifié dans le courant de janvier 1838, quatre à cinq jours après une éruption de farcin générale , avec engorgement considérable aux membres et sous le ventre.

Outre ces six chevaux, qui ont successivement formé l'attelage si maltraité par la morve et le farcin, six autres chevaux appartenante divers attelages de 1 écurie de M. H.^ ordinairement composée de vingt -quatre chevaux furent atteints d'une manière plus ou moins grave de la morve et du farcin.

M. Mennechy a constaté que la plupart des chevaux malades avaient été plus particulièrement en rapport avec les chevaux du premier attelage.

Un vieux bidet d'allure fut atteint de la morve et du farcin chroniques , et fut sacriûé après un traitement de sej)t mois.

Un cheval hongre, de cabriolet, gris, devint morveux. La maladie atteignit le troisième degré

dans l'espace de huit jours. Il fut sacrifié après dix jours de maladie.

Un cheval entier, giis miroité, de 7 à 8 ans, fut aUeint de fa rein chronique dans le mois de mai 1838, avec un engorgement testiculaire^ particulièrement du côté gauche. 11 hc reste plus aujourd'hui, 7 décemhre 1838, que l'engorgement tesiiculaire qui est indolent.

Un cheval bai, entier, de 6 ans, acheté en novembre 1837, eut le farcin en juin 1838. Il est guéri.

Un cheval gris miroité, de 6 ans, acheté en novembre 1 837, eut le farcin, et fut glandé seulement à la fin d'août; les symptômes disparurent; puis les ganglions se tuméfièrent de nouveau vers le 15 novembre 1838.

Un cheval noir, de 5 ans , acheté au mois de mai 1838, a été glandé vers la fin d''août. Ce symptôme a entièrement disparu.

Un vieux cheval alsan , à tous crins, provenant d'une réforme de cavalerie, et que M. H. avait acheté en 1 834 , avec un engorgement indolent au membre postérieur droit. Cet engorgement, qui était resté à peu près stationnaire pendant 3 ans , augmenta d'une manière très marquée au mois de janvier 1838^ et le farcin chronique se déclara au membre engorgé et sur les côtes. Alors le cheval maigrit beaucoup et fut sacrifié.

M. Mennechy, dans la note qu'il m'a remise ,

obsorve que la morve et le farcin, soit chroniques, soil aigus , sont toujours précédés de quelques sympiômes généraux. 11 a fait plusieurs remarques qui sont lout-à-fait en rapport avec ma manière de voir, sur 1 analogie des diverses espèces de morve et de fa rein que M. Delafond a séparées au point d'en faire des maladies distinctes. M. Mennechy base son opinion sur des faits qu'il a recueillis avec beaucoup de détails, et dont jai cité les circonstances les plus saillantes. Comme moi, il a vu tour à tour se combiner et se succéder la morve et le farcin chroniques , la morve et le farcin aigus et la morve gangreneuse.

Il attribue Tenvahissement de la morve et du farcin , dans l'écune de M. H., à la contagion. Il n'a trouvé aucune autre cause capable d expliquer le développement de ces maladies dans uue écurie qui est habituellement dans un très bon état. Du moins il assure que , depuis 12 ans qu'il visitait régulièrement cette écurie, il n'y avait jamais observé ni morve, ni farcin. Il ajoute que la morve n'était pas enzootique dans la contrée. Les chevaux de cette ferme sont exempts des travaux pénibles de la plupart des autres fermes; ils ne charrient point les pailles que le fermier vend dans ses granges.

Je dois encore à /obligeance de M. Mennechy un fait très bien circonstancié, obseivé chez M. G..., cultivateur à Mareuii. Là il eut occasion d obser-

-^ ni —

ver sur des chevaux de tous âges, sur des chevaux nouvellement achetés et en parfaite santé, plusieurs cas de morve et de farcin aigus et chionitjues qu'il alti'ibua à la contagion, attendu que Fécurie de M. C... était paifaitemenl soignée sous tous les rapports , et que, pendant un très grand nombre d années, ces maladies n'y avaient pas existé. Les conditions daus lesquelles se trouvaient les chevaux n'avaient pas varié.

M. Vatel m'a rapporté également un cas très remarquable de contagion de farci n chronique.

M. R...., marchand de chevaux à Paris, acheta à une foire de Normandie plusieurs chevaux entiers à dwers propriétaires. Il s'aperçut que l'un de ces chevaux était farcineux. Plus lard il consulta M. Vatel, qui s'assura que sept chevaux de là même écurie du marchand étaient devenus successivement farcineux. Dans cette circonstance, où trouver une autre cause du développement du farcia sur les sept chevaux provenant de différentes fermes, sur des chevaux qui ne travaillaient pas, bien pansés, bien nourris, en très bon état de santé au moment de l'acquisition , qui n'avaient point de plaies suppurantes; oii trouver, dis -je, une cause de larcin, sinon dans la propriété contagieuse du faicin?

Voici un autre fait que M. le comte de Bellozanne a eu l'obligeance de relater dans une lettre qu'il m'a fait 1 honneur de m écrire.

« Le T^ l'ëgiiiienl de dragons ëlail eu garnison à a Maubeiige. Quatre escadrons de ce régiment (( partirent au commencement de Tannée 1823 « pour la frotilière d Espagne. Le deuxième esca- (( dron avait plusieurs chevaux morveux; il en i< avait perdu quelques uns , et pour le mettre sur (c le même pied que les autres, on lui donna place sieurs chevaux pris à chacun des trois autres « escadrons. Le régiment arrivé sur les bords du (( Gave et mis en cantonnement , le colonel fut « obligé de faire la mérne opération pour égaliser (c ce même deuxième escadron , qui avait perdu (( en route plusieurs chevaux de la morve. En (( outre, en Espagne, le régiment, après avoir (( traversé Madrid^ fut cantonné plusieurs jours (( à Naval-Carniro ; la morve avait encore fait des « ravages dans le même escadron, on lui redonna ce quslques chevaux des autres. Enfin on traversa (( l'Estramadure , et pendant un assez long séjour (( à Séville , la même nécessité amenée par les mê- « mes causes, obligea le colonel à prendre la même « mesure. Je vous observe que les cbevaux frappés (( de la morve n'étaient pas seulement ceux qui « venaient de l'escadron lel qu'il avait quitté Mau- « beuge, mais indistinctement ceux-là et ceux (( ajoutés depuis et ayant appartenu aux autres (( escadrons qui n'avaient point cette maladie.

« Enfin, la campagne étant terminée, le régime ment revint en France et trouva à Poitiers sa

« nouvelle garnison : deux nouveaux escadrons (c de dépôt composés de recrus et de chevaux de « remohte. Ces deux escadrons étant plus nom- « breux que les quatre qui revenaient de camu pagne, on imagina de les refondre tous en- « semble pour en faire six à peu près complets et i( pareils en jeunes et en anciens. Peu de temps « après cette nouvelle organisation, la morve se (( manifesta dans les six escadrons à la fois ; car « les hommes , en changeant de compagnie , « avaient presque tous emmené leurs chevaux, « et le deuxième escadron où j'étais capitaine n'a- « vait conservé qu'une dizaine de chevaux venant c( de faire la campagne d'Espagne.

« Je certifie Texactitude de ces faits et en ferai « certiûer au besoin par les officiers qui, à cette « époque, étaient avec moi au 7^ régiment de (( dragons, devenu depuis 7^ de cuuassiers,

(( Le comte Ckrtain De Bellozanne. »

Cette narration n'a guère besoin de commentaires. J observerai seulement que M, le comte de Bellozanne, q li n'a pas spécifié l'espèce de la morve, a infailliblement raconté un fait de contagion de morve chronique , espèce (|ui, du reste, est incomparablement plus commune que les autres. Les non-contagionistes ne pourront pas non plus invoquer l'influence de la nourriture, ni des faii-

— 90 ~ gués. Rien n'a été particulier au deuxième escadron , si ce n'est la morve qu'il a propagée toutes les fois qu'il se trouvait en couimunication avec des chevaux qui ne lui appartenaient pas.

M. Barlhéiemy a eu aussi I obligeance de me rappeler un (ait dont il a souvent entretenu ses élèves dans es leçons. Il sulFiraii certainement à lui seul pour convaincre les plus incrédules :

Pendant les guerres d'Ail m.igne, le 3^ régiment de chasseurs eut occasion d'incorporer dans plusieurs escadrons des chevaux morveux. Bientôt la morve se propagea à tout le régiment. Ce même régiment fut pendant très long-iemps de brigade avec le 1" de chasseurs, dans lequel M. Barîhélemy était vétérinaire en chef. Il fut soumis aux mêmes fatigues, à la même nourriture, et cependant la morve ne fit pas de ravages dans le régiment de M. Barthélémy.

Ces faits , et d'autres faits analogues d'une observation journalière, sont dts plus concluants.

J'ai inoculé, par application et par piqûre, du liquide provenant de la narine d un cheval atteint de la morve chronique et j'ai produit la morve. J'ai inoculé du pus phlegmoneux , du pus provenant d'abcès ouverts sur un homme atteint de fièvre typhoïde , du pus varioleux , du pus syphilitique , du pus provenant d'une fistule ancienne au garot , avec carie du ligament cervical, du pus pris dans une fistule de la couronne, avec carie du

cartilage latéral de l'os du pied , etc., et je n'ai point vu la morve se développer.

J'ai inoculé du liquide provenant d'hommes atteints de la morve et j ai produit la morve.

i\l. Barlbélcmy m'a dit avoir vu se développer la morve chez le cheval par suite de rinoculalion de la morve chroniq'ie.

Mais, pour convaincre aujourd'hui les noncontngionistes , il ne sufljt pas de citer les exem[)les les plus authentiques d'inoculation de morve et de farcin chroniques. Quand on leur parle de ces exemples, ils disent que Ton a pas eu soin de spécifier la nature de la morve inoculée (1) , ou que les sujets étaient disposés par avance à devenir morveux ou farcineux. Toutefois, dans cette singulière théorie, il est asstz extraordinaire que la morve et le farcin se soient toujours déclarés au moment même où l'on expérimentait.

En résumé, ce n'est pas la quantité, mais bien la qualité du pus qui devient la source de la morve et du farcin. Pour qu'une petite quantité de pus absorbé produise la morve ou le farcin, il

(i ' Je ne connais qu'un fait publié antérieurement à mes expériences, où Ton ait établi d'une manière positive que du pus pris sur un individu atteint du farcin chronique, ou du moins d'un farcin dont l'origine datait de plus d'un mois, ait produit le farcin chronique. Ce fait, qui appartient à l'école de Lyon, a été rapporté dans le Recueil de médecine ve't., octobre i858.

faut que ce liquide ait appartenu à un animal morveux ou farcineux.

J'ai inoculé plusieurs fois du pus provenant de sujets atteints de maladies diverses, et je n'ai jamais produit la morve et le fa rein.

§ V. Police sanitaire. — Traitement de la

MORVE et du FARCIN.

La raorve est une maladie très grave : à Tétat aigu, elle est le plus souvent mortelle; à l'état chronique , elle est le plus souvent incurable.

Le farcin est plus souvent susceptible de guérison que la morve.

Les rechutes sont fréquentes , à l'égard de la morve chronique surtout.

Si les chevaux morveux et farcineux qui, en général, sont fort délaissés, étaient convenal)lement soignés, et si le traitement était continué longtemps , on en guérirait probablement un plus grand nombre. Toutefois, les dépenses doivent être proportionnées au prix du cheval et aux chances de guérison.

L'animal doit être immédiatement sacrifié, s'il y a des chances d'infection pour d'autres chevaux.

Quoique les règlements de police sanitaire à l'égard de la morve soient extrêmement sévères , ils doivent être mis a exécution , sauf quelques mesures relatives à la désinfection et à l'enfouis-

~ 93 — sèment qui , daîis mon opinion , doivent être modifiées.

De nombreuses recherches et une longiie pratique m'ont convaincu que les lésions véritablement morveuses et farcineuses sont souvent le résultat d'une affection générale produite par une cause infectante particulière, par un contagium.

On n'a pas encore découvert de moyens propres à détruire ce conta^lum, ou à combattre sûrement les lésions quil détermine.

Dans l'impossibilitt^ où Ton est aujourd'hui de combattre, par un spécifique y la morve iguë et le farcin aigu , on a généralement recours à un traitement analogue à celui que les médecins emploient dans quelques maladies éruptives graves : on modère les inflammations locales et le trouble générai des fonctions par le repos, par des boissons adoucissantes, et quelquefois pirla saignée, par des fumigations émoUientes dans les narines. On pratique des scarifications sur les régions infiltrées de sang et de sérosité. Dans le farcin aigu, on cautérise les tumeurs farcineuses dès qu'elles apparaissent.

J'ai pratiqué plusieurs fois sans succès l'opération delà trachéotomie, dans la morve aiguë.

Dans la mon^e eX\e. Jarcirc chroniques , un exercice modéré est salutaire ; la nourriture , Tavoine, le foin et la paille doivent être de bonne qualité. On donne en outre de la farine de froment ou du

— 9U — froment en grain en petite quantité. En général, les chevaux morveux et farcineux doivent être bien nourris.

On nettoiera fréquemment les naseaux des chevaux morveux et on entretiendra la plus grande propreté autour d'eux , dans leur mangeoire, etc.

Dans la morve chronique, lorsque les ulcérations delà membrane muqueuse sont blafardes et que cette membrane est pâle, on a recours aux fumigations chlorurées ou iodurées (1). On fera en même temps des onctions et des frictions sur les ganglions lymphatiques et sur les testicules tuméfiés. On administrera à l intérieur des préparations iodurées, des préparations ferrugineuses et des extraits de plantes améres.

Lorsque les sinus frontaux ou les cavités des cornets sont remplis de matière purulente, ce dont on s'assure par la percussion, la morve est incurable. La trépanation et ks injections conseillées par Lafosse père ne m'ont jamais réussi.

Dans tous les cas , la gravité de la morve ne permet pasde donner, sans perte, des soins long-temps continués. Quand les animaux sont de bas prix, il fjut les sacrifier immédiatement. En général, je conseille de ne pas dé[)enser , en soins, plus du dixième de la valeur de l'animal. J'ai remarqué

(i) Voyoz sur celte métliode de traitement les recherches que j'ai pabllées dans le Jourlial de médecine ve'te'rin., année i834, ^me I, page lo.

que, lorsqu 'après quinze jours de traitement ^pour les chevaux atteints de morve chronique), il n'y avait pas une amélioration hien notable, il restait trop peu de charices de succès pour le continuer avec avantage. On doit , dans ce cas , sacrifier l'animal.

Pour la morve aiguë, une aggravation progressive des accidents pendant trois ou quatre jours , doit déterminer l'abattage du cheval.

Je me résume :

1° Les diverses espèces de morve et de farcin doivent être considérées comme des formes variées d'une même affectioa^énéi aie.

2° Toutes les fo mes de morve et de farcin sont contagieuses, mais à difféients degrés.

Page 1