‹ Des diverses espèces de morve et de farcin considérées comme des formes variées d'une même affection générale contagieuse (volume 2)Chapitre 2 sur 8 · ET DU FARCIN, ET DE LEUR NATURE · texte numérisé non relu

ET DU FARCIN, ET DE LEUR NATURE

La morve et le farcin chroniques , comme les formes aiguës de ces affections, sont des maladies générales dont les lésions caractéristiques se montrent de préférence dans certains organes. Ces affections ont leur siège le plus apparent dans les fosses nasales et dans le système lymphatique; mais il y a toujours d'autres lésions concomitantes, même pour le farcin dont la localisation dans le système lymphatique paraît frappante.

Les lésions, dans la morve et le farcin ( que je vais réunir dans une même description ) , sont :

V\J altération générale des liquides qui^ même dans les cas où elle n'est pas très-manifeste , semble indiquée par le développement dans un grand nombre d'organes, de lésions particulières. Les altérations du fluide lymphatique sont presque constamment reconnaissables à Tœil nu dans les vaisseaux d'un certain calibre, surtout dans les vaisseaux qui forment la base des cordes dites jarcineuses , et dans les ganglions lymphatiques. Et il n'y a pas de doute pour moi que certaines tumeurs isolées, dites boutons de farcin y ne soient formées en grande partie, à leur origine, par du liquide lymphatique coagulé, accumulé dans des vaisseaux ou dans de petits ganglions lymphatiques;

car il arrive souvent que l'on peut suivre jusque dans ces boutons des vaisseaux lymphatiques remplis d'une matière coagulée semblable à celle que Ton observe dans des vaisseaux lymphatiques d'un plus grand calibre.

Quand on examine, avec attention, les lymphatiques d'une région atteinte de farcin , on remarque que ces vaisseaux sont distendus par un liquide plus épais et plus coloré en jaune (1) que dans l'état de santé , ou par une matière coagulée et d'une nuance jaune plus tranchée encore.

Les vaisseaux qui renferment le liquide altéré sont presque toujours malades; leurs parois sont épaissies, opaques; souvent leur membrane interne est pointillée de rouge ; elle est inégale , et adhérente au caillot lymphatique; dans quelques points , elle est plus molle sans être ulcérée; ailleurs elle est complètement ramollie. Le ramollissement s'étend à la totalité de l'épaisseur du vaisseau sur un point de sa circonférence; le coagulum lymphatique en rapport avec cette ulcération du vaisseau , se ramollit aussi ; le tissu cellulaire qui correspond à l'ouverture ul-

(i) J'ai observé aussi quelquefois une autre altération du fluide lymphatique. Ce liquide était d'un blanc laiteux , ayant entièrement laspect du pus. C'était à la suite de phlegmons profonds, à la suite d'inflammations graves des cordons testiculaires , après la castration, et lorsqu'il y avait résorption purulente.

cérée du vaisseau se tuméfie, se durcit, puis se ramollit ensuite. Alors existe un dépôt plus ou moins volumineux qui a son siège, partie dans le tissu cellulaire, partie dans le vaisseau lymphatique même. On observe ordinairement ces dépôts prés des valvules des vaisseaux lymphatiques; ce qui tient à ce que le liquide lymphatique épaissi ou coagulé s'est accumulé en plus grande quantité dans ces points , probablement par suite de l'obstacle qu'il a éprouve à circuler. Cela expliquerait la disposition des cordes dites farcineuses et celle des petites tumeurs qui se trouvent de distance en distance ou dans la direction des cordes. Quand ces petits abcès ou ces boutons de farcin ont leur siège dans des vaisseaux lymphatiques superficiels, ils ne tardent pas à s'ouvrir à la surface du corps , après avoir détruit la peau. Lorsqu'ils sont profonds , ils s'agrandissent aux dépens des tissus voisins qui se détruisent ou s'atrophient , et il se forme des abcès.

Tous les boutons de farcin ont à peu près les mêmes caractères. Le liquide qu'ils contiennent lorsqu'ils sont ramollis offre, dans tous , la plus grande analogie : c'est le plus souvent un mélange , dans des proportions variables , d'un liquide filant et d'une matière coagulée ; de tissu cellulaire infiltré, ramolli, de matière purulente d'aspect variable ( selon les tissus dans lesquels le bouton s'est développé ) , enfin quelquefois de

stries de sang. Jamais on ne trouve de pus phlegnioneux dans ces petits abcès.

Les boutons de farcin qui n'ont pas évidemment leur siège dans les principaux vaisseaux lymphatiques, n'ont point de disposition déterminée; ils sont disséminés çà et là, et en plus grand nombre dans les régions où il y a le plus de vaisseaux lymphatiques. Ces boutons ou ces dépôts sont tantôt superficiels, tantôt profonds; on en trouve dans beaucoup d'organes , dans les muscles , dans les tendons , dans le périoste, dans la peau, dans les testicules, dans les ganglions lymphatiques , dans les poumons , dans les membranes muqueuses , même dans les membranes muqueuses du canal digestif.

Quelquefois ces boutons farcineux sont mous dès leur apparition, et s'ouvrent trés-promptement. C'est lorsque la maladie fait des progrès rapides , ou lorsque l'altération des liquides est profonde. Dans ce cas, ces boutons ne sont plus limités à quelques régions seulement; ils se montrent à la fois dans toutes les parties du corps. Le liquide qu'ils contiennent n'est point un mélange de parties hétérogènes; il a, à peu près, le même aspect dans tous les points ; il est quelquefois limpide; plus souvent il est trouble etlivide (1). Dans le dernier cas, le liquide lymphatique est profondé-

{\) Journal de me'd. vet. théorique et pratique, année i853, page 36 I.

ment altéré , et le sang l'est également de manière à frapper ceux qui sont le moins exercés à l'étude de ce liquide.

On a voulu distinguer ces sortes de boutons farcineux des véritables boutons de farcin, parce que leur cavité ne communiquait pas , disait-on, avec les vaisseaux lymphatiques ; en y introduisant du mercure on n'avait pas pu parvenir à injecter les vaisseaux lymphatiques voisins. Mais il peut arriver que le mercure ne pénètre pas dans certains vaisseaux, soit parce qu'ils sont trop ténus, soit parce qu'ils sont obstrués; d'ailleurs je ne pense pas qu'il faille absolument rencontrer un ou plusieurs lymphatiques bien apparents sur les limites d'un bouton farcineux, pour dire que la petite tumeur ou le petit abcès est réellement farcineux Ce qui me porte à regarder ces boutons isolés comme ayant le caractère farcineux, c'est l'apparition fréquente et simultanée des diverses formes de cordes et de boutons sur un même cheval. Il en est, à cet égard, du farcin comme de la morve, dont toutes les formes, dont toutes les nuances peuvent aussi se rencontrer sur le même animal.

En traitant des altérations du liquide lymphatique des chevaux morveux et farcineux, je dois faire connaître mon opinion sur les lésions morveuses que l'on appelle communément tuberculeuses , soit dans la membrane muqueuse des voies respiratoires, soit dans les poumons, soit

dans les ganglions lymphatiques , soit enfin dans d'autres organes.

Ces petites masses dites tuberculeuses ont reçu diverses dénominations : selon leur apparence, on les a distinguées en tubercules crus , tubercules ramollis, tubercules enkystés. On les a regardées comme le produit d'une sécrétion anormale et l'on a pensé qu'un de leurs caractères distinctifs était la lenteur avec laquelle elles se développaient. Les uns les ont considérées comme un tissu, les autres ont dit quelles étaient formées par une substance privée de vie, diversement déposée dans les organes.

Selon moi, il y a de l'analogie entre les caractères physiques du tubercule et certains boutons de farcin.

Si l'on examine la membrane muqueuse nasale d'un cheval morveux, on voit, selon l'état de la maladie , d'abord un épaississement de la membrane. Cet épaississement , qui est dû à l'accumulation d'une plus grande quantité de fluides, et surtout de fluides blancs ou d'un blanc jaunâtre, précède Tapparition des tubercules, comme la tuméfaction du tissu cellulaire précède les boutons de farcin. La membrane muqueuse est alors luisante et plus humide que dans l'état normal. Puis sur divers points de sa surface et notamment vers la partie moyenne de la cloison nasale et sur les cornets, apparaissentde petites élevures blanchesou d'un blanc

jaunâtre, un peu plus saillantes à leur centre que vers leur bord , qui se confond insensiblement avec la membrane muqueuse. Ces ëlevures sont formées d'une substance infiltrée dans le tissu de la membrane et dont on ne peut la séparer qu'en détruisant son tissu même. A côté de ces ëlevures de forme et de volume très-variés , il y en a d'autres, plus étendues, d'un blanc un peu jaune, à bords irréguliers, et qui sont allongées dans le sens de la longueur des cavités nasales. Ces élevures correspondent aux principaux faisceaux lymphatiques de la membrane, et ont très-probablement leur siège dans ces vaisseaux. Du moins j'ai pu constater que de petites masses allongées, formées de substance absolument semblable à celle que Ton trouve dans les lymphatiques des membres farcineux, étaient renfermées dans des cavités dont il était facile de les extraire avec la pointe d'un instrument. Ces petites niasses n^adliéraient que dans quelques points où il existait un peu de rougeur (1 ). J'ai trouvé la plus sjrande analogie entre ces altérations et les altérations les plus ordinaires du liquide lymphatique que j'ai décrites plus haut dans le farcin. Ces deux sortes d'élevures dans l'épaisseur de la membrane muqueuse^ se ramollissent après un temps plus ou moins long.

(i) Il ne faut pas confondre ces petits coaguliim lymphatiques avec les caillots sanguins , qui obstruent les sinus veineux de la membrane muqueuse, et qui sont quelquefois blancs.

— I / — La substance lymphatique qui concounait a les former se détruit, et elle est entraînée par les liquides sécrétés parla muqueuse. De la destruction de celte substance résultent des ulcérations pâles, à fond rugueux , plus ou moins profondes selon l'épaisseur des élevures. Leurs bords irréguliers comme ceux des élevures sont crénelés, et ces ulcérations ressemblent assez bien à des feuilles rongées par des insectes. Quelquefois ces ulcères ont l'ap-» parence de vermoulures. Presque toujours les bords sont un peu saillants , parce quils sont formés par une pariie de Télevure non encore détruite; ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'ils s'amincissent, lorsque la totalité de Félevure est détruite. Ces ulcérations , comme celles qui résultent de la destruction d'un bouton de farcin, ne tendent point vers la cicatrisation ; le plus souvent elles s'agrandissent, quelquefois elles ne se cicatrisent jamais. Quand ces ulcérations ont été très profondes et qu'elles se ferment, c'est au moyen de cicatrices saillantes, dures, d'un tissu blanc et ridé ou disposé en rayons.

Les élevures , les tubercules et les masses tuberculeuses de la muqueuse nasale, se forment plus ou moins vite , et restent à Tétat d'élevures, pendant un temps plus ou moins long. Leur marche est plus prompte qu'on ne le croit généralement. Je me suis assuré que quatre, cinq à six jours au pUis^ sulfisaient à quelques-unes de ces

élevures pour naître, croître, se ramollir et s'ulcérer.

Les excoriations et les ulcérations superficielles de la muqueuse nasale des chevaux morveux, se forment de la même manière que les ulcérations plus profondes appelées ordinairement chancres. De pareilles lésions s'observent sur la membrane muqueuse du larynx , des trompes d'Eusiachi , de la trachée et du voile du palais.

Les cartilages de la cloison nasale , du larynx et de la trachée, sont aussi quelquefois le siège de tubercules et d'ulcères.

D'autres lésions de la membrane muqueuse nasale ont encore la plus grande analogie avec certaines formes de farcin. Elles consistent en élevures plus saillantes que les précédentes , arrondies , isolées ou confluentes, tantôt rouges à leur début , tantôt blanches et entourées d'un cercle rouge. Elles sont dures d'abord, se ramollissent promptement , et sont remplacées par des ulcérations qui s'agrandissent rapidement. Leur siège est plus particulièrement sur les régions où se développent les tubercules ou les masses tuberculeuses diversement disposées , régions où se trouvent le plus grand nombre de vaisseaux lymphatiques. Cette forme est toujours accompagnée de symptômes d'acidté et de lésions qui s'étendent à toute la membrane muqueuse nasale , à celle des sinus , du larynx , et quelquefois de la trachée.

Elle est aussi accompagnée on précédée d'une altération profonde des liquides , dont les effets sont très évidents sur un grand nombre d'organes, et en particulier sur la membrane muqueuse nasale, et siu^ celle des sinus, du larynx et de la trachée. Des ecchymoses très étendues envahissent la membrane muqueuse et le tissu fibreux sous - muqueux des cavités nasales. Ces hémorrhagies sont quelquefois suivies de la destruction des tissus ecchymoses.

Les ganglions lymphatiques d'un grand nombre de régions, et notamment ceux qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques des partiis spécialement affectées sont plus volumineux que dans l'état normal; ils sont plus mous et souvent d'une nuance blafarde ; ils renferment dans leur substance de petites masses d'un blanc jaunâtre, probablement formées par du liquide lymphatique altéré. Tantôt ce liquide parait infiltré dans le tissu du ganglion, tantôt il est réuni en petits tubercules Contenus dans des espèces d'utricules dont on peiU facilement Textraire avec la pointe d un instrument. Jai fait analyser ces petites masses; elles étaient composées en très grande partie de matières animales avec des traces de sels calcaires. M. Dupuy et M. Renault avaient fait la même remarque. M. Dupuy ma dit que les proportions plus considérables de phosphate et de carbonate de chaux dont il a parlé dans l'ouvrage qu'il a pu-

blié, en 1817, surl'atïection tuberculeuse, avaient été trouvées dans les masses calcaires que Ton rencontre en si grande quantité dans plusieurs organes des ruminans, notamment dans les poumons et dans le mésentère.

La matière tuberculeuse des ganglions lymphatiques, qu'elle soit inûltrée ou qu'elle soit enkystée, se ramollit après un temps plus ou moins long , devient purulente , puis se durcit quand elle n'est pas évacuée. Alors elle change totalement de nature; la proportion des sels calcaires augmente ; la substance animale est absorbée par l'espèce de kyste qui l'entoure; cette enveloppe , elle-même, s'encroûte de sels calcaires. Arrivée à ce point, les tubercules restent stationnaires au milieu de la masse ganglionnaire , qui finit par s'atrophier et se réduire à un tissu fortement induré , renfermant de petits noyaux calcaires. Lorsque les masses tuberculeuses sont très-volumineuses et Irès-multipliées, elles forment quelquefois après leur ramollissement, des foyers remplis d'un liquide tout-à-fait semblable à celui des boutons farcineux. Quelques-uns de ces foyers s'ouvrent à l'extérieur, lorsque les ganglions sont superficiels.

L'atrophie et les dépôts calcaires exigent beaucoup de temps pour s'opérer. Il n'en est pas de même de l'infiltration tuberculeuse et de l'accumulation de liquide lymphatique coagulé dans

les ganglions ; elle peut avoir lieu dans l'espace de 4, 5 ou 6 jours au plus.

J'ai rencontré ces tubercules, ou plutôt ces dépôts de substance albumineuse , dans les ganglions des chevaux atteints de toutes sortes de morve et de farcin. Ces dépôts ne sont point un signe infaillible de la chronicité de l'affection. J'insiste sur ce point, parce qu'il rectifie une opinion longtemps accréditée et que j'ai partagée pendant bien des années.

Les tubercules des ganglions, comme ceux de la membrane nasale, peuvent exister concurrem-= ment avec d'autres lésions, qui viennent les compliquer ; les ecchymoses , les infiltrations sérosanguinolentes , sont communes dans certaines variétés de morve , appelées gangreneuses.

Dans la morve et le farcin, les lésions dites tuberculeuses des ganglions se retrouvent dans les poumons, dans le foie, dans la rate, dans les testicules , etc. J'observerai encore , à l'égard des lésions des poumons , que les masses tuberculeuses sont beaucoup plus nombreuses , plus développées dans cet organe que partout ailleurs.

C'est, je pense , par les organes de la respiration que la transmission de la maladie a lieu le plus ordinairement. Dans la morve spontanée, ce sont encore ces organes qui ont la plus grande part des influences morbide?.

Les tubercules pulmonaires, morveux, sont trèsabondants dans les points où il y a le plus de vaisseaux lymphatiques.

Les masses tuberculeuses , d'abord solides, se ramollissent à la manière du boulon farcineux; elles se réunissent et forment des cavernes quelquefois très-étendues qui finissent par s'ouvrir dans les bronches. Alors la matière purulente qu'elles renferment a une odeur infecte par suite de son contact avec Tair. C est dans cette occasion que souvent des complications gra\es arrivent, et que d'autres formes de la morve apparaissent.

Les granulations pulmonaires qu'on rencontre dans la morve et le farci n ressemblent beaucoup aux tubercules enkystés des ganglions lymphatiques. Ces granulations sont souvent en quantité innombrable au milieu du lissu pulmonaire crépitant. Elles sont plus régulièrement sphéroïdes. Elles sorit formées d'un dépôt albumineux , solide ou liquide, renfermé dans un kyste de nuance grisâtre qui n'est, peut-êlre, qu'une vésicule pulmonaire dont les parois sont épaissies. Ces granulations débutent fréquemment par un point rcuge dont le centre blanchit ensuite, et reste encore pendant un certain temps entouré d'une enveloppe rouge. La matière qui est enkystée tout dabord, .se ramollit, puis se durcit et devient calcaire.

Lt'S altéra ùo as du saii^ soiU très-ditilcik-$ a apprécier tant que la morve et le farcin ne sont pas arrivés à un certain degré de gravité, tant que les principales fondions ne sont pas manifestement troublées. J'ai examiné, selon ma méthode (1), à riiématométre, le sang d'un trèsgrand nombre de chevaux morveux et farcineux à divers degrés. Je publierai incessamment ces observations et les résultats de quelques études microscopiques; aujourd'hui je me bornerai à quelques faits principaux.

Dans les animaux qui ne présentent point d'autres symptômes que les boutons ou les cordes dites de farcin, que le jetage purulent, le gonflement des ganglions lymphatiques sous-iinguaux , et les ulcèrea de la muqueuse nasale (morve et farcin chroniques), le sang ne diffère pas sensiblement y en apparence, de celui des animaux en santé.

Quand les animaux morveux ou farcineux sont faibles, quand ils sont maigres, lorsque leur muqueuse nasale est infiltrée, jaunâtre, lorsqu'ils sont malades depuis très-longtemps, le sang est foncé en couleur , à sa sortie de la veine ; ses coagula blanc et rouge sont moins fermes : le sérum est plus abondant; mais il se sépare plus lentement des caillots , ce qui pourrait faire croire d'abord

(i) Voyez Recherches expérimentales sur les caractères physiques du sang dans l'état de santé et dans Tétat de maladie (Journal de médecine vétérinaire théorique et pratique, i83i).

({Lie sa proportion est moins grande. Mais cette erreur est facile à rectifier ; il suilit de comprimer le caillot pour s'assurer des quantités relatives du sérum et de la partie fibrineuse. Trèssouvent le caillot cruorique est très-brun , quand le caillot blanc est d'un jaune très-pâle; et il ne conserve pas sa forme cylindrique lorsqu'il est extrait de l'hématomètre. Dans Téprouvette il est nettement séparé du caillot blanc (1), qui est alors très-volumineux ; je l'ai souvent vu de 45 à 80 parties sur 100, Le sérum est peu coloré, très-aqueux.

La température du sang, prise en plongeant le réservoir du thermomètre dans le jet du sang, est presque toujours un peu au-dessous de la température normale , de 28, 29° R.

Dans la morve aiguë, dans la morve pustuleuse, dans la morve gang^réneuse, dans le farcin aigu, le sang présente les caractères les plus variés, d'un jour à l'autre. J'ai remarqué que l'état des organes de la respiration et de la circulation correspondait à des altérations déterminées. Lorsque la respiralion est très-laborieuse, le pouls vite, petit , inégal ou intermittent , le sang sort difficilement de la veine et ne forme pas de jet rapide; il est trèsfoncé en couleur, d'une nuance ressemblant as-

(0 II est bien entendu que tous les soins ont été pris pour éviter que des influences étrangères à la composition du sansf aient agi sur sa coagulation., après sa sortie de la veine.

sez à celle du jus de mûres parvenues à leur maturité complète. Très-fréquemment alors la séparation des parties cruoriques ne se fait pas bien; la promptitude de la coagulation s'oppose à la précipitation complète du cruor (1). Dans ce cas ^ le caillot est diversement nuancé; il n'est pas divisé nettement en caillot blanc et en caillot cruorique, comme dans le sang sain. Dans le caillot cruorique on trouve des portions de caillot blanc, et dans le caillot blanc des points cruoriques ; quand on examine le caillot dans toute son étendue, on ne trouve plus la différence qui existe ordinairement entre la consistance du caillot blanc et celledu caillot cruorique. Ces deux portions du caillot sont assez fermes; il n'y a de différence notable qu'à la partie inférieure du caillot cruorique, qui est légèrement diffluent. Ces caillots du sang dans la morve aiguë se putréfient beaucoup plus vite que le caillot cruorique du sang diffluent, qui appartient à un animal moins malade, comme même le sang d'un cheval qui jette abondamment depuis très long- temps, par exemple, et

{)) Ce qu'il y a de remarquable, cest que cette dernière particuli' rite s'observe aussi dans le sang qui provient d'un animal nourri pendant quelque temps avec du froment. Dans ce cas , comme dans l'autre, les deux caillots ne sont jamais nettement séparés. Mais il est facile de distinguer le sang qui a appartenu à l'animal malade. Dans l'animal sain, le sang qui sort assez facilement de la veine est d'un rouge vif, d'un rouge de sang artériel , tandis que dans l'autre il est d'une nuance très foncée et coule difficilement.

devenu dans un état de marasme à la suite de la morve et du farcin chroniques.

Il existe une forme de la morve et du farcin dans laquelle les altérations du sang sont encore plus manifestes. Dans lespace d'un ou deux jours, une très-grande partie du corps se couvre d une infinité de petites tumeurs qui sont remplies d'un liquide séro-purulentetdéjà trouble aussitôt qu'elles ont apparu. Dans ce cas, quoique l'ouverture de la veine soit large, le sang coule lentement; la respiration est pénible, le pouls petit, inégal, intermittent. On retrouve dans le sang un liquide analogue , au moins en apparence , à celui qui existe dans les petits abcès cutanés. Ce liquide est plus léger que les autres parties du sang; on le trouve toujours à la partie supérieure de Thématon être ; on peut même le reconnaître dans des gouttes de sang. Il conserve quelques propriétés du liquide qui forme, parla coagulation, le caillot blanc; car il se solidifie et se coagule spontanément après un certain temps, mais bien plus long, à la vérité , que celui qui est nécessaire à la coagulation des caillots blanc (couenne) et cruorique. J'ai vu ce liqnide rester fluide pendant trois heures, quand il n'avait fallu qu'une demi-heure à la couenne pour se solidifier. Dans l'hémalométre sa proportion, relativement à la totalité du caillot, a été de 2 , 3 et 4 millimètres d'épaisseur sur un décimètre de hauteur du caillot. Ni la couenne,

ni le cruor, dans ce cas, n'ont une teinte uniforme : la couenne est nuageuse , livide ; le caillot cruorique est violacé^ irisé, mélangé de petits points blancs qui lui donnent assez bien l'aspect d'une tranche de trutfe. Le sérum exprimé du caillot est trouble, verdâtre. Jai cité un exemple remarquable de cette altération du sang (Journal de méd. vét, ihéor. etprat., année 1833, pag. 361).

Entre cette altération profonde du sang et les altérations de la même humeur qu'on observe le plus communément dans les animaux morveux et farcineux depuis très-long-temps, il y a des nuances infinies. J'ai remarqué que , lorsqu'il existait une grande quantité de liquides purulents , soit à la surface des muqueuses ulcérées, soit dans des abcès ulcérés ou non ulcérés ( ce qui arrive fréquemment dans le cas de faicin et de morve) , le caillot blanc n'avait pas la même teinte dans toute sa hauteur. En observant le liquide blanc qui s'est séparé du cruor, on voit que la partie la plus élevée est trouble, livide^ d'un blanc sale^, tandis que celle qui est située au-dessous est un peu rosée et se rapproche davantage de la nuance du caillot blanc du sang sain. La coagulation de la portion la plus élevée est aussi plus lente; le sérum s'en sépare difficilement. Cette diversité de nuances dans le caillot blanc est toujours d'un mauvais augure; elle annonce une sorte de dé-

composition prématurée du sang. A ces signes j'ajouterai encore que la surface du sang ainsi altéré devient promptement brune par son exposition à l'air; qu'elle ne se couvre pas de petites taches rouges, comme cela arrive pour le sang sain ou pour le sang d'animaux peu malades. On dirait que ce sang contient , presque tout formé , du liquide purulent. Et, ce qui semblerait fortifier cette opinion, c'est que, dés que le sang extrait delà veine présente ces caractères, on voit surgir avec une rapidité étonnante un grand nombre de petites tumeurs remplies de liquide purulent , à la surface de la peau , ou de nombreuses élevures à la surface de la muqueuse nasale , autour des naseaux, sur les lèvres, etc. Ces élevures, comme les petites tumeurs de la peau , s'ouvrent très - promptement et sont remplacées par des ulcères ( chancres ) qui fournissent une grande quantité de matière purulente sanieuse, granuleuse.

Suivant M. Delafond (1) , dans le farcin aigu : (( Le sang retiré de la jugulaire se coagule en 8, (( 10 à 12 minutes(15 minutes dans l'état de santé); (( caillot blanc très ferme occupant quelquefois les (( deux tiers de l'hématomètre; caillot noir très (( résistant; sérum se séparant du ca.llot en 50 (( heures , et occupant quelquefois les deux tiers

(il Traite' sur la police sanitaire, p. 668. in-8, Paris i838.

(( de rhëmatouiètre. Caillot blanc alors rétréci (( et formant un petit ('ylindre dur. Cet état ((du sang est toujours constant. » Pour le farcin chronique : « Le sang retiré de la jugulaire (( se coagule en 12 à 14 minutes. Quand le farce cin est ulcéré, cette coagulation est plus (( prompte : caillot blanc occupant les deux tiers (( et plus de la colonne sanguine; sérosité abon- « dante. :>

Pour moi , j'ai fréquemment observé des différences dans l'état du sang des chevaux farcineux. Ces variations que j'ai constatées sur un grand nombre de chevaux atteints de farcinaigu, ont peut-être été plus marquées que dans aucune autre maladie; probablement parce que le farcin aigu se montre sur des animaux qui sont dans les conditions les plus variées, sous le rapport de l'état antérieur à la maladie (qui influe beaucoup sur le sang de l'animal) et sous celui du degré de la maladie ellemême.

Je n'ai pu utiHser l'exploration du sang , pour le diagnostic et le pronoslic , que lorsque les altérations étaient bien frappantes et non lorsqu'elles n'offraient que les caractères assignés par M. Delafond. Ces caractères du sang se retrouvent dans d'autres affections. M. Delafond cite au nombre de ces caractère? la séparation du sérum en 50 heures. S'il veut dire que le sérum se sépare entièrement dans cet espace de temps, ce n'est pas exact, il

faut beaucoup plus de temps; jamais il ne se sépare complètement , il faut toujours qu'une force étrangère au sang vienne exprimer le sérum du caillot fibrineux (1).

On peut reconnaître l'altération du sang des chevaux morveux et farcineux en l'examinant quand il est sorti de la veine , en explorant les cavités nasales, dans la morve appelée gangreneuse par quelques vétérinaires, et par M. Rayer, ecchymotique et gangreneuse,

Lespétéchies de la membrane muqueuse nasale, les ecchymoses quelquefois si étendues, dans l'épaisseur de cette membrane^ dans celle du larynx, de la trachée, du tube intestinal (2 i, les épanchements sanguins d'un brun presque noir dans le tissu des poumons, les caillots blancs-jaunâtres, consistans, entièrement distincts des caillots cruoriques très foncés, trouvés dans les cavités du cœur par M. Renault, viennent témoigner de l'altération du sauff.

(i) Je saisirai cette occasion pour relever une erreur grave. M. Delafond (7Vrti7e' de pathologie et de the'rapeutique ^ première paitie , page 149.' ma lait dire que le sérum élait sépare entièrement du caillot en '^4 lieures, tandis que j'ai écrit précisément le contraire {Recherches expérimentales sur les caractères physiques du sang, p. 47 ) J'ai seulement proposé de noter la quantité de sérum libre, 24 heures après la saignée , afin d'avoir des observations que l'on j)iit comparer utilenient , lors même qu'elles ne seraient pas recueillies par les mêmes expérimentateurs.

(2) Voyez une observation que j'ai publiée dans \e Journal de médecine ve't. théorique et prat.; ianxvier i834-

Ou observe , à laulopsie de certains chevaux morveux et farcineux , des caillots sanguins d'ancienne formation , dans des vaisseaux de différent calibre, notamment dans les veines du fourreau, du scrotum, dans les sinus veineux de ia membrane nasale : mais ces altérations ne sont pas rares dans les chevaux qui ne sont ni morveux , ni farcineux ; elles ne caractérisent pas les maladies graves.

Outre les lésions que j'ai décrites plus haut , comme constituant les boutons de farcin et qui intéressent réellement aussi le tissu cellulaire quelquefois de manière à y produire des abcès nombreux , assez vastes, on trouve : \ ^ des infiltrations séreuses qui donnent à ce tissu une teinte jaunâtre, livide , notamment quand le farcin a fait des progrès assez rapides ; 2o des indurations blanches ou jaunâtres 5 lorsque le farcin a eu une marche lente; 3^ des arborisations des vaisseaux sanguins dans les cas où la maladie a pris un caractère d'acuité; 4odesépanchemens sanguins qui , dans certaines circonstances , donnent aux infiltrations séreuses une teinte rosée, et dans d'autres transforment le tissu cellulaire en masses d'un brun très foncé , presque noires , comme cela s'observe dans la morve ecchymotique, et dans la terminaison de ia morve que M. Bouley jeune a comparée avec raison à une affection charbonneuse.

Dans les iiiusctes , on rencontre toutes les lésions du tissu cellulaire, mais elles y sont d'autant plus rares que les muscles contiennent moins de tissu cellulaire; les lésions des muscles onttoujours leur siège dans la trame celluleuse de ces organes.

Dans les tendons , dans les ligamens , dans les capsules articulaires , dans le périoste , dans les os, dans les cartilages, on voit des lésions analogues à celles du tissu cellulaire. J'observerai cependant que les os qui concourent à former les sinus et les cavités nasales , éprouvent des altérarations particulières que l'on n'observe pas dans les autres régions du corps. Il n'est pas rare, chez les chevaux , qui ont été morveux pendant longtemps , de trouver des exostoses et des périostoses des narines , faciles à couper , ayant la consistance des épiphyses. Elles se présentent sous l'apparence de petites tumeurs mamelonnées et rugueuses quand elles sont dépouillées de la muqueuse qui les couvre. Leur tissu est rougeàtre lorsqu'elles ne sont pas très anciennes.

Les membranes synoi>iales , les franges synoviales, les gaines synoviales^ participent fréquemment aux lésions générales de la morve et du farcin , surtout quand les boutons farcineux avoisinent les articulations. Elles deviennent d'un rouge inégalement réparti ; le tissu cellulaire , qui concourt à former les franges synoviales , s'infiltre de sérosité jaune et quelquefois sangui-

iioleule. La synovie est alors moins liquide, à une couleur foncée.

Les membranes séreuses ne présentent point de lésions qui méritent d'être notées.

Les membranes muqueuses des voies respiratoires sont ie siège principal de la morve. 3 ''ai décrit une partie de leurs lésions , en parlant des altérations du système lymphatique. J'ai décrit les élevures et les plaques qui précédent toujours les ulcérations.

J'ai constamment observe que ces élevures et ces plaques (dont les saillies soni tits variables , et qui, quelquefois même, sont remplacées par des taches peu distinctes , émarginees^ n'oîiVant aucune saillie appréciable ) étaient diversement colorées selon l'état dans lequel se trouvait la membrane muqueuse. Le plus ordinairement les taches sont d'un blanc jaunâtre, comme les élevures. Toutes ces lésions sont accompagnées du gonflement de la muqueuse qui est luisante et diversement nuancée. Elle est pale, un peu jaunâtre, vers ies régions où existent le plus ordinairement les taches ou les élevures. Elle sécrète une plus grande quantité de mucus qui devient de moins en moins transparent , et qui finit par être du muco-pus opaque, diversement coloré, selon les lésions de la membrane. Lorsque la muqueuse est pâle, sans ulcérations, le liquide a une nuance

bleuâtre qui passe au blanc, puis au blanc jaunâtre.

Dans ce pi einit'rétat, qui est le début des symptômes locaux de la morve, le liquide est homogène. Plus tard, il n'est plus lié, il devient grumeleux et nuancé de vert, de jaune etde blanc. On trouve quelquefois au milieu de ce liquide des débris de petites élevures ulcérées. On y trouve aussi des grumeaux d'une matière purulente qui s'est épaissie par son séjour pendant un temps pi: s ou moins long dans les sinus frontaux et maxillaires, dans les cavités des cornets. On y trouve encore des débris des pellicules croûteuses qui se forment fréquemment sur les ulcères de la muqueuse nasale et même sur la muqueuse non ulcérée, notamment prés de l'orifice externe des narines.

Le liquide nasal de la morve que l'on appelle vulgairement jelage, et dont la quantité est très variable, s'attache facilement sur les poils qui sont autour des naseaux; et il s'y fixe d'autant plus facilement qu'il se rapproche plus du pus. La sécrétion anormale du liquide nasal est en rapport avec les lésions de la muqueuse. De même que ces lésions , elle peut n'exister que dans une seule narine, et quand on l'observe dans les deux, elle n'est jamais aussi abondante dans une narine que dans 1 autre. C'est le plus souvent la narine gauche qui est malade.

J ai d abord indiqué les caractères les plus ordinaires du liquide nasal dans la morve; ce sont ceux qui existent quand la morve n'a point un

— 35 ~ carâclère dacuité marqué, îoîsque les altérations des liquides ne sont pas profondes; mais dés que les altérations du sang sont prononcées, le liquide sécrété devient très-fluide, séreux, roussâtre, couleur de j'js de pruneaux. Ces caractères du liquide nasal sont en rapport aussi avec des lésions déterminées de la membrane muqueuse qui est plus ou moins infiltrée de sang dans toute son étendue; elle a une teinte violacée, et elle est couverte depétéchies, d'élevures rougeàtres , ou d éleviires blanches à leur centre et entourées d'un cercle rouge plus foncé que la teinte de la muqueuse. La muqueuse des sinus j des cornets et de l'ethmoïde est fortement infiltrée et très épaissie; elle a la teinte du liquide nasal sécrété.

Le liquide nasal a encore les mêmes caractères quand le sang, après s'être accumulé d luie manière anormale dans la membrane muqueuse, s'épanche dans le tissu de celte membrane et qu'il s'altère plus profondément. En contact avec fair, il se putréfie^ et donne à l'air expiré une odeur infecte, sui. generis , mais qui n'est pas celle de la gangrène , et notamment de la gangrène pulmonaire, comme on l'a dit. Avant de se putréfier complètement, les parties eccbymosées tombent quelquefois en lambeaux. On remarque, du reste ^ que dans cette forme de la morve, le liquide nasal n'est pas aussi abondant que dans les autres.

Bans toutes ces formes de morve, qui quelquefois se trouvent réunies sur le même individu ( ainsi que les lésions décrites par un grand nombre d'auteurs le prouvent ), il peut survenir des épistaxis plus ou moins abondantes. Ces hémorrhagies sont toujours d'un mauvais augure; ou elles annoncent que Tallération du sang et les lésions nasales sont profondes, qu'il y a de larges ulcérations, et que, par conséquenf, les chances de guérison sont peu grandes, ou elles indiquent que la morve va prendre un caractère aigu, ecchymolique, et que la mort est presque certaine. Ces épistaxis sont d'autant plus fréquentes et plus abondantes, que le sang est plus altéré.

L'inflammation spécifique de la membrane muqueuse nasale se propage à la membrane du conduit lacrymal, et à la conjonctive : presque constamment i'œil qui correspond à la narine atfectée est chassieux, et la muqueuse est ou infiltrée ou couverte de pétéchies.

La membrane muqueuse du canal digestif est rarement malade. M. Dupuy dit y avoir observé des pustules. J'ai rencontré une fois des lésions qui avaient la plus grande ressemblance avec celles de la muqueuse nasale ecchymosée et profondément altérée par suite des ecchymoses. J'ai rapporté ce fait ailleurs {Journal de médecine vétérinaire^ ihcor, et prat.j janvier 1834 ). Le cheval qui fait le sujet de cette observation était morveux et farci n eux.

Dans le tissu pulmonaire , on trouve des tubercules et des masses tuberculeuses que j'ai déjà décrites. On y trouve encore d'autres lésions qui coïncident ordinairement avec des lésions analogues des fosses nasales, et avec celles qui constituent lefarcin. Ainsi, on rencontre presque toujours des pneumonies lobulaires , aiguës , quand la muqueuse est couverte d'élevures qui se sont développées en très peu de temps. Ces pneumonies, que l'on pourrais, appeler morc^^wses ou y/3frcineuses , forment des masses pulmonaires circonscrites, peu volumineuses, irréguliéres comme les lobules pulmonaires, ayant beaucoup d'analogie avec les boutons de farcin aigu que Ton observe dans le tissu cellulaire. Elles sont d'abord solides, formées d'un tissu gris jaunâtre au centre, souvent taclieté de points rouges; elles sont entourées d'un tissu brun et consistant. Le centre de la tumeur ne tarde pas à se ramollir à la manière du bouton de farcin. Ce ramollissement a pour résultat la production d'une matière liquide hétérogène formée de débris de la masse pulmonaire, et d'un liquide mélangé de sang altéré. Cette espèce de farcin aigu du poumon ne ressemble point aux pneumonies franchement inflammatoires, sans altération notable des liquides ; il est le résultat d'une infection. Ces pneumonies ne ressemblent point non plus aux pneumonies terminées par gangrène; les limites qui les séparent des parties

saines ou plus ou moins malades du poumon, ne sont pis nettement tranchées comme dans la gangrène. On ne trouve point , dans leur coupe, cette espèce de liseré sinueux blanc-verdâtre , qui borde toujours les parties gangrenées du poumon du cheval. Elles n'ont point l'odeur gangreneuse qui est si facile à reconnaître dans cette dernière affection. Elles sont disséminées çà et lamelles ne forment point de ces masses loba ires hépatisées , ou infiltrées de pus, ou indurées qui appartiennent à la pneumonie ordinaire.

Le poumon est fréquemment le siège de pétéchies, d'ecchymoses , quelquefois très-étendues. Des masses volumineuses sont envahies [)ar du sang noir coagulé et épanché dans le tissu pulmonaire. La coupe de ces masses est sèche et ne peut être confondue avec Ihépatisation sous beaucoup de rapports.

J'ai encore vu dans le foie ^ dans la raie, des lésions semblables aux masses tuberculeuses des ganglions lymphatiques et des poumons. J ai rencontré notamment ces lésions dans un ânon de six mois qui est mort au boutde quatre jours, des suites d une inoculation. Je rapporterai plus tard ce fait intéressant.

Dans les lesticules et les enveloppes testiculaires ces producûons se rencontrent aussi; elles sont le plus souvent accompagnées de lésions variées que

l'on trouve autour des cordes dites rareîa«uses, soit à l'état aigu, soit à l état chronique. Lorsque les enveloppes testiculaires sont principalement malades , le testicule s'atrophie. Le plus souvent , dans ce cas, les deux lames de la gaine vaginale adhèrent entr'elles dans une plus ou moins grande étendue.

Les lésions farcineuses de la peau sont très remarquables; elles ont beaucoup d'analogie avec plusieurs lésions de la membrane muqueuse nasale : ainsi ce sont de petites tumeurs plus ou moins saillantes selon leur volume et leur siège. Elles sont en général d'autant moins volumineuses qu'elles affectent des régions où la peau a le moins d'épaisseur , comme les lèvres , le tour des naseaux , la face interne des cuisses, etc. Elles sont aussi plus multinliées sur une étendue déterminée, que partout ailleurs. Ces tumeurs, ces boutons se développent avec plus ou moins de rapidité ; elles ont absolument la même disposition anatomique que celles qui sont dans le tissu cellulaire sous-cutané, la même disposition que les élevures arrondies de la muqueuse nasale, c'est-à-dire que tantôt elles restent dures pendant plusieurs jours, d'autres fois elles sont molles dés leur apparition. Quand elles sont dures , elles se ramollissent au centre d'abord, puis renferment un liquide extrêmement variable dans sa nature, comme celui des boutons plus profondément situés. Je suis déjà

entré dans quelques détails à ce sujet ; je ne les répéterai pas ici. Puis elles s'ulcèrent et sont remplacées par des ulcérations qui ne tendent point à une cicatrisation prompte. Ily a même de ces ulcérations farcineuses qui persistent très long-temps, qui sVgrandissent de plus en plus. Celles-ci se présentent sous deux aspects assez généralement bien caractérisés : sur les parties où la peau est mince, autour des lèvres , autour de la vulve , du périnée , les bords des ulcérations sont taillés à pic, sont rongés, le fond est inégal. Sur les membres et sur diverses régions du corps où la peau est épaisse, les bords des ulcères sont quelquefois renversés, sont mous, livides^ saignent facilement j le fond est aussi formé d'un tissu mou , doux au toucher. Cet état^ qui a reçu le nam vulgaire de farcin cul de poule , est toujours consécutif ; il ne s'observe qu'après une durée plus ou moins longue de l'ulcération ; car dans l'origine tous les ulcères farcineux ont le même aspect ; ils ne varient que de profondeur , leurs bords sont toujours comme s'ils avaient été rongés. Ils sécrètent tous un liquide sanieux , non lié.

Ces ulcères ne sont pas seulement la suite du ramollissement et de la destruction des tumeurs farcineuses cutanées ; ils surviennent aussi après de pareilles altérations des tumeurs farcineuses souscutanées ou même plus profondément situées ; ils a})paraisspnt en un mot toutes les fois que les ab-

ces farcineux viennent s'ouvrir à l'extérieur, après avoir détruit la peau.

La peau est encore lésée d'une autre manière dans certaine nuance de larcin. De petites saillies aplaties, ordinairement circulaires, sont annoncées par un changement dans la nuance et dans la disposition des poils qui deviennent ternes et hérissés. La peau est moins souple, se durcit même fortement, se desséche et tombe par plaques dont l'étendue est en rapport avec celle de la saillie première. Au dessous de ces plaques se trouvent des ulcérations à bords taillés à pic. Ces ulcérations sécrètent très-peu de liquide purulent ; elles se sèchent promptement.

Enfin on observe encore sur la peau de certains chevaux farcineux de véritables bulles qui accompagnent les boutons cutanés. On a vu de ces bulles sur des chevaux auxquels on avait inoculé le farci n chronique.

Jusqu'à présent personne n'a signalé de lésions visibles ;, dans le système nerveux.

Telles sont les lésions principales que l'on rencontre dans les chevaux morveux et farcineux.

Rien n'est moins constant que la succession des lésions morveuses et farcineuses. Tantôt il arrive que celles qui constituent l'état aigu précèdent celles qui caractérisent la forme chronique et vice' versa. Dans ces deux principales nuances, il y a aussi des variations infinies dans les symptômes.

Ainsi le jetage qui précède ordinairement, les autres symplômes^ comme le gonflement des ganglions , les élevures nasales, les ulcères, est quelquefois consécutif aux ulcères et au gonflement des ganglions sous-linguaux , etc. , etc. — La durée respective de ces symptômes est on ne peut plus inconstante ; c'est au point que je ne me hasarderai pas à la fixer pour la nuance dite chronique ^ dont un des caractères est de pouvoir exister pendant long-temps sans causer la mort.

J'observerai , à l'occasion de cette expression chronique, qu'il ne faut pas toujours entendre par niorçe chronique une maladie qui dure depuis long-temps ; car la morve peut offrir ce caractère dès son début. Je ferai la même remarque pour le farcin dit chronique.

Dans la morve et le farcin aigus, la durée de la maladie dépasse rarement quinze jours ou trois semaines.

Page 1