‹ Des diverses espèces de morve et de farcin considérées comme des formes variées d'une même affection générale contagieuse (volume 2)Chapitre 8 sur 8 · ÉNORME · texte numérisé non relu

ÉNORME

J'en ai fini sur cette première partie de la discussion, de laquelle, si je l'ai bien exposée, il me paraît ressortir que l'identité des différentes manifestations Je l'affection morveuse est passée à l'état de fait acquis dans la médecine vétérinaire: qu'elle avait été constatée et démontrée par nous bien avant que les médecins de l'homme se préoccupassent de la morve ; que, dès lors, c'est très inutilement que, pour chercher à l'établir, M. Guérin a « soulevé cette question de doc- » trine ». Je passe à un autre point.

Relativement au siège des altérations caractéristiques de Ig. morve, M. Guérin, dans son deuxième discours, a mis encore les vétérinaires à la remorque de la médecine humaine. D'après lui, ce ne serait que depuis les travaux de M. Rayer, que dans cette maladie on aurait découvert et signalé des

altérations au delà des cavités nasales, par exemple, dans le larynx, la glotte, rêpiijlotte, la trachée^ les bronches, les poumons. « Jusque-là, on avait considéré la morve comme ayant son siège immédiat dans les cavités nasales (1). w

Or, en répondant une première fois à notre collègue, j'ai mis sousjes yeux de l'Académie des textes témoignant avec la dernière évidence que, non-seulement dans ces divers organes, mais dans d'autres encore, hippiatres et vétérinaires avaient observé et fait connaître, bien avant cette époque, les altérations (abcès ou chancres) propres à l'affection morveuse. J'ai démontré qu'on trouvait dans les plus vieux auteurs grecs l'indication d'une movva articuhm^e, d'une movs^, entre cuir et chair; ce qui implique, ce me semble, la connaissance de ces altérations qui ont été si souvent constatées depuis par les vétérinaires, dans les articulations et dans le tissu cellulaire sous-cutané. J'ai cité des passages de Garsault qui écrivait en 1755, où sont signalés, on ne peut plus clairement, les abcès mQYwenx pubnonaires qui ont été notés ensuite par Delabère-Blaine, par exemple, en iSO^ {Notions fondamentales de l'art vétérinaire) ; par notre ancien collègue Dupuy, en 1815, dans son Traité de ï affection tuberculeuse {morve de Dupuy) ; par Hamont, notre ancien correspondant, dans le Journal pratique de inédecine vétérinaire, en 1827. J'aurais pu vous parler également deLafosse fils, appelant en ces termes l'attention sur les abcès musculaires: « L'ouverture de plusieurs » chevaux farcineux m'a fait voir des abcès dans les cuisses, » dans les muscles fessiers et psoas ». Et ailleurs : « Que de fois, en ouvrant des cadavres, n'a-t-on pas vu des abcès placés dans le corps des muscles? » {Cours complet d'hipplatrique. Paris, 1772, pages 272 et 273.) Je vous ai lu en outre les passages de l'ouvrage de Dupuy, où il est question des altérations du larynx, de la trachée, des testicules qI de leurs enveloppes.

De tout quoi il est résulté pour vous, j'ose le croire, que si, comme c'est incontestable, la connaissance de ces diverses

(1) BulleUn de l'Académie, t. XXVI, n» du 31 juillet, p. 936.

altérations et de leurs sièges multiples, a été un progrès dan l'histoire de la morve, c est encore aux vétérinaires seuls que la science en est redevable.

Arrivons à d'autres considérations.

C'était assurément une question intéressante que celle de savoir si la morve est une maladie locale ou générale.

En vétérinaire, il y avait eu deux opinions :

L'une, abandonnée aujourd'hui, qui fut développée et soutenue avec un grand talent par les Lafosse père et fils, vers le milieu du dernier siècle, et qui fut reprise plus tard par quelques vétérinaires,?, l'époque où régnait en médecine la doctrine d\{Q physiologique. Gelle-ià considérait la morve comme une affection locale des cavités nasales, qui ne se généralisait qu'à sa période ultime.

L'autre, de beaucoup plus ancienne, plus généralement professée, et qui, depuis bien des années, est celle de tous ou à peu près tous les vétérinaires, regarde la morve comme une maladie générale. De ces deux opinions, quelle est la mieux fondée ?

M. Guérin a paru se ranger à la première; c'est, du moins, ce qui m'a semblé résulter de sa théorie sur la généralisation de IsLinorve nasale. Voici, en effet, comment il s'est exprimé dans son premier discours (1) :

« Il est incontestable que la matière du jeîage, par son sé- » jour prolongé dans les fosses nasales, sous l'influence de la » chaleur et d\m air non renouvelé^ peut se putréfier et don- » ner lieu, par sa résorption, à des accidents généraux analo- )) gués à ceux d'une résorption purulente. Ajoutons que, » dansl'actede la respiration, l'air qui pénètre incessamment )> sur le foyer d'infection, sert de véhicule au poison qui pé- » nètre ainsi dans le sang et dans tout rorganisme. C'est ainsi » que l'on peut concevoir la généralisation du mal par com- )) paraison avec ce qui se passe dans l'évolution de la syphilis » chez l'homme; ulcération chancreuse d'abord, sécrétion du

(1) Bulletin de l'Académie, t. XXYI, n" du î5 juillet, p. 881

» pus chancreux, résorption cl engorgement des ganglions ; » PUIS contamination de toute l'économie. «

L'idée est bien claire. La morve consisterait d'abord en des phénoQiènes morbides locaux : c'est-à-dire qu'elle serait pririiitiveiuent une inaladie/om/e; ce n'est que plus tard, par suite de l'absorption qui se fait du produit de la maladie locale, que celle-ci ait débuté dans le nez, dans le poumon ou ailleurs, que le mal se généraliserait. M. Guérin, d'ailleurs, en admettant, dans ses divisions de la morve, une morve générale, n'a t-il pas admis, implicitement, une morve locale ?

J ai dû, dès lors, discuter le fondement de cette opinion, et, en même temps, examiner la valeur des deux modes de généralisation imaginés par notre collègue.

Pour montrer le peu de fondement de l'idée d'une maladie locale., rappelant ce qu'avait déjà fait connaître M. Bouley, et anticipant sur ce que j'avais à dire à mon tour sur l'étiologie, j'ai d'abord exprimé qu'il était difficile de concevoir une maladie n'aft'ectant essentiellement qu'un point, qu'une région circonscrite du corps, alors que (comme c'est l'opinion des vétérinaires), quand elle apparaît en dehors de toute contagion, elle ne naît que sous l'influence -de causes générales exerçant évidcmn ent leur action sur l'économie tout entière etlamodifiantprofondément. Anticipant encore sur le diagnostic, j'ai dit qu'une maladie, (jui ne serait que locale, ne pouvait pas avoir pour prodromes une modification, une altération aussi évidente de la santé générale, que celle qui précède de plusieurs semaines, quelquef()is de plusieurs mois, l'apparition, soit dans les cavités nasales, soit sur l'appareil testiculaire, soit dans les poumons, soit à la peau, des lésions qui caractérisent la morve. Mais surtout j'ai fait ce raisonnement : « Pour admettre que la morve est une maladie localisée » d'abord, ai-jedit, qui ne se généraliserait que parce que » les lésions locales constitueraient un foyer où l'absorption » puiserait les principes d'infection que la circulation porte- » rait ensuite sur d'autres points de l'économie, il faudrait » supposer qu'elle n'existe qu'à partir du moment où se ma-

» nifestent les lésions anatomiques la caractérisant matériel- » lement à nos yeux, et que, au moment où ces lésions appa- » raissenl, l'état général est sain. Eh bien, je ne crois pas » que dans la morve il en soit ainsi. Depuis le moment où » elle commence à se traduire et s'accuse sur la muqueuse w nasale ou sur la peau, par les pustules ou les ulcérations » qui lui sont propres, jusqu'à celui où elle a tué l'animal (je » parle de la morm aiguë, parce que les phases de son évolu- » lion sont plus tranchées), l'élément morbide générateur du » mal, l'infection, est partout, notamment dans les liquides » circulatoires. Une fois, en effet, la morvedéclarée au nez ou » ailleurs, tirez du sang d'une artère, d'une veine, ou d'une » simple piqûre , ou bien exprimez-le d'un peu de sub- » stance musculaire; inoculez-le à un cheval sain, si bien » portant soit-il ; et, neuf fois sur dix, si non dix fois, vous » communiquerez la morve à ce dernier. » Ce que j'ai justifié, en rappelant l'expérience faite par Coîeman, en 1803, et répétée par moi à Alfort un grand nombre de fois, avec des résultats toujours confirmatifs.

D'où j'ai conclu que M. Guérin avait tort de voir dans la morve une maladie localisée d'abord, ne se généralisant que postérieurement; et que c'est le contraire qui est ia vérité. En effet, non-seulement j'ai prouvé, par ces expériences, que l'aff'ection est générale quand les lésions locales se manifestent ; mais j'ai démontré, en rappelant d'autres expériences déjà anciennes faites par moi à Alfort, et dont le résultat a été consigné dans nos recueils, que, même dès avant la moindre manifestation locale, le sang (et par lui l'économie tout entière) était déjà infecté chez l'animal qui avait subi l'action de la cause la plus active et la plus efficace de la morve, l'inoculation virulente. J'ai dit avoir plusieurs fois tiré du sang des. veines de chevaux inoculés avec de la matière du jetage delà morve aiguë, vingt-quatre ou trente heures après l'inoculation, avant qu'aucun symptôme saisissable, local ou général, permît de préjuger du résultat de l'inoculation ; et, chaque fois, avoir produit la morve par cette inoculation.

Ainsi, il me paraît incontestable, et je maintiens que la morve, h toutes ses phases, est une maladie générale; et que les lésions qui se montrent dans telle ou telle région du corps, sur tel ou tel organe profond ou extérieur, ne sont que des expressions locales d'une maladie ou infection générale concomitante et préexistante, qui constitue conséquemment la maladie primordiale et essentielle.

Mais M. Guérin n'a pas admis que les expériences dont Je viens de parler prouvassent le moins du monde quela maladie fut générale alors qu'elle ne s'accuse pas encore par des manifestations locales. Suivant lui, l'efficacilé de l'inoculation par le sang prouve seulement que le virus était dans le liquide; « mais il n'y était que comme dans un véhicule ; il n'y était pas encore combiné ; il ne l'avait pas encore altéré : celui-ci n'était donc pas encore malade. »

« II n'y a maladie, d'après M. Guérin, que quand, par suite de la combinaison du virus avec le sang, une réaction est provoquée, qui, seule, constitue le travail morbide, la maladie véritable. — Ne voit-on pas tous les jours des individus, vivant dans des milieux infectants, absorber les miasmes au milieu desquels ils sont plongés, ce dont témoignent les exhalations dont la peau et les membranes muqueuses sont le siège, sans que leur santé en soit troublée? C'est que, chez eux, les principes morbides absorbés ont passé dans le sang sans s'y combiner^ sans l'altérer. S'il n'en était pas ainsi, tous les individus vivant dans un foyer infectant seraient malades; aucun cheval n'échapperait à la morve dans une écurie où la morve sévirait. »

Voilà substantiellement le raisonnement de notre collègue. Que prouve-t-il contre mes expériences? Rien, à mon sens. D'abord, M. Guérin repousse un résultat matériel, un fait, par une hypothèse, celle du sang non allié, non combiné au virus, auquel il ne servirait que de véhicule. Ensuite, il compare l'inoculation directe d'une matière éminemment virulente et constamment infectante par cette voie, avec l'absorption plus ou moins problématique, par !a peau et les voies respiratoires, d'un air dans lequel se trouvent étendus

en très incertaines proportions des miasmes dont Faction est singulièrement affaiblie par la masse d'air dans laquelle ils sont répandus, ce que prouve, du reste, le nombre considérable d'individus qui échappent à leur action morbifique : tandis que, comme je !e disais tout à l'heure, sur dix chevaux inoculés de la morve aiguë, neuf au moins contractent la morve et en meurent. J'ajoute que, précisément, tous les chevaux, dans les conditions que j'ai dites, qui m'ont fourni lesang que j'ai inoculé, ont présenté, le lendemain ou le surlendemain, les symptômes de la morve. L'altération spécifique de leur sang n'était donc pas contestable.

Et puis, que devient l'hypothèse de M. Guérin, s'il est vrai, comme l'a dit, dans une des dernières séances, notre collègue M. Robin, si compétent en pareille matière, que « les virus » ne sont qu'une altération des éléments anatomiques des hu- » meurs, et sont, conséquemment, inséparables de la substance » qui les porte » ?

J'ai maintenant a revenir, pour en avoir fini avec cette question de l'inoculation, sur les deux explications qu'adonnées M. Guérin, parce qu'il les a maintenues, l'une d'elles du moins (il a un peu modifié l'autre) jusqu'à la fin de la discussion.

Suivant lui, « il est incontestable que la matière du jetage, » par son séjour dans les fosses nasales, peut se putréfier^ et » donner lieu, par sa résorption, à des accidents généraux » analogues à ceux d'une résorption jmrulente ; et c'est ainsi » qu'on peut concevoir la généralisation du mal. »

Eh bien, non-seulement je conteste cette proposition, mais j'affirme qu'elle est absolument contraire à tout ce qu'apprend l'observation la plus élémentaire. Jamais dans la morve des solipèdes, même confirmée^ à plus forte raison dans les cas dont parle ici M. Guérin, où il n'y a encore que jetage et glandage commençants, jamais, je le répète, la matière du jetage ne se putréfie dans les cavités nasales; et, je ferai remarquer qu'en admettant même qu'elle s'y putréfiât, ce ne serait pas la morve qui résulterait de son absorption, ce ne seraient pas même « des accidents généraux analogues à ceux

» d'une résorption purulente; » ce seraient ceux d'une infection putride dont les symptômes ne ressemblent guère à ceux delà morve, et que, d'ailleurs, je ne sache pas que personne ait signalée comme maladie ayant compliqué la morve.

J'ai lieu de croire quant à cette putréfaction de la matière de jetage, qu'elle n'existe pas davantage chez l'homme, puisque, parmi les considérations diagnostiques développées par M. Bourdon dans l'observation qui t'ait l'objet du rapport de ftJ. Bouley, V absence d^odeur dans le jetage est présenté comme un des caractères impliquant chez Bardin la réalité de la morve.

L'autre théorie de M. Guérin (étant admis par lui que la morve peut avoir son siège initial, être localisée d'abord, soit dans les cavités nasales, soit dans les poumons) consiste à expliquer la généralisation, dans le premier cas, par l'air que l'animal inspire; dans le second, par celui qu"il expire. Dans ce système, quand c'est dans les cavités nasales que la morve a son siège initial, l'air inspiré, en traversant ces cavités, s'imprégnerait des miasmes qu'y dégage la matière du jetage, les transporterait ainsi dans les parties plus profondes du tube respiratoire, et y ferait développer des chancres ou des abcès, eu les infectant par son contact. Le même effet se produirait par Tair expiré, sur les parties supérieures de la muqueuse respiratoire, dans les cavités nasales conséquemment, quand ce serait dans les poumons, les bronches, ou la trachée, que les premières altérations morveuses auraient apparu d'abord.

Deux objections ont été faites à cette hypothèse. On a dit à M. Guérin, et c'est M. Bouley qui a fait cette remarque, que, si cette théorie était vraie, on ne s'expliquerait pas, ce qui est la règle, qu'il y ait des morves avec des masses innombrables d'abcès dans les poumons, et peu ou pas de pustules ou de chancres dans les cavités nasales ; pas plus qu'on ne comprendrait qu'on ne trouve souvent aucune altération dans les poumons, alors que la muqueuse nasale est en grande partie détruite par les chancres qui la recouvrent. On ne se rendrait pas bien compte non plus, comment, quand c'est à la peau,

comme dans le farcin, que les premières altérations se montrent, le germe de ces altérations peut parvenir, par l'air dans les poumons, la rate, les testicules, et y faire naître les abcès qui s'y montrent sur un si grand nombre de chevaux farcineux.

J'avais, de mon côté, opposé à celte théorie une expérience qui me paraissait concluante contre les propriétés contagifères de l'air expire par des chevaux morveux. Cette expérience, je le rappelle, consiste à faire inspirer directement par un cheval sain, pendant sept à huit heures, l'air expiré par un cheval affecté, non pas simplement de jetage et de glandage commençants, mais bien de morve suraigue, avec jetage jaune et sanguinolent, et des masses d'ulcérations sur la pituitaire : expérience qui, répétée sur sept chevaux sains, à différentes époques, n'avait absolument rien produit sur eux, bien qu'on les eût gardés et observés pendant plus d'un mois après l'expérience.

Qu'a répondu M. Guérin ? Aux premières objections, rien. Quant à mes expériences, elles'n'ont, dit-il, aucune valeur ou signification quelconque à ses yeux. Les conclusions que j'avais cru pouvoir en tirer « pèchent à la fois contre la logique et » contre l'évidence ». Contre la logique, en ce sens qu'elles prouvent, non pas que l'air, dans ces conditions, ne suffit pas pour infecter, ce que je semble croire ; mais tout simplement que les chevaux sains à qui j'ai fait inspirer Fair expiré par les chevaux morveux, nétaient pas aptes à contracter la morve.

Je n'ai pas bien compris pourquoi elles péchaient contre l'évidence.

Que si je n'avais invoqué qu'une ou même deux expériences; que si l'inspiration de Tair infecté n'avait duré qu'un quart d'heure, une demi-heure, ou même une heure; que s'il s'était agi de la morve chronique, dont les propriétés contagieuses sont, au moins, si différentes de celles de la morve aiguë, on pourrait comprendre, à la rigueur, le refus de M. Guérin d'admettre la signification que je crois pouvoir leur donner. Mais il y en a sept ; mais chacune a duré sept à huit heures; mais

il s'agissait de la forme de morve la plus énergiquement contagieuse ; mais elles ont eu toutes le même résultat négatif. Ne serait-il pas étrange qu'alors que si peu de chevaux échappent à la contagion de cette eflrayanle maladie, le hasard m'eût fait tomber précisément sur sept animaux jouissant d'une aussi puissante immnnité; alors surtout que les seuls chevaux qu'on puisse, à raison de leur peu de valeur, soumettre à ces sortes d'expériences, sont toujours des animaux dans un état d'affaiblissement et de constitution qui les dispose, au contraire, à subir très facilement l'influence des principes virulents les moins actifs ? Je dois ajouter que, afin de ne laisser aucun doute sur la virulence de la morve des chevaux qui me fournissaient l'air expiré, j'avais toujours eu le soin, avant chaque expérience, à^inoculer à un cheval sain quelques gouttes de la matière de leur jetage ; et que les sept chevaux qui ont été ainsi inoculés omtous contracté la morve aiguë, comme il arrive toujours^ du reste, à la suite de ces sortes d'inoculations. Le hasard aurait donc tellement arrangé les choses que, pour mes expériences d'inspiration d'air, je serais tombé sur sept chevaux n'ayant pas d'aptitude à contracter la morve aiguë; et que, pour mes expériences de contrôle par l'inoculation, j'aurais eu comme sujets des animaux ayant tous cette aptitude.

Est-ce sérieux tout cela (1) ?

Je maintiens donc que la inorve, qu'elle soit spontanée ou comiimniquée, est toujours une maladie générale^ même à son début; et j'ajoute que cette opinion, qui y existe depuis long-

(1) Je dois dire, pour être juste, et je tiens à l'être, que la discussion a, depuis, modifié l'absolu des premières opinions de M. Guérin. Ainsi, dans son troisième discours, en ce qui concerne la localisaiion de la morve, il n'a plus admis cette localisation comme possible que dans la morve communiquée ; « considérant la morve spontanée comme toujours et inévitablement » générale et constitutionnelle dès son début. » Je crois avoir dém.ontré dans mes expériences sur la rapidité d'absorption des virus que, même pour la morve inoculée, les phénomènes d'infection générale précèdent toujours les manifestations locales, qui souvent ne se montrent pas, même

temps, est aujourd'hui généralement acceptée et enseignée en vétérinaire.

Ce que je viens de dire à propos de la morve en tant que maladie générale, m'amène naturellement à examiner devant vous le singulier reproche que nous a fait M. Bouillaud, de ne nous être pas suffisamment expliqué, de n'avoir en quelque sorte pas traité, dans cette discussion, du sang examiné comme siège ûq Tait é?^at ion essentielle et primordiale^ suivant LUI, de l'affection morveuse.

Evidemment, notre collègue n'a pas entendu, quand j'en ai parlé à cette tribune, il n'a pas lu, dans votre Bulletin^ les développements assez étendus dans lesquels je suis entré précisément sur cette question qui, contrairement à ce qu'il paraît croire, a fait l'objet d'études sérieuses et de recherches intéressantes de la part des vétérinaires. Qu'il me permette donc de lui rappeler :

Que cette idée de Valtération du sang, comme lésion primordiale dans la morve, l'une des plus anciennes qui aient été conçues et émises par les hippiatres, a été formulée en ces termes par Garsault, en 1755 : « La morve est engendrée par » une humeur acre que le sang traiisporte et dégorge dans les » glandes ; quelquefois le sang s'en débarrasse dans les pouw mons où il forme de petits abcès. Puis le pus de ces tumeurs, » repompé pr/r le sang, contribue à le gâter davantage. Le sang » est ainsi une espèce de poison qui mine l'animal et le con- » duit à la phlhisie; » et que, depuis, elle avait des racines tellement profondes dans noire science vétérinaire, qu'elle a traversé sans ébranlement sérieux l'époque broussaisienne pendant laquelle Thumorisme, en médecine humaine, avait compté tant de transfuges.

Qu'il me permette de lui rappeler ce que j'ai dit dans mon

sur la piqûre de l'inoculation. M. Guérin aurait donc pu faire retraite complète.

Et, dans son quatrième discours, en ce qui concerne i'air inspiré chargé de miasmes niorveux, il ne le considère plus comme cause de la généralisation de la maladie, mais comme une cause de son aggravation.

premier discours : que les vétérinaires ne se sont pas contentés de concevoir et d'écrire que, dans la morve, le sang était altéré ; qu'ils ont, en outre, dès le commencement de ce siècle, constaté que cette altération était spécifique et virulente, comme il résulte de i'expérii nce de Coleman, que je citais, il n'y a qu'un instant, expérience que j'ai répétée un grand nombre de fois à Alforl, et qui a toujours mis en évidence cette altération et sa spécificité. J'ajouterai que j'ai essayé d'aller plus loin. J'ai cherché s'il serait possible de constater, par l'analyse chimique ou microscopique, de trouver dans des modifications particulières et constantes de proportion ou de forme, dans la masse ou les éléments du sang, les caractères de cette altération. Dans ce but, j'ai plusieurs fois prié Lassaigne, alors professeur de chimie à Alfort, de soumettre à l'analyse du sang que je puisais sur des chevaux affectés de la morve aiguë ou chronique parvenue à des périodes plus ou moins avancées : j'ai fait examiner au microscope, par M. Gruby, d'abord, puis par notre si habile collègue M. Robin, du sang extrait d'animaux dans les mêmes conditions ; et, ni Lassaigne, ni Ml\l. Robin et Gruby, n'ont pu découvrir quoi que ce soit qui constituât, dans Tensemble ou les éléments de ce liquide, une altération de composition ou de forme pouvant caractériser cette affection.

Que pouvions-nous faire de plus? Et que M. Rouillaud veuille bien nous dire s'il est beaucoup de maladies spécifiques et contagieuses de l'homme, même parmi celles qui ont été le plus et le mieux étudiées, dans lesquelles on soit plus, on soit aussi avancé que nous le sommes en ce qui concerne la morve, sur les altérations et les propriétés du sang !

J'arrive à la question d'étioloyie, sur laquelle nous nous somines trouvés en si complète opposition de doctrine avec i\I. Guérin, et surtout avec iM. Rouillaud qui lui a prêté son puissant concours dans cette partie du débat, très digne assurément du plus grand intérêt. Laissez-moi remettre sommairement sous vos yeux les éléments les plus saillants de la discussion qui s'est élevée à ce sujet.

Convaincus, comme ils le sont, que la morve est, dans îa généralité des cas, une îîialadie incurable, les vétérinaires ont dû, surtout, chercher à en prévenir le développement ; ce qui les a conduits à l'étude des causes. Or, dans ces recherches, ils ont tous été frappés de ce fait : que, chaque fois que des chevaux, bien que convenablement nourris et logés, étaient soumis, pendant un certain temps, à des travaux excessifs continus, la morve, sous telle ou telle de ses formes, ne tardait pas à se déclarer parmi eux et y sévissait, quoi qu'on pût faire pour la combattre ou l'arrêter, tant qu'on exigeait d'eux cet excès de travail ; que si, dans un but prophylactique, on arrivait à alléger le travail, en le proportionnant à la force des animaux, les ravages de la morve s'arrêtaient, elle diminuait progressivement, et iinissait par disparaître. - Ainsi en était-il, dans les établissements de chevaux oii, bien que le travail ne fut pas exagéré, Talimentation, par sa quantité insuffisante ou sa mauvaise qualité, affaiblissait les animaux et ne leur permettait pas d'y suilire sans s'épuiser. —Ainsi, quand, par force majeure ou une hygiène mal entendue, les chevaux étaient, soit entassés dans des écuries trop éîroites, insuffisamment aérées ou éclairées, soit exposés à de continuels arrêts de transpirations, etc. — Ils avaient également remarqué que sur un grand nombre de chevaux de constitution débile, ou antérieureuient affaiblis par les maladies, la fatigue ou les privations, les suppurations extérieures ou les aiïections catarrhales, en se prolongeant, aboutissaient souvent au farcin ou a la morve proprement dite; et ils en avaient conclu, assez logiquement, ce semble, que ces circonstances devaient être considérées comme des causes de morve, quand cette maladie, qui est virulente, n'était pas le résultat d'une contagion. La dilïérence dans la nature de ces causes, en présence de la même maladie qu'ils leur attribuaient, ne leur avait pas paru être une raison contre cette conclusion ; attendu qu'il était admis par eux que la morve consistait, essentiellement et primordialement, en une altération du sang; et que, physiologiquement, il était évident que chacune de ces causes, si différentes en elles-

mêmes, avait pour effet une modification pathologique de ce liquide.

Nous n'avons donc pas cru commettre une hérésie médicale, en venant ici vous signaler ces diverses circonstances, comme étant, avec la contagion, les causes ordinaires de la morve.

M. Guérin, d'abord, et après lui M. Bouillaud, sont venus combattre et repousser ces idées comme inconciliables avec les principes généralement admis de l'étiologie.

« La cause essentielle d'une maladie, vous a dit M. Guérin, » c'est sa semence, c'est sa force virtuelle, c'est sa raison » d'être; c'est la maladie elle-même, en germe et en idée. C'est » là la vraie, la seule cause. Les autres, telles que celles dont » vous nous parlez, ne sont que des circonstances et conditions » capables de modifier, d'accélérer ou de retarder l'action de » la vraie cause ; ce ne sont, si l'on veut, que des causes iny> tercurr entes, occasionnelles, accessoires. »

M. Bouillaud, non plus, ne peut pas admettre «que des » causes nombreuses, d'espèces différentes, produisent, en- » gendrent un effet toujours le même et de la même espèce. » Pour lui, la « cause unique de la morve, c'est le virus morveux ; » et la contagion est la voie par laquelle il exerce sa fatale » activité. »

«Quel est ce virus? En quoi consiste-t-il? M.Bouillaud avoue ne pas le savoir. Il ne sait pas davantage comment il se forme, ni pourquoi la morve se développe si souvent sur le cheval et jamais sur l'homme, en dehors de cette action virulente. Pour lui, maladie conlagicuseet spécifique, comme la syphilis, comme la variole, comme la rage, la morve ne peut, comme elles, avoir qu'une cause spécifique toujours la même.

» La morve du cheval, dit-il, est identique avec la morve de l'homme. Or, cette dernière ayant pour cause unique le virus morveux, nécessairement il est impossible que celle du cheval puisse avoir une au Ire cause. Il sait bien, et il reconnaît, qu'il y a, dans le cheval une morve qui naît spontanément, sans contact préalable avec des animaux morveux. Mais

comment se produit la morve sur eux? Il l'ignore, comme il ignore comment se développe la rage spontanée. Néanmoins, il ne peut comprendre, et, dès lors, il n'admet pas qu'il y ait une morve produite par d'autres causes que le virus morveux. La morve non communiquée est une hypothèse dont ne rendent nullement compte les causes citées par les vétérinaires. « L'idée dune maladie virulente et contagieuse, et l'idée de » sa genèse par des causes ordinaires, sont évidemment des » idées contradictoires. »

En résumé, toute l'argumentation de M. Bouillaud, que je viens d'essayer de condenser dans les quelques propositions qui précèdent, peut se formuler ainsi : « Les maladies contagieuses spécifiques sont toutes produites par un virus spécifique ; or, la morve est une maladie contagieuse et spécifique ; donc, elle ne peut être engendrée que par un virus spécifique. »

Mais ce raisonnement est-iî aussi juste que le croit notre savant collègue? Pour qu'il eût la portée rigoureuse qu'il lui suppose, il faudrait qu'il fût démontré qu'aucune maladie contagieuse spécifique n'a d'autre cause possible que le virus qui lui est propre, et ne peut naître d'aucune autre cause. Or, M. Bouillaud s'est posé à lui-même une objection qu'il n'a pas résolue, en reconnaissant, ce qui est vrai, que tarage naît quelquefois spontanément, et en se demandant comment, dans ces cas, elle était produite. Je lui en ferai, à mon tour, une autre bien plus grave, et que voici :

Certes, le charbon est une maladie virulente spécifique des mieux caractérisées. Eh bien! cette désastreuse maladie, qui n'est que trop fréquente, naît, je ne dirai pas quelquefois, comme je l'ai ditpourla rage, maisTuÈssouvENT, leplus souvent, spontanément. Et j'ajouterai de suite, dussé-je révolter le puritanisme étiologique de notre collègue, que le charbon, lui aussi, maladie spécifique contagieuse se reproduisant toujours par l'inoculation semblable à elle-même, naît, quand il est spontané, de l'aclion de causes assurément très difierentes entre elles : ainsi, dans certaines contrées, il se développe surles bêtes bovines qui vivent sur les terrains m.arécogeux h demi des-

séchés par les grandes chaleurs de l'été, comme ou l'a vu loDgtemps dans la Charente-Inférieure, avant l'assainissement de ces contrées ; comme on le voit encore dans certaines parties du Nivernais, boisées et marécageuses, où, à côlé (ies animaux qui meurent de la fièvre charbonneuse, on voit la plupart des habitants en proie aux fièvres intermittentes ies plus graves : dans d'autres pays, connue dans les plaines s«?2s ombrage et sans eau de la Beauce, c'est sous l'influence de la sécheresse et des grandes chaleurs de l'été, que cette maladie envahit lestroupeaux et leur faitéprouverde si grandes pertes: et, enfin, le temps n'est pas encore bien loin de nous, où l'on voyait si souvent le charbon frapper et tuer, sur les routes ou à leur arrivée aux marchés de Sceaux ou de Poissy, les bœufs qu'épuisaient les longs et rapides parcours qu'il leur fallait faire à uiarches souvent forcées, pour arriver le plus vite possible à ces centres d'approvisionnement. Sur ceux-là, c'était l'excès de fatigue occasionné à des animaux gras, par ces longues marches sans repos, qui faisait naître cette affection. Il n'y avait pas le moindre doute à cet égard. Ce qui le prouve mieux encore, c'est que, depuis (ju'ils sont transportés des pays d'engraissement à Paris par les chemins de fer, on n'en perd plus du charbon.

N'en pourrais-je pas dire autant du typhus contagieux des bêtes bovines, qui, s'il étend ses ravages par une contagion des plus actives une fois qu'il est développé, n'est pas moins produit originairement par k's fatigues extrêmes et les privations de toute sorte auxquelles sont souiuis les bœufs des steppes russes faisant partie des grands convois qui suivent les armées ?

L'argument de M. Bouillaud pèche donc fondamentalement, puisqu'il pèche par son point de départ.

Je ne trouve pas plus juste, au fond, cet autre raisonnement consistant à inférer, de ce que la morve du cheval est une maladie identique aveclamorve de l'homme, que, comme cette dernière, elle ne peut naître que d'une môme cause, le vii us morveux : car, n'est-il pas de toute évidence que l'organisme de l'homme, qui ne peut engendrer la morve, ne sau-

rait être comparé à celui du cheval qu'on sait être apte à Fengendrer de toute? pièces?

En définitive, M. Bouillaud, pas plus que M. Guérin, n'arrive 'à démontrer, autrement que par induction (et je viens de dire combien peu cette induction est rigoureuse), ni la réalité ni les conditions de production de ce principe qu'ils appellent la seule cause de la morve. 11 faut y croire, comme on croit à un article de foi.

Ce n'est pas que M. Guérin, qui ne conteste pas la morve spontanée, et qui admet, conséquemmeut, que le virus qui la produit se forme de toutes pièces^ n'ait entrepris de donner l'explication de cette formation. Mais je confesse n'avoir rien compris à cette explication que, pour ne pas l'affaiblir en en changeant les termes, je crois bon de rappeler ici textuellement à l'Académie :

« Dans la morve spontanée, il est évident que la morve M s'est développée de toutes pièces au sein de l'organisme. » Mais il faut remarquer et considérer ici toute la succession » des faits. Il faut considérer, dans l'évolution de îa morve, » les faits antérieurs à la maladie, les faits contemporains » de la maladie proprement dite, et les faits postérieurs ou » consécutifs. Lorsque la morve n'est pas encore engendrée, » elle ne produit pas encore les symptômes qui la caractéri- » sent (je le crois bien, puisqu'elle n'existe pas), elle n'existe » encore qu'à l'état d'incubation (quand elle n'est par engen- » drée, elle ne peut exister ni à l'état d'incubation, ni autre- >j ment). Les circonstances qui doivent favoriser ou produire » son éclosion, ne sont que les causes éloignées de la mala- » die; mais la vraie cause, la seule à laquelle la science » positive doive avoir égard, la cause prochaine de la morve, » c'est ce contagium, ce ferment, cet état des humeurs qui » engendre et explique les caractères propres et exclusive- )) ment propres à cette maladie. »

Cette explication, qui a semblé suffisante à M. Guérin pour nous mettre d'accord, nous vétérinaires, M. Bouillaud et lui, ne me paraît, je le répèle, expliquer absolument rien, et laisse subsister, dans toute sa signification et dans toute sa

force, le raisonnement que je faisais dans mon premier discours et que, puisque je fais le résumé de la discussion, je demande la permission de reproduire ici :

» En somme, on le voit, chacune des diverses causes que » je viens d'indi({uer comme les principales de celles que les » vétérinaires s'accordent à regarder comme pouvant en- » gendrer la morve ; chacune de ces causes, dis-je, agit sur » l'organisme en y 'altérant certainement les actes intimes, » et, dès lors, les produits de la nutrition ; en altérant, con- » séquemment, plus ou moins directement les qualités du » sang, qui n'a plus ses propriétés normales. La santé gêné- » raie est donc déjà altérée ; il y a, dans l'ensemble de l'orw ganisme, une modification, un état morbide évident, qui, » pour n'être pas reconnaissable, quant à son essence, par » des caractères certains, n'en existe pas moins, et se mani- )) festera plus ou moins prochainement par des symptômes ou » signes appréciables qui permettront seulement alors de le 1) juger: c'est la diathèse morveuse qui s'est produite. Mais le » principe morbide spécifique qui constitue cette diathèse, )) comment s'est-il formé? Je n'en sais rien. Je sais seulement, » et je me borne à dire à la suite de quelles circonstances » générales ou particulières, que j'appelle cames de la morve, )) il s'est produit, et à admettre qu'il existe primordialement )j dans le sang. »

Puis, examinant particulièrement la définition que donne M. Guérin, de ce qu'il appelle la cause vraie, la cause essentielle delà maladie, j'ajoutais :

« J'avoue que si je comprends bien la pensée de notre col- » lègue, nous ne di lierons guère que sur les mots. I] me » semble, en eflet, que ce que M. Guérin veut qu'on appelle » \dicause de la morve, est ce (pic je considère, moi, comme » la diathèse morveuse, c'eî^l-à-dire, la morve en germe, la » morve (?:ï"/6'^a/2/(i6^y«conséquemment, mais non encore éclose » ni manifestée par des signes sensibles et appréciables. Or, » s'il en est ainsi, il y a, entre nos deux manières de voir, » cette diiïerence que ce qu'il voudrait qu'on appelât cause » est pour moi un effet: car, enfin, ce principe morbide spé-

» cifiqiie, ce germe de morve, qui n'existait \ràs auparavant )) et qui existe maintenant, que les causes que vous n'appelez » que déterminantes ou accessoires vont, suivant vous, faire * développer; ce germe, dis-je, à moins que vous n'admettiez » sa préexistence innée chez tous les chevaux, il faut bien que » quelque chose l'ait produit ; il est, dès lors, Veffet de ce quel- » que chose; et si son éclosion nécessaire et fatale est la » morve, il ne me paraît pas le moins du monde irrationnel, » il me paraît, au contraire, très logique d'appeler causes de » la morve celles sous l'influence desquelles l'observation a » appris qu'il se produisait. « — Or, je l'ai dit, M. Bouley vous l'avait dit aussi, tous nos collègues de la section vous l'ont répété, tous les praticiens le constatent journellement, il est certains écarts d'hygiène à la suite desquels, qmmd ils se prolongent, on voit à peu près constamment apparaître la diathèse morveuse et, finalement, la morve. Nous sommes donc parfaitement fondés à regarder ces écarts d'hygiène comme les véritables causes, pratiquement parlant, de l'affection morveuse.

Et puis, que l'Académie veuille bien le remarquer, cette doctrine de MM. Guérin et Bouillaiid, qui, je viens de le montrer, ne se déduit même pas rigoureusement des principes étiologiques dont ils la font dériver et sur lesquels ils l'appuient, cette doctrine, dis-je, qui, par cela même qu'elle ne se démontre pas, n'est qu'une hypothèse, ne peut conduire à rien dans la pratique. Et, en médecine, à quoi bon une idée scientifique, si ingénieuse soit-elle, qui ne peut donner aucune lumière au praticien ? La nôtre, au contraire, par cela même qu'elle a son point de départ et son contrôle dans l'observation, peut éclairer, et éclaire en effet, ceux qui sont à l'application. Grâce à la connaissance que nous avons de la relation directe de causalité qui existe entre certaines mauvaises conditions d'hygiène et la morve, nous pouvons, et cela nous arrive à tous, tous les jours, prévoir et prédire la venue de cette maladie dans les grands établissements où l'on emploie beaucoup de chevaux ; et il est rare que nos prédictions ne se vérifient pas plus ou moins prochainement, si l'on

maintient ces animaux dans les conditions que nous signalons comme devant la produire. Nous pouvons donc ainsi, et c'est là un immense résultai, en faisant cesser à temps les conditions productrices de la morve, en prévenir certainement le développement.

Plaçons-nous dans une autre circonstance. Supposons que nous soyons consultés dans un cas où la morve existe déjà depuis plus ou moins longtemps dans une écurie. (Je suppose, bien entendu, qu'il ne s'agit pas d'un cas de morve introduite par contagion, mais d'un cas, comme ce sont de beaucoup les plus ordinaires, de morve spontanée.) A la lun)ière de nos convictions sur les véritables causes de celle maladie, nous recherchons dans quelles conditions hygiéniques sont placés les animaux; toujours, avec un peu d'expérience, nous découvrons celui ou ceux des écarts d'hygiène qui ont produit la maladie; et si, d'après nos conseils, on change ces conditions, la morve ne tarde pas à diminuer d'abord, puis à disparaître. Cent fois dans ma carrière de vétérinaire, qui date déjà de trente-cinq ans, j'ai pu, à l'aide de cette connaissance des causes, prédire, sans me tromper, l'invasion de la morve dans de grands établissements, ou la faire cesser; et il n'est pas un praticien quelque peu expérimenté et attentif qui n'ait fait comme moi. Telle est, à cet égard, ma conviction, que je ne crains pas d'affirmer que la morve n'apparaîtra jamais dans les écuries où Ton observera l'hygiène prescrite par un vétérinaire éclairé.

Voyez, par contre, un jcrne praticien ne connaissant que le contagium, le ferment, comme cause de la morve, sans savoir par quoi, sous lintlueuce de quelles circonstances ce ferment est produit; à qui Ton a dit, et qui croit fermement qu'il est anliscientifique, qu'il est absurde, d'iihaginer que l'excès de travail, qu'une alimentation insuffisante on de mauvaise qualité, elc, puissent produire cette maladie! Ne lui arrivera-t-il pas tous les jours de laisser subsister, sans les signaler, chez des |)ropriétaires qui lui auront donné leur conhance, des écarts d'hygiène à la suite et sous l'influence desquels la morve sera produite, et pourra, avec rai-

son, être attribuée à son ignorance? Ou bien, s'il est consulté par des chefs d'établissements ou de grandes administrations dans lesquelles cette maladie fait des ravages, ne se trouverat-il pas dans un extrême embarras, préoccupé qu'il sera de son idée de cause spécifique qu'il ne peut ni toucher, ni voir assurément, et passant, sans penser à y faire la moindre attention, à côté des véritables causes qu'on lui aura enseigné n'avoir qu'une importance très secondaire dans Tétiologie de la morve?

L'Académie, après ces quelques considérations, comprendra mieux ce que j'ai à dire d'une comparaison qu'a cru devoir faire M. Guérie, pour expliquer comment il était impossible d'admettre et de concevoir dans la production de la morve, le rôle et renchaînement des causes éloignées et de la cause prochaine. Pour rendre sa démonslratioa plus sensible, il a fait trois comparaisons : l'une empruntée aux combinaisons et réactions chimiques; l'autre aux causes des variations du baromètre; la troisième, à la pathologie chirurgicale. Comme c'est celle-ci qu'il considère comme la plus en rapport avec les faits dont nous nous occupons, c'est elle que je vais examiner. Elle a trait au pied bot. Je cite textuellement :

« On sait, aujourd'hui, que cette difformité est le résultat )) de la rétraction musculaire, laquelle, suivant son degré » d'action et son mode de distribution, réalise toutes les va- » riétés de forme de la difformité. C'est là une cause méca- » nique prochaine, (iont l'action est aussi certaine qu'elle est » facile à saisir. Cependant on disait auparavant et on dit en- » core aujourd'hui que le pied bot est produit par différentes w maladies, par la fièvre cérébrale, les commotions, les con- » vulsions, les chocs, parce que ces différentes causes, qui » peuvent produire bien d'autres résultats, peuvent aussi » déterminer la rétraction musculaire; et c'est en se résol- » vaut dans cette rétraction qui est la cause essentielle de la » difformité, qu'elles en sont réputées causes possibles. Mais, » nous le répétons, elles n'en sont en réalité que les causes » éloignées; et elles n'y participent qu'à la condition de se

» résoudre dans la rétraction musculaire, qui seule est la » vraie cause du pied bot. C'est de la même manière qu'il » faut envisager les causes éloignées de la morve, lesquelles )) se résolvent en une cause prochaine déterminant la fornia- )) lion de cette dernière. »

Est-il nécessaire de faire remarquer à l'Académie combien peu il y a d'analogie enîre les deux sujets de cette comparaison? Pour le pied bot, peudanl les convulsions, on voit se produire une rétraction musculaire dont la conséquence, également visible, est une déviation d'un ou de plusieurs os, une difformité. Quoi de plus naturel, de plus simple quedereconnaîlre et de dire que la déviation de Tos n'a pas pour cause immédialeles convulsions, etqu'ellerésultede cette rétraction musculaire qu'on a vue se produire et qu'on peut voir se continuer? Gela ne demande pas un grand effort d'intelligence, et se confirme encore par ce fait que si celte contraction persistant, on la fait cesser par la section d'un des muscles qui l'opèrent, la déviation osseuse se redresse; exactement ce qui a lieu quand nous faisons cesser, nous vétérinaires, les écarts d'hygiène sous l'influence directe desquels s'engendre la morve.

Mais, je le demande, qu'on me fasse toucher ou voir^ commQ je touche le muscle, comme je vois la rétraction musculaire, ce principe, ce ferment imaginaire que vous me dites être la cause prochaine de la morve ; qu'on me fasse comprendre l'action de ce ferment sur la yjroduction de la morve, comme je comprends la déviation de l'os par l'effet de la rétraction des muscles; qu'en attaquant et détruisant ce ferment, on fasse cesser la morve, comme on redresse la déviation en opérant la section du muscle dont la rétraction l'a produite; et alors je comprendrai et j'accepterai la comjjaraison. Permettez-moi d'ajouter pourtant, contre cette comparaison, qu'elle pèche encore capitalement par un autre côté.

Suivant M. Bouillaird , en supposant que nos causes, à nous, eussent quelque influence sur le développement de la morve, ce serait tout au plus comme causes adjuvantes; suivant M. Guérin, elles ne seraient que déterminantes, elles

Al

ne feraient que favoriser Véclosion du germe morveux déjà existant. S'il en est ainsi , comment comparer entre elles des causes agissant d'une façon si essentiellement différente? Puisque, dans le cas qui vous sert de terme de comparaison, la rétraction musculaire, cause prochaine du pied bot, n'existant pas avant les convulsions, causes éloignées, ce sont celles-ci qui Font déterminée ; tandis que dans l'autre cas, la cause prochaine^ le fameux germe préexisterait, et les causes éloignées ne feraient que favoriser son éclosion suivant M. Guérin, qu'aider à ses effets suivant M. Bouillaud. — La valeur de l'explication, com.me on le voit, est égale à la valeur de la doctrine.

Je maintiens donc, jusqu'à meilleure preuve du contraire, que nous avons eu raison de reconnaître à la morve deux sortes de causes : à la morve communiquée une cause spécifique, la contagion virulente; à la morve spontanée, les grands écarts d'hygiène que nous avons signalés.

Je maintiens que cette doctrine étiologique de la morve spontanée, qui n'a rien d'irrationnel scientifiquement parlant, est en parfaite concordance avec l'observation dont elle n'est que l'expression la plus exacte.

Je maintiens, enfin, qu'en outre de ce qu'elle peut être et est journellement constatée et démontrée par les faits, elle est une lumière pour le praticien dans les applications qu'il est appelé à faire de sa science à la prophylaxie et au traitement hygiénique de la morve.

Quant à savoir et à dire comment se produit dans l'organisme le principe virulent, cause ou effet, qui engendre la morve spontanée, et en quoi il consiste, nous confessons notre complète impuissance à le faire ; en demandant, toutefois, à ceux qui nous reprochent cette impuissance, à ceux qui repoussent dédaigneusement notre doctrine parce que nous ne pouvons pas leur faire comprendre cette mystérieuse genèse; de nous dire s'ils comprennent et expliquent tout ce qu'ils admettent, en fait, dans la médecine de l'homme. Nous leur demanderons, pour nous borner à la citation d'une seule maladie, comment ils expliquent que les effluves des

marais occasionnent une fièvre inlermiltenle, maladie que sa fré(iuencc pcrniel pourtant qu on étudie bien souvent. Nous leur demanderons comment ils expliquent que ces lièvres soient guéries si merveilleusement par le quinquina. Et pourtant ils n'hésitent pas, et ils oiU cent fois raison, à reconnaître que lés effluves paludéennes sont les causes de la fièvre intermittente, et à proclamer les admirables effets du quinquina comme médicament spécifique contre cette fièvre.

Ici s'arrête ia partie de la discussion, qui a porté principalement sur des (juestions de doctrine. J'arrive à la partie purement clinique, à celle où l'on s'est surtout occupé du diagnostic, de la curabilité et du traitement de la morve : trois points sur lesquels a beaucoup insisté M. Guérin, f'I qui ont été longuement traités par la plupart des membres de la section vétérinaire.

Les développements circonstanciés dans lesquelssont entrés mes collègues à celte occasion, et ce que j'ai dit moi-même dans la dernière partie de mon premier discours, de la curabilité et du traitement, me permettront, je l'espère, d'abréger ce qui me reste à dire; car je sens que j'ai déjà beaucoup abusé de la bienveillante ailenlion de l'Académie.

Mais ici, comme il peut y avoir, je ne dis pas des différences essentielles, mais des nuances, entre les opinions des membres de la section à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir, j'exprimerai le regret que M. Guérin, qui se montre si chatouilleux à l'endroit des [)lus légères inexactitudes dans les opinions (ju'on lui prête, ait aflecté, dans tout le cours de la discussion, alors qu'il avait sous les yeux les paroles que chacun de nous avait prononcées, d'attribuer à MM. les vétérinaires de l'Académie, à MM. les membres de la section, ou, très souvent, à MM. Renault et Boidey d^s idées ou pro|)Ositions dont il croyait avoir à combattre le fond ou la forme, alors qu'il s'attaquait à des idées ou à des formules particulières à tel ou tel d'entre nous. Ce n'est pas là, je dois le dire, une manière loyale de discuter. Qu'une opinion soit juste ou qu'elle

ne le soit pas, l'honneur ou le blâme en revient à qui l'a émise. Quant à moi, je n'ai jamais décliné la responsabilité de mes paroles ou de mes actes; mais je n'entends accepter que celle-là.

L'Académie n'a pas oublié quelle a été l'origine de la discussion. A roccasion du rapport de M. Bouley, M. Guérin, entrant de plain-pied dans l'examen de la morve du cheval, a d'abord dit ceci : « D'après la doctrine classique admise aujourd'hui en médecine vétérinaire, le diagnostic de la morve est basé sur trois symptômes : le jetage, le glandage et les chancres. // me semble que le diagnostic ne doit pas être uniquement assis sur la présence de ces trois symptômes. Et f espère pt^ouver (\u'k coié de cette forme type, il en est d'autres dans lesquelles l'existence de la morve n'est pas moins certaine, quoique les manifestations phénoménales soient moins complètes. » — Il a dû voir^ et vous avez vu, messieurs, par la suite de la discussion, s'il était vrai que les vétérinaires attendissent Tapparition constante de ces trois phénomènes pour se prononcer sur l'existence de la morve. Contrairement à sa prétention, il n'a donc rien à réforme?- à cet éo-ard dans nos doctrines.

Puis, s'appuyant sur des faits dont j'aurai à examiner la valeur, et dans lesquels il avait vus guérir et guéri des chevaux affectés de glandage et de jetage seulement, mais néanmoins bien morveux pour lui, il en avait induit qu'il peut y avoir, au début de la morve, des degrés peu prononcés où cette maladie est curoMe ; car il reconnaît, avec les vétérinaires, qu'elle ne l'est pas quand elle est caractérisée par les trois symptômes précités. Il avait, en conséquence, donné à entendre qu'il devait y avoir dans la morve, au fur et à mesure qu'elle progressait, différents degrés de gravité, et qu'il devait y avoir aussi, entre ces diiîérenis degrés et les manifestations symptomaiiques, une relation assez précise pour qu'il fût possible de juger par elles si cette gravité était comme 0, comme 10, comme 20^ conmie 100.

L'Académie a entendu tout ce qui a été dit à cet égard par les hommes compétents; et elle a pu comprendre combien

souvent, au coutrairc, il y avait peu de rapport entre les manifestations extérieures de la morve et l'étendue, le nombre et la gravité des lésions. M. Bouley vous a démontré qu'il suffisait de la plus petite ulcération sous l'aile du nez pour indiquer les plus effrayantes lésions morveuses dans les organes intérieurs ; et M. Reynal vous a dit le résultat des nombreuses autopsies qu'il avait faites, dans l'armée, de chevaux sacrifiés pour cause de glandage et de jetage seulement. Vous avez donc, j'en suis convaincu, reconnu avec les vétérinaires que, loin qu'il y eût une telle précision de proportionnalité entre les symptômes extérieurs de la morve et la gravité des altérations morveuses, il était même extrêmement difficile d'établir aucun rapport, seulement approximatif, entre les uns et les autres. Je vous ai cité, pour ma part, des exemples de chevaux qui m'avaient servi de sujets d'expériences, ayant les plus complètes.altérations de la morve dans les poumons, la rate et d'autres organes intérieurs, sans avoir présenté, pendant leur vie, le moindre glandage ou jetage, ni la moindre pustule ou ulcération sur aucune partie du corps. — Notre collègue a donc dii renoncer à faire accepter sa croyance, à faire partager ses illusions sous ce rapport.

Est-ce a dire que je prétende contester que, en général, le peu de volume et une certaine mollesse de la glande, le peu d'abondance et la moindre viscosité du jetagesurdes chevaux chez lesquels on est fondé à craindre l'invasion de la morve, ne puissent coïncider, quand ils sont récents surtout et que les chevaux paraissent d'ailleurs dans un bon état de santé a}»parente, avec de moindres lésions profondes ou même avec l'absence de ces lésions bien accusées? Assurément non 1 et la preuve (|ue telle n'est pas ma pensée, c'est que, dans votre séance du 16 juillet, moi qui regarde la morve confirmée comme incurable, j'ai exprimé nettement l'opinion qu'il y avait lieu d'essayer le traitement des chevaux qui présentent ces caractères.

Une autre idée de M. Guérin, celle peut-être à laquelle il a paru attacher la plus grande importance, et qui se lie à la fois à la question du diagnostic et à celle du traitement, consiste

à faire admettre que les cas de glandage et de jetage, ou même de glandage ou de jetage seulement, quels que soient leurs caractères, qui se montrent sur des chevaux placés dans des conditions étiologiques oii la morve se produit, sont nécessairement des cas de morve : seulement, suivant lui, à cet état, elle n'a pas encore acquis la gravité qu'elle aurait si elle était plus avancée ; à ce moment, elle ne s'accompagne pas encore de lésions profondes; elle est la maladie commençante, la maladie à ses premiers degrés ; c'est ce qu'il appelle la morve ébauchée. A ce moment de son évolution la morve est très curable; et c'est parce qu'il admet que ces symptômes, dans ces circonstances, suffisent à établir l'existence de la morve, et que la morve à ce degré est curable, qu'il prétend émettre une idée nouvelle, opérer une grande révolution, en proclamant que, contrairement à ce qu'on a dit et écrit de tout temps, à ce que répètent tous les jours les vétérinaires, la morve est une maladie curable.

Il faut s'entendre à cet égard ; car il m'a semblé qu'il avait régné une certaine confusion dans le débat sur cette partie de la question.

Dans l'état actuel des choses, en vétérinaire, quand un cheval présente les trois symptômes de jetage, de glandage et de chancrage, on dit qu'il a la morve confirmée. Que s'il ne présente que du glandage et du jetage sans ulcérations apparentes , dans certains cas on le déclare encore morveux; dans d'autres, on dit qu'il est seulement suspect de morve; dans quelques-uns, qu'il n'a qu'une affection catarrhale du nez ou la gourme. Dans ces diverses appréciations, on se guide sur les caractères du glandage et du jetage; sur les circonstances et conditions dans lesquelles l'animal est placé ; sur son âge, sa constitution, son état général. Ainsi :

Si le jetage est épais, visqueux, adhérent aux ailes du nez et y formant un enduit glutineux ; si la glande est dure, plus ou moins hosselée, indolente ou peu sensible à la pression, adhérente à la peau et k la table de Tos ; si, en même temps, ces deux symptômes existent depuis assez longtemps; si l'animal ou les animaux qui les présentent font partie d'attelages ou

d'écuries dans lesquels il y a ou y a eu récemment des cas de morve ; ou s'ils vivent dans des conditions de mauvaise hygiène sous le rapport du travail, de la nourriture, des habilalions, etc., on aftirnie encore qu'ils sont morveux; el on le fait avec plus d'assurance si, en même temps, ils présentent certains symptômes généraux, tels que le [)oil piqué et terne, i'inilexibilite des reins quand on les pince, la sécheresse de la peau el son plus ou uioius d'adhérence aux côtes, l'amaigrissement, etc. ; dans ces cas, on n'hésite pas à affirmer qu'ils sont morveux^ parce qu'on est certain que, bien qu'il n'y ait aucune pustule ou ulcération apparente sur le champ visible de la muqueuse respiratoire ou sur la peau, il en existe sur les [larties non apercevables de cette muqueuse ; ou bien que ce glandage et ce jetage coïncident avec des abcès morveux, soit, ce qui est le plus ordinaire, dans les poumons, soit dans d'autres viscères. Or, ces abcès, comme les chancres, sont la caractéristique anatomique de la morve.

Que si le jetage et le glandage sont récents ; si la glande présente une certaine mollesse et est plus sensible ; si le jetage, bien qu'un peu visqueux, est blanchâtre et moins adhérent autour du nez ; si l'état général du sujet est à peu près bon; si on ne connaît pas ses antécédents; s'il ne fait pas partie d'une écurie actuellement ou récemment infectée de morve, on hésite à se prononcer : ce peut être, en eflet, les signes n)al accusés de la morve, comme ce peut n'être qu'une alîection subaiguë ou chronique des premières voies respiratoires: rien n'indique, rien de suffisamment significatif n'autorise encore à penser et affirmer, qu'il existe à l'intérieur, soit des abcès spécifiques, soit les chancres de la morve. C'est dans ces cas embarrassants que les vétérinaires disent que le cheval est douteux, qu'il est suspect ; et, dans le doute, ils font séparer l'animal afin que, si c'est de la morve qu'il est affecté, il ne soit pas un danger pour les autres; et afin de lefairc sacrifier aussitôtque la morve sera confirmée. Dans le (ioule, ils le souuiettent à un traitement approprié à son état, afin, si ce n'est pas la morve, d'obtenir sa guérison. Il arrive, en etîet, que, dans ces cas, certains chevaux guérissent et

hl peuvent être rendus définilivenient à leurs travaux; il est vraisemblable que ceux-là n'étaient pas morveux, c'est-àdire, qii1l> n'avaient pas eu, soit de.; chancres, soit des abcès, seuls caractéristiques de la morve: car il est reconnu par tous, par M. Gaérin lui-même, (juc, en thèse générale, tout cheval qui est glandé, jeteur et chancre, est incurable. Cependant, parmi les chevaux s?^s/?ea'5 dont leglandage etiejetage disparaissent, soit spontanément soit par suite ou à la suite d'un traitement quelconque, il en est beaucoup chez lesquels cette disparition n'est que temporaire, et qui, deux, trois ou quatre mois et même plus longtemps après, jettent de nouveau et redeviennent glandes, soit définitivement soit encore pour un certain temps, jusqu'à ce que, enfin, la morve se déclare par l'apparition des chancres. Les vétérinaires ont donc raison d'ai)peler ces chevaux doutmx ou suspects, puisque rien ne dénote positivement ou n'autorise à affirmer, chez eux, l'existence des abcès spécifiques ou des chmicres, caractérisant seuls la morve; puisque, à ce moment, il peut se faire que les uns soient déjà morveux, que les autres ne le soient pas encore, que d'autres ne le deviennent jamais.

Enfin, il est des chevaux qui n'ont que des catarrhes de la muqueuse nasale, comme dans le coryza, ou de toute la muqueuse respiratoire, comme dans la gourme, et chez lesquels, surtout quand l'état aigu est passé et que le jetage est plus épais et moins abondant, la glande moins empâtée et moins sensible, Télal fébrile passé, on pourrait, en n'y regardant pas assez attentivement, croire à quelque chose comme wxit suspicion de morve; assurément, si on traite ceux-là, on les guérira. Mais, messieurs, tous les vétérinaires qui sont montés à cette tribune vous l'ont dit, il est inipossible qu'un praticien quelque peu instruit et expérimenté s'y trompe ; ou si une erreur était possible à un premier et incomplet examen, quelques jours d'observation l'auraient bientôt fait reconnaître.

Voilà, messieurs, ce qui, pour les vétérinaires, est ia morve. Pour eux, je le répète, cest le chancre de la muqueuse nasale ou bien dans certains viscères les abcès spécifiques dont nous avons parlé, qui sont la condition anatomique, le carac-

1ère nécessaire de celle aiïeclion. Tanl qu'il n y a pas chancre ou abcès, il n'y a pas morve. Alors, comme le glandagc on le jetage peut n'être que l'expression de la dialhèse morveuse ou la conséquence symptomali(jue d'une autre alTection simj)lemenl catarrhale, les animaux peuvent être traités. Mais aussitôt que le chancre ou les abcès existent, visibles ou démontrés par des signes faciles à apprécier par les praticiens, l'animal alors est morveux, et toute chance de guérison est éteinte.

Voilà donc notre dissidence avec M. Guéri u. Pour lui, il suffit qu'un cheval qui a une clande, avec ou sans jetage, quels que soient les caractères de cette glande ou de ce jetage, quelles que soient la vigueur, la bonne santé et la forte constitution du sujet, fasse partie d'une écurie où existent des chevaux morveux, pour qu'il affirme que ce cheval a la morve. On comprend qu'avec cette manière toute théorique d'envisager cette affection, notre confrère se ménage l'occasion de constater, voire même d'opérer un certain nombre de guérisons de morve, surtout s'il lui suffit que le glandage et le jetage aient disparu pour qu'il considère les animaux comme guéris.

Avant de quitter le diagnostic, je veux faire remarquer que ce système d'affirmation de la morve, si évidemment en opposition avec les données de l'observation, ne trouverait a s'appliquer que pour les glandagcs et jetages apparaissant sur des animaux exposés à la contagion. Mais que ferait, que dirait M. Guérin, si on lui présentait des chevaux, comme c'est le plus grand nombre, devenus glandes et jeteurs sans avoir eu aucun rapport avec des animaux morveux ? Oserait-il encore, en l'absence de la notion étiologique qui est sa boussole, affirmer l'existence de laiiiorve? Et si, comme je me permets de le croire, il n'osait l'affirnier, il serait bien obligé, alors, de les déclarer ou bien non morveux, ou bien suspects de morve ébauchée.

Je ne veux pas insister davantage sur tout ce que présente de vague et d'incertain, dans la pratique, ce que M. Guérin appelle s« doctrine en matière de diagnostic. Je crois avoir, avec tous mes collègues de la section, mis assez en évideace ces vérités, à savoir :

Que les chevaux qui présentent du giandage et du jelage, ou seulement Tun de ces symptômes, sans ulcérations apparentes, appartiennent à Tune des trois catégories suivantes :

Ou bien avec l'un ou les deux de ces symptômes, il existe inapperçus des chancies ou des abcès morveux ; et alors ils sont en réalité affectés de la morve confirmée ;

Ou bien ces symptômes ne sont que l'expression momentanée d'affections catarrhales de l'ensemble ou des parties supérieures de la muqueuse respiratoire; et alors ils ne sont pas morveux du tout ;

Ou, enfin, les caractères de la glande et du jetage, l'état généra! des sujets qui les présentent, et le vague ou l'absence des données étiologiques sont tels, qu'on ne saurait dire si c'est de la morve ou d'une affection catarrhale qu'ils sont l'expression symptomatique ; et alors, le doute existant, on ne peut considérer les animaux que comme suspects de morve.

Or, dans les deux premiers cas, l'expression de morve ébauchée ne saurait convenir, puisqu'il s'agit en fait, dans le premier, de morve parfaitement caractérisée, dans le second d'une tout autre affection que la morve.

Et, dans le troisième cas, elle ne saurait non plus être acceptée comme juste, puisqu'elle s'appliquerait tantôt à des morves complètes, mais méconnues ; tantôt à des maladies qui ne seraientpaslamorve.-— Je passe à la question dQcurabilité.

Il est évident que M. Guérin n'a attaché tant d'importance à son mot de morve ébauchée, que pour justifier son idée d'une morve curable.

Examinons donc ce qui est résulté de la discussion, en ce qui concerne la curabilité de la morve.

Pour éviter les équivoques, il faut rappeler quelle a été sur ce point l'opinion à peu près unanime des vétérinaires. Elle peut se résumer en quelques mots.

Éclairés par ce que leur expérience personnelle et celle de leurs devanciers leur ont appris, les vétérinaires sages, aujourd'hui, n'essayent pas de traiter un cheval présentant des symptômes de morve aiguë ou chronique, quand ils sont con-

vaincus que cet animal porte en lui les lésions caractéristiques de cette maladie (les chancres ou les abcès spécifiques), que ces lésions soient ou ne soient pas apparentes. Ce n'est pas qu'ils ne reconnaissent qu'on a vu, de temps à autre, guérir quelques chevaux morveux; ils l'ont proclamé eux-mêmes à cette tribune, comme dans tous leurs écrits. Mais ces guérisons sont trop incertaines et trop rares ; mais on ne sait pas assez à quel traitement on les doit, si tant est qu'un traitement quelconque y ait été pour quelque chose ; mais ce traitement, déjà si incertain dans ses résultats, est trop long et trop coûteux; mais ces guérisons exceptionnelles sont trop souvent suivies de récidive, pour que les vétérinaires puissent consciencieusement conseiller aux propriétaires d'animaux morveux de courir les chances hasardeuses d'un traitement si rarement heureux.

C'est en ce sens que nous nous sommes expliqués devant l'Académie sur la manière dont nous comprenions l'incurabililé de la morve. Nous avons ajouté que ce qui nous était, en outre, une raison de plus de conseiller l'abattage des chevaux morveux, c'était le danger de contagion et de mort auquel on exposait les personnes chargées de les soigner et médicamenter.

Mais nous avons dit aussi « qu'il y avait lieu d'essayer un » traitement quelconque, quand il n'y avait pas de traces ou » de signes d'ulcérations; quand le jetage et le glandage » étaient récents; quand l'animal qui les présentait était tt d'une vigoureuse constitution ; quand l'état général de sa » santé ne paraissait pas trop sensiblement altéré; et quand » on pouvait le soustraire à l'influence des conditions au mi- » lieu des(iuelles ils s'étaient montrés w (1); ce qui, pourtant^ n'impliquait pas contradiction avec nos idées sur l'incurabilitédela maladie, puisque, pour nous, dans ces cas, le traitement n'est pas mis en usage pour tenter de guérir Une morve plus ou moins grave qui existerait; mais uniquement parce que, incertains que nous sommes sur ce que peuvent

(1) Bulletin de l'Académie^ séance du 16 juillet, page 991.

signifier ces symptômes, nous croyons devoir essayer, soilde prévenir le développement de la morve, dont ils seraient les avant-coureurs ; soit de faire disparaître les traces d'une affection catarrhale, dont ils seraient Fune des manifestations.

Eh bien! en fait, M. Guériu n'agit pas autrement que nous. 11 nous imite. Seulement, il déclare et proclame atteints de la morve, ébauchée il e.^t vrai, mais enfin de la morve, les chevaux que, moins hardis, plus circonspects, et, je le crois, plus dans la vérité pratique que lui, nous considérons comme suspects. En définitive, il conseille de traiter les chevaux ayant hinorve ébauchée comme nous avons toujours conseillé de traiter les chevaux suspects. Il ne vient donc proposer de changer que nos désignations. Était-ce la peine défaire tant de bruit?

Mais il est un point où nous ne concordons plus avec lui. Parmi nos chevaux suspects, notamment parmi ceux qui sont devenus glandes et jeteurs dans des écuries où règne la morve, nous n'en voyons qu'un nombre assez restreint sur lesquels giandage et jetage disparaissent, soit temporairement, soit, ce qui est plus rare, définitivement. Sur le plus grand nombre, les symptômes persistent ; et, au bout d'un temps variable, les chancres apparaissant ou trahissant leur existence par des signes non équivoques, ne permettent plus de méconnaître la morve. Ce n'est donc que le plus petit nombre parmi ces chevaux suspects qui guérit réellement.

Parmi les chevaux à morve ébauchée de M. Guérin, même parmi ceux où le giandage et le jetage se sont montrés dans une écurie infectée de morve, les choses se passent bien autrement. Sur trente chevaux, cinq atteints de morve confirmée sont morts ou ont ete abattus. Ll-s vingt-cinq autres présentant, soit le jetage, le giandage ou des éruptions miliaires de la muqueuse nasale, ont tous guéri. Voilà ce qu'il affirme avoir vu, ce qu'il a dit et répété à chaque séance dans le cours de celte discussion.

Si encore, M. Guérin avait soumis à un traitement quelconque, empirique ou rationnel, n'ayant jamais été essayé par d'autres, les chevaux glandes et jeteurs qu'il a. tous vus

guérir, on pourrait admettre que c est grâce à ce traitement qu'il a vu se produire d'aussi merveilleux résultats. iMais point. Il se défend même de ce traitement. Il n'a pas guéri, dit-il; il a vu guérir spontanément.

Gomment se fait-il donc, par quelle étrange fatalité arrivet-il que, jusqu'à présent, nous, vétérinaires, qui tous les jours, depuis si longtemps, dans les hôpitaux des écoles, dans la pratique civile, dans l'armée, mettons à part, soit en les traitant de notre mieux, soit en les abandonnant à eux-mêmes dans les meilleures conditions d'hygiène, des chevaux qui sont exactement dans le même état, nous ne soyions jamais arrivés à en voir guérir qu'un si petit nombre? Je l'ai dit, et ce mot bien naturel, bien légitime pourtant dans cette circonstance, a paru singulièrement froisser M. Guérin, cette guérison de 25 chevaux glandes et jeteurs, sur 25, pour si vraie que je la tienne, est, je le répète, tout à fait inexplicable.

G'est ici le moment, messieurs, d'appeler votre attention sur les faits « si pleins de conséquences et A' enseignements » qu'a observés M. Guérin, qui ont servi de point de départ à sa discussion dont ils forment la base et en quelque sorte le pivot, et sur la valeur desquels il est revenu tant de fois en les reproduisant, expliquant, commentant dans chacun de ses discours. Ces faits, les voici tels qu'ils ont été racontés à l'Académie par M. Guérin lui-même, dans son premier discours :

«J'ai eu deux fois occasion de voir la morve apparaître » dans un établissement où se trouvaient réunis quarante )) chevaux , et se propager par contagion à une trentaine )) d'animaux. Or, parmi eux, les uns présentaient seulement i) du jetage, d'autres seulement du glaudage, et d'autres » avaient en outre des chancres de la pituitaire. Il ne m'a pas « paru moins certain pour cela que tous étaient morveux.

» Les chevaux chez lesquels j'ai eu l'occasion d'observer » les trois symptômes cardinaux réunis sont morts ou ont été » abattus. » (Dans un autre de ses discours, M. Guérin a fait connaître que les animaux atteints de la morve confirmée qui sont morts ou qui ont été abattus étaient au nombre de 5). «Mais le plus grand nombre des autres chevaux qui, au

» début, ne présentaient isolément que quelques-uns des » syptômes de la maladie, soit le jctage, le glandage, ou des » éruptions miliaires des muqueuses nasales, ont tous guéri. )) Cependant, c'est notre conviction, tous avaient la morve à » des degrés différents (1). »

Et c'est sur des faits ainsi racontés, que M. Guérin s'appuie pour attaquer, remanier, refondre entièrement tout ce qui a été dit et écrit sur la morve par les vétérinaires ; pour apporter la lumière la où nous avons laissé roi)scurité, l'ordre là où nous avons fait le chaos !

Quel est l'établissement où il a fait ces sommaires observations? dans quelle contrée, sous quel climat de la France est-il situé? de quelle race étaient, d'où venaient les chevaux qui s'y trouvaient et ont été atteints de cette enzootie morveuse? Étaient-ce de vieux ou de jeunes chevaux? étaient-ils en bon ou en mauvais état d'embonpoint ou de saute? dans quelles conditions d'habitation, de nourriture (qualité et quantité), de travail, se trouvaient-ils? à quelle époque et sous quel aspect se sont manifestés les premiers symptômes de morve? Est-ce le glandage, lejelage, les chancres, qui se sont montrés les premiers? A-t-on fait l'autopsie des chevaux qui sont morts ou qui ont été abatius comme définitivement morveux, et quelles lésions confirmatives de la réalité de l'existence de la morve a-l-on rencontrées à l'ouverture des cadavres? Est-ce à la morve aiguë ou à la moi-ve chronique que les aniuiaux ont succombé? Cette dernière circonstance avait assurément une importance capitale pour éclairer les faits de contagion.

Et les vingt-cinq chevaux qui n'étaient que glandes et jeteurs, et qui ont tous guéri, est-ce longtemps ou peu de temps

(1) Il me semble que notre collègue décide assez légèrement que c'est par contagion que cette trentaine d'animaux a été atteinte. On serait tout aussi autorisé à admettre, puisque la morve venait de se déclarer dans cet établissement, que la maladie qui se montrait sur les derniers atteints, était produite par la même influence quelle qu'elle fût, que celle qui s'était produite sur les premiers. Il est vrai que l'absence absolue de fout renseignement dans ce récit, permet toutes les interprétations.

après rinvasion de la morve dans rétablissement qu'ils ont paru malades? Sont- ce les plus voisins des morveux morts ou abattus qui ont été glandes ou jeteurs les premiers? Quels étaient sur eux les caractères du glandage, ceux du jetage surtout? Quels étaient plus particulièrement, à eux, leur constitution et leur état de santé générale? Combien de temps, en moyenne, sont-ils restés glandes ou jeteurs? Les a-t-on sortis des écuries où ils avaient, dit-on, puisé le germe de la maladie? A-t-on diminué ou non leur travail? En un mot, puisqu'on ne les a pas traités, dans quelles conditions d'hygiène les a-t-on placés? Et puis, après qu'ils ont été ou. ont paru guéris, que sont-ils devenus? Les a-t-on suivis et observés longtemps après pour constater, ce qui était si important, si la guérison se maintenait? Dans l'affirmative, pendant combien de temps les a-t-on observés? etc."

Eh bien, de tout cela, de tous ces renseignements dont pas un n'était sans un intérêt de premier ordre, sans une valeur principale dans l'espèce, il n'est pas dit un seul mot, il n'est pas question le moins du monde.

Il a paru suffisant à M. Guérin d'affirmer qu'il avait la conviction que, de ces chevaux, les uns étaient morts de la morve, les autres avaient des glandages et des jetages de morve, et (\\x^tousces derniers avaient guéri ^ pour que l'Académie ne dût pas mettre en doute la parfaite exactitude et le bien fondé de son affirmation. Et, d'ailleurs, ne l'avez-vous pas entendu avec une certaine stupéfaction vous révéler ce qu'il pense, lui, des détails dans les observations en médecine.

« Au reste, messieurs, vous a-t-il dit : je ne fais que le cas » qu'il convient de tout cet appareil, que j'appelle le forma- » lisme de l'observation, (jui n'est souvent qu'un moyen de >» déguiser la nullité du fond par l'apparence de la forme.... » Dans les observations c'est surtout aux idées qu'il faut » s'attacher. Or, sous \ apparence d'observations incomplètes )) j'ai produit des idées sérieuses accompagnées de convictions » sérieuses et, j'espère, de preuves sérieuses (1). »

(1) Bulletin de l'Académie, tome XXVI, 15 septembre, page 1154.

L'Académie et le monde médical jugeront ce que vaut !'étraooe théorie de notre collègue sur les qualités réelles des observations en médecine, théorie à laquelle il n'a été que trop fidèle dans celle que je viens de citer. Quant à moi, tout en trouvant que M. Guérin se montre bien indulgent pour lui-même en disant que cette observation n'a que V apparence d'être incomplète, je suis d'avis qu'il ne l'est pas moins en qualifiant de « sérieuses » les idées et les convictions qui reposent sur de pareils faits; et je vais examiner ce qu'ont de sérieux aussi \qS: preuves si décisives qu'il a cru devoir produire à l'appui. Mais avant, puisque, plus d'une fois, il a cité dans ces débats le nom d'un de nos collègues les plus considérables, et dont l'autorité est si grande et si légitime dans les questions de morve, je lui demanderai ce qu'aurait pensé M. Rayer de cette façon de comprendre et de qualifier les observations bien circonstanciées, faites par ceux qui ont la noble ambition de produire et faire accepter de vraies idées nouvelles; et je l'engagerai à méditer plus et mieux qu'il ne semble l'avoir fait, le beau travail qu'a publié notre éminent collègue « sur la morve et le farcin chez Vhomme. » Il y apprendra que, fort heureusement pour l'humanité, M. Rayer n'est pas de l'école de ceux qui s'imaginent que les idées, sous quelque patronage qu'elles se présentent, suffisent, en médecine surtout, à s'imposer par elles-mêmes; il y verra que c'est grâce à la raultitude, à la netteté, à îa minutieuse précision des détails dont abonde chacune des nombreuses observations dont il a enrichi son mémoire, que le savant médecin de la Charité est parvenu à éclairer d'un si grand jour et à faire voir à tout le monde, même à ses adversaires, la réalité du fait nouveau et si considérable qu'il a eu l'insigne bonheur de faire inscrire définitivement dans la science comme une incontestable vérité.

Encore une fois, pour nous, vétérinaires, pour aucun médecin sérieux, ce que M. Guérin a présenté comme des faits, n'a et Tie saurait avoir aucune signification ni aucune valeur scientifique! Non, il ne suffit pas qu'un médecin, si con^pétent et si autorisé fût-il d'ailleurs, vienne affirmer que des

faits nouveaux ont, à ses yeux, tel ou tel caractère qui leur donne telle ou telle signification, telle ou telle portée, pour que ses confrères doivent le croire sur parole et puissent le dispenser de justifier ce qu'il avance. Dans cette discussion, plus que dans aucune autre, celte justification était nécessaire; car, comment M. Guérin, dont l'expérience est de si fraîche date en matière de morve, dont le champ d'études pratiques a été si circonscrit, pouvait-il raisonnablement prétendre que son diagnostic, simplement affirmé, fût accepté comme infaillible? Il doit être, en effet, tenu en bien légitime suspicion, depuis que la discussion nous a appris jusqu'à quel point notre collègue pouvait se méprendre sur le diagnostic de la morve. Je n'en rappellerai qu'un exemple, et j'appelle sur lui toute votre attention.

Vous n'avez pas oublié, messieurs, avec quel soin iM. Guérin a fouillé les annales de la médecine vétérinaire, pour y trouver et vous citer, à l'appui de ses idées sur la curabilité de la morve, les rares exeuiples de guérison qu'il a j)u y trouver. Or^ parmi ces exeorples, il en a surtout fait ressortir un qui, à ses yeux, réalisait aussi complètement que possible l'idée qu'il se faisait d'un cas de morve : c'est le fait de M. Denoc. Il l'a même trouvé si complet, qu'il vous l'a présenté comme un cas de morve type, et a voulu vous le citer avec tous ses détails syniptomatiques.

Eh bien ! chose singulière, et j'ai regret à le dire pour M. Denoc autant que pour M. Guérin, j'affirme qu'il n'est pas un vétérinaire ayanl bien vu deux chevaux morveux, qui ne déclare, après avoir lu cette description de la maladie, que ce peut être une des formes de la gourme ou du coryza suraigu ; que ce peut être une de ces variétés de l'anasarque avec altération du sang, qui souvent a son siège principal vers la tête; mais que, à coup sûr, ce n'est pas la morve. Qu'on la lise, en eflèt; je l'emprunte au discours de M. Guérin :

« État de ranimai. — Son embonpoint est considérable; il se lient constamment debout, la tête basse, dans un' coma profond. Sa faiblesse est telle que ses membres fléchissent tout cVune pièce sous le poids de son corps, insensible à toutes les

excitations extérieures, l'animal reste immobile dans sa stalle. Il change difficilement de position, tant la contraction de ses muscles paraît douloureuse; on le fait sortir de l'écurie pour l'examiner avec plus de soin, et l'on observe que la faiblesse musculaire est arrivée à un tel point que les membres sont plutôt tînmes sur le sol que portés en avant par la contraction des fléchisseurs; à chaque instant la chute est imminente.

» Les lèvres et les ailes du nez sont considérablement tuméfiées; des boutons de farcin sont réunis en grappes serrées sur la lèvre supérieure ; du côté de la narine droite, existe une corde de farcin qui s'étend sur le contour du bord postérieur du maxillaire et va se fondre dans le ganglion sousglossien correspondant. La narine droite est le siège d'un écoulement mucoso-purulent qui adhère fortement aux ailes du nez, et a produit l'excoriation des parties avec lesquelles il est en contact et la dépilation de la lèvre. La pituitaire de ce côté est épaissie, boursouflée ; elle paraît comme revêtue d'une couche épaisse cV albumine avec une teinte safranée prononcée. Cette exsudation membraneuse occupe la partie inférieure de la cloison ; au-dessous la membrane est recouverte de quelques pétéchies. On remarque aussi ça et là quelques ulcérations à bords taillés à pic. La narine gauche est rouge violacé, couverte de pétéchies ; elle n'est le siège d'aucun écoulement. On y observe des ulcérations sur la partie inférieure de la cloison. »

Il faut ajouter ce qui suit dans l'observation de M. Denoc, et ce que M. Guérin n'a pas rapporté :

« Les conjonctives sont considérablement infiltrées^ couleur lie de vin^ recouvertes de pétéchies ; les larmes coulent en abondance sur le chanfrein. »

Il faut ajouter encore que, deux jours après que M. Denoc avait constaté l'état qui précède, « les deux narines étaient recouvertes de croûtes noirâtres et épaisses, et quil n'y avait plus de jetage ; que, cinq jours après (toujours après cette constatation d'état), l'appétit est bon, et l'animal gai et libre dans ses mouvements ; » que, huit jours après, «les boutons de farcin morchaient vers la cicatrisation ; » que, onze jours après,

« les ulcérations du nez tendaient à se cicatriser; enfin que le quinzième jour, « \^ cicatrisation des plaies du nez était COM- PLÈTE et la santé excellente >j. — Et c'est là ce que M. Guérin présente comme uii cas de morve aiguë type!

Mais qui ne sait que ce n'est que quand la morve aiguë est parvenue à sa période ultime, et quand elle va tuer prochainement et inévitablement l'animal, que celui-ci est réduit à l'état de faiblesse extrême qiion vient de décrire? et qui ne sait que, quand cette affreuse maladie est arrivée à cette période, l'animal, quel qu'ait pn être son embonpoint quand elle a débuté, est tombé dans un tel état de maigreur que sa peau semble collée à ses os? Or, dit M. Guérin, «.Vembonpoint du cheval était considérable ».

Qui ne sait qu'il est rare que, dans la morve, même la plus aiguë, les lèvres soient considérablement tuméfiées, la muqueuse nasale boursouflée et revêtue d'i/rze cowc/?^ épaisse d'albumine ?

Qui ne sait que jamais il ne s'écoule de larmes, et surtout de larmes abondantes, dans la morve aiguë, dont un des caractères est, au contraire, l'écoulement très lent, par l'angle nasal de l'un ou des deux yeux, de matière muco-purulente assez épaisse?

Qui ne sait que V infiltration considérable avec couleur lie de vin ^X nombreuses pété chi es sur la conjonctive, comme sur la membrane nasale, est le caractère de tout autre affection que la morve aiguë; qu'on les remarque surtout dans les affections que je rappelais tout àl'heure?

Et qui a jamais vu, dans aucun cas de morve que ce soit, dans un cas surtout se présentant avec un appareil symptomaiique aussi grave que celui-là, des croûtes noirâtres et épaisses recouvrir les chancres au bout de deux \o\xrs\ l'animal être redevenu gai, avoir bon appétit, avoir recouvré la liberté de tous ses mouvements cinq jours après; les ulcères farcineux en voie de cicatrisation au bout de huit jours ; les chancres séchés au bout de o^se jours; et YdimvàdX complètement guéri le quinzième jour?

Je vous le demande à vous tous, messieurs, qui savez quels

profonds ravages a faits dans l'économie la morve aiguë, arrivée à la période où elle a réduit à ce point le malade qui en est atteint; je le demande à tous les vétérinaires, est-il possible d'admettre, ou seulement d'imaginer qu'une si grave affection, après avoir laissé le sujet dans un pareil embonpoint, disparaisse aussi complètement, et fasse place à une santé parfaite dans l'espace de quinze jours ?

Et c'est M. Guérin, qui considère cela comme un cas type àe morve, qui s'étonne qu'on ne le croie pas sur parole quand il se borne à affirmer, sans donner de renseignements d'aucune sorte, que c'est bien de la morve que sont morts les cinq chevaux de son établissement ; quand il affirme, ce qui est si difficile à juger, que c'est bien de la morve aussi qu'étaient affectés les vingt-cinq chevaux qui ont guéri !

L'Académie jugera ce qu'elle doit en penser. Quant à moi, reprenant pour nous les appliquer les paroles de M. Bouillaud, je dis qu'en effet notre science serait bien peu de chose si les doctrines qui y ont cours ne reposaient que sur de semblables observations.

M. Guérin, du reste, a bien compris que ces faits, par trop sommaires, pourraient ne pas suffire à vous convaincre du fondement de son idée nouvelle de la curabilité de la morve : aussi, a-t-il jugé utile, comme il vous l'a dit, d'élayer des faits si peu sérieux, de « preuves sérieuses, » empruntées à la médecine vétérinaire elle-même. A-t il réussi dans ses recherches? Évidemment il ne le pouvait pas. Qu a-t-il fait alors? Il a imaginé de prétendre, sur la foi de quelques jeunes auteurs étrangers a la pratiqu^^, qui avaient écrit dans l'enfance de notre art, que la morve avait avec la gourme une telle ressemblance, que les vétérinaires devaient souvent confondre l'une avec l'autre ; que, partant, ils les confondaient. Il a trouvé des cas de gourme avec guérison, cela va sans dire ; et il en a inféré que ces cas, qui avaient été appelés gourmes, ne pouvaient être que des cas de morve qu'on avait guérie. Il y avait donc longtemps, s'écrie-t-ii, que, sans s'en douter, on guérissait la morve ; mon idée est donc vraie ; la morve est donc curable. Quelle preuve plus sérieuse en vou-

lez-vous?Et, en effet, c'est sous les noms et l'autorité de Gilbert, de Girard père, de Girard fils, sous le nom d'un praticien de mérite, 31. Mousis, qu'il a produit ces preuves de la confusion qu'on faisait en vétérinaire de la gourme avec la morve, de la morve avec la gourme.

rdiM. Delafond et Reynal sont venus d'abord/pièces en main, établir que c'était par suite d'une erreur dans le rapport fait par Girard père sur le mémoire de M. Mousis, que le mot gourme qui était sur le manuscrit de M. Mousis avait été écrit morve a l'impression ; ce qui a écarté tout d'abord en la faisant tourner contre son système, l'autorité si grave et si importante des deux seuls praticiens queM. Guérin eût trouvé à invoquer.

MM. Bouley, Delafond et Reynal vous ont ensuite démontré avec trop d'évidence combien M. Guérin avait mal compris et encore plus mal interprété les faits plus qu'incomplets, les assertions plus que vagues empruntés à Gilbert et Girard fds, pour que j'aie à vous rappeler leur argumentation. Qu'il me soit permis d'ajouter seulement à ce qu'ils vous ont dit du peu de foi que méritaient les assertions de Gilbert, cette circonstance assez importante, que Gohier, le savant professeur de clinicjue de l'École de Lyon, étonné, tout en les consignant dans son recueil, des résultats qu'avait annoncés Gilbert, a cru devoir, en 1812, répéter ses expériences dans les bôpitaux même de l'école. Or toutes les inoculations de gourme qu'il a pu faire, ont donné naissance à la gourme et jamais à la morve; résultat conforme, d'ailleurs, à ceux obtenus par Mousis et par les autres vétérinaires qui, dans ces derniers temps, ont étudié expérimentalement la contagiosité de la gourme. Je me joins, du reste, à tous mes collègues, pour déclarer à l'Académie qu^il est impossible, dans l'état actuel de notre science, qu'un vétérinaire, joignant la moindre instruction à quelque pratique, puisse, après examen, prendre la gourme pour la morve.

Je ne crois pas que M. Guérin ait été mieux inspiré, quand il a invoqué comme des exemples de guérison de morve, ébauchée ou autre, les chevaux qui ont servi aux expériences

du professeur Lessona (de Turiu), et à celles de MM. Beugnot et Berthonneau (de Metz).

De ce que, dans ces expériences, à la suite de l'inoculation par piqûres, ou par frottements répétés à plusieurs reprises sur la muqueuse nasale, on avait remarqué de la rougeur sur cette membrane, un léger jetage, suite naturelle de son irritation, et un peu de glandage comme il en survient toutes les fois qu'il y a plaie dans le nez avec jetage quelconque ; symptômes qui avaient disparu spontanément dans l'espace de quelques jours ; il s'est empressé d'en conclure que ces symptômes ne pouvaient être autre chose que ceux de la morve ébauchée, et que leur disparition rapide était un exemple frappant de la curabilité de la morve à cette période de son développement.

En vain lui a-t-on fait observer que ces symptômes étaient communs à toutes les irritations catarrhales, si légères fussentelles, à toutes les lésions traumatiques suppurées de la membrane nasale ; en vain lui a-t-on dit qu'on pouvait les produire en inoculant par les mêmes procédés tout pus puisé sur des plaies anciennes ou des ulcères quelconques ; en vain lui a-t-on démontré que rien dans leurs caractères, leur marche, leur durée, leur si prompte disparition, ne ressemblait au jetage ou au glandage de la morve. Il n'a rien voulu entendre. Tous ces jetages, tous ces glandages, c'est pour lui de la morve ébauchée ; et leur prompte disparition ne prouve qu'une chose : la facile curabilité de la morve à cet état. — Puisque c'est là une illusion qu'il est décidément impossible d'ébranler chez notre collègue, je vais en examiner une autre, la dernière, celle de Vindication nouvelle^ du traitement nouveau, qu'il a déduits des faits si probants que j'ai rappelés à l'Académie. Sur ce point je serai très court.

Que l'indication de M. Guérin soit nouvelle, je ne le conteste pas. C'est, avec la morve ébauchée, les deux seules nouveautés qu'il ait imaginées et introduites dans cette discussion. Quelle soit rationnelle, c'est une autre affaire. Pour qu'elle fût rationnelle, il faudrait qu'elle se déduisît d'une idée théoriquement et pratiquement vraie ; et c'est ce qui n'est pas. Sur quoi repose-l-elle, en effet? Vous vous le rappelez, messieurs, sur

Celte croyance admise comme une vérité par M. Guérin, que la morve commencerait par être une maladie locale, ayant son siège initial dans les cavités nasales, et qu'elle ne se généraliserait et ne prendrait de la gravité que par suite de l'absorption et du transport dans toute l'économie de la matière du jetage qui séjourne et se putréfie dans ces cavités; d'où l'indication de faire dans ces cavités des injections pour entraîner cette n)atière, et de les faire avec une solution astringente pour en tarir la sécrétion. Mais j'ai démontré surabondamment, je crois, à l'Académie, combien était erronée celte idée que la morve, où que se manifestassent ses lésions apparentes , (ùt une maladie locale , j'ai même amené M. Guérin sur ce point à une conversion partielle, puisqu'il a fini par déclarer que la morve contractée par contagion, était seule localisée d'abord, ce que (par parenthèse) j'ai prouvé être également une erreur. Or, si la morve n'est pas dans l'origine, et elle ne l'est pas, une maladie locale, que devient donc l'indication qui consiste à prévenir la généralisation de la maladie par l'enlèvement du produit de l'affection d'abord locale? Évidemment c'e>-^t une indication sans cause et parfaitement irrationnelle. C'est, en effet, ce qu'il me semble et ce que vous jugerez qu'elle est. Voyons maintenant le traitement.

Après ce que j'ai dit dans mon premier discours de V ancienneté et des insuccès éprouvés du nouveau traitement qu'il avait d'abord indiqué comme très rationnel et parfaitement heureux entre ses mains, M, Guérin n'a plus insisté que faiblement sur cette partie de ses prétentions : il a même essayé de contester qu'il eût parlé d'aucune médication, qu'il eût appliqué aucun traitement, qu'il eût guéri aucun malade. Malheureusement ce système de dénégation n'était pas soutenable en présence des affirmations si positives et si nettes qu'il avait laites à cet égard et qui sont imprimées dans ses deux premiers discours. Il ne me faut donc, pour avoir fini de résumer toute celte discussion, que dire un mot de cette médication, de ce traitement, indiqués du reste par leur inventeur tout aussi sommairement que les faits auxquels ils se ratta-

chent. Ils consistent « en des injections de solution de tanniû » dans les cavités nasales des chevaux qui ont la morve » ébauchée, en aidant ces injections par drs purgations ré- )) pétées (1). »

Moyennant quoi M. Guérin « a arrêté le développement des » symptômes qui, sans ce secours, auraient probablement » donné lieu au développement de la morve caraclérisée. »

Eh bien ! sans rappeler que depuis les deux Lafosse, en 17^9. jusque dans ces derniers temps, ce traitement nouveau par les injections détersives et astringentes a été la base ou l'auxiliaire d une foule de méthodes curativesqui sont restées infructueuses entre les mains de vétérinaires très capables, je demanderai à M. Guérin s'il a eu soin de s'assurer que ces injections qu'il fait, j'imagine, avec une seringue ordinaire à tuyau plus ou moins effilé, pénétraient bien « dans les an- » fractuositésdes fosses nasales » pour en faire sortir en l'entraînant avec elles, la matière du jetnge qui y séjournerait. Je crois, en effet, que s'il eût cherché à s'en assurer, il se serait convaincu que, même poussés par des moyens plus puissants que la seringue, les liquides injectés dans les cavités nasales ne pénètrent jamais dans les sinus, et que très difficilement, ou en bien petite quantité, quand ils y pénètrent, dans les anfractuosités des cornets ; sinus et anfractuositéè qui sont, dans la morve, le siège ordinaire des collections muco-purulentes. Or, si les liquides injectés n'y pénètrent pas ou à peine, comment peuvent-ils entraîner avec eux les matières morbides qui s'y amassent? C'est ce qui avait si bien frappé Lafosse père que, pour parvenir efficacement à vider ces anfractuosités, il avait eu l'idée de pratiquer la trépanation des sinus et de faire les injections par les ouvertures résultant de l'opération. J'ai dit plus haut que, comme tous les autres jusqu'aujourd'hui, le traitement de Lafosse, qui répondait si bien pourtant à l'indication de M. Guérin, avait dû être abandonné comme inefficace.

J'arrête là, messieurs, ce résumé que mon désir d'être clair

(1) Bulletin de l'Académie^ tome XXYI, séance du 25 juin, page 882,

et impartial d'une part, d'aulre part l'obligation où je me suis trouvé de reproduire toujours textuellement M. Guérin, pour n'être pas accusé par lui d'altérer ses pensées, ont rendu fort long. L'Académie me le pardonnera pour ce double molif.

J'ai cbercbé à prouver que nos connaissances sur la morve n'étaient pas aussi nulles ou incomplètes que le suppose et que vous l'a dit M. Bouillaud ; j'ai essayé de vous démontrer, et j'espère y être parvenu, qu'il était résulté de ces débats ce que j'avais dit dès son origine, à savoir que, dans tout ce qu'y a produit M. Guérin qui y a pris une si large part, il n'y a en réalité « que des vérités anciennes et des erreurs nouvelles »; et je l'ai fait, je crois, vous le reconnaîtrez, messieurs, avec des formes et dans des termes qui ne sauraient justifier les récriminations si peu convenantes qu'elles ont provoquées de la part de notre collègue, soit dans cette enceinte, soit en dehors de l'Académie.

Il me reste, en terminant, à vous remercier de l'attention si soutenue et si encourageante que vous avez bien voulu me prêter.

Parla. — Imprimerie de L. MARTINET, rue Mignon, 2.

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